‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 106 sur 323 · V. DE LK F. III · texte numérisé non relu

V. DE LK F. III

trait tiré des Psaumes qu'on chantait aussi entiers. La psalmodie cl la lectme des livres sacrés se trouvent donc conformes à l'usage des églises orientales.

La lecture de l'Évangile ne se faisait pas en Occident avec moins de solennité. Si nous ne trouvons pas précisément la même ccrcinonie que celle des Grecs , pour ce qu'ils appellent fnxpà sî^iôe,- , la petite entrée , et que nous ne nous prosternons pas devant le livre des Évangiles, il reste assez de marques du respect que nos anciens ont eu pour le livre qui contient les paroles de Jésus-Clirist. Ils ne trouvaient rien de trop précieux poin- orner ce livre; et il y en a encore un assez grand luimbre dans nos anciennes églises, couverts de lames d'or et d'argent, enrichis de pierreries ou d'ouvrages d'ivoire. 11 y avait une tribune élevée pour le lire au peuple; et il en reste encore d'entières à Rome en diverses églises, comme en celles de S. Clément, de S. Laurent extra muros, de Sainte-Marie in Cosmediu, et en quelques autres. Ou l'y portait élevé afin que le peuple le vît; on raccompagnait avec des ciei-ges cl des encensements. Le diacre avant que de conunenccr la lecture encensait le livre , et faisait une inclinatiiii ; on le portait ensuite au célébrant qui le baisait respectueusement au-dedans, à l'endroit qu'on venait de lire , et les autres, seulement par le dehors. Une partie de Ces cérémonies se pratiîjue encore parmi nous , surtout les offices solennels, et dans les églises illustres parleur antiquité et par leur dignité,' comme soni jdusieurs cathédrales et abbayes royales. La coutume de dire l'Epître et l'Évangiie en deux langues subsiste encore à Rome lorstpie le pape olficie ponlificalement ; alors on les dit en grec et en latin , ce qui se praliciuc; pareillement dans la célèbre abbaye de S.-Dcnis.

L'oblalion du pain et du vin, quoiqu'elle ne soit pas portée avec les mêmes cérémonies à l'autel que parmi les Grecs, y est néanmoins portée avec toute sorte de décence ; et l'iiistoire fournit quantiié d'exemples d'enlogies préparées par les mains des saints , comme par sainte Radegonde, de fondations pour en donner aux églises, et d'un grand soin pour les faire.

La préface cl les cxhorlalions qui précèdent SnrsiiDi corda, etc., sont dans les messes latines comme dans les orientales. L'hymne des anges, S.ikctus , Cet dit au même endroit. Le canon consiste en des prières et des mémoires semblables à celles qui sont dans toutes les autres Liturgies. On demande à L'ieu les mêmes choses , on prie pour les mêmcr, fins ; on lait les mêmes coniiiicmorations, cl on lui demande que cette ol;laliou soit faite le corps cl le sang de Jés.is-Christ avant que de prononcer ses paroles, au lieu que les Ciecs elles Orientaux font celte piicre aussitôt qu'elles ont été prononcées. Pans plusieurs messes latines il se trouve de semblables prières sur les dons, quoique déjà consacrés; ce qui n'?. jaaiais Clé rogar-Jô coiiitnc une diminution de la [llail.]

PERrÉTllITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE.

foi qu'on n toujours eue sur rcfficacilé de ces même paroles.

Les oraisons qui suivent sont plus courtes et plus eimplcs que celles du rite oriental , mais le sens en ' est le même. On dit le Pater un peu avant la fraction (le riioslie comme dans l'autre rite; on fait l'union des deux espèces , quoique d'une manière différente. Le baiser de paix précède la communion dans le rite latin, au lieu qne dans le rite grec et oriental la paix se donne avant la Préface. Enfin on prend et on doimo la communion ; et, après les oraisons en action de grâces, tout est terminé par la bénéJiction.

On reconnaît par celle comparaison sommaire qu'il y a une entière conformité entre les Liturgies cccidcnia!es cl les orientales pour ce qu'il y a d'essentiel dans Tordre do l'adion sacrée, dans rinlenlion des prières , et même dans les expressions. Le changement des dons proposés au corps cl au sang de Jésus- Cli)ist y est expressémcut marqué; le sacrifice ne lest pas moins; les mémoires des saints, principalement de la sainte Vierge, la prière pour les morts, en un mot tout ce que 'es protestants ont reprociié à l'Fglise calholifiiie, et qu'ils ont supprimé comme des nouveautés contraires à la parole de Dieu et à l'iiisti- Julion apostolique, est observé également par les Grecs, par les ncstoriens cl les jacobiles , sans que jamais ils aient douté que les apôtres l'avaient ainsi ordonné. On ne dira pas que les Orientaux aient pris des Latins leurs prières et leurs cérémonies, puisqu'on tout ce qui peut avoir élé ajoulé dans la suite , il paraît assez par la différence des rites qu'ils n'ont rien pris les uns des autres , mais que chaque église a établi les siens .sur le fondement de la tradition apostolique, qui fait leur entière conformité dans ce qu'il y a d'esscnticL Car il ne se trouve pas qu'aucune église ail jamais cru consacrer le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ, sans employer ses propres paroles, que les calvinistes ont néanmoins retranchées; cl ce n'est pas les dire qne de réciter l'endroit de la première Épître aux Corinthiens où elles se trouvent. Elles ont éié conservées dans la Liturgie anglicane, et même il est ordonné que, quand il n'y aura pas assez de jiain et de vin pour communier tous ceux qui se présentent, le ministre en fera apporter d'autre , et recommencera à réciter l'endroit du canon oij elles se Irouvcnt; ce qui paraît fort difficile à accorder avec le principe de la confession de foi de l'église anglicane, qui dit que le moyen par lequel on reçoit le corps de Jcsiis-Clirisl est lu foi (I). Les autres sociétés protestantes oui varié sur ce même sujet, siu- lequel les éj^liscs d'Orient et d'Occident se sont toujours accordées.

Elles (int eu de même une entière conformité dans leurs prières pour manjucr que les dons pro|osés étaient olHerls comme un s.aci ilitc non sanglant cl pro-

(I) Corpus Christi datur , accipitur et manducalur in cœn;\ taniùm cœlesli et spirituali ralionc. Médium aulcm qno corpus Christi accipitur et niaiiducatur in cœaâ iiuos est. iArûc. rcliaionis, îoCii.

pitiatoirc pour les vivants et pour les morts. Les prolestants ont retranché tout ce qui avait rapport à celte vérité capitale de la religion chrétienne, ain-i que les autres articles qui concernaient la mémoire des saints, et celle des défunts : l'une pour s'adresser à Dieu par l'intercession de ceux qui lui ont élé agréables depuis la création du monde; l'autre, pour lui demander qu'il mît les fidèles dans le repos et dai-s sa gloire. Or il n'y a rien de tout ce qu'ils ont rclranchc comme superstitieux , et comme des nouveautés de l'Église romaine, qui ne se trouve établi dès les premiers siècles , comme on le reconnaît par les témoignages des auteurs de la plus haute antiquité ; cl c'est une témérité étrange que de traiter d'abus et de superstition ce qui a été pratiqué en ces temps-là.

C'est ce que nos premiers religionnaires français ont osé néanmoins appeler la pure institution de Jésus- Christ, et la réformalion que S. Paul leur montre, qu'il n'a cependant pas montrée à Luther , ni aux réformateurs de l'église anglicane, ni à la plupart des antres. Cela pouvait cire persuadé à des ignorants, comme étaient la plupart de ceux qui se laissèrent d'abord séduire, cl qui ne savaient pas distinguer ce qui était véiilablemcnt abus, des traditions apostoliques. Les luthériens de Magdebourg ont reconnu avec raison qu'on devait employer les paroles de Jésus-Christ, puisque S. Paul les rapportait. Les Anglais l'ont cru pareillement , puisqu'ils les ont mises dans leur Liturgie, et même de telle manière qu'ils font recommencer le ministre à l'endroit où elles sont lorsque le pain qui avait été préparé ne suffit pas pour le nombre des communiants; ce qu'ils n'auraient pas fait, s'ils n'avaient cru voir dans l'Écrilurc (pie ces paroles sont nécessaires, aussi clairement que les calvinistes croient avoir vu qu'elles étaient inutiles- On ne parle pas de toutes les autres difl'érences essentielles qu'il y a entre tant de dilTérentes formes de la célébration de la cène, ce qui est une conviction manifeste de la témérité de ceux (pii ont aboli ce que les chrétiens de tous les siècles et de tous les pays avaient prali(iué , sous prétexte d'avoir trouvé quehjue chose de meilleur dans la sainte Écriture.

11 y avait des abus dès le temps de S. Paul, et il en corrigea une partie dans sa lettre aux Corinthiens . remettant à ordonner le reste lorsqu'il serait sur les lieux : et il n'y a pas sujet de douter qu'il ne l'ail fait, quoique lÉcrilure ne nous en apprenne rien. Les réformateurs n'avaient-ils pas sujet de craindre qu'en prétendant retranehcrces abus, ils ne retranchassent ce que l'Apôtre avait établi?

Mais tout cliréiieii qui a l'idée que nous devons tous avoir de l'Église, ne s'imaginera pas aisément qu'elle ait, non seulement introduit, n)ais toléré depuis tant de siècles, des prières cl des cérémonies C(!ntr,iires à la parole de Dieu cl à la pratique des apôtres, de la doctrine desquels clic était dépositaire. On reconnaîtra encore moins l'esprit des apôtres, et celui de la primitive Eglise, dans une forme de service tel que celui des réformés de Frarcc , <

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consiste à un sermon iiic faii un minisire , dans lequel il n*y a rien qui convienne particulièrement au mystère , ou qui ne soil direclen'.ciU contraire à ce que les SS. Pères ont dit en pareille occasion. On. n'en trouvera pas un seul q<ii ail dit avant la commuliion , que toute la dignité que Dieu requiert de nous , c'est de nous bien conriaître , pour nous déplaire en nos vices et avoir tout notre plaisir , joie et contentement en

lui seul ; que nous ne nous amusions point à ces

éléments terriens et corruptibles que nous voyons à l'œil, et tondions à la main pour le chercher là comme iil était enclos au pain el au vin...; que nous nous contentions d'avoir le pain et le vin pour signes el témoignages; cherchant spirituellement la vérité. Ce n'est pas do celle manière que S. Cyrille de Jérusalem, on S. Jean Chrysostôme parlaient aux chrclicns de leur siècle ; puisqu'ils leur disaient Joui lé contraire, en les assurant que quoiqu'ils ne vissent que du pain et du vin,Hs crussent que c'était vcritahlemenl le corps cl le sang de Jésus-Christ. Enfin quand on examinera sans partialité la différence de ces anciennes prières révérées par toute l'antiquité , et de celles que les réformateurs ont mises à leur place, on reconnaîtra aisément dans les premières la voix de ré|)ouseel le gémissement de la colombe , el dans les autres la voix des étrangers que le troupeau de Jésus-Clirist n'a jamais connue.

cnAPiTRE ni.

De V authenticité et de fautorité des Liiurgies. On pourrait se dispenser d'examiner l'article de rautlienlicilé des Liturgies , puisque ceux qui ont traité les plus anciennes comme des pièces fausses cl. supposées, ont employé des raisormemenls A peu solides, qu'on aurait lionle de les propoccy présentement en dispute réglée. Car outre la faiblesse de la plupart des objections dont elles ont été attaquées , il y a un défaut essentiel dans toute la critique qui en a été faite, el il consiste en ce qu'elles sont examinées suivant les règles qu'on peut appliquer aux ouvrages des particuliers, ei non pas selon celles suivant lesquelles oo loit juger d'une pièce qui a l'aulorilé publique. Car on doit considérer les Liturgies , ou comme les ouvrages de quelqu'un qui a réduit les prières qu'elles contiennent en la forme qu'elles on!, ou comme la forme et la règle autorisée par l'Église dans l'usage qu'elle en fait. Or si on examine ce qui a été écrit sur ce sujet, il paraît que ceux qui ont attaque les Liturgies attribuées à quelques apôtres , eu celles de S. Basile et de S. Jean Chrj'sostôme, ne les ont, pour ainsi dire, attaquées que par les litres. Ils ont prouvé que certaines prières, cl d'autres choses qui se rencontrent dans le corps du discours, ne convenaient pas au temps des auteurs dont elles poriaicnt le nom ; que les mots de consubstanliel, de Mère de D'teu, ne pouvaient être du temps apostolique, non plus que la mémoire de divers ordres et ministères ecclésiasiiqucs, dos vierges, des anachorètes et antres

LlTUnClL-a

semblables, ce qu'on lc;:r accorde volontiers. Mais la conclusion qu'ils en ont voulu tirer, que par conséquent elles étaient Êupposécs, est certainement fausse. Car rien n'empccliera de dire qu'on a ajouté dans la suite, conmic on fait encore, ce que les évoques ont jugé nécessaire pourl'édificaiion des fidèles ; de sorte que celte raison ne détruirait pas la tradition des églises orientales, qui croient communément que S. Jacques a mis par écrit sa Liturgie, et ainsi les autres. Un homme qui voudrait, sons ce même prétexte, prouver que le canon de l'Église romaine n'est pas du temps de S. Grégoire ou de Gélasc, trouverait de pareilles preuves. Aussi ce n'est p.as de celte manière que l'aulhenticité des Liturgies doit clro examinée.

Elle consiste principalement en ce que les prières et les rites sacres que coriliennenl les Liturgies appartie7mcnl à l'Église ; de ?oi'te que c'est elle qui parle el qui agit par ses ministres, lorsqu'ils les emploient dans l'aclion la plus' sacrée de la religion ; ce qui donne à ces prières une autorité fort supérieure k celle que leur pourraient donner les noms des plus gr;inds saints de l'anliquiié. Car il n'y en a aucun, si on en excepte les écrits des apôtres et des disciples qui sontreçus dans Iccanon des Écritures, anqtîcî on puisse allribucr le privilège que Jésus-Chrisl a donné à sou Église, de ne tomber dans aucune erreur. Ainsi on peut être assuré que des prières et des formules qu'elle a approuvées par un usage immémorial, et par un consentcmcnlgéncral de tous les pays et de tous les siècles , ne peuvent être que conformes à la tradition des apôtres et de leurs successeurs, auxquels a él.é faite' h promesse de Jésus Clirisl, d'èlre avec eux jusqu'à la consommation du siècle. C'est sur ce • principe que S. Augustin s'est servi des prières de l'Église, comme ont fait aussi d'autres Pères, pour cond)atire les hérétiques, et qu'ils ont dit qu'elle ne priait point, en vain, qu'elle était toujours exaucée ; et que par celle raison Dieu exauçait pour l'erreldessacremcmsun homicide, et un homme chargé de crimes, qui faisait les prières de l'Église sur l'eau du baptême, sur l'huile sacrée et sur l'Eucliarisiie ; parce que c'éiail le gémissement de la colombe qui était toujours écouté , cl ils en tiraient un grand argument contre les do.iatistcs.

Cela doit s'entendre de celle partie essentielle des Liturgies qui est commune à toutes les églises, orthodoxes, scliismaