OBSERVATION I
K.. Jeanne, 42 ans, sans profession, entre le 9 février 1920 à Saint-André, salle 4, lit 24.
Antécédents personnels. — Mariée, pas d'enfants. Pas de fausses couches. À été soignée il y a dix ans pour tabès.
Histoire de la maladie. — Un mois environ avant son entrée à l'hôpital, la malade fut prise durant 8 jours d’une violente céphalée avec accès paroxystiques.
Puis succéda une crise de douleurs fulgurantes aux membres inférieurs. Au début de février,apparaît une diarrhée profuse, dix selles par jour environ, avec coliques violentes. Elle entre à l’hôpital à cause de cela.
Elle est à ce moment très affaiblie, elle gâte. Cet état général rend tout interrogatoire sérieux impossible.
L'examen macroscopique des selles n'indique pas la présence de sang.
Réflexes. — Les divers réflexes tendineux des membres supérieurs ou inférieurs sont abolis.
Les réflexes plantaires sont en flexion, mais faibles. Les réflexes oculaires sont conservés pour les deux modes, mais faibles. Il y a de l'inégalité pupillaire. D > G.
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Sensibilité. — Pas d’anesthésie de la sensibilité superficielle, mais diminution de la sensibilité osseuse, articulaire, tendineuse, cculaire.
Motilité. — La marche est à peu près correcte. Les manœuvres habituelles ne décèlent pas d’incoordination notable.
Le signe de Romberg est positif.
Examen de l'abdomen. — La palpation abdominale permet de découvrir une tumeur volumineuse, ignorée de la malade, à cheval sur l’hypocondre droit et lépigastre. Cette tumeur présente le contact lombaire et pointe vers la face antérieure de l’abdomen. Elle paraît adhérente dans ia profondeur. Sa consistance en est ferme. Sa percussion est mate. La palpation de cette tumeur et de l'abdomen tout entier est indolore.
Evolution de la maladie. — Les jours suivants la diarrhée diminue, il n’y a plus que 3 à 4 selles par jour. Pas de sang.
Les urines peu abondantes, très colorées n’ont pas d’albumine, mais des traces de glucose et d’urobiline.
Pas de pigments biliaires.
Température oscillant entre 37° et 38°.
Etat général mauvais, teint subictérique, grande faiblesse générale.
Examen du sang. — Polynucléose. Pas d’éosinophilie.
Réaction de Weinberg positive.
Dans la nuit du 15 au 16 février, apparurent de grands vomissements, 1500 gr. au moins, venant sans effort. Les matières vomies sont jaunâtres, ressemblant à de «la purée de pois ». La diarrhée devient profuse, Les matières fécales ont le même aspect que les vomissements.
Le facies est grippé, le pouls incomptable. Température : 38°2. La malade naccuse aucune douleur à l'abdomen qui reste souple.
Sous l'influence de piqûres, huile camphrée, spartéine, etc., la malade se remet un peu et sort du coma.
16 février au matin : Le facies reste altéré, Îles lèvres sont cyanosées
Pas de dyspnée. Pas de hoquet. Pouls imperceptible.
Les vomissements et la diarrhée ont disparu.
Op heS
La connaissance est revenue, la malade se plaint de douleurs très vives aux deux épaules. Appareil respiratoire normal.
L'abdomen est souple, la tumeur a considérablement diminué de volume.
La palpation de l'abdomen n'est pas douloureuse.
17 février 1920. — Etat général meilleur.
Le ventre est toujours souple et indolore.
La diarrhée et les vomissements persistent.
Le pouls est faible et rapide. La température oscille entre 36°-37°.
Le facies est toujours grippé, les lèvres sont cyanosées.
Les douleurs dans la région scapulaire ont disparu.
Traitement. — Glace sur le ventre. Sérum glucosé à la Murphy. Huile camphrée. spartéine.
19 février 1920. — Le pouls est meilleur, température 36°2. Le facies toujours altéré. Les vomissements ont disparu. Le ventre est souple, la palpation Se fait sans douleur.
Traitement. — Même traitement,
21 février 1920. — Le pouls est bon, il bat à 90. La température reste normale. La malade ressent une douleur violente et continue dans la région scapulaire droite.
22 février 1920. — Toux légère, sans expectoration. Quelques râles de bronchite disséminés. Congestion des bases. Température : 38°5. Pouls, 104, bien frappé.
Traitement. — Huile camphrée, spartéine.
24 février 1920. — L'état pulmonaire reste le même. Pas d’expectoration., Diarrhée jaunâtre abondante. Pouls, 120, bien frappé. empérature, 37°.
Traitement. — Révulsions toni-cardiaques.
26 février 1920. — Mort par asphyxie progressive et collapsus cardiaque.
AUTOPSIE., — A l'ouverture de l’abdomen on trouve une poche
d'un volume considérable, adhérente au péritoine pariétal. Cette poche qui a été ouverte en rabattant le tablier contient une quantité abondante de liquide pouvant être évaluée à 500 gr. au minimum, de couleur café au lait,
La poche formée par des adhérences péritonéales est en rapport avec la face inférieure du foie et de la vésicule biliaire.
Il est difficile d'apprécier les rapports exacts de cette poche, car tout l'abdomen est le siège d’un processus de péritonite plastique, qui aggiomère toutes les anses entre elles. L’exsudat fibrineux est très abondant, le péritoine est injecté. On ne peut découvrir la perforation de la poche dans le tube digestif.
