‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 9 sur 323 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

il»; nior.qui les Latins cii flssciU un article de leur créance, quoK^iril n'ignore pas qu'Auberlin mênie avoue que dans le onzième siècle on y élail nourri dès. l'e-ifance : Hàc opinione uuà cimi lacté eam tanquàm veravi confîdeuter obstmsertint (i) ; quoiqu'il sache que dès le commencement du onzième siècle on traitât d'exécrables les opinions de certains liéréliques, qui eiiscignaien! entre autres choses que le pain et le vin ne pouvaient être cliangés au corps et au sang du Si'igncur; quoiqu'il sache que dès que l'opinion de Bcrcngcr parut, on le regarda comme s'étanl^éiKuë de toute l'Eglise {i), et comme enseignant des senlimeiils conlraires à la foi calliolique ; quoiqu'il ne puisse nier qu'on ne l'ail toujours combattu par le consentement de l'Eglise universelle, et que Béronger même ne répondait pas à cet argument en niant que ce qu'on lui alléguait fût vrai , mais en disant nettement que l'Eglise élail périe; quoique M. Claude, dis-je, n'ignore rien de louies ces chctses, il demande néanmoins (ièremeni qu'on lui prouve que la Iranssubslantialion (sous la(iuollo il comprend la présence réelle) était établie dans l'Eglise romaine. C'est, dit-il, p. 5.!3, le point qu'il fallait prouver sans battre tant de pnys. Tontes ces histoires ne servent qu'à nous faire voir l'agitation d'esprit où. M. Aruaidd s'est jeté dès sa première preuve. Il fait passer et repasser les lecteurs en un moment d'Orient en Occident, et d'Occident en Orient. Quand il est question de l'opinion des Grecs, il va la chercher à Home pfirmi les Lutins; et qua)id il s'agit de l'opinion des Latins , il va la chercher à Anlioche et à Constunlinople parmi les Grecs. Et avec cela ce n'est qu'illusion, et il ne prouve rien. Vit-on jamcns un tel désordre dès l'entrée d'une dispute?

Voilà ce que M. Claude appelle ne prouver rien. Supposer que la doctrine de la présence réelle étant établie au point où elle l'était dans l'Occidenl, les Grecs qui étaient mêlés avec les Latins en une infinilé de lieux ne l'ont pu ignorer; c'est ne prouver rien, c'est battre du pays, c'est un désordre et taie illusion. Et supposer par enlêtemenl , sans preuve et sans apparence, (ju'ils l'ont ignoré: c'est raisonner juste selon les idées que M. Claude a de la justesse du raisonnement. Mais cependant il est visible que toute celle solution consisl(\ comme j'ai dit, dans cette ignorance mutuelle, où il veut que l'église occidentale et orientale aient été de leurs scnlinients

Quand ou lui demande de même pourquoi les légals du pape Léon IX présents àConslanlinople, et y exconnnuniant le patriarche, ne foui aucmi reproche à Cértilarius sur le sujet de rEiicliarisiie, s'il est vrai qu'il ne crut pas la présence rérlle, il se conlenle do demander pourquoi ils lui auraient fait des re|)roclies sur ce sujet , puis(pie l'église grecque et la romaine tenaient encore un même langage (o). Ce qui veut dire que les légals ne pénétraient pas le sentiment des Crées , parce que, quoiqu'ils fussent réellement contraires à la doctrine de l'Eglise romaine, ils se servaient néanmoins des mêmes termes.

C'est encore par la même solution de l'ignorance mutuelle qu'il se tire, de la dispute de Jérémie (4) patriarche de CoiiStanlinople , avec les protestants d'Allemagne qu'on lui avait objectée, cl par laquelle on lui avait prouvé l'imion des Grecs et des Latins dans celle doctrine. Car quoique ces lulhériens eussent conféré avec lui , non seulement par écrit , mais aussi de vive voix par le moyen de Gorlac luthérien, M. Claude ne craint pas néaimioins de leur attribuer de n'avoir pas entendu la vraie doctrine de ce pairiarclie, et des autres Grecs, et d'attribuer de même au patriarche de n'avoir pas entendu la vraie doctrine des lulhériens; et il fait ainsi de toute cette contesiaiio» où il y eut plusieurs réponses el.plusieuis ré-

(i) Aunert, pag. 945Spicir., p. % p. G74. [-2) Adelnia, Epist. ad IScreng.

