‹ Perles et paruresChapitre 14 sur 49 · DONNÉE · texte numérisé non relu

DONNÉE

AU COMMANDANT DE SAINT-SAULIEUX , Par madame Van-Qberken ,

DANS SON HABITAI ION DE CETLAN, APRES LA DESTRUCTION DES PIRATES MALAIS.

Madame de Saint-Saulieux regarda son mari, qui regarda le tableau de l'air d'un homme qui ne regarde rien.

■ — Pourquoi, demanda Marguerite, ne m'avez-vous jamais parlé de cette fête, mon père ?

— Il me semble pourtant que je t'en ai parlé mais il y a

fort longtemps Tu étais si jeune que....

— Non, monsieur de Saint-Saulieux, non, — dit la femme de ce ton sec qui brise un entretien ; — vous n'avez jamais parlé de cette fête dans notre maison, et je comprends très bien aujourd'hui, puisque vous oubliez tout, que vous ayez oublié la perle deCcylan.

A ce souvenir , exhumé après dix-neuf années, devant un tableau accusateur, M. de Saint-Saulieux frissonna de la tète aux pieds, comme si une brise polaire eût glissé sur sa poitrine, et

prenant la main de sa fille, par un mouvement brusque, il dit :

— Marguerite, voilà le monde qui arrive à flots dans les salons; ne nous reléguons pas dans la galerie, comme des invalides de bal.

Madame de Saint-Saulieux regardait toujours la fête de l'habitation, et disait d'un ton aigre :

— Est-elle aussi belle que ce tableau l'a faite, madame Van Oberkon ?

— Mon Dieu ! mon Dieu ! — dit le mari, avec un ton d'impatience brusque ; — il y a vingt ans de cela, madame !

J'ai cinquante-six ans, et vous quarante-trois aujourd'hui.

Faut-il nous quereller comme des enfants devant un tableau !

Marguerite ouvrit de grands yeux, et regarda son père et sa mère avec stupéfaction.

— Tu ne comprends rien à cela, ma fille, — lui dit la mère, en l'entraînant vers les salons:

— Je vais tout t' expliquer, parce que....

Comme elle commençait l'histoire de la perle de Ceylan, qu'elle se disposait à raconter en forme de plaisanterie, pour respecter l'âge de sa fille, le ministre parut et aborda M. de Saint-Saulieux, en lui serrant affectueusement les mains.

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