‹ Péritonite tuberculeuseChapitre 20 sur 44 · REA · texte numérisé non relu

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mais surtout par Lancereaux, qui lui assigne les caractères suivants : « Douleur généralement sourde, déterminée sur « différents points de l'abdomen, accusée par la percussion « tout au moins à la première période du mal, avec augmen-

« tation de volume et inésalité de l'abdomen, sans dilata- «tion des veines sous-cutanées, sensation de flux, dépla- « cement incomplet du liquide épanché, absence de « déplacement des anses intestinales à la palpation, parfois « diarrhée concomittante, dyspepsie et souvent cachexie. » (Lancereaux.article Alcoolisme du dictionnaire des Sciences Médicales. page 636). En face de ce syndrôme clinique, les plus grands embarras peuvént surgir. Chacun des symptômes de cette péritonite alcoolique est signalé également dans la tuberculose péritonéale. Mais ici, une: erreur de diagnostic ne porte pas grand dommage au sujet, le pro-. nostie reste sensiblement le même dans les deux cas. Néanmoins, et malgré la rareté de ces affections, on devra, quand on ne trouve aucun symptôme de tuberculose. songer à l'existence possible d’une des variétés de péritonite chronique décrite par Delpeuch et Lancereaux.

Le cancer du péritoine a, lui aussi, occasionné de fréquentes méprises. Mais ici encore, les difficultés sont plutôt apparentes que réelles. et les éléments de diagnostic ne manquent pas. L'âge du malade est déjà d'une grande utilité, et nous ne reviendrons pas ici sur ce que nous avons dit plus haut à ce sujet. De plus, la péritonite cancéreuse est toujours secondaire à une aflection cancéreuse d'un des organes abdominaux, soit du foie, soit de l'estomac, et qui

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a été vérifié par des symptômes qui lui sont propres. La marche du cancer est en général beaucoup plus rapide que celle de la tuberculose, et elle s'accompagne d'accidents hémorragiques souvent fort graves. Enfin, au point de vue du pronostic, la différence est capitale. Le cancer tue en l'espace de dix-huit mois à deux ans, la tuberculose péritonéale, au contraire, est susceptible d'amélioration et même de guérison.

OBSERVATION IV (Traduction personnelle. The Laucet 1893. T. 1, p. 730)

Péritonite luberculeuse simulant une tumeur maligne.

Malade soigné par le D' Conolly Norman. Constitution bonne. Pas de toux. Amaigrissement, pâleur, survenus à la suite de chagrins. Léger ictere. À l'examen, on ne trouve rien au poumon. Îl y a un peu d’ascite à l'inspection de l'abdomen on trouve une tumeur volumineuse au niveau de l’ombilic. Cette tumeur est mobile. On diagnostique un cancer de l’épiploon, Cancer colloïde, secondaire à un cancer de l'estomac. Le malade meurt.

Autopsie. — On ne trouve aucune masse cancéreuse ni dans l'estomac, ni dans l'intestin. Le mesentère est tapissé d’une multitude de granulations confluentes. Le grand épiploon forme ‘une masse volumineuse, unie, mesurant 2 et 3 pouces dans sa plus grande épaisseur. L'examen microscopique montra que

l'on était en présence de produits tuberculeux.

La tuberculose débute quelquefois à la façon d'une fièvre typhoïde, et c’est à M. le professeur Dieulafoy que l’on doit de bien connaitre cette particularité. Nous avons eu l’occasion d'observer à la Charité, dans le service de M. Moutard-Martin, une jeune malade atteinte de phthisie pulmonaire, avec péritonite tuberculeuse, ayant simulé à son début une dothiénentérie. Voici son observation détaillée et suivie de deux autres semblables, reproduites en: résumé.

OBSERVATION V (Personnelle)

Périlonile luberculeuse ayant débuté par des accidents typhoides. Mort. Aulopsie.

Jeanne P..., âgée de 16 ans, domestique, entrée à la Charité le 23 mars 1895, dans le service de M. Moutard-Martin, salle Audral, lit n° 29.

Antécèdents héreditaires. — Mère morte de maladie inconnue. Père bien portant. Trois sœurs en bonne santé. Antécèdents personnels. — Aucune maladie d’enfance.

Réglée à 14 ans, régulièrement, sans douleurs, règles peu abondantes durant 3 à 4 jours. La malade a été domestique dans une. maison où elle frottait beaucoup, ce qui amenait une fatigue excessive.