La vésicule biliaire renferme six calculs, dont le plus gros mesure 4 cm. de long.
Les parois de la vésicule ont été déchirées durant l’autopsie et il a été impossible de savoir si elle avait été perforée.
Les reins sont normaux.
Moelle. — Présente un processus de sclérose des cordons postérieurs (visible macroscopiquement); ils sont jaunâtres, tranchant bien sur les cordons restés sains.
OBSERVATION II (Publiée par Charles-W. HITCHCOCK, M. D.) Détroit, Mich.
(Traduite par nos soins.)
NÉE. L°258 ans, dentiste.
Consulte la première fois le 1°* mars 1914.
Antécédents personnels. —— Aurait toujours été en bonne santé jusqu’à 42 ans. À cette époque aurait soufert de « rhumatismes ». IL vient à nouveau consulter pour des douleurs aiguës, siégeant actuellement dans le bras gauche, mais occupant parfois le bras droit et le tronc.
Ces douleurs spasmodiques ressemblaient à des « coups de couteau », apparaissant le matin de bonne heure ou tard dans la soirée.
Examen du malade. — I était pâle et amaigri. Les réflexes rotuliens étaient abolis.
Les pupilles inégales, G 5 D. Signe d'Argyll-Robertson positif. Avait eu de la diplopie.
DR) rer
Pas d’ataxie des membres supérieurs et inférieurs, marche normale. Signe de Romberg positif.
Avait parfois quelques douleurs en ceinture.
Système digestif normal. Système génito-urinaire normal.
Traitement. — Frictions mercurielles quotidiennes. Amélioration des douleurs. Ne revoit le médecin qu’en septembre 1915.
Septembre 1915. — Réapparition de violentes douleurs siégeant aux deux bras, augmentant par paroxysme.
Juillet 1916. — Œdème des deux pieds surtout marqué à gauche. Pouls rapide, irrégulier.
Pointe du cœur un pouce en dehors du mamelon.
Les douleurs réapparaissent. Il existe une atrophie optique marquée du côté gauche.
27 septembre 1916. — Apparition brutalement de grands vomissements dans la nuit, se continuant le jour suivant. Rejet de sang en grande quantité.
Aucune douleur, pas même comme dans les crises habituelles.
Traitement. — Glace, ergotine.
Les vomissements, l’hémorragie se calment.
Reste en bon etat sans souffrir jusqu'au 30 octobre 1916.
30 octobre 1916. — Ne fut examiné par Hitchcock que vers la fin de l'après-midi: À ce moment, le malade vomissait abondamment des matières à odeur fécaloïdes. Il n’y avait pas de sang.
Le malade ne souffrait pas, mais était pâle et exsangue. Admis à l'hôpital Henry Ford, il mourait dans la même journée.
AUTOPSIE. — Le corps est celui d’un individu cachectique, de 1 m. 72 de hauteur, Les pupilles sont dilatées, égales mais irrégulières. Il s'écoule de la bouche une sérosité sanguinolente.
L’abdomen est très distendu.
En ouvrant la cavité abdominale, une grande quantité de liquide trouble commence à couler; une quantité modérée de bulles d’air s’échappent à travers le liquide.
L’intestin grêle est très distendu, les anses sont accolées par un exsudat fibrineux qui recouvre aussi le péritoine pariétal, Cet exsuat se sépare bien du péritoine.
Une bande d’adhérences s'étend de l’épiploon et du colon trans-
EP verse au milieu de la paroi abdominale antérieure, bien au-dessous de l’ombilic, derrière lequel une boucle de jéjunum est attachée.
Au-dessus de cette obstruction, il existe une dilatation extrême du jéjunum et du duodénum. Au-dessous l'intestin est normal.
L'appendice petit est libre. Il y a de nombreuses adhérences autour du cœcum.
La paroi antérieure de l'estomac est reliée à la partie inférieure du foie par des adhérences de fraiche date.
Poumons et plèvres. — La cavité pleurale droite contient 300 centimètres cubes environ d’un liquide légèrement trouble. La base du poumon est reliée au diaphragme par de solides adhérences.
La cavité gauche contient environ un litre de liquide clair. Pas d’adhérence. *
Les poumons emphysémateux sont crépitants, présentent de l'œdème pulmonaire. Les grosses bronches contiennent une écume rosâtre.
Péricarde et cœur. — Le péricarde contient 50 centimètres cubes de liquide; les surfaces sont lisses et brillantes.
Le cœur, du poids de 390 gr., a des surfaces lisses.
Pas d’épaississement des valvules; myocarde normal.
Lésions d’artério-sclérose à l’entrée de la coronaire gauche qui ne laisse passer qu’une petite sonde. L’artère coronaire droite est
normale.
Rate et pancréas. — Normaux.
Estomac. — La surface antérieure de l’organe est couverte d’un
exsudat de fraiche date. Sur la surface postérieure, près de la petite courbure, à environ 6 cm. du pylône, il y a un grand ulcère à l’emporte-pièce, intéressant toutes les couches de l’estomac et s’ouvrant dans la cavité péritonéale.
Les bords de l’ulcère sont indurés et présentent plusieurs points hémorragiques. Tout autour, il y a quelques adhérences nouvelles déjà visibles. La muqueuse est rose pâle.
Foie. — Proportions normales. Surface irrégulière, présentant de rombreuses dépressions et élévations. :
La surface de coupe est brune.
La vésicule biliaire, adhérente au colon, contient une petite quan-
tité de bile oranger.