DEUXIÈME CLASSE
STALACTITES ET STALAGMITES. — SAPHIRS. — RUBIS. — TOPAZES. — ÉMERAUDES. — CHEVEUX DE VÉNUS. — FLÈCHES D'AMOUR. COUNALINliS. — OPALES. — ONYX. AGATES. — GRENAT, etc.
La deuxième classe se compose des substances métalliques hétéropsides, c'est-à-dire qui se montrent sous un aspect étranger. Ces substances se divisent en dix genres , dont le premier comprend les différentes espèces de chaux.
La chaux est très abondante dans la nature ; elle joue un rôle des plus importants dans la formation du globe, et même dans le règne animal. Une des espèces les plus remarquables, et la plus répandue sur notre globe , est la chaux carbonatée. Cette substance est évidemment le produit de corps organisés passés à l'état calcaire, et cependant elle forme à elle seule d'immenses chaînes de montagnes ; elle appartient à toutes les formations, à tous les âges du globe. L'imagination s'effraie à la pensée de la prodigieuse quantité d'êtres organisés qui ont dû concourir à la formation de ces masses. C'est à cette espèce qu'appartiennent les
stalactites et les stalagmites dont nous avons parlé précédemment, ainsi que les marbres et les pierres lithographiques.
Ce minéral se réduit en chaux vive par la calcination ; il se dissout dans l'acide nitrique, et sa forme primitive est un rhomboïde obtus.
Une autre espèce, aussi très remarquable, est la chaux fluatée qui se fond au chalumeau en émail blanc, et qui placée sur des charbons ardents, devient phosphorescente. Sa forme primitive est l'octaèdre régulier, et ses variétés de couleurs sont nombreuses; il y en a de violettes , de lilas , de bleues , de vertes , de jaunes, dont le travail du tourneur fait une foule de jolis ouvrages.
La variété de chaux fluatée , la plus phosphorescente est celle appslée chlorophane. Un soir d'hiver, le fameux minéralogiste Patrin était dans son cabinet avec quelques-uns de ses amis et plusieurs dames. On s'entretenait d'apparitions surnaturelles , lorsque Patrin éteignit les bougies comme par maladresse. Aussitôt il s'éleva de dessus le poêle, qui chauffait l'appartement, une lumière verte dont l'intensité augmentant avec rapidité, permit aux personnes de se voir distinctement. Ge fut alors un spectacle étrange que toutes ces têtes vertes, ces cheveux verts d'où semblaient s'échapper des flammes de môme couleur. Les hommes étaient muets d'étonnement ; les dames poussaient des cris d'effroi ; mais un domestique apporta des flambeaux et la frayeur se calma un peu : pour la faire cesser tout à fait, le savant se hâta de donner l'explication du prodige; il dit les propriétés de la chaux fluatée chlorophane, et fit voir que le dessus de son poêle était fait de plusieurs belles pierres de cette nature. Les dames
néanmoins continuèrent à le suspecter quelque peu de magie : il est vrai qu'à l'époque où cela se passait personne ne s'était encore avisé d'écrire un traité de minéralogie à leur usage.
On remarque aussi la chaux sulfatée qui sert d'enveloppe à une prodigieuse quantité de débris de corps organisés de toutes sortes, et surtout d'ossements attestant les épouvantables catastrophes, qui, à plusieurs reprises, ont bouleversé notre globe.
Après ces différentes espèces de chaux viennent la baryte sulfatée et la baryte carbonatée. La première est fusible au chalumeau, en émail blanc, qui, à peine formé, tombe en poussière. La deuxième espèce diffère peu de la première.
La baryte se trouve particulièrement dans les terrains argileux, et elle est surtout remarquable par les beaux fossiles qu'elle contient. On la trouve en abondance dans l'île de Scheppy, près de l'embouchure de la Tamise. 11 y en a aussi près de Bologne, dont on fait des espèces de tablettes phosphorescentes, et l'on assure que les Chinois doivent à son emploi la supériorité de leurs porcelaines , dans la fabrication desquelles elle entre en certaine proportion. Au reste, c'est 'la substance minérale la plus apte à s'allier avec toutes sortes d'autres corps ; on la trouve associée au soufre, au plomb, au zinc, au cuivre, etc.
Les Anglais ont longtemps rangé, on ne sait pourquoi , la baryte carbonatée au nombre des poisons les plus actifs. Ils employaient surtout ce prétendu toxique à la destruction des rats , et destruction n'était certes pas ici le mot applicable à la chose ; car les infortunés que nos voisins d'outre-mer avaient la prétention de faire passer de vie à trépas, par ce procédé, continuaient
à se porter le mieux du monde ; ils croissaient et multipliaient de leur mieux , suivant les principes de la Genèse, en véritables et bons anglicans, au point qu'ils eussent fini par anéantir la race des chats dans les trois Royaumes-Unis, si l'imminence du danger n'eût fait recourir à des moyens de défense efficaces.
Le troisième genre comprend la strontiane sulfatée et la strontiane carbonatée, substances assez abondantes en Écosse.
Les différentes espèces de magnésie, au nombre de cinq, composent le genre suivant.
Tout le monde connaît la magnésie, remède vulgaire employé comme purgatif doux. Cette substance est surtout abondante dans certaines contrées du Nord, où elle s'échappe des terrains qui la contiennent sous la forme d'efflorescence. Dans quelques parties de la Sibérie, par exemple, le sol est tellement couvert de ces efflorescences, que les pas s'y impriment comme dans la neige.
L'eau de mer tient en dissolution une assez forte quantité de magnésie, et c'est surtout à cette substance qu'elle doit son amertume; il en est de même de la fontaine d'Epson , en Angleterre, et de celle de Sedlitz, en Bohême, dont les eaux doivent leur propriété purgative à la magnésie qu'elles contiennent.