CS) j- rép , p. vio").

|di(jues, une dispute de gens aV(Migles vl étourdis ipii ne s'enlre-entcndaieiit pas. Les luthériens croyaient heaucoiip plus que Jérémie , selon M. Claude," puisqu'ils croyaient la présence réelle, et que Jérémie. selon lui, ne la croyait pas. Cependant toute la dispute qui est entre eux consiste en ce que les luthériens accusent Jérémie de croire trop, et que Jérémie les accuse au contraire de ne croire pas assez. Ils ne disputent point stir la présence réelle , et ils s'imaginent de part et d'autre qu'ils élaionl d'accord siït ce point; et cependant c'était en cela proprement, selon M. Claude, qu'ils ne convenaient pas. Ils disputent sur le changement du pain au corps de Jésus- Christ. Les lulhériens accusent Jérémie de l'admettre; Jérémie accuse les liitliéiiens de le nier; et c'était néamnoins en quoi ils convenaient, puisque Jérémie n'admettait pas selon lui le changement de transsubstantiation que les luthériens lui attribuaient, et que les luthériens n'ont jamais nié le changemenl de vertu, qui est tout ce que Jérémie leur a voulu prouver selon M. Claude.

Il semble donc que M. Claude ayant fait un si grand usage de cette ignorance mutuelle , ne devait pas se mettre si tôt en colère, quand on lui a imputé do l'admeltre, ou qu'y ayant si solennellement renoncé, il ne devait pas y avoir si souvent recours pour so démêler des principales objections qu'on lui propose. Quoi qu'il en soit, comme il n'est pas plaisant de s'attirer toutes les injures dont il charge l'aiitour de la Perpétuité, pour avoir dit que selon Itti l'église grecque et l'église latine avaient vécu dans une ignorance mutuelle de leur doctrine , et que c'était le fondement de son système, on vent bien s'arrêter au désaveu qu'il fait de cette pensée qu'on lui avait imputée sur ses propres termes, et sur l'usage fréquent qu'il en faisait, et ne s'arrêter précisément ([u'à sa déclaration présenle.

Chapitre \L Faits importants renfermés dans l'aveu que fait M . Claude, que les Grecs n''ont point ignoré ce que les Latins croyaient de l'Eucharistie , ni les Latins ce qu'en croyaient les Grecs.

Comme l'aveu que fait M. Claude, que les Grecs et les Latins ont su mutuellement ce que les uns et les autres croyaient de l'Eucharistie, enferme un assez grand nombre de faits importants à la dérision <le notre dispute, je le prie de souffrir que je les développe im peu.

Il faut donc ajouter à celte connaissance mutuelle un autre fait constant , qui est qu'il ne paraît par aucun livre que les Grecs aient jamais ro|)roclié aux Latins de croire la présence réelle, ni les Latins aux Grecs de ne la pas croire. C'est ce que M. Claude avoue quand il nous dit, pag. 597, qu'autant qu'on en peut juger, les Grecs n'ont point disputé de la transsubstantiation avec les Latins, ni ne l'ont point formellement débattue dans leurs anciens démêlés. Car soiss le terme de transsubstantiation il enferme sans diuile la présence réelle , puisqu'il n'est pas moins vrai qu'ils n'en ont pas plus disputé que delà transsid)st:intiation. Et il reconnaît de même (I) que les Latins n'ont point fait de controverse cl do querelle aux Grecs sur ce sujet.

Mais pour marquer plus en détail ce qui est enfermé dans ce silence mutuel des deux églises, à l'éa^ard des reproches qu'elles se pouvaient faire nuituèllement, si elles eussent été dans les sentiments que M. CIsude leur attribue, il y faut ajouter qu'aucun d»s évêques latins qui étaient parmi les Grecs, aucun de ces inquisiteurs envoyés pour s'informer de leur foi, et accouluiiiés à punir de mort ceux qm ne croyaient pas la présence réelle , n'a fait le moiMiiri; reproche aux Grecs sur ce sujet.

11 faut y ajouter nu'aucun de ceux qui ont iaU U (i) :^- nép., p. il6.

