LA CEINTURE
Tel ne fut point l'avis des parents.
La discussion fut vive, on la résuma, et il fut décidé que les trois jeunes filles iraient à la cour avec la plus légère des tuniques d'été.
On adopta un terme moyen.
Les curieux sentirent que les jeunes filles avaient tout à perdre dans cette toilette absurde, qui n'avait pas la candeur primitive de la nudité virginale, et la séduction coquette de la parure ; mais les parents tinrent bon.
Cependant un murmure d'ironie circula sous le hangar, lorsqu'on vit apparaître les trois Naïades affublées d'une tunique longue, raide, et zébrée de plis lourds.
Les parents eux-mêmes reconnurent qu'on aurait pu trouver mieux, mais ils ne voulurent pas en démordre par acharnement de vanité.
Un jeune sculpteur nommé Gratien Lefébure, ayant été consulté dans cette grave occasion, proposa un supplément de toilette, qui, sans porter atteinte à la chose jugée, devait en corriger la déplaisante raideur.
On avait grande confiance dans le bon goût du jeune artiste, et on lui permit de corriger.
Alors Gratien cueillit une certaine quantité de légers rameaux, dont les feuilles aquatiques bordaient la fontaine voisine, et en composa trois ceintures végétales, qu'il accommoda très bien à la taille svelte des trois Naïades.
11 y a une vieille gravure à la bibliothèque de la rue Richelieu, qui donne une idée exacte de cette toilette improvisée autour de la fontaine de la rue du Ponceau.
On la nomme la Ceinture des Grâces, pour faire pendant à la Ceinture de Vénus, qu'Homère regarde comme l'indispensable complément de la beauté.
Les trois Naïades, avec leurs trois ceintures, se rendirent au Louvre, et Isabeau se récria d'admiration sur cette découverte.
La jeune princesse était fort bien faite, et témoignait souvent le chagrin qu'elle avait de ne pouvoir mettre chastement le public dans la confidence de ses rares perfections de corps.
Elle manda tout de suite auprès d'elle le jeune artiste Gratien, et lui ordonna de lui dessiner une douzaine de ceintures, avec agrafes et fermoirs.
Désir de reine esl un feu qui dévore.
Une reine est deux fois femme ; elle voulut avoir ses douze ceintures en vingt-quatre heures.