LIVRE PREMIER
.^/ iiifcssriiie }!Our bien juger de toute celle dispulc , piiinfue d'ailleurs elle ne lui pourrait pas être inconnue; que s'il l'a cru ainsi, il faut dire qu'il s'est fait une espèce de bonne foi fort singulière et fort éloignée de celle des autres ; et s'il ne l'a pas cm , il faut avouer gue son silence est d'autant plus condamnable qu'il a péché contre sa propre conscience. Il suflilde rapporler « fl élraiigfc reproche pour faire connaître à loul le monde qnel est le jugement de M. Cl;iude et les bi- Zitrres idées qu'il se forme de toutes choses
Nous ne sommes pas encore au bout de ces faits avoués , ou non contestés dont il est bon de l'aire ressouvenir M. Claude , parce qu'ils sont contenus dans son aveu général du silence mutuel des Grecs et des Latins sur la transsubstantiation, qui enferme, comme j'ai dit , le silence sur la présence rérlle. En voici d'autres qui ne sont pas moins considérables.
Il faut encore ajouter que de ce grand nombre de gens, soit caholiques, soit calvinistes, qui ont voyai^é dans le Levant et (|ui ont fait des relations de leurs voyages, il ne s'en trouve aucun qui ait accusé les Grecs de ne pas croire la présence réelle.
11 faut ajouter que Caréus, archevéquede Corcyre, qui accuse les Grecs d'un grand nombre d'erreurs dont ils ne sont point coiip;ibles , et qui leur reproche avec une extrême aij^reur leur irrévérence coiiire rEucharistie, ne les acciise pas néanmoins de ne pas croire la présence réelle, q-joiqn'il soit sans apparence que cet écrivain qui avait entrepris de décrier les Grecs , et qui écrivait à un pape qu'il désirait informer de toutes leurs erreurs , eût omis l'accusation la pins importante et la plus capable de les noircir dans l'esprit de ce pape.
11 faut ajouter que non seulement ces relations que M. Claude allègue lui niên»e (p. 219) contre les Grecs pour montrer combien ils ont peu de respect pour l'Euciiarislie, ne leur imputent pas de ne pas croire Il présence réelle , mais qn'ejles témoignent expressément qu'ils la croient. Car on peut voir ses propres paroles dans l'une de celles qu'il a produites. Il y a quelque temps que la segnora Margarela d'Orgenla, dame également dévote et éloquente , me racontait que s'étanl trouvée en une compagnie de Grecs , elle leur avait fait une verte résprimande sur ce sujet. Vous montrez bien, disait-elle, vous autres Grecs qu'aux choses de la foi vous êtes aveugles au dernier point et ne connaissez pas à qui vous devez rendre vos respects, adrenser vos prières et offrir vos vœux. D'un côté, vous avouez
QUE JÉ^US-CHRIST DIEU ET IIOMSIE, NOTRE CIÎÉATEUK ET SAUVEUR, EsT RÉELLEMENT AU SACREMENT DE l'aU-
TEL avec tous les trésors de ses grâces; et de l'autre on ne voit pas que vous lui rendiez aucun respect digue de sa majesté (ï). La réilexion que lait M. Claude sur cela , savoir que ce qui est dit dans cette relation de la présence réelle , est une parole de missionnaire avancée sans charge et sans fondement , et qu'il est certain que les Grecs ne t'entendaient pas ainsi, n'est (lu'une suite du droit qu'il se donne de rejeter sans raison dans les auteurs mêmes qu'il cite tout ce qui est contraire à ses prétentions. Mais il ne saurait empêcher (lu'on n'en conclue que ceux mêmes qui ont traité les Grecs avec plus de dureté et qui les ont chargés de tous les reproches qu'ils ont pu , qui vivaient et conversaient avec eux , et qui savaient ainsi mieux leurs sentiments que M. Claude , ne laissent pas de rendre témoignage qu'ils croient la présence réelle.
il faut ajouter que, jiar l'aveu de M.Claude, de tous les Grecs convertis à l'Eglise romaine, il n'y en a aucun qui ail accusé ceux de sa nation de ne pas cioire la pré.^ence réelle , qu'il y en a plusieurs qui ont assuré qu'ils la croient, et qu'ils l'ont tous supposé.