La maladie actuelle a débuté le 16 mars 1895 par des maux de tête intenses. des vertiges, du gonfiement du ventre, et des.

douleurs abdominales vives. Quelques vomissements alimentaires et bilieux, diarrhée un peu liquide, avec grumeaux jaunâtres.

Etat actuel. — La toux est très marquée. La malade est abattue et fortement amaigrie. Le ventre est toujours douloureux, empaté son volume, au dire de la malade, a diminué beaucoup. L'appétit est conservé. Rien à l’auscultation du poumon.

A son entrée, la température du soir atteint 40,5. On conseille 0,60 de quinine en 2 fois, un todd, du café et deux lavements boriqués.

Le 26, Temp. m. 40. T. S. 40,1 vomissements. Même traite- . ment.

Le 27, T. M. 39,9. T. S. 40,4 les vomissements persistent, on note, sur l’abdomen, la présence de taches rosées lenticulaires en petit nombre. Ventouses.

Du 27 mars au 10 avril, la T. oscille entre 39,1 le matin et 40 le soir ; la malade prend chaque jour deux bains froids qui la soulagent.

Le 10 avril, on donne de la caféine. Les vomissements ont disparu. |

Le 15, T. M. 38,9. T. S. 39,4. 1 gr. de naphtol. Les jours suivants le naphtol est continué et porté à 2 gr. le 24 avril ; depuis la veille, on fait des lotions froides sur le corps. La température reste toujours au-dessus de 38°.

Le 29 avril, on supprime la quinine et on la remplace par l’antipyrine.

Le 12 mai, suppression du naphtol. L'état général reste grave. |

Le 13 mai, suppression des lavements. Potion de Rivière, 2 gr. de bismuth, agaric, caféine 0,50 en 2 fois. Les vomissements reparaissent. De nouveau on donne des bains froids.

Le 20, frictions à l'huile d'amandes douces, compressesd’essences de térébenthine sur le ventre pendant 3 ou 4 jours.

Le 26, la malade a eu 3 crises : la 1'° le matin à 5 h. 1/2. Convulsions, écume à la bouche, selles involontaires, inconscience absolue au réveil. La 2° crise à 2 h. 1/2, l'après-midi accompagnée de congestions de la face. La 3° crise à 8 h. du soir. On donne un lavement au chloral. 2 piqûres d'éther. T. M. 38,9. T. S. 39,4.

Le 27 suppression des bains. 4 grammes de bromure de potassium.

Le 28, la malade à une crise semblable aux précédentes, mais d’une intensité plus grande.

Le 29, 2 grammes de chloral en potion, 4 grammes de bro-. mure de potassium — Potion de Rivière. Café — Pas de nouvelles crises.

Jusqu'à ce jour la malade à pris 412 bains froids d’une durée de 10 à 15 minutes chacun. La température du corps avant et après le bain à varié de 1/10 ce 8/10 de degré.

L'état général s'aggrave de jours en jours. La mort arrive le3 juin.

Autlopsie. — Péritoine épaissi, granulations nombreuses, confluentes.

Epiploon épais de 0,01 dùr infiltré, adhérent à la paroi. abdominale.

Organes génitaux sains à l'exception des trompes qui sont remplies de matière caséeuse.

Foie gras.

Cœur mou.

Poumons granuleux, les granulations sont disséminées des deux côtés — Adénopathie trachéo-bronchique.

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Granulations du côté de la scissure de Sylvius à droite, et dans les méninges (ce qui explique les crises éprouvées par la malade dans les derniers jours de son existence).

Un peu de liquide dans le péritoine, et dans la plèvre gauche.

Péricarde sain.

OBSERVATION VI (Résumée, Th. Heurtaut 1882.)

Périlonite luberculeuse ressemblant à son début à une dothiènentèrie

Ernestine G.., 23 ans, domestique, entrée à Saint-Antoine, service de M. Duguet, le 30 juin 1880. Signes de tuberculose pulmonaire assez avancée, céphalée, coliques, insomnie, vomisements verdâtres. Apparition de tach s rosées, douleur et ballonnement du ventre, fièvre très vive, diarrhée opiniâtre.

Cet état persiste jusqu'au mois de septembre de la même année. La mort arrive le 15 octobre. j

Aulopsie. — Cœur petit, mou. Tubercules et cavernes dans les poumons. Le péritoine parait sain. Pas de liquide ni de fausses membranes. Granulations jaunâtres sur l'intestin grèle. A certains endroits, ulcérations profondes. Les ganglions mésentériques sont pris, volumineux. Foie gras. Rien du côté du cerveau et des organes génitaux.

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OBSERVATION VII (Th. Maurange. Résumée)

Fièvre typhoide et tuberculose périlonèale

Jeune fille de 16 ans ayant présentéles symptômes suivants : abattement, anorexie, douleurs lombaires, diarrhée et frissons. Température très élevée, ventre dur, taches rosées disséminées sur le ventre et sur le dos. Ces symptômes s’amendaient à l’exception du volume du ventre. Puis, de nouveau, la malade retomba ; on fit le diagnostic de tumeur maligne à point de départ vraisemblement ovarique.

Laparotomie. Le péritoine est granuleux, recouvert d'une fausse membrane de 3 centimètres d'épaisseur environ. L'opération n’eût pas de suites fâcheuses, la malade guérit rapidement. Il n’y avait rien au poumon, ni avant ni après la laparotomie.

Remarques. — D'après les faits qui précèdent, on voit qu’il était impossible dans aucun des 3 cas de faire au moins au début d'autre diagnostic que celui de fièvre typhoïde. Il y avait là tous les symptômes d’une dothiénenténie, seuls les vomissements eussent pu faire penser à une autre affection. Chez la malade, dont l'observation nous est personnelle, ces vomissements ont été d'une fréquence extrême. De plus la température : des typhiques n'atteint pas 40° d'emblée, il faut au moins 7 jours, pour quelle arrive à ce degré. Notre malade et celle de Heurtault ont eu l’une 40,5 et l’autre 41 dès le début de l'affection. La présence de taches rosées a pu faciliter l'erreur de

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diagnostic. Mais leur petit nombre ne permet pas de leur attacher une importance considérable et on devra toujours chercher d'autres signes de fièvre typhoïde, plus caractéristiques, pour se prononcer d'une façon certaine.

L:1 tuberculose des organes génitaux chez la femme retentit parfois sur la séreuse péritonéale, ainsi que l’a démoutré M. Brouardel, dans sou travail paru eu 1855. Elle «peut même douuer lieu à des phénomènes douloureux à’une -1utensité telle que l'on peut croire à un péritonite aigue. En outre, nous voyous dans le mémoire de M. Brouardel, que le iubereule peut envahir primitivement les organes géniaux et que la propagation au péritoine est la rêgle. Au sujet du diagnostie différentiel, voici Popinion d'Hemey : « Pour « la luberculisation des orgaues génitaux, la diathèse semble « agir d'une façon toute locale. La forme que l'on rencontre € dans L'envalhissement des séreuses et du péritoine, entre au- € tres, agit, au contraire, d’une façon bien plus générale et re- « Lentit par une ou plusieurs poussées inflammatoires aigues « sur tout l'organisme, et ce serait là, pour moi, l’élément « e-sentiel du diagnostic qui nous occupe, si l'observation «ue nous moutrait pas combien souvent les différentes « lurues de tuberculose se trouvent unies sur un seul su- « jet. » Nous n'avons pas eu l'occasion d'observer des erreurs de ce genre, aussi, nous en rapportons-nous, pour la localisation des lesions tubereuleuses, à l'opinion d'Hemey.

Il n’est pas ‘nécessaire d’insister longuement sur la coufusion possible de la péritonite tuberculeuse avec Îles

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suppurations pelviennes. L’envahissement brusque de ces dernières, l'absence de tout signe pulmonaire suffisent pour ne pas se tromper. Mais une suppuration, un phlegmon iliaque, par exemple, peut survenir chez un tuberculeux. Dans ce cas, le diagnostic est basé sur la localisation d'une tuméfaction d’un seul côté du corps, sur l'existence d'une douleur s'irradiant dans lemmembre inférieur correspondant, signes qui font défaut dans la péritonite tuberculeuse.

Il à été publié dans l'Union médicale de l’année 1892, une observation de M. P. Schwartz, ayant trait à une malade chez laquelle on avait établi l'existence d’un kyste du mésentère et qui était en réalité atteinte d’une péritonite tuberculeuse, Voici en quelques lignes le résumé de ce cas intéressant :

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