La magnésie sulfatée est à la fois l'espèce la plus remarquable et la plus connue. Elle donne à l'analyse, sur 100 parties, 19 magnésie, 33 acide sulfurique, et 48 eau; elle se fond aisément, et se dissout dans le double de son poids d'eau froide ; sa forme primitive est le prisme rhomboïdal droit ; ses cristaux jouissent de la double réfraction. C'est à cette espèce que se rapportent prin-
cipaloment les propriétés éniim Tn\s plus haut. Après elle, on peut citer la magnésie carbonatée, dont on fait les pipes connues des fumeurs sous le nom d'écume de mer. Elle se trouve en Moravie, en Espagne et dans le Piémont, où on la fait entrer dans la composition de la porcelaine.
Le corindon est la plus importante des sept espèces d'alumine qui composent le cinquième genre. Ce minéral raie tous les corps, excepté le diamant; sa pesanteur spécifique est de k environ , et sa forme primitive est un rhomboïde aigu. 11 est infusible au chalumeau.
11 y a trois grandes variétés de corindons, ce sont : le corindon hyalin, vulgairement appelé saphir; le corindon harmophane, appelé autrefois spath adamantin, et le corindon granulaire, vulgairement émeriL
Le corindon hyalin comprend les saphirs blancs, bleus d'azur, bleus foncés, les rubis orientaux, les topazes et les émeraudes orientales, qui font partie des pierres précieuses proprement dites, qu'on appelle gemmes.
Le corindon harmophane présente un tissu éminemment Iamelleux ; ses couleurs ne sont pas pures, et sa transparence est imparfaite.
Quant au corindon granulaire, ou émeril , il n'est autre chose qu'un mélange de l'une des deux autres variétés avec du silicule de fer.
Les corindons hyalins ont eu de tout temps une grande valeur dans le commerce; les plus beaux se trouvent au Pégu et dans l'île de Ceylan, au milieu des sables de certaines rivières, où ils
sont mêlés à d'autres substances plus ou moins précieuses. Les variétés de corindons harmophanes se rencontrent dans les roches les plus antiques de la Chine, du Pégu, du Carnate, du Thibet, du Malabar.
On a cru longtemps que ces belles et précieuses pierres étaient uniquement originaires de l'Inde; la vérité est que les plus belles viennent des contrées orientales que nous venons de nommer ; mais, depuis plusieurs années, on en a trouvé en Suède, dans les Alpes, dans quelques contrées du Piémont ; dans ces derniers temps , on en a découvert de fort belles en France, près de la ville du Puy, dans le département de la Haute-Loire. On en fabrique aussi depuis longtemps qui , pour la pureté et l'éclat, ne le cèdent pas à celles qui nous viennent de l'Inde; mais elles ne réfractent pas doublement la lumière, comme ces dernières, et elles sont moins dures. Enfin, dans le cours de l'automne de 18/19, M. Despretz a annoncé à l'Académie des sciences qu'il était parvenu à faire des rubis ayant exactement toutes les propriétés que ceux de formation naturelle.
Ce dernier fait n'a rien qui doive surprendre, et il est permis de croire que d'autres, avant M. Despretz, ont fait cette découverte, dont ils ont emporté le secret dans la tombe. Le fameux comte de Cagliostro, par exemple, dont le nom eut un si grand retentissement vers la fin du siècle dernier, peut être rangé au nombre de ceux qui ont possédé ce secret.
On a débité beaucoup de fables sur ce personnage ; il n'est sorte de méfaits dont on ne l'ait accusé : on le croyait capable de tout, des choses les plus honteuses comme des plus merveilleu-
ses. La vérité est que c'était un habile chimiste et un homme de beaucoup d'esprit, sachant tirer un admirable parti des connaissances qu'il possédait; mais quelque grandes que fussent ces dernières, elles ne pouvaient lui permettre de satisfaire les nombreux solliciteurs qui le suppliaient de les enrichir, croyant que, pour cela, il n'avait qu'à vouloir, et ceux qui n'en obtenaient rien, devenaient ses ennemis.
. Un jour, Cagliostro reçut, à Londres, la visite d'un diplomate allemand, le baron de Kertschen, qui lui dit :
— Monsieur le comte, je ne suis pas de ceux qui pensent, que vous faites de l'or ; je ne crois pas à la possibilité de la transmutation des métaux ; il n'en est pas ainsi pour les pierres précieuses. Quelques expériences que j'ai faites moi-même m'ont démontré la possibilité d'en fabriquer de plusieurs sortes, bien que je n'en aie pas obtenu de parfaites. J'ai la conviction que , plus heureux que moi, vous avez le secret que j'ai cherché inutilement.
— Qui peut vous faire croire, Monsieur, que j'aie trouvé ce secret ?
— Monsieur le comte, je vous en prie, jouons cartes sur table : vous voyez que je m'explique franchement ; je vais continuer si vous le permettez.
— A votre aise, monsieur le baron.
— Vous saurez donc que le prince dont j'ai l'honneur d'être le ministre plénipotentiaire est sur le point de se marier. Je suis chargé d'acheter, à Londres, les bijoux et parures qui doivent être
offerts à ma future souveraine, et il m'a été ouvert, à cet effet, un crédit de dix mille livres sterling (250,000 francs).
— C'est un fort beau denier, monsieur le baron, et vous pouvez acquérir avec cela d'admirables choses.
— Sans doute; mais revenons à ce précieux secret dont je vous crois possesseur. Si vous tenez le procédé caché, il faut vous rendre la justice de reconnaître que vous n'êtes pas avare des produits que vous en obtenez ; on cite un grand nombre de femmes de condition qui ont reçu de vous, en ce genre, de véritables présents de roi
— De grâce, Monsieur, ne vous faites pas l'écho de ces médisances.
— Très bien ! mais je vous déclare que, parfaitement renseigné, je sais à quoi m'en tenir sur ce point : vous donnez beaucoup de pierreries, monsieur le comte ; ce n'est pas une raison pour que je vienne, moi, de but en blanc, vous en demander gratuitement ; mais je crois pouvoir vous prier de m'en vendre.
