LA COURONNE
Mille musiciens, échelonnés sur les rives de l'Euphrate, jouaient des fanfares délicieuses, que Rossini a exhumées d'une fouille pour les mettre dans sa divine Sémiramide.
La grande reine descendit de ses jardins suspendus, et vint passer devant son peuple, sous les colonnades infinies, qui remplaçaient les arbres absents, et donnaient une fraîcheur de marbre aux heures brûlantes du milieu du jour.
Sémiramis portait une robe de lin tissue à Tyr, et d'une souplesse merveilleuse ; mais toutes les grandes dames babyloniennes avaient des robes de la même manufacture, et si la reine n'avait eu que cet ornement, elle n'aurait produit aucune sensation.
Heureusement, Sémiramis, en fouillant dans les antiques reliquaires de famille, avait découvert la couronne que Bélus portait si gauchement, et elle la posa sur son front, pur et blanc comme un ovale de marbre de Paros.
Prenez une tige de lis dans la plaine de Sarous , et placez-la sur le casque de cuir d'un soldat numide ; placez-la ensuite dans les boucles de cheveux noirs d'une vierge du Caucase, et vous verrez tour-à-tour éclater le rire et l'admiration devant la même tige de lis.
Ce ne sera pas la faute de la fleur, mais la faute du choix.
Une couronne d'or à pointes est un ornement ridicule sur la tête d'un roi; cela est si vrai que les rois l'ont reconnu eux-mêmes, et qu'ils ne la portent plus. • j
LES PARUUES.
On ne trouve plus de monarques couronnés de cette façon que dans les vieux tableaux et dans le brelan carré des rois de cartes.
En 1830, Louis-Philippe portait sur sa tête un chapeau gris de douze francs, et même assez mal brossé.
Sémiramis obtint un succès immense d'admiration enthousiaste avec la même couronne qui avait excité tant d'hilarité autour du vénérable front de Bélus.
Lorsque cette magnifique reine parut sous le premier péristyle du temple, les fanfares de Rossini furent étouffées par les acclamations populaires. — Par le soleil ! par Mithra! s'écriaiton en babylonien, qu'elle est belle! qu'elle est grande! qu'elle est reine ! Que cette couronne d'or lui sied bien ! comme cette parure la met au-dessus de toutes les femmes ! comme les hommes sont petits et s'abaissent devant cette gracieuse majesté !
Alors un chœur, composé de toutes les voix, de tous les éloges, de tous les amours, s'éleva sous les colonnades de Bélus; ce fut comme l'expansion du délire voluptueux de tout un peuple,
Il n'y manqua, sans doute, que ces notes langoureuses qui s'exhaleni de l'orchestre de Rossini lorsque le cor accompagne l'hymne d'amour entonné au pied du trône de Sémiramis.
La reine superbe traversa tout le péristyle, malgré sa longueur, et, à chaque pas, elle entendait éclater le même enthousiasme, elle rencontrait le même amour ; Babylone brûlait pour une seule femme, et les brises de l'Euphrate, le parfum des heurs,
f f > . ^ " /, 1 r" v-"' Cl