PLATINE. — OU. — ARGENT. — CUIVRE. — MERCURE. — ETAIN. — PLOMB, ETC
■»tHl«-
Les métaux forment une classe de corps simples combustibles. Ils se trouvent dans la nature à cinq états différents, savoir : 1° à l'état pur, c'est-à-dire jouissant de toutes les propriétés métalliques sans aucun mélange ; 2° mélangés ou amalgamés avec d'autres métaux ; 3° combinés avec l'oxigène sous l'état d'oxides ou d'acides ; h" unis à quelque corps combustible, comme le soufre ; 5° combinés avec un acide et formant des sels.
Les métaux se rencontrent naturellement à la surface de la terre ou dans son intérieur; quand on les rencontre ainsi à l'état pur, on les nomme natifs ou vierges ; lorsqu'ils sont combinés avec d'autres substances, on les désigne sous le nom de minerai.
Les substances métalliques possèdent presque toutes, à un degré très élevé, les propriétés suivantes : brillant métallique, densité, dureté, élasticité, ductilité, ténacité, dilatabilité, sonorité.
Le platine est le métal qui jouit du brillant métallique le plus intense ; viennent ensuite le fer ou acier, l'argent, le mercure, l'or, le cuivre, Pétain, le plomb.
La densité est portée à un point extrême dans la classe des métaux; ainsi le pied cube de platine ne pèse pas moins de 790 kilogrammes.
Après le platine, le métal le plus pesant est l'or, puis viennent successivement l'iridium, le mercure, le faltadium, le plomb, le rhodium, l'argent, le bismuth, le cuivre, le cobalt, le fer, le zinc et l'étain.
Le dureté et l'élasticité des métaux se présentent dans cet ordre : acier, platine, cuivre, argent, or, étain, plomb.
La ductilité suit cette gradation : or, argent, platine, fer, cuivre, zinc, étain, plomb.
Pour la ténacité, c'est-à-dire la propriété qu'ont certains métaux réduits en fils très minces de soutenir un poids plus ou moins grand, l'or est au premier rang ; puis viennent le fer, le cuivre, le platine, l'argent, l'étain, le zinc, le plomb.
Quant à la dilatabilité, c'est-à-dire à la propriété que possèdent presque tous les corps d'augmenter de volume sous l'influence de la chaleur, elle est égale à leur fusibilité ; plus un corps entre facilement en fusion, plus il se dilate. Le métal le plus fusible est le mercure, puisqu'il ne devient solide que sous la pression d'une température de plus de trente degrés au-dessous de zéro ; viennent ensuite le zinc, le plomb, l'étain, l'argent, le cuivre, l'or, le fer et le platine.
Enfin les métaux les plus sonores sont : l'argent, le cuivre, le
fer, l'or et le platine. Mais la sonorité de quelques-uns peut être considérablement augmentée par l'alliage ; ainsi l'alliage du cuivre et de l'étain, dans une certaine proportion, donne une sonorité de beaucoup supérieure à celle de l'argent; c'est ce mélange qui sert à faire les instruments de cuivre.
L'ordre des métaux adopté par les minéralogistes est celui de leur densité ou pesanteur; c'est donc celui que nous suivrons dans les trois ordres divisés en vingt-quatre genres qui composent cette classe.
Les cinq genres composant le premier ordre, sont : le platine, l'iridium, le palladium, l'or et l'argent.
Le platine était tout-à-fait inconnu des anciens. C'est en 1735 seulement, que le savant Espagnol don Ulloa, qui faisait partie de l'expédition scientifique envoyée au Pérou, pour vérifier si la terre était réellement renflée à l'équateur et aplatie aux pôles , comme l'affirmait Newton ; c'est à cette époque, disons-nous, que don Ulloa découvrit ce métal.
Le platine est le plus pesant de tous les métaux ; à l'état pur il est presque infusible. Seul on ne parvient à le faire entrer en fusion qu'au moyen du miroir ardent. Cette presque infusibilité le rend très précieux , et d'une grande utilité dans les sciences et dans les arts.
A raison de ses qualités , le platine semblerait devoir être considéré comme étant le métal le plus précieux ; cependant l'or a conservé la suprématie, et c'est une position acquise qui, selon toutes les probabilités, ne lui sera pas enlevée de si tôt, malgré les richesses des mines de la Californie.
Nous ne ferons que mentionner l'iridium-osmié, qui n'est admis dans les collections des minéralogistes qu'à cause de sa rareté.