Cagliostro soupçonna un piège ; il se tint sur ses gardes.
— Monsieur le baron, dit-il, je ne comprends pas.
— Vous allez voir que cela est infiniment simple : sur les dix mille livres sterling mises à ma disposition, j'ai résolu d'en consacrer six à l'achat de pierreries ; vous en avez, vous me les vendez au prix d'estimation des lapidaires, et le marché conclu, il vous plaît de me faire remise de moitié de la somme. Vous aurez fait ainsi passer soixante-quinze mille francs dans votre coffrefort, autant dans le mien ; il ne vous aura fallu pour cela que vous enfermer quelques heures dans votre laboratoire, et vous
aurez évite en outre de faire passer vos produits dans le commerce, ce qui pourrait bien ne pas être absolument sans danger. Nous serons donc tous deux intéressés à garder le secret, et mon souverain n'aura rien perdu à cet arrangement, puisqu'il aura des pierreries pour son argent.
— J'accepte , Monsieur , dit Cagliostro après avoir réfléchi pendant un instant ; mais j'entends ne vous donner reçu que de la somme que vous me compterez, reçu dans lequel je déclarerai toutefois n'avoir rien à vous répéter. De votre côté vous me donnerez un reçu des pierreries, mentionnant le poids et la qualité de chaque pièce, ce qui ne peut vous inquiéter puisque je déclarerai n'être point votre créancier à ce titre.
Le baron consentit à tout et il se retira enchanté ; jamais, dans son métier de diplomate, il n'avait mené à bonne fin une négociation aussi fructueuse.
Au jour fixé pour la livraison, le ministre plénipotentiaire arrive escorté de deux lapidaires. Le comte étale devant eux des rubis, des émeraudes, des topazes, des diamants, des roses, etc. Le baron choisit; les lapidaires essaient, examinent, estiment; ils déclarent de bon aloi tout ce qu'ils ont sous les yeux, et ils offrent de faire l'acquisition de quelques-unes des pièces autres que celles choisies par le baron, mais Cagliostro refuse de les vendre.
Le diplomate rentre chez lui avec son emplette ; il est au comble de la joie, et il passe le reste de la journée à contempler et admirer ces brillantes et précieuses choses dont l'acquisition vient d'arrondir si notablement sa médiocre fortune. Il dormit peu,
tant sa joie était vive, et à peine levé, il courut à son précieux écrin afin de choisir celles de ces pierres qu'il devait faire monter sur le champ. Mais qu'en juge de sa stupéfaction, de son désespoir, au déplorable spectacle qui s'offrit à ses yeux : ses plus beaux diamants étaient clivés, ses roses tombaient er poussière; beaucoup d'autres pierres avaient perdu leur transparence ; les émeraudes et les rubis seuls avaient conservé leur pureté et leur perfection. 11 est vrai qu'ils étaient les plus nombreux, et qu'ils valaient à eux seuls les soixante-quinze mille francs comptés au vendeur, mais le désastre était néanmoins immense, écrasant. Le baron parut d'abord anéanti ; puis revenu à lui, il courut chez Cagliostro qui le reçut avec un calme parfait.
— Monsieur le comte, s'écria le diplomate, cela est indigne, affreux, épouvantable ! Voyez, voyez, monsieur!
Et il étalait sur une table ces pierreries si belles, si brillantes la veille, et qui n'étaient plus que de misérables morceaux de verre.
— Tous comprenez, Monsieur, reprit-il, que notre marché est nul, de toute nullité
— Ce que je comprends parfaitement, répondit le comte sans s'émouvoir, c'est que vous m'avez demandé à acheter des pierres de ma fabrique ; que vous les avez fait estimer ; que je vous les ai livrées sans débat au prix que vous en avez offert. Elles vous plaisaient hier, elles ne vous plaisent plus aujourd'hui, c'est fâcheux ; mais j'ai votre reçu, et il me sera facile de faire constater que la valeur des rubis et des émeraudes demeurés intacts est au moins égale à la somme que vous m'avez comptée.
— Mais vos diamants étaient faux Je porterai plainte
— A votre aise , monsieur le ministre plénipotentiaire ; ce qui ressortira de plus clair du procès , si vous m'en faites un, ce sera que voulant voler votre maître, vous avez tenté de me faire votre complice, et que je vous ai empêché de commettre cette mauvaise action à laquelle vous vouliez me faire participer.
Il n'y avait rien à répliquer à cela; le diplomate était battu avec ses propres armes, et il se résigna. Le procès n'eut donc pas lieu ; mais l'affaire s'ébruita néanmoins , et l'infortuné baron lui dut la perte de son ambassade.
Mais revenons aux corindons qui ont joué dans cette circonstance le rôle le plus honorable. Nous vous avons dit, Mesdames, tous les mérites du corindon hyalin ; ceux du corindon harmophane sont moins grands ; ses couleurs sont moins éclatantes; cependant on y trouve l'indice de toutes les belles teintes du saphir. Dans l'Inde, les lapidaires s'en servent pour tailler et polir les pierres fines.
Quant au corindon granulaire, ou émeril dont la ténacité et la dureté sont extrêmes, il est assez abondant en Saxe, au Thibet, à Naxos ; on s'en sert pour polir les métaux et donner le fil aux instruments tranchants.
Les six autres espèces du genre alumine sont : l'alumine sulfatée, vulgairement alun, l'alumine sous -sulfatée, l'alumine soussulfatée-alcaline , l'alumine fluatée-alcaline , l'alumine hydrophosphatée et l'alumine hydratée.
L'alun natif ne se trouve que rarement et en petite quantité ; niais les substances dont on peut l'extraire sont dès répandues
dans la nature. 11 y a en Italie, en Hongrie, en France, de grandes exploitations de ce sel, qui est surtout employé dans la teinture des étoffes. On s'en sert aussi en chirurgie pour arrêter les hémorrhagies et pour hâter la cicatrisation des blessures produites par les armes à feu.