H faut ajouter que le témoignage de ces Grecs n'est démenti formellement par aucun de ceux que M. Claude appelle véritables Grecs, et que les uns imputant librement à tous les Grecs de croire la pré-
(1) Cela est tiré do la rebiiou de l'Ile do S.-Iùiui.
senco réelle , pas un des autres n'a encore eirtieiiris de léfuter ce reproche.
Il faut encore ajouter qu'on a produit à M. Claude des témoignages formels des Grecs schismatiques comme du baron de Spaiari, de Ligaridius, d'Agapius' contre lesquels il n'allègue que des reproches fi ivoles et ridicules, comme nous le ferons voir.
Il faut ajouter qu'il y en a entre ceux-là , qui rendent ce témoignage de la manière du monde la moins suspecte d'intérêt et la plus dangereuse pour eux s ils eussent imposé à l'église grecque , comme Ligaridius, l'archevêque de Gaza, qui déclare, étaiu à Moscou et écrivant à un lutiiérien, que toutes les sociétés d'Orient dont il ne pouvait ignorer la créance, soni unies dans la foi de la transsubstantiation etdeià présence réelle. Et c'est pour(|uoi M. Claude, afin de pouvoir le rendre suspect, a trouvé bon de dissimuler cette circonstance.
CuA.^irnE VU.
Que le$ faits marqués dans le chapitre précédent , dont M. Claude est obligé de demeurer d'accord, établifsenl d'une manière invincible l'argument de la perpétuité : et que tout ce qu'il dit dans son second livre, bien loin de l'affaiblir, le confirme encore da- Vanlage.
Nous réservons au chapitre suivant les autres faits que le livre de M. Claude nous donne lieu de proposer comme constants et non contestés. Cependant , en ne m'arrêtant présentement qu'à ceux que je viens de rapporter, je crois pouvoir dire que toutes les personnes qui no mettront pas leur honnenr à résister aux vérités claires et certaines, demeurtront d'accord , que c'est se vouloir aveugler soi-même, que de metire en doute si le.> Grecs croient la présence réelle. Mais pour en rendre l'évidence plus sonsiMe aux personnes moins équitables , il n'y a qu'à leur demander si ce ne serait pas prouver d'une manière entièrement convaincante, que les calvinistes croient la divinité de Jé>us-Christ et la Trinité , et qu'ils ne sont pas sociniens, que de dire qu'y ayant déjà plus de trente ans que l'on di>pute contre eux, aucun auteur catholi(iue ne leur a encore fait ce repioche : qu'étant mêlés continuellement avec eux , ils ne les en ont jamais accusés ; qu'ayant examiné leurs lèvres, personne n'a encore dit qu'il y eût trouvé ces damiiables hérésies : que dans les rigueurs cju'on s'est cru obligé, dans les coinmencenients, d'exercer contre eux , cette accusation n'a jamais fait partie de celles sur lesquelles on les condamnait ; qu'aucun calviniste converti n'a jamais averti que l'on tînt celte erreur dans la secte (ju'il avait (juiilce : que l'on n'en a jamais rien découvert par le commerce et par les conférences qu'on a eues avec eux : qu'en les pressant sur des clio^cs beaucoup moins considérables, on ne les a jamais pressés sur ce poiiit : que tous les calvinistes réunis à l'Eglise romaine , ont toujours dit qu'ils la croyaient : que ceux qui ne s'y sont pas réunis ne les <int jamais démentis : qu'ils ont souvent réduit de part et d'autre tous leurs dilféreiuls à certains chefs, sans y comprendre jamais celui-là : (pie quehiue faux zèle qui portât les calvinistes à niépriser leur vie puur aitacpier lEi^lise romaine, ils n'ont jamais osé condamner publiquement en ce point la doctrine des callioli(|uos : que dans les lieux mêmes où ils sont les niaîires, et on ils font paraiiro plus librement leur sentiment , ils ne se sont jamais ouverts de cette damnable fecrésie.