RÉPONSE GÉNÉRALE AL NOUVEAU LIVRE DE M. CLAUDE

calalogiicdos orr^^iirs dos Grors (I ). ol qui leur en ont nièine allribiié beaucoup qu'ils n'ont pas, ou (|ui ne sont que dos erreurs de particuliers, n'a mar(|ué celte erreur eulre celles qu'il leur impute.

Il faut y ajouter qu'il ne paraît point qn'nueuu de ces millions de Grecs qui se sont rémiis volontairement ou involontairement avec l'Eglise romaine, ait jamais fait difficulté sur ce qu'on les obligeait de croire et d'adorer Jésus-Clirist présent snr l'autel, ni qu'il ait lénioigué que les autres de sa nation ne le croyaient pas.

Il faut y ajouter que de ce grand nombre de Grecs qui abandonnaient les Lalins, ou après avoir communiqué avec eux, ou après avoir été spectateurs de l'adoralion de l'Eucharislie, aucun n'eu a pris sujet d'accuser l'Eglise latine d'erreur et d'idolâtrie.

Il faut y ajiMitcr que d'un Irès-grand nombre d'auteurs qui ont écrit contre l'Eglise romaine, cl qui connaissant qu'elle croyait la présence réelle l'auraient dû traiter d'uloiàlre, selon la pensée de M. Claude, aucun n'a formé d'accusation contre elle sur ce point.

Il liiut y ajouter qu'ils ne l'ont pas fait lors même que la matière les y portait, et qu'ils faisaient des iraiiés remplis d'aigreur et d'invectives contre l'Eglise romaine sur le sujet des azymes.

Il faut y .ajouter que lors même que les Grecs ont été animés contre les Latins par des passions si aigres et si violentes qu'ils les traitaient publiquement d'Iiérétiqiies, et qu'ils pnssaient jusqu'à cet excès que de priver de la sépulture un de leurs empereurs pour seire ré(mi avec eux; ils ne se sont jamais néanmoins portés à leur rqirocher qu'ils adoraient l'Eucharislie, et qu'ils croyaient qu'elle contenait récUcnienl le corps de Jésus-Christ.

Il laut y ajouter qu'aucun de ceux qui ont écrit pour l'Eglise latine contre les Grecs, et qui étaient portés et engagés par leur intérêt et par leur matière même à opposer reproche à reproche , ne s'est avisé d employer celiri que leur doctrine de l'Eucharistie lui Minait fourni s'ils n'eussent pas cru la présence réelle comme l'Eglise romaine.

Il faut y.njonler que Marc d'Eplièse , et ceux qui rompirent l'imion conclue au concile de Florence, après av(»ir été témoins de l'adoration de l'Eiichaiistie, et dans la messe à la(|uelle ils assistèrent, et dans la fête du Saifit-S;icrement dont ils furent spectjUeurs, ayant eu tout lieu de connaître à f.md la iloctnne des Latins, connue M. Claude l'avoue, étant possédés de la plus Tiolenlc passion qu'où se puisse imaiiincr, écrirant contre les Latins, et contre ceux qui s'étaient unis de conmiiinion avec eux, c'est-à- «iiie, selon M. Claude, contre les adorateurs du pain. Il ont jamais formé néanmoins aucune accusation ni contre les Latins, ni contre ceux qui s'étaient joints a eux sur la créance de la présence réelle, ni sur l'adoration de l'Eiicbaristie.

Il faut y ajouter (|ue lors même que les Latins dominaient sur les Grecs dans tout l'Orient, et qu'ils les jorçaient par la rigueur des supplices de se réunir à l'Eglise latine jusqu'à les faire brûler , comme M. Claude le rapporte, ils n'ont jamais témoigné qu'ils les crussent coupables de cette hérésie , de ne pas croire Jésus-Christ présent sur l'autel.

Il faut y ajouter r|u'ils ont cardé ce silence à l'égard des Grecs , lors même qu'ils étaient le plus attentifs à l'erreur contraire à la présence réelle, et (in'ils h punissaient par les plus rigoureux supplices di;is l'Occident.

il faut y Mjouter que les Latins ont usé de cette conduite envers les Grecs lors même qu'ils les pressaient sur des points bien moins importants qui regatdaienl I.j doctrine de l'Eucharistie, comme sur la négligence dans ccrttines cérémonies, et sur leur oi iiiion loiichint les azymes. El il f.uii demander sur cehi à M. Clan. le, comme on a lait dans le livre de la

(i) \itl. Allât., rtc rcrfi. rous., y. \",{.

Perpétuité, s'il est fort vraisembl;ible que les Latins punissant par les plus cruels supplices en Franco, e» Allemagne et en Italie ceux qui doutaient de la présence réelle, étant maîtres des Grecs dans une infinité de lieux , et les croyant impies et sacrilèges Contre le plus auguste de tous leurs mystères , se soient contentés de leur dire qu'ils avaient grand tort de nier qu'on pût consacrer avec des pains sans levain.

Il faut y .ijouler que l'empereur Baudouin ayant tous les intérêts du monde de faire passer les Grecs pour criminels et pour hérétiques à l'égard du pape Imioeent III, cl les chargeant pour cela de t<»»l ce (|u'il jugeait les pouvoir rendre odieux dans l'esprit de ce pape, ne leur impute pas néanmoins de ne pas croire la présence réelle, qucvjqu'il n'y eût rien de plus favonble pour justifier son invasion de l'empire de Constantiuoplc, et qu'il ne piit ignorer leur créance sur ce point, s'ils avaient été effectivement dans celte erreur.

Il faut y ajouter que qiioiqu'en diverses rencontres les Grecs aient eu des intérêts polili(|iies qui les portaient à fâcher de rentlre les Latins odieux, pour faire soulever les peuples c(nitie eux , ils n'ont jam;iis employé pour cela l'accusation d'idolâtrie a l'égard do l'Eucharistie.

Il faut y ajouter que les papes qui étaient informés des erreurs des Grecs par un nombre infini d'inquisiteurs, instruisant ensuite les évêques des lieux de ce qu'ils devaient réformer en eux, et des erreurs auxquelles il les devaient faire renoncer, n'ont jamais mis de ce nombre l'erreur contraire à la présence réelle, et que l'on n'en trouve rien ni dans les lettres de Grégoire IX à l'archevêque de Nicosie , ni dans celle d'Innocent IV à Tévéque de Tivoli, ni dans celle de Je m XXII à Raimond, patriarche de Jérusalem, ni dans celle de Clément VI à des évêques lalins résidant en Grèce.

Il faut y ajouter que dans tous les conciles et dans toutes les conférences qui se sont tenues entre b-s Grecs et les Latins, on n'a jamais mis ce point on question, quoique celte seule erreur eût siifli aux Lalins pour juger les Grecs de pernicieux héréiiques, et que les Grecs ne dussent pas faire un autre jugement des Lalins.

Il faut y ajouter que quoique l'Eglise îaline ail inujoiirs jugé qu'on ne pourrait sans "impiété participer aux saillis mystères sans croire la présence réelle, elle a reçu souvent des nations entières d'entre les Grecs sans rien exiger d'eux sur ce point, et sans leur donner aucune instruction sur ce dogme.

Il faut y .ajouter qu'il ne paraît point qu'aucun de CCS missionnaires dont M. Claude se plaint qu'on n'itil pas fait un dénombrement assez exact dans le livre de la l'erpéluité , et qui ont rempli toutes les provinces d'Orient depuis le onzième siècle jusqu'à présent, ait accusé les Grecs de celte erreur, se soit efforcé de les en retirer, ait averti l'Eglise d'Occident qu'il l'avait découverte parmi eux , quoi que ce fût lin des articles qu'ils avaient le plus présent et qu'ils jugeaient le plus important.

Il faut y ajouter qu'il ne paraît pas non plus qu'aucuns de ces missionnaires rendant compte des prostrés qu'ils faisaient parmi les Grecs et les autres sociétés d'Orient , se soient vantés d'avoir porté quebiu'un à croire la présence réelle, ([uoiiju'il ne la crût pas auparavant.

Peut-on alléguer une preuve plus convaincante pour montrer non scidement que les Grecs croient la présence réelle, mais qu'ils l'ont toujours crue depuis Bérenger ?

Cependant c'est de l'omission qu'on a faite dans le livre de la Perpétuité de quelques - unes de ces missions que M. Claude iircnd sujet de dire, p. 157, qu'il lie peut comprendre comment M. Aruauld s'est pu imaginer que la sincérité ne serait pas choquée quand il Irailcrait comme i! a fuit, une histoire si importante n

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