Ainsi, là encore le bien et le mal se coudoient, et dans le même coin de terre d'où l'on a extrait le salpêtre qui broie, renverse, tue à de si grandes distances, se trouve la substance destinée à guérir ou atténuer les ravages de cette foudre humaine. C'est la, grande loi des contrastes, le balancier qui règle toute chose en ce monde ; car l'absolu n'existe pas, et notre jugement ne s'exerce que par la comparaison. C'est en vertu de la comparaison, Mesdames, que vous avez été proclamées la plus belle moitié de l'espèce humaine, d'où il faut conclure que le laid a son prix, puisqu'il sert de point de départ pour l'appréciation du beau.
La potasse nitratée et la potasse sulfatée forment le sixième genre.
On l'a dit avant nous, les trois règnes de la nature ne sont que les anneaux d'une même chaîne ; la transition entre eux est imperceptible. La formation de la potasse nitratée peut servir particulièrement à la démonstration de cette vérité : ce minéral en effet, qui n'est autre chose que le sel désigné communément sous le nom de nitre ou de salpêtre, se forme journellement dans les lieux où des matières animales et végétales entrent ensemble en putréfaction ; aussi le trouve-t-on ordinairement, sous forme d'efflorescence, à la surface des murs d'écuries, d'étables, de caves, dans le sol des boucheries, et dans l'intérieur de certaines caver-
nés presque comblées de débris d'animaux et de végétaux. Plusieurs plantes, en outre, et entre autres toutes celles de la famille des boraginées , contiennent ce sel tout formé, et il suffit de les brûler pour l'obtenir pur.
La forme primitive de ce minéral est un prisme rhomboïdaj droit ; il donne, par l'analyse, sur 100 parties, 49 potasse, 33 acide sulfurique, et 18 eau de cristallisation.
La découverte des propriétés de cette substance qui, seule, est d'une parfaite innocuité, a suffi pour changer la face du monde, il y a quatre siècles : un moine s' étant avisé de jeter au feu un mélange de salpêtre, de soufre, et de charbon, il en résulta une explosion terrible qui amena la découverte de la poudre à canon. Ce fut un grand chagrin pour ces preux chevaliers dont l'inutile vie se passait à rompre force lances en l'honneur de leurs belles : les riches armures , les brillantes passes d'armes étaient désormais hors de saison ; c'étaient là des jeux d'enfants auxquels il fallait renoncer en présence de ces tonnerres dont la voix terrible proclamait la nouvelle puissance sortie tout armée du génie de l'homme.
Les plus remarquables des neuf espèces de soude dont se compose le septième genre sont la soude niuriatée , vulgairement appelée sel gemme , la soude boratée, connue sous le nom de borax, et la soude carbonatée.
Le sel gemme est abondamment répandu dans la nature ; la France, l'Espagne, F Angleterre, possèdent des mines inépuisables de ce sel, qui ne demande aucune modification pour être employé dans la préparation des alhnenls. Une des plus belles de ces
mines est celle que Ton exploite à Vie, dans le département de la Meurthe.
Les mines de sel gemme ne sont autre chose que des dépôts de sel marin dus aux révolutions de notre globe; cela est évident : l'eau de mer a séjourné là, elle y a déposé une partie du sel dont elle est saturée, et une grande quantité de coquilles; sa prise de possession s'y trouve inscrite en lettres impérissables. Chose étrange pourtant ! le sel gemme fond au feu , tandis que le sel marin, mis en contact avec des charbons ardents, éclate, décrépite et ne fond pas.
Le sel est une des choses les plus nécessaires à la vie de l'homme ; aussi cette substance a-t-elle eu le sort de tout ce qui est excellent et hors ligne: on l'a longtemps calomniée. Au moyen âge, par exemple, on rasait le château d'un vassal félon, et l'on semait du sel sur ses terres, pour les rendre stériles ; or, il est maintenant démontré que le sel est doué d'une puissance fertilisante supérieure à tous les engrais. C'est une réhabilitation tardive , mais elle est complète; et ce minéral est désormais et pour toujours à l'abri des imputations calomnieuses nées de l'ignorance et de la barbarie.
Le borax est une substance que l'on emploie dans l'orfèvrerie et la bijouterie, pour souder et braser les métaux les uns avec les autres. On l'emploie aussi dans la fabrication du verre, mais à très petite dose, pour hâter la fusion des matières.
Nous ne dirons qu'un mot de la soude carbonatée, dont on fait un grand usage en médecine, et à laquelle les eaux de Vichy doivent leurs propriétés médicamenteuses. Ce sel abonde en Egypte
et dans quelques plaines de la Hongrie, où il sort du terrain sous la l'orme d'aiguilles ou d'efflorescenccs. C'est aussi sous cette forme qu'il se présente à la surface des vieilles murailles de certains édifices, de même que le salpêtre, avec lequel il a d'ailleurs une grande analogie.
La soude carbonatée entre dans la composition du verre, et elle forme, avec l'huile, la base des savons durs, renseignement qui a son importance pour toute bonne ménagère. Or, c'est là un titre que vous ambitionnerez toutes, Mesdames, un peu plus tôt, un peu plus tard.
Les deux espèces du huitième genre sont l'ammoniaque sulfatée, appelée vulgairement sel de Glaubcr, et l'ammoniaque muriatée ou sel ammoniac.
La forme primitive de l'ammoniaque muriatée, la plus importante des deux espèces, est l'octaèdre régulier ; elle a une saveur salée et piquante, et elle se volatilise complètement sur des charbons ardents.
Cette substance est encore une de celles qui appartiennent autant au règne végétal et animal qu'au règne minéral; ainsi on en fabrique dans les environs de Paris en brûlant les immondices de toutes sortes ramassées dans les rues de cette capitale, et en Egypte et dans le désert de Sahara, les Arabes en font une récolte abondante en brûlant la fiente de leurs chameaux.