11 en est de même du palladium qui, ainsi que le précédent, est presque toujours allié au platine.
La qualité la plus précieuse du palladium est d'être absolument inoxydable, de sorte que s'il était plus abondant, on pourrait en faire une foule d'objets dont l'éclat ne se ternirait jamais. Mais on n'en possède que des quantités trop minimes pour qu'il soit possible d'en tirer un grand parti, et l'on en est réduit à le considérer, de même que l'iridium-osmié, comme un objet de pure curiosité.
Nous allons donc aborder l'histoire de l'or, cette grande et prodigieuse puissance, coupable de tant de crimes, et dont on ne saurait pourtant méconnaître les innombrables bienfaits.
Un académicien de nos jours a écrit : l'or est une chimère. Le mot restera comme le plus audacieux paradoxe qui ait jamais été formulé.
Non, l'or n'est pas une chimère ; non, l'or n'est pas un vil métal : l'or c'est la paix et l'abondance, les joies du foyer domestique ; l'or c'est le plaisir et le santé; il n'est pas une passion noble, un sentiment généreux qu'on ne puisse satisfaire avec de l'or. L'or c'est le bonheur; l'or, mon Dieu ! c'est presque la vie !
Nous savons parfaitement que la médaille a un revers, et que l'on peut dire de ce roi des métaux, que c'est en même temps la meilleure et la pire chose du monde, selon l'usage que l'on en fait. Mais quelles sont donc les excellentes choses dont on n'abuse pas?
Aimez donc l'or sans scrupule, Mesdames ; aimez-le un peu pour le plaisir qu'il vous donne, et beaucoup pour le bien qu'il fait et le mal qu'il répare.
La découverte de l'or remonte certainement aux temps primitifs ; elle a dû précéder celle du fer, et il est probable qu'à cette époque on ne connaissait que celui qui se montrait, dans certaines contrées, à la surface du sol, comme on l'a trouvé depuis dans quelques parties de la Californie.
Pendant bien longtemps on n'a connu, en Europe , que l'or apporté du centre de l'Afrique par des caravanes, ou qu'on se procurait par échange sur quelques points des côtes de ce vaste continent. Plus tard, on découvrit des mines d'or en Hongrie, en Transylvanie, en Sibérie, et même en France, dans les Alpes dauphinoises. On a trouvé aussi de l'or dans le sable de plusieurs rivières de l'Europe; on en trouve encore aujourd'hui dans le Rhône, la partie supérieure du Rhin, la Cèze, l'Ariège et plusieurs autres.
L'or est non seulement le plus ductile des métaux , mais sa ductilité, dont nous avons donné quelques exemples au commencement de cet ouvrage , tient réellement du prodige. Bien qu'il ne faille qu'infiniment peu d'or pour couvrir de grandes surfaces, on parvient encore à en retrouver la plus grande partie lors de la destruction des objets dorés. Ainsi après avoir brûlé les bois dorés, on en recueille les cendres et on les soumet à l'action du mercure qui s'empare de toutes les parcelles d'or qu'elles contiennent ; puis on fait évaporer le mercure par l'action du feu, et il ne reste que l'or pur.
On traite à peu près do la même manière le minerai : après l'avoir pulvérisé, on le met dans un tonneau avec une certaine quantité de mercure. Ce tonneau, traversé par un axe que termine une manivelle, est soumis à un rapide mouvement de rotation pendant lequel le mercure s'empare de tout l'or contenu dans le minerai. On verse alors tout le mercure dans une peau de chamois, à travers les pores de laquelle s'échappe aussitôt tout celui qui n'est pas entré en combinaison avec l'or. Le reste forme une partie solide que l'on soumet à une chaleur capable d'enlever le mercure ; il ne reste plus alors que de l'or à l'état spongieux qu'on réduit en lingots au moyen de la fonte.
Si l'on admet que l'or soit une puissance, et comment ne pas l'admettre? il faut bien reconnaître que l'argent est son premier ministre; ministre très puissant lui-même, puisqu'il partage avec son souverain le privilège de représenter le temps, le travail et ses produits.
On a dit de l'argent, comme de l'or, que c'était un grand corrupteur ; les poètes ne lui ont pas non plus épargné les épithètes peu courtoises, et il se peut même que quelque académicien de province , pressé par le besoin d'arrondir une période , l'ait aussi qualifié de chimère ; mais cela ne lui a rien fait perdre de la haute considération qui lui est acquise depuis les temps les plus reculés ; il n'en est ni moins précieux, ni moins recherché. ; c'était, c'est, et ce sera toujours un excellent compagnon, prêt en tout temps à rendre toutes sortes de bons services.