Je demande, dis-je, si ces preu\es seules ne suffisent pas pour donner une assurance entière que les calvinistes croient la Trinité et la divinité de Jéïds-Christ, quand il n'y en aurait aucunes autres ?6'.i n'est pas vrai qu'elles sont telles, qu'elles persuadent l'esprit et ne lui laissent aucun doute? Et si ce ne serait pas une Iture extravagance de prétendre les rei. verser, en alléguant en l'air qu'il ne s'ensuit pas de tout cela (pie les calvinistes ne soient pas sociniens , mais que ce
RÉPONSE GÉNÉRALE AU NOUVEAU LIVRE DE M. CLAUDE
qui a fiiii (ju'oii ne les en a point encore accusés , est que d'une pari la ciaiiile les a empêcliés d'allaquer ouvertement la Triiiiié et l'Inrarnation ; et que les catholiques de Taiitrc 0!it arrêlé de concert de ne les pas pousser sur ces points.
Y aurait-il personne qui ne traitât de folie celle hypothèse lantasliqiie d'une tiniidilé de cent trente ans, qui relient dans le silence dix millions de calvinistes , et d'une politique de même durée , qui ferme la houche à cent millions de catholiques , et qui ont toutes deux la force d'étouffer toutes les autres passions et tous les autres intérêts des uns et des autres? Cependant la chimère de M. Claude est encore beaucoup au-dessus de celle-là. Il suppose d;ms les Grecs ot dans toutes les auires sociétés d'Orient, c'est-àdire dans un nombre infini d'hommes, anelimidiié de six cents ans , qui les ail tous empêchés de s'élever contre les Latins et de les traiter d'idolâtres «ur 1» doctrine de la présence réelle. Il ferme la bouche à tous les Latins sur le même sujet , par une politique de six cents ans. Ni la rharilé, ni le zèle, ni la vanité, ni l'inclination naturelle qu'on a à dire la vérité , ni la haine , ni l'intérêt , ne porte jamais aucun ni des Latins , ni des Grecs à se démentir. Les Latins craignent de blesser les Grecs par ce reproche, lors même qu'ils les font mourir; et les Grecs craignent d'offenser les Latins sur ce point, lors même qu'ils meurent pour leur religion, ou qu'étant en sûreté ils s'abandonnent à la plus grande violence de leur haine. Ce qui est encore plus admirable, est que les moyens par lesquels on unit les Latins dans celte réserve politique , sont si cachés que l'on n'en a pu encore rien découvrir ; si étendus qu'ils sont praiiquéi par les papes , par les cardinaux , par les évêques, par les prêtres , par les religieux , par les soldats, par les voyageurs curieux ; et si eficaces <|u'ils n'onl encore permis à personne de manquer à ce secret. Ils laissent agir toutes les autres passions couiie les Grecs ; ils permettent qu'on exerce contre eux les dernières rigueurs et qu'on leur fasse toutes sortes de reproches ; ils souffrent qu'on en lasse qui semblent conduire nalnrellemenl par la sniicdu discours à les accuser de ne pas croire la présence réelle , si on l'avaii pu faire avec vérité; mais ils arrêtent juslemenl la plume et la langue, quand elle serait sur le point de passer à celui-là , et cela durant l'espace de six cents ans , non dans un seul lieu , dans une seule ville , dans une seule province , mais dans la plus grande partie du monde.
Voilà ce que M. Claude lâche de persuader à ceux de sa secte, et qu'il prétend avoir rendu vraisemblable. Sans cette double hypothèse d'une timidité de six cents ans, qui domine tous les chrétiens d'Orient, et qui étouffe toutes les autres passions , et celle d'une politique aussi longue parmi les Latins, pratiquée par eux avec une fidélité inviolable , et qui étouffe de même en eux tous les seulimenis de la nature ; il faudra qu'il avoue lui-même que les Grecs et les autres sociétés croient la présence réelle. C'est à quoi se réduisent toutes Ses léponscs. C'est celte rare invention qui fait le sujet de la satisfaction extraordinaire qu'il témoigne de son ouvrage. C'est par là qu'il prétend avoir renversé l'argument do la Perpéluilé. Mais s'il est homme à se repaître de ses visions, J'espère qu'il y en aura peu qui soient en cela <Ie son humeur, et qui ne me permette de conclure contre lui ,
1° Que l'union de ces laits que nous avons allégués prouve avec une ruiière certitude , que les Grecs cl les .autres sociéiés d'Orient , auxquelles on peut les appliquer, croieni la présence réelle, comme l'union de CCS mêmes faits prouve (jue les calvinistes croient la Trinité el l'Incarnation.