Pardon pour ces détails, Mesdames ; mais nous ne vous avons jamais dit que les sentiers de la science fussent pavés de feuilles de roses. D'ailleurs, l'ammoniaque muriatée rachète suffisamment son origine par les services qu'elle rend.
Elle est surtout précieuse à cause de sa propriété réfrigérante : mêlée à de la glace pilée, elle fait congeler en quelques secondes les liquides enfermés dans des vases de verre que l'on plonge dans ce mélange. On peut même, sans autre secours que celui de l'ammoniaque muriatée, se procurer de la glace en toute saison.
Nous parlerons ici des quartz, qui ne sont autre chose que de la silice presque pure. On en connaît six espèces, qui sont : le quartz hyalin, le quartz agate, le quartz résinite, le quartz jaspé, le quartz compacte, et les tripolis.
Les quartz , en général , sont infusibles au chalumeau, insolubles dans les acides, et ils raient toujours le verre.
Le quartz hyalin est très abondant sur presque toutes les parties du globe ; il entre dans la composition d'un grand nombre de roches et d'alluvions ; il constitue au moins le tiers des masses de roches granitiques, et il n'est pas un minerai auquel il ne soit associé en plus ou moins grande quantité.
La plus belle qualité de quartz hyalin incolore, vulgairement appelé cristal de roche, s'emploie dans la bijouterie; on en fait aussi de beaux vases, dont la valeur est d'autant plus grande que leur volume est plus considérable. Quant aux variétés colorées, elles s'emploient dans la bijouterie commune, et elles atteignent parfois un prix assez élevé. Cela arrive surtout au quartz hyalin violet, auquel on donne dans le monde et dans le commerce le nom d'améthiste. Les plus beaux cristaux de cette variété se trouvent au Brésil ; il y en a aussi en Espagne, en Allemagne et même en France, dans les montagnes de l'Auvergne ; mais ceux du Bré-
ils l'emportent sur tous les autres par leur pureté et la beauté de leur teinte. Les anciens faisaient grand cas des améthistes, qu'ils mettaient presque au rang des pierres précieuses, et nous possédons encore aujourd'hui un grand nombre de gravures antiques, exécutées sur des améthistes dont la valeur intrinsèque et artistique est considérable.
il arrive aussi que divers minéraux se trouvent engagés dans des cristaux limpides de quartz hyalin , qui acquièrent ainsi une valeur particulière. Ainsi, en Dauphiné, on trouve l'asbcste dans quelques-uns ; au Brésil, on y trouve le titane rouge, appelé vulgairement cheveux de Vénus , et un grand nombre de ces cristaux, en Sibérie, contiennent du fer oxydulé; on fait de ces derniers un assez grand commerce à Moscou , où on les taille et les polit pour les vendre sous le nom de flèches d'amour.
Enfin, le cristal du commerce, qui n'est autre chose que du verre d'une certaine perfection, n'a lui-même d'autre base que le sable quartzeux le plus pur.
Que de propriétés , que de richesses ! Et pourtant, Mesdames, vous ne pouvez vous promener dans la campagne, faire un seul pas dans les allées les mieux sablées d'un jardin , sans fouler aux pieds cette substance; ce sable si fin et si doux, qui reçoit l'empreinte de vos délicates chaussures, sera peut-être quelque jour la coupe étincelante que vos lèvres effleureront. Ne méprisons personne : les petits d'aujourd'hui peuvent être grands demain.
Le quartz agate, pris en général , appartient à presque tous
les terrains. On le trouve dans le calcaire crayeux, dans les terrains d'alluvion d'antique origine.
Les plus belles variétés de cette substance sont employées dans la bijouterie : on exécute sur les calcédoines, les cornalines, les sardoines, les onyx, variétés les plus remarquables, des gravures en creux ou en relief, qui donnent à ces pierres un prix très élevé, lorsque l'artiste a profité avec habileté de la diversité des couleurs. On taille aussi les agates ordinaires, surtout les belles, qui nous viennent de l'Inde, en plaques et en coupes.
Les principales variétés du quartz résinite sont le résinite hydrophane, le résinite opale et le résinite pseudomorphique. La première de ces trois variétés est naturellement opaque ; mais si on la laisse plongée pendant un certain temps dans de l'eau bien limpide, elle acquiert une transparence plus ou moins grande. Ces pierres étaient très rares autrefois, et, par conséquent, d'un grand prix; mais aujourd'hui on en trouve une grande quantité en Saxe et même en France.
L' opale a toujours été très estimée dans le commerce : du fond de cette belle pierre, ordinairement laiteux, légèrement bleuâtre et demi-transparent, sortent les reflets colorés de la plus brillante iris. Cette substance se trouve particulièrement en Hongrie et en Islande.
Le quartz résinite pseudomorphique n'est rien autre chose que du bois pétrifié ou agatisé. Les palmiers agatisés que l'on trouve en Hongrie sont du plus grand prix ; il n'est pas rare de retrouver dans ces belles pierres tous les indices de l'organisa-
tion végétale, et les échantillons qui offrent cette particularité sont très recherchés.
Le quartz jaspe est assez abondant dans la nature; on le trouve particulièrement dans la Sibérie, en Sicile et dans les environs de Gène, du moins quant aux belles variétés, dont on fait des vases, des socles, des pendules et autres ouvrages du même genre.
Quant au quartz compacte, qu'on appelle aussi quartz lydien, il n'est remarquable qu'à cause des fossiles et des nombreuses empreintes de plantes qu'il contient. On le trouve en abondance dans les montagnes du Dauphiné.
Un mot des tripolis. Ce sont encore des substances quartzeuses, qui contiennent 95 parties de silice sur 100, et dont on se sert particulièrement pour polir l'acier.
Il est donc bien vrai que rien n'est à dédaigner en ce monde, où le plus humble n'est souvent séparé du plus glorieux que par un grain de poussière.
Après la silice, se rangent naturellement les silicates, que les professeurs ont divisées en quatre séries, composées chacune d'un assez grand nombre d'espèces.
