LIVRE PUEMIEU
<iè raisons coiUro une doclrine si étrange, et qu'ils l'aient tous laissé introduire sans aucune résistance dans tout le monde. Il faut qu'il montre aussi (|u'il est possible que ces missionnaires qui se trouvaient parmi ces peuples, et qui connaissaient qu'ils étaient infectés de l'erreur de Bérenger, qui regardaient tous cette erreur comme une iiérésie damnable, qui les instruisaient sur ce point avec soin, qui voyaient leur doctrine roçue par quelques-uns et rejeiée par d'autres, aient pu tous garder sans aucune raison apparente un silence si religieux sur ce point, (lu'aucun n'ait accusé ces nations de l'erreur de Bérenger; qu'aucun ne l'ait insérée dans le calalogue de leurs erreurs; qu'aucun n'en ait averti les papes ; que nul d'eux n'ait lait aucun écrit pour les convertrr; qu'aucun n'ait usé de rigueur envers ceux qui refusaient de recevoir la doctrine de la pré>ence réelle, quelque pouvoir qu'il en eût; qu'aucim ne se suit vanté dans aucun livre du succès de ses prédications en ce point; qu'aucun n'ait témoignéd'adniirercetiealliance étonnante d'une docilité si extraordinaire à re cevoir celte doctrine, et d'ime opiniâtreté si inflexible à rejeter tous les autres dogmes qu'on tâchait de leur in<;pirer; et qu'enlin ils aient tous conspiré à nous dérober la connaissance d'un si grand événement.
Voilà ce que M. Claude devait entreprendre de faire croire possible, s'il eût voulu détruire cette conséi|uence, qu'il combat dans le litre de ce second livre, et qu'il établit par loiil le livre même. Mais comme il n'a pas seulement osé le tenler, il n'y a pour renverser tout ce livre (|u'à lui montrer ce qu'il avait à prouver, et à l'aire remarquer que le mélange de ces missionnaires et ce pouvoir des Latins sur les Grecs et les autres chrétiens d'Orient prouve trèsmal qu'ils aient pu leur faire recevoir la doctrine de la présence réelle avec ces circonstances, mais qu'il prouve parfiUtemenl qu'il est impossible d'une part qu'ils n'eussent pas découvert celte erreur dans les Grecs et les autres cbréiiens d'Orient si elle y c(jt élé ; n qu'il est encore moins possible de l'autre qu'ils ne la leur eussent pas reprocbée, et ne se fussent pas appliqués à la déraciner s'ils l'y eussent découverte? li'où il s'ensuit que ne l'ayant jamais fait, par l'aveu même de M. Claude, il faut qu'ils en fussent entiérerement exempts. C'esi la seule conclusion raisonnable qu'on puisse tirer des faits allégués par M. Claude dans son second livre, et ce serait perdre le temps que de le réfuter d'une autre manière.
J'ai toujours parlé des chrétiens d'Orient en général, quoique ces expressions souffrent une petite exception à l'égard des Arméniens, qui ont été accusés durant neuf ou dix ans de quelque erreur sur TEucharislie. Mais nous ferons voir en son lieu que cette exception, qui n'est rien on soi, sert inlinimcnl à fortifier cet argument que l'on lire du silence de l'Eglise latine, à l'égard des autres sociétés et des Arméniens mêmes pour montrer qu'elles ont toujours cru la présence réelle.