‹ Perles et parures (volume 2)Chapitre 2 sur 16 · AI ( I · texte numérisé non relu

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— Ne croyez pas cela, ma mère, je vaux moins; voilà pourquoi j'ai fait ce travail. C'est un caprice de coquetterie.

— Gomme cela te sied à merveille, chère Lucinda ! je ne me lasserai pas de te regarder ! tu es adorable ainsi.

— Vous trouvez, ma mère?

— Et où as-tu copié cette toilette ?

— Je l'ai inventée, ma mère.

— Dans ton esprit?

— Sans doute.

— Et quel nom donnes-tu à cela, ma fille.

— Ah ! ma mère, le baptême ne vient qu'après la naissance. Je n'ai pas encore de nom. Voulez-vous être la marraine de cet enfant de mon esprit ?

— Volontiers, ma fille.

— Eh bien! donnez votre nom ; un nom bienf choisi...

— Ce n'est pas difficile... puisque les Castillans ont un manteau, il est juste que les Castillannes aient une mantille.

— C'est cela , dit Lucinda en sautant de joie , — c'est une mantille! j'ai fait une mantille! le nom est charmant! Merci, marraine !

2 k LES PARURES.

Dona Lucinda ouvrit la porte, et prenant le bras de sa mère elle sortit.

Les deux Espagnoles marchaient d'un pas triomphant ; la mère surtout était fière comme la mère de Christophe-Colomb et de Fernand Cortez.

Dona Lucinda venait de faire une découverte bien plus précieuse que l'Amérique et Mexico : elle avait découvert la mantille.

C'était toute une révolution pour l'Espagne !

La mantille allait essuyer les dernières larmes que firent répandre la bataille du Guadalquivir et la chute du dernier roi

des Goths.

Dona Lucinda parut bientôt sous les allées des acacias , et fut saluée comme le soleil levant sous les colonnades du temple de Quito, par les adorateurs de l'astre-Dieu.

Toute la jeunesse de Séville, qui se promenait avec la nonchalance de l'habitude, s'émut et ondula sous les arbres comme un fleuve ravagé par un ouragan.

Par bonheur, la galanterie espagnole imposait déjà, vers cette époque, de graves devoirs aux hommes; personne ne s'approcha de trop près de dona Lucinda; la foule se tint à distance et arrondit un cercle respectueux autour de la mantille.

La jeune fille resta maîtresse de ses pas, de ses allures, de ses mouvements, et elle profita de sa position pour ajouter un luxe nouveau à la coquetterie d'une Sévillanne; ses veux ne

regardaient rien, pour laisser toute liberté de contemplation aux yeux des autres ; sa démarche prit un caractère de majesté voluptueuse, qui n'ait jamais été révélée par une tunique de coton ; ses mouvements, imaginés pour la circonstance, annonçaient déjà l'aurore de ces pas espagnols que le son irritant de la castagnette allait dessiner dans la Gastille et l'Arragon , pour l'ivresse des sens et le charme des yeux.

La mère triomphait du succès de la mantille, sa filleule, et elle ne se trompait pas en présumant que cette toilette, si gracieusement inventée, devait amener dans la maison quelque riche parti de mariage.

Les partis se présentèrent en foule le lendemain; ils étaient tous dignes d'être acceptés, mais il fallut faire un choix, à l'aide d'un conseil de famille, car dona Lucinda ne voulut pas prendre une initiative, qui pourtant lui revenait de droit.

On choisit le plus riche, parce que le plus beau était pauvre : c'était un très noble et très laid cavalier nommé Y Fuentès, Y Espadromas, qui recevait, chaque année, deux galions.

Ce fut là une belle découverte pour toutes les jeunes filles en expectative de mari.

Le costume de dona Lucinda devint le costume national di beau sexe, et fut la source d'innombrables hyménées.

On se mariait partout avec enthousiasme ; et on peut dire que

la mantille répara bientôt les vides qui avaient été faits dans la population espagnole par la bataille du Guadalquivir.

Le pays fut repeuplé.

A quoi tiennent le bonheur et le malheur d'une nation !

Les écrivains graves qui passent leur vie octogénaire à expliquer ce que leurs prédécesseurs n'ont pas écrit , affirment que la couronne royale a été inventée par Bélus.

Bélus, qui vivait 1993 ans avant l'ère chrétienne, aurait donc été le premier roi dont la tête se serait coiffée d'un cercle d'or, à pointes, comme signe de souveraineté.

La première fois que Bélus parut en public avec sa couronne , il vit éclore beaucoup de sourires facétieux sur les visages des Babyloniens.

28 LES PAllUftliS.

Le public de l'Euphrate trouva généralement que le bandeau sacré décorait beaucoup mieux un front royal.

Un bandeau sacré, ainsi que l'attestent les bas-reliefs antiques, était un ruban de pourpre noué derrière la tête, et comprimant les cheveux trop vagabonds des rois primitifs.

Bélus, en rentrant dans son palais , avec sa couronne , se mira dans le clair bassin d'une fontaine, miroir de l'époque, et se trouva très bien , malgré les épigrammes de son peuple : il renonça donc définitivement au bandeau sacré, dont parlent encore toutes nos tragédies.

Selon l'usage des fils de rois de cette époque, Ninus tua son père, et, pour faire diversion à ce parricide, il fonda Ninive et épousa Sémiramis.

Selon l'usage des reines de cette époque, Sémiramis tua son mari Ninus, et monta sur le trône des Babyloniens.

Son royaume comprenait la Médie, la Bactriane, l'Asie mineure, la Syrie, l'Egypte, et beaucoup de déserts.

Babylone murmura beaucoup en voyant monter une femme sur le trône, car, disait-elle, le trône demande une grande majesté de maintien, et jamais une femme n'aura la majesté d'un roi.

Ces bruits arrivèrent aux oreilles de la grande Sémiramis.

Un jour, elle convoqua l'élite de Babylone dans le grand

temple de Bélus, édifice qui couvrait une lieue de terrain dans sa longueur.

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