Tout le monde connaît ce beau métal d'une couleur blanche presque inaltérable à l'air pur, mais que les exhalaisons fétides ont
MINKR/VLOGIE DES DAMES. 297
la propriété de noircir presque instantanément. L'argent est moins lourd que le plomb, et il est presque aussi ductile que l'or, bien qu'il soit plus dur : une livre d'argent peut être tirée en un fil d'une longueur de 8 kilomètres (2 lieues). On le convertit aussi en feuilles excessivement minces. En général on emploie à peu près l'argent comme l'or pour faire des objets d'art, des ustensiles, des bijoux, des timbres dont le son est très éclatant, et qu'on appelle son argentin. On l'unit presque toujours au cuivre, afin de lui donner plus de consistance ; aussi tous les objets d'argent mis dans le commerce sont-ils , comme ceux fabriqués avec de l'or, soumis au contrôle et marqués d'un poinçon qui atteste que la quantité d'alliage qu'il contient ne dépasse pas les limites posées par la loi.
L'argent dissous dans l'acide nitrique, vulgairement appelé eau forte, rend cet acide beaucoup plus caustique : si l'on fait évaporer cette dissolution, on obtient un sel très corrosif ; c'est le nitrate d'argent, connu dans le monde sous le nom de pierre in fernale, et que les chirurgiens emploient pour cautériser les plaies.
Les mines d'argent natif sont toutes situées dans les terrains primitifs et dans le granit proprement dit. Dans la plupart de ces mines, l'argent natif est mêlé d'or, de fer, de cuivre, et même d'arsenic.
Les quatre espèces de mercure composant le genre unique du second ordre , sont : le mercure natif ou vif-argent , le mercure argental, le mercure sulfuré et le mercure muriaté.
De tous les métaux, le mercure est celui qui attire le plus vivement l'attention de l'observateur à raison de ses propriétés sin-
gulières; ainsi, par exemple, ce métal, dont la pesanteur spécifique est de beaucoup supérieure à celle de l'argent, se présente toujours à l'état liquide quand il est pur, et sa fluidité est telle qu'il passe à travers les pores des tissus les plus serrés, comme, par exemple, à travers une peau de chamois (voyez plus haut : or).
On a cru longtemps que la solidification du mercure était impossible. Mais on sait aujourd'hui qu'il gèle et devient malléable à la température de 40 degrés au-dessous de zéro.
Le mercure natif est peu abondant, c'est en distillant le mercure sulfuré qu'on obtient la plus grande quantité de cette substance livrée au commerce ; mais à quel prix se fait cette opération si simple en apparence ! Les malheureux travailleurs qu'on y emploie sont voués à une mort prématurée que précèdent toujours de longues et terribles souffrances. On ne peut empêcher qu'une grande partie du mercure ne s'échappe au dehors, et ne porte d'une manière effrayante sur le système nerveux des ouvriers ; aussi la plupart sont atteints de tremblements convulsifs et continuels impossibles à calmer, et tous meurent avant d'être arrivés aux deux tiers de la vie ordinaire.
Et pourtant il se présente toujours dans ces usines plus d'ouvriers qu'on ne peut y en employer.
D'ici, Mesdames, je vois une larme perler aux cils de vos beaux yeux; eh bien ! lorsque vous vous verrez si belles dans ces grandes glaces de Venise qui doivent leur éclat au mercure, et qui furent si longtemps inimitables . pensez un peu aux tortures dont plusieurs milliers de malheureux paient le plaisir que vous ressentez;
que votre cœur s'émeuve ; que vos blanches mains s'ouvrent pour soulager tant d'infortunes. A ce prix on peut être mondaine.
Treize espèces de plomb composent le premier des dix-huit genres du troisième ordre. Ce métal est un des plus employés dans les arts industriels : allié au zinc, on en fait des balles à fusil, du plomb de chasse ; combiné avec l'étain, il donne la soudure ; uni dans la proportion de cinq parties à huit parties de bismuth et trois parties d'étain , il forme un métal appelé Darcet, du nom de son inventeur, et qui a la propriété de se fondre à la chaleur de l'eau bouillante.
Le plomb se trouve souvent mêlé à l'arsenic ; car ce dernier, peu abondant à l'état natif, comme nous le verrons plus loin, a une grande affinité avec tous les autres métaux, auxquels il communique ses propriétés vénéneuses. C'est un dangereux compagnon dont on ne saurait trop se défier.