S-Quccetteconséiiuences'étendpluslnin, cl qu'elle fait voir non seulcuicnt que les Grecs el les autres chrétiens d'Orient sont présentement persuadés de celle doctrine , mais qu'ils l'ont toujours été depuis
Bérenger : et qu'ainsi elle renferme enlièremcnl le lait que l'on prouve dans le tome I de la Perpétuité , et qu'elle ruine en particulier tout le secotid livre de la Réponse de M. Claude , auquel il a donné pour titre : Nullité de la conséquence. Et c'est ce qu'il est très-facile et très-importani de faire voir.
II s'efforce dans ce livre de prouver que la doctrine de la transsubstantiation a pu s'introduire parmi les Grecs elles autres sociétés schismaliques, par le mélange de l'Eglise latine avec elles; par les missionnaires que les papes y ont envoyés, et par le pouvoir que les Latins ont eu sur ces chrétiens d'Orient. Mais en accordant à M. Claude tous les faits qu'il rapporte, il n'y a qu'à lui dire en un raot.qu'ils prouvent justement tout le contraire de ce qu'il prétend el qu'on ne le peut même mieux prouver que par ces faits.
Ce qui le trompe toujours est qu'au lieu que les choses humaines sont attachées à une infinité de circonstances, et que c'est le plus souvent ce qui les rend possibles ou impossibles, faciles ou difficiles, il les delachede toutes les circonstances auxquelles elles sont liées, pour en faire des questions métaphysiques qu'il considère d'une manière abstraite et spéculative, comme s'il s'agissait d'un monde séparé de celui-ci, dont nous ne sussions aucunes nouvelles.
Il examine en l'air celle question s'il est possible qne la transsubstantiation ^sous la(juelle il veut bien que l'on comprenne la présence réelle, quoiqu'il ne l'ose pas dire) se soit introduite depuis Bérenger dans les sociétés d'Orient ; et il croit qu'il lui suffit de trouver de certaines causes vagues qui aienl une proportion éloignée et mélaphysi(|ue avec cet effet. C'est pour cela qu'il nous conte des histoires qui sont aussi inutiles pour lui, qu'elles sont utiles en les tqurnanl contre lui. Mais pour le désabuser, il n'y a qu'à l'obliger de considérer les choses telles qu'elles sont, el de les revêtir de toutes les circonstances qui y sont effectivement atiachées.^
11 est donc certain premièrement que les Lalins n'ont point réduit entièrement ces sociétés à s'unir avec l'Eglise latine ; que s'ils en ont converti quelques particuliers, ils n'en ont point converti le corps ; qu'ils ne les ont pu porter ni à quitter leurs anciennes opinions, ni à changer leur ancienne discipline, et qu'elles y demeurent la plupart aussi ailachéçs que jamais. Que M. Claude enferme donc d'abord' celle circonstance dans la question qu'd Iraile, et qu'il examine, non s'il est possible en général que les missionnaires lalins aienl persuadé tous ces peuples de la doctrine de la présence réelle, mais s'il est croyable que ces missionnaires n'ayant pu faire recevoir dans aucune de ces sociéiés, ni les dogmes ni les points de la discipline de l'Eglise romaine sur lesquels ils sont divisés d'elle; el ii'ayant pu adoucir leur esprit envers cette Eglise et les empêcher de la traiter d'hérétique, aient généralement réussi à faire recevoir par toutes ces sociétés une doctrine aussi étrange que celle de la présence réelle le devait paraître à ceux qui auraient élc nourris dans une autre foi.
Il faut de plus ajouter à celle question sa double hypoihèse d'une limidiié générale parmi les chrétiens orientaux, cl d'une politique générale parmi les Lalins pendant tout le tein|)S qu'il destine à ce changement. Car, connue dans le progrès de cette introduction, on ne pourrait faire voir que les Grecs el les autres Orientaux non convertis se soient élevés contre les Latins, ni (pie les Latins aient fait des reproclies à ceux qui n'av;iienl pas encore embrasse leur foi, M. Claude est obligé de nous montrer que celte iniroduction est possible avec ces deux circonstances; c'est à dire qu'il doit faire voir qu'il est possible que tous les Orientaux non convertis, voyant répandre parmi eux une doctrine nouvelle, aienl étouffé par la crainte des Latins tout ce que la j:dousie naturelle et les principes de leur religion leur pouvaient fournil
X\tX