TRAITEMENT
On conçoit combien le médecin a peu de prise sur une néoplasie aussi diffuse que le cancer du péritoine. L’intervention chirurgicale étant impossible, on est réduit à un trai tement symptomatique.
Les purgatifs légers contre la constipation, le laudanum et l’opium contre la diarrhée, les injections de morphine contre la douleur, les ponctions abdominales, une alimentation légère et réglée feront la base du traitement.
OBSERVATION XV. — (Chuquet).
Tirée du Bulletin de la Société anatomique, 1871.
Tumeur cancéreuse Simulant la grossesse. — La nommée R. H..., âgée de 18 ans, est entrée à l’hôpital Saint-Louis, service de M. Hardy, le 11 septembre 1871. Constitution assez bonne, tempérament. Ilymphatico-sanguin. Réglée à l’âge de 14 ans, menstruation régulière, santé très bonne. Au mois de mai dernier, elle s’est crue enceinte; en effet, elle éprouve quelques-uns des symptômes de la grossesse à son début; dégoût, anorexie, nausées, quelques vomissements. D'abord, elle remarque à deux époques une diminution notable des règles, qui ensuite se supprimèrent complètement. Dès l'apparition des phénomènes morbides que nous venons de citer, la malade s’aperçut que son ventre augmentait de volume, et presque en même temps elle éprouva des douleurs très vives, ayant leur point de départ dans la fosse iliaque droite et s’irradiant dans tout le ventre. En même temps, elle a eu des faiblesses et des défaillances fréquentes. Tous ces symptômes, peu prononcés dans les premiers mois, ont augmenté graduellement jusqu'au moment de son entrée à l'hôpital et le ventre a pris rapidement un volume considérable. Il y a quelques jours, les douleurs sont devenues tellement vives et le travail si pénible que la malade se décida à consulter une sage-femme qui lui dit que non seulement elle était enceinte, mais qu'elle était au terme de sa grossesse. Elle entra à l'hôpital Saint-Louis, espérant qu’elle serait bientôt délivréé de ses maux.
22 septembre. — Le premier examen nous fait douter de la
mu Sr DUR ROSE He | grossesse de cette jeune fille. Le toucher vaginal nous permet PA constater que le col de l'utérus a conservé tous les caractères SES qu il présente pendant la virginité, et il est impossible de déter- : miner. le ballottement de l'utérus. Le doigt sent en avant du vagin, entre cet organe et la vessie, une tumeur énorme, qu'il j ne peut circonscrire dans aucun sens. Par le toucher rectal, on sent le corps de la matrice dans le bassin et placé en avant du . Sacrum; il peut être facilement délimité, Les mains appliquées sur le ventre ne perçoivent nullement les mouvements du fœtus, Feet l’auscultation ne révèle ‘ni bruits de souffle ni bruits du
cœur. :
Les renseignements fournis par la malade viennent encore éclairer lé diagnostic et faire rejeter toute idée de grossesse. D'abord cette fille n’a éprouvé les premiers symptômes de sa prétendue grossesse qu’à la fin d'avril où au commencement de - mai; elle ne pourrait donc pas être à terme ; et, même S'il y avait grossesse, elle serait peu avancée, car elle aurait encore trois ou quatre mois ; mais, d’un autre côté, si on examine le ventre, on voit qu'il est arrivé à un développement ‘considérable, qui est bien au moins celui d’une femme prête à accoucher. Il y à donc, entre l’époque du début des accidents et le volume du ventre, une opposition manifeste qui infirme l'existence d’une grossesse. Enfin les seins n’ont jamais présenté, ni dans leur volume, ni dans la couleur de laréole, aucune des modifications qui s'observent pendant la gesta-
tion.
En palpant l'abdomen, on trouve une tumeur énorme, rem-
No plissant presque tout le ventre, un peu résistante, bosselée et inégale.
Par son extrèmité inférieure elle plonge dans le bassin, et
| son extrêmité supérieure se prolonge jusque dans l’hypocondre
; - droit et l’épigastre et est recouverte par le foie. Cette tumeur
est mate à la percussion. Dans quelques points, nous avons : cru, à un certain examen, sentir de la fluctuation; mais il nous a été facile de nous apercevoir que cette sensation était fausse et que nous nous étions trompé. |
‘A la partie moyenne, vers l’ombilic, la tumeur présente une scissure profonde, qu'on sent parfaitement en déprimant les parois abdominales. Elle semble être une ligne de séparation entre deux tumeurs distinctes, qui se toucheraient seulement en ce point, dont l’une, la supérieure, se continuerait avec le oie, dont elle ferait partie, dont l’autre aurait un point d’origine vers le bassin. Eux
Une circonstance favorable à cette supposition c’est que le bord supérieur de la rainure est mince.et tranchant et ressemble assez bien au bord inférieur du foie. Mais, en examinant plus attentivement, on trouve que cette disposition n’est qu'apparente, et que l'existence de deux tumeurs distinctes n’est pas admissible. D'ailleurs, à gauche de l’ombilic, la scissure est interrompue et les deux tumeurs se continuent l’une avec l’autre.
La tumeur nous paraît solide; cependant, pour nous en assurer d’une façon définitive, et surtout pour ne conserver aucun doute au sujet de la fluctuation que nous avons cru observer le premier jour, nous faisons, le 15 cctobre, une ponc- ‘tion exploratrice avec un petit trocart; mais nous ne voyons sortir par lextrèmité de la canule que quelques gouttes de sérosité sanguinolente. Ce caractère était plus que suffisant, en l'absence de plusieurs autres importants, pour faire rejeter l’idée d’un kyste de l'ovaire ou de toute autre tumeur liquide.
Pendant quelque temps, M. Hardy resta dans le doute sur la nature de cette tumeur ; mais sa marche incessante et rapide, les symptômes graves auxquels elle donna lieu firent supposer
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qu'elle pourrait être de nature cancéreuse. En effet, le ventre ne cessa pas d'augmenter de volume jusqu'à la terminaison fatale. Quelques jours avant la mort, il mesurait85 centimètres sur son cercle de circonférence le plus développé. Les vomisse- ‘ ments devinrent incoercibles dans les dernières semaines, et la malade en était arrivée à ne plus pouvoir rien prendre, pas
même la plus petite quantité de liquide, sans vomir immédiate- ment. . | A ces premiers symptômes vinrent s’en ajouter d’autres, tels qu'une fièvre hectique, qui ne se montra d’abord que le soir ou la nuit, mais qui devint bientôt continue avec des exacerbations vers la fin de la journée; une diarrhée abondante verdâtre et quelquefois lientérique ; dans les derniers jours la diarrhée fit place à une constipation opiniâtre.
La tumeur, en se développant, refoula fortement le foie en haut, amena une dilatation considérable de la base de la poitrine et par suite une gêne extrême de la respiration.
Les veines superficielles du ventre et de la base de la poitrine ont acquis un développement marqué, indiquant une orande gêne de la circulation, et se dessinant sous forme de lignes-bleuâtres.
Enfin, la malade tomba dans le marasme et devint d’une maigreur extrême ; sa figure, ses membres et la partie supérieure du tronc, réduits presque à l’état de squelette, contras- taient étrangement avec le volume prodigieux du ventre.
Elle succomba le 11 novembre 1871.
Autopsie le 20 novembre. à . Lorsqu'on ouvrit le ventre, il s’écoula environ 250 grammes de sérosité limpide, claire, transparente.
Presque toute la masse de l'intestin grêle était rejetée dans le flanc gauche et n'avait éprouvé aucune compression. La tumeur se trouvait placée en bas, en avant du cæcum et de l'intestin