Après le nikel formant le deuxième genre, métal qui se trouve toujours allié au fer, et dont on ne fait aucun usage, vient le cuivre, dont les quatorze espèces composent le troisième genre.
Le cuivre est un des métaux dont on fait le plus usage dans les arts. Il sert à fabriquer une foule d'ustensiles de ménage, des chaudières, des alambics ; on en fait de la monnaie, on en double les vaisseaux. Allié au zinc, il donne le laiton dont on fait les épingles, les galons faux, des rouages d'horlogerie , etc. Allié à l'étain, il forme V airain ou le bronze dont on fait des canons, des statues, des cloches. Ce métal est assez ductile pour qu'on puisse le réduire en fils très déliés et en feuilles extrêmement minces ; c'est le plus sonore des métaux, ce qui le fait préférer à toute autre
substance pour la fabrication des instruments à vent. 11 s'oxyde très facilement à l'air libre, et l'oxyde dont il se couvre et qu'on nomme vulgairement verdet gris, est un poison très violent.
Le quatrième genre du troisième ordre se compose du fer, dont on connaît dix-sept espèces.
De tous les minéraux, le fer est incontestablement le plus utile, le plus indispensable à l'homme : supprimez le fer et la civilisation disparaît ; les sciences, les arts, l'industrie, sont anéantis ; la culture de la terre devient presque impossible , et les produits naturels du sol devenant insuffisants à nos besoins, la race humaine s'étiole, dégénère et s'éteint. 11 est donc permis de dire que la profusion avec laquelle le fer est répandu dans la nature, est une révélation des desseins de la Providence.
On trouve le fer dans tous les pays, sur tous les points du globe, à toutes les profondeurs de la terre , dans les eaux, dans l'atmosphère. L'air que nous respirons en est souvent saturé ; le sang qui coule dans nos veines en contient une notable partie et lui doit sa couleur rouge ; enfin le fer, en certains lieux , se forme chaque jour, à toute heure, des débris de végétaux, ainsi que le démontrent les mines de fer oxydé de la Sibérie, qui sont uniquement composées des débris de végétaux métamorphosés en fer. On trouve, parmi ces singuliers minerais, des racines, des feuilles et des troncs de bouleau, dont le bois est passé à l'état déminerai, tandis que l'épiderme de ce bois a résisté à la transmutation, et que, demeurée blanche et satinée, elle se détache en minces linéaments comme à l'époque où ces arbres croissaient dans les forêts.
La variété de fer la plus remarquable est, sans contredit, le fer
natif météorique, qui tombe en fragments plus ou moins gros sur la terre, sans que, jusqu'ici, on ait pu découvrir de quel point du ciel ils partent, de quel astre ils se détachent, et comment ils peuvent être lancés dans le centre d'attraction de la terre.
Un mot de l'acier : ce métal à la fois si terrible et si précieux, n'est qu'une modification du fer, et, dans certains cas, il se fabrique en même temps que ce dernier; c'est alors qu'on rappelle, acier naturel; mais la plus grande partie de l'acier qui entre dans le commerce est le résultat d'un traitement particulier appelé cémentation.
C'est à l'acier que nous devons tous les instruments tranchants : le soc de charrue qui nourrit, l'épée qui tue, le burin qui illustre,
L'étain, qui forme le cinquième genre, est un métal blanc un peu moins brillant que l'argent, plus dur que le plomb, moins dur, moins ductile, moins tenace que tous les autres métaux ; lorsqu'on le plie, il fait entendre une sorte de craquement qu'on appelle cri de l'étain ; c'est là un caractère qui lui est particulier, et qui seul suffirait pour le faire reconnaître.
Les mines d'étain les plus riches, en Europe, sont celles du comté de Cornouailles, en Angleterre ; viennent ensuite celles de la Bohème et de la Saxe.
On a cru longtemps qu'il n'y en avait point en France ; mais enfin, après de laborieuses recherches, deux savants minéralogistes, MM. de Cressac et Alluau, trouvèrent quelques indices de ce minerai dans les environs de Limoges. Ils s'empressèrent d'en donner avis au gouvernement ; c'était là se mettre à cheval sur une tortue pour faire le tour du monde, les gouvernements sous
lesquels nous avons eu le bonheur de vivre jusqu'ici, ayant toujours eu la très louable habitude de ne s'occuper avec quelque activité que des choses qui ne les regardaient point ; la découverte fut enterrée et le monde continua à marcher comme devant.
Les quatre espèces de zinc connues composent le sixième genre du troisième ordre. Ce minéral ne se trouve pas dans la nature à l'état natif; les quatre espèces de minerai d'où on peut l'extraire, sont : le zinc oxydé silicifère, le zinc carbonaté, le zinc sulfuré et le zinc sulfaté. Ce métal est très ductile et très combustible ; il s'allie au cuivre auquel il donne l'apparence de l'or; appliqué en lames sur le cuivre , il forme un des éléments de la pile voltaïque ou pile de Volta, instrument dont les effets tiennent du prodige, mais dont nous ne pouvons parler plus longuement ici. On en fait des vases et des ustensiles de toutes sortes. Il entre aussi, à cause de son extrême combustibilité, dans la composition des feux d'artifice, et c'est à lui qu'on doit ces flammes blanches et brillantes connues sous le nom de feux du Bengale.
Après avoir mentionné pour mémoire le bismuth et le cobalt, métaux qui composent les septième et huitième genres, et qui ne sont d'aucun usage, nous dirons un mot de l'arsenic dont les trois espèces forment le neuvième genre.
L'arsenic! Il serait impossible d'énumérer les forfaits exécrables dont cette substance a été l'agent depuis sa découverte, et cependant c'est un des métaux les plus répandus dans la nature. Ce serait à faire douter de la Providence, si le doute pouvait aller jusque-là chez quiconque sent son cœur battre, et la pensée surgir dans son cerveau.
Des trois espèces de ce genre, l'arsenic natif est la moins abondante ; cependant le savant Patrin en a trouvé des couches de plusieurs pieds d'épaisseur dans quelques mines de la Sibérie.
L'arsenic oxydé, que l'on nomme aussi acide arsénieux, ou arsenic du commerce, est un des poisons les plus violents que l'on connaisse.
Quant à l'arsenic sulfuré que l'on appelle vulgairement orpin rouge ou réalgar, il est d'un grand usage dans la peinture. Enfin l'arsenic mêlé au cuivre forme une composition blanche ressemblant à l'argent, et appelée vulgairement argent hache, composition qui n'a guère rendu de service, jusqu'ici, qu'aux faux monnayeurs, ce qui est tout-à-fait digne de son origine.
Le manganèse, qui compose le dixième genre, ne se trouve jamais à l'état natif, et il est très difficile de le voir sous sa forme métallique, car dès qu'il est en contact avec l'air, il se brûle. Pour le conserver, quand on l'a obtenu , il faut le tenir sous l'huile, ce n'est alors qu'un objet de curiosité dont on ne fait aucun usage. Mais il n'en est pas ainsi du manganèse oxydé , qui , grâce aux progrès de la chimie, est aujourd'hui un des minéraux qui rendent le plus de services cà l'humanité. C'est lui qui sert à préparer l'acide muriatique oxygéné, appelé communément chlore, dont la propriété désinfectante rend maintenant de si grands services à l'humanité.
Le onzième genre comprend les cinq espèces d'antimoine connues. Ce métal fut découvert au quinzième siècle , par les alchimistes qui cherchaient la pierre philosophale, ou plutôt la transmutation des métaux. Ces infatigables chercheurs ne parvinrent
pas à convertir l'antimoine en or, mais ils en firent quelques préparations pharmaceutiques fort utiles, entre autres l'émétique, composé d'antimoine et de tartrito de potasse.
Mêlé à 1'étain, l'antimoine en augmente l'éclat et la solidité ; il entre dans la composition des caractères d'imprimerie, et c'est là aujourd'hui son principal usage.
Nous passerons rapidement sur les sept derniers genres de cette classe qui comprennent ;
Vurane, métal découvert en 1789, et qui n'est d'aucun usage.
Le molybdène, dont le seul mérite est de passer pour la plus ancienne substance métallique connue.
Le titane, découvert en 1791, et qui n'a aucune espèce de valeur.
Le tungstène, découvert en 1781.
Le tellure, qui n'a quelque valeur qu'à cause de l'or qu'il contient.
Le tantale, le cerium , et quelques autres substances qui ne figurent que comme objets de curiosité dans les collections des minéralogistes.
Il n'est pas impossible pourtant que l'on parvienne à tirer parti de ces métaux; peut-être, au moment même où nous écrivons ces lignes, le champ de la science s'étend-il par de nouvelles découvertes. L'accroissement des connaissances humaines peut se ralentir, mais il ne s'arrête point.