Les huit espèces de la première série sont le zircon, la sillimanite, la staurotide, l'émeraude, l'euclase, le disthène, le triclasite et l'halloysite.
Le zircon, que l'on appelait autrefois hyacinthe ou jargon, est infusible au chalumeau ; il raie légèrement le quartz, et sa pesanteur spécifique est d'environ 4,35. Ces pierres, qui nous venaient toutes autrefois de l'île de Geylan, et qu'on a trouvées depuis dans
les environs de la ville du Puy, département de la Haute-Loirè, n'ont jamais joui d'une grande estime dans le commerce; leur éclat est faible, bien qu'elle s aient, du reste, beaucoup d'analogie avec le diamant, surtout sous le rapport de la dureté ; aussi les taille-t-on particulièrement pour en faire des supports aux pivots dans l'horlogerie de luxe.
L'espèce la plus remarquable de cette série est incontestablement l'émeraude, cette belle pierre qui, dans l'antiquité, ne se trouvait qu'en Egypte, et qu'on a découverte depuis au Pérou et dans les environs de Saltzbourg, en Bavière. 11 y en a de diverses couleurs; mais la verte est l'émeraude par excellence. Chez les anciens, Grecs et Romains, l'émeraude était considérée comme si précieuse qu'il était défendu aux artistes de graver dessus; on s'en servait dans les hautes régions de la société pour soulager la vue et délasser l'œil ; c'est ainsi que Néron regardait le spectacle sanglant de l'arène à travers une superbe émeraude.
Une des plus belles pierres de cette espèce est celle qui orne le sommet de la tiare du pape; elle fut trouvée en Egypte plus d'un siècle avant la découverte du Nouveau-Monde.
Les aigues-marines et les bérils, qui appartiennent à la même espèce, sont aussi des pierres très estimées. Ainsi , parmi les pierres précieuses qui appartiennent à la couronne , en Angleterre, se trouve une aigue-marine qui , à cause de son volume et de sa pureté, est d'un prix inestimable. Une autre aigue-marine, éminemment remarquable, est celle que possède la bibliothèque nationale, à Paris ; elle est gravée et représente la têtp de Julia, tille de Titus : c'est un chef-d'oeuvre de l'art antique.
L'euclase et le disthène méritent aussi d'être mentionnés. L'euclase , dont la couleur est un bleu verdàtre, serait certainement rangée parmi les pierres précieuses, à cause surtout de sa limpidité parfaite, si elle n'était pas d'une si grande fragilité. Quant au disthène, on en trouve au Saint-Gothard et dans les en virons de Lyon d'une si grande pureté, qu'on le vend souvent pour du saphir.
Quelques espèces seulement des vingt-trois qui composent la deuxième série méritent d'être remarquées ; ce sont : la cymophane, le grenat, la màcle, la dichroïte, l'asbeste, la topaze et le spinelle.
La cymophane, dont la couleur est ordinairement verdàtre, raie fortement le quartz; elle est infusible au chalumeau, et elle s'électrise facilement par le frottement; sa pesanteur spécifique est de 4,79.
Les plus belles pierres de cette espèce se trouvent dans les sables des rivières de Geylan et du Brésil. On en compte plusieurs variétés, parmi lesquelles celle nommée chatoyante est la plus estimée.
La forme primitive de toutes les variétés de grenats est un dodécaèdre rhomboïdal ; toutes raient le quartz, et la silice entre dans leur composition de 35 à 39 pour 100. On trouve le grenat dans les roches talqueuses des Alpes, dans le calcaire granulaire des Pyrénées , en Bohême et dans les laves du Vésuve. Quelques-unes de ces pierres sont d'un tel volume, que l'on en peut faire de petites coupes; ceux de cette espèce sont d'un grand prix. Les anciens ont beaucoup gravé sur cette pierre, à laquelle
ils donnaient le nom <T escarêoucle ; et bien que de nos jours les grenats ordinaires soient très abondants , ils ont conservé une assez grande valeur commerciale. Les grenats de Bohême sont les plus petits et , par conséquent, les moins estimés ; on en fait des colliers communs et des chapelets.
N'est-il pas remarquable, Mesdames, que la pensée de Dieu se trouve toujours mêlée aux vanités de ce monde ? C'est que la perfection relative de ces belles choses fait naturellement penser à la perfection absolue de celui qui les créa. Rien, quoiqu'on en puisse dire, n'élève autant l'âme et ne donne plus de force à la pensée, que l'aspect des richesses de toutes sortes et des merveilles de la création. Cela explique, jusqu'à un certain point, pourquoi Buffon ne voulait écrire que lorsqu'il était en costume d'apparat, et alors que ses riches manchettes de dentelles se promenaient sur le papier, en suivant, en quelque sorte, les caprices et les élans de sa pensée. 11 faut à l'un de nos poètes modernes les plus distingués, pour que l'inspiration lui vienne, que sa fille pose devant lui un diadème en brillants sur le front, et une rivière de diamants sur les épaules ; et madame de Staël ne se livrait à la composition de ses plus beaux ouvrages, que debout et les yeux levés vers le ciel.
Les mâcles ne sont remarquables qu'à cause de la singularité des dessins qui couvrent leurs bases, ce qui leur a fait attribuer de tout temps des propriétés occultes. En Espagne, où elles sont abondantes, on en fait, de même que des staurotides, des talismans qui doivent préserver de tous les maux possibles et impossibles; mais qui, par malheur, à l'exemple de tant d'autres puis-
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sances, ne font guère que la moitié de ce qu'ils devraient faire.
La dichroïte était connue autrefois sous le nom de saphir d'eau, et quelques minéralogistes pensaient que cette substance n'était qu'une variété de l'émcraude; mais il a été démontré depuis par l'analyse que ces deux substances n'avaient rien de commun.
Les plus beaux saphirs d'eau sont ceux de l'Inde, et particu lièrement de Ceylan. On taille cette gemme à facettes, comme le corindon saphir, mais elle n'a pas la valeur de ce dernier, bien qu'elle puisse recevoir un assez beau poli, et qu'elle ne manque pas d'éclat.
L'asbeste n'est autre chose que la substance connue, depuis la plus haute antiquité, sous le nom d'amiante, et dont on a fait de tout temps des tissus incombustibles. La dureté de cette substance est tellement variable, que certaine variété raie le verre, tandis qu'une autre a toute la mollesse du coton. C'est une sorte de lin minéral qui se file et se tisse sans beaucoup de difficulté, et l'on est aussi parvenu à en faire une espèce de papier qui a la précieuse propriété de pouvoir être soumis au feu le plus ardent sans subir la moindre altération. Cette propriété, toutefois, a aussi ses dangers, et tel secret que l'on croirait enseveli dans le mystère le plus profond, parce qu'on aurait jeté au feu le papier où il aurait été consigné, pourrait-être ainsi jeté au vent de la publicité. Défiez-vous donc, Mesdames, de ce traître confident, et n'écrivez vos secrètes pensées que sur cette substance Légère que la flamme d'une bougie suffit pour anéantir.
Les anciens tenaient l'amiante pour chose merveilleuse; ils en faisaient des toiles qui étaient réputées sacrées, dans lesquelles
on brûlait les dépouilles mortelles des grands personnages, afin d'en recueillir les cendres sans mélange. On conserve, dans la bibliothèque du Vatican, un de ces suaires trouvé intact dans un tombeau antique.
De nos jours, on est parvenu à faire avec l'amiante, de la dentelle pouvant soutenir la comparaison avec les plus belles faites de fil ordinaire, procédé qui pourrait avoir pour résultat de diminuer singulièrement le prix de ces colifichets. Or, ainsi que le disait à Brillât Savarin une dame de beaucoup d'esprit, qui voudrait porter de si laides choses, si elles étaient moins chères?
Le plus bel asbeste se trouve aux environs du petit Saint-Bernard, et il a jusqu'à un pied de long ; il est aussi très abondant en Sibérie, en Corse, et il se trouve en assez grande quantité dans le Dauphiné.
La topaze est la gemme qui, après le diamant et le saphir, brille du plus vif éclat. Sa pesanteur spécifique est de 3,54 environ; elle raie le quartz, et elle n'est rayée que par le diamant.
Les variétés de cette pierre sont assez nombreuses : la jaune est la plus commune. La jaune roussâtre du Brésil est une des plus remarquables ; il suffit de l'exposer à la chaleur d'un bain de sable pour qu'elle change sa couleur en un beau rose ; elle prend alors le nom de rubis du Brésil, et elle acquiert un grand prix. Puis il y a la jaune de miel qui se trouve en Saxe, et qui, exposée au feu, devient incolore ; la verdâtre de Sibérie, la bleue pâle du Brésil et quelques autres.
Une des plus belles topazes connues, est celle que l'on vit pendant longtemps dans le cabinet particulier du roi de France. Ouel
est aujourd'hui son destin, c'est ce que nous ne saurions dire, tant les destins et les flots sont changeants. 11 est vrai que si le temps des rois est passé, il n'en est pas de même pour les pierres précieuses qui sont toujours en grande estime parmi les puritains de toutes couleurs, et c'est là une consolation pour les admirateurs du beau.
Un mot maintenant du spinello, vulgairement appelé rubis. Los plus beaux rubis se trouvent dans le sable d'une rivière qui descend des hautes montagnes situées au centre de l'îlede Ceylan. On en fait de très belles parures d'une grande valeur, mais ces rubis sont pourtant moins précieux que les corindons rouges auxquels ils ressemblent.
Nous passons sous silence les autres espèces de cette série.
Soldats de la grande armée minéralogique, peut-être n'ont-ils ni moins de mérite, ni moins de valeur qu'un grand nombre d'espèces que nous croyons devoir placer en vedette ; mais ils ont moins d'éclat, et c'est, dans notre monde, un tort auquel rien ne peut faire compensation. Le diamant qui ne brille point, c'est l'âme incomprise qui rayonne intérieurement et dissipe les ténèbres pour elle seule. On ne saurait la plaindre : l'égoisme n'inspire aucune pitié.
Nous passerons aussi rapidement sur la plupart des dix-huit espèces de la troisième série qui n'offrent que fort peu d'intérêt.
Sans doute rien n'est à dédaigner dans l'étude des sciences naturelles : le ciron et l'homme, le grain de sable et la montagne sortent de la même main ; ils font partie d'un tout devant lequel la pensée grandit et la raison s'incline ; mais les limites
que nous nous sommes imposées nous obligent à une allure plus synthétique qu'élémentaire, et qui s'accorde avec la perspicacité et la vivacité d'esprit des légères adeptes auxquelles nous consacrons le fruit de nos veilles.
Quelques-unes des espèces de cette série méritent pourtant une mention particulière ; telle est, par exemple, la lazulite. Ce beau minéral, dont la variété la plus estimée est d'un beau bleu pourpré, se trouve en Perse et en Chine ; il y en a aussi en Sibérie, mais c'est la moins estimée.
On est parvenu à faire de la lazulite artificielle, qui pour le poids, la dureté, ne le cède en rien à celle qui nous vient de la Chine ; elle l'emporte même sur cette dernière pour la pureté de la couleur et la dimension des fragments qui permettent d'en faire des vases, des pendules et une foule d'autres objets d'ornement.
Le feldspath, dixième espèce de cette série, en est aussi une des plus remarquables. Cette substance, fusible au chalumeau, raie le verre et elle donne des étincelles sous le choc du briquet ; elle se divise en six grandes variétés, qui sont l'orthose, l'albite, la rhiacolite, la labradorite, l'hanorthite, et les verres volcaniques.
La sous-variété la plus remarquable de l'albite est le jade. La transparence de cette substance n'est pas d'une grande intensité ; mais la pierre de jade a la double propriété d'être excessivement tenace et très sonore ; aussi les Chinois qui nomment le jade pierre de iu, en font-ils des instruments de musique appelés kings. Ce minéral se trouve particulièrement dans certaines rivières qui traversent les monts Himalaya. Les Chinois en font le
plus grand cas, et ils en réservent les pièces les plus remarquables par leur étendue et leur pureté, pour l'empereur qui en fait des présents. Telle est l'origine des deux sceptres de jade qui font partie du trésor de la couronne, en Angleterre ; ils furent envoyés avec d'autres présents au roi Georges IV, par l'empereur de la Chine.
Les verres volcaniques qui forment la sixième variété de feldspath, sont de trois sortes : la périme, l'obsidienne, et la pierre ponce. L'obsidienne est un verre parfait qui forme des filons dans les terrains volcaniques ; elle est d'un noir foncé, et elle est susceptible de recevoir un assez beau poli pour être avantageusement employée dans la bijouterie.
La pierre ponce est également un verre volcanique qui doit à sa structure la grande légèreté qui lui permet de surnager lorsqu'on la plonge dans l'eau. Son tissu n'est qu'un composé de tubes juxta-posés, et ce n'est autre chose, selon toute apparence, que de l'obsidienne boursoufflée par le dégagement d'un gaz.
Le talc, qui forme la seizième espèce de cette série de silicates, mérite aussi une mention particulière.
Les principales variétés de cette espèce sont le talc ollaire ou pierre ollaire, et le talc laminaire vulgairement talc de Venise.
Les services que le talc ollaire rend à l'humanité depuis plus de cinq mille ans devraient en faire un objet de vénération sur tous les points du globe. Ses bienfaits se font sentir en môme temps dans les palais et dans les chaumières; il contribue également à soulager les misères du pauvre et à augmenter les plai-
.sirs du riche. C'est avec son aide que le travailleur répare ses forces; c'est par lui que les facultés humaines se développent, que l'âge viril se prolonge et que la vieillesse se soutient, Eh pourtant ! — c'est affreux à dire, — ce bienfaiteur de l'humanité est généralement méprisé, foulé aux pieds ; on lui préfère de luxueuses et inutiles substances qui resplendissent dans les salons, tandis qu'on le relègue au fond des cuisines des grands, et à l'humble foyer de l'artisan. En un mot, le talc ollaire est cette terre précieuse dont, depuis la haute antiquité, on fait les marmites.... Ne riez pas, Mesdames, nous ne rabattrons rien des éloges que nous venons de formuler ; nous pourrions, au contraire, y ajouter, car marmite et santé ne vont point l'une sans l'autre, et sans la santé il n'est pas de beauté véritable.
Il en est tout autrement du talc laminaire, vulgairement appelé talc de Venise. Cette substance, Mesdames, n'a en quelque sorte d'autre emploi que d'altérer la pureté de votre teint, de ternir cette fraîcheur qui est comme l'auréole de la beauté. Ce dangereux minéral, enfin, est votre ennemi le plus terrible, et pourtant vous professez pour lui une sorte de culte ; il est admis dans votre intimité la plus secrète, et il deviendrait le complice obligé de vos faiblesses, s'il arrivait que vous fussiez faibles, ce que nous ne voulons pas admettre. Enfin le talc laminaire qu'on nomme aussi blanc d'argent, est la base de toutes les espèces de fards cachés dans les cabinets de toilette.
Un mot des tourmalines qui appartiennent aux terrains de la plus ancienne formation ; on en trouve de belles variétés dans les granits de la Bretagne, de l'Angleterre, de la Suède ; mais les
plus précieuses, celles que l'on place avec justice au nombre des plus belles gemmes, se trouvent au Brésil et à Ceylan, dans les terrains d'alluvion ; telles sont celles que l'on taille en cabochon, et que l'on vend pour des rubis d'Orient, et quelques autres vari étés dont les plus estimées en joaillerie sont d'un vert tendre ou d'un beau jaune jonquille.
Ainsi, entre la terre dont se fait la poterie commune et celle dont quelques fragments étincellent au front des grands et des puissants de la terre, il n'y a pas la différence d'une classe d'un genre , mais seulement une différence d'espèce.
Nous vous recommandons les tourmalines de l'Inde, Mesdames; ouvrez-leur vos riches ëcrihs ; que leur éclat ajoute à votre parure ; mais ne dédaignez pas trop cette terre dont on fait les pots que Henri IV aurait voulu voir bouillir chaque dimanche au foyer de ses plus humbles sujets. En Orient les marmites renversées sont un signe de guerre ; ne renversons rien, je vous en conjure, et aimons-nous le plus possible afin de demeurer dans les voies évangéliques.
La quatrième série des silicates se compose des zéolithes, dont toutes les espèces et variétés présentent cette particularité qu'elles contiennent de l'eau dans une assez grande proportion. Ainsi la chabasie, entre autres, contient sur cent parties plus de vingt parties d'eau. Cette particularité a fait penser aux minéralogistes que la formation de ces minéraux est postérieure à la consolidation des roches volcaniques dans lesquelles on les trouve ; mais c'est là une conjecture qui a perdu beaucoup de sa valeur depuis qu'ira été démontré que l'eau, qui pourtant se vaporise si facile-
ment, peut entrer en combinaison avec certains minéraux soumis à une chaleur de plus de quatre cents degrés, c'est-à-dire trois fois plus forte que celle de l'eau bouillante.
A l'exception de cette particularité, les espèces composant cette série n'offrent rien de remarquable.
Ici se termine la deuxième classe des minéraux répandus dans le monde entier, depuis la surface jusqu'aux entrailles de notre globe. Reposons-nous, Mesdames ; jetons un coup d'œil en arrière; que vous semble du chemin déjà parcouru ? Sous vos pas, son aridité apparente a disparu ; mille substances étincelantes ont dissipé les ténèbres dans lesquelles vous hésitiez à pénétrer. Courage donc, car nous touchons à la partie la plus brillante de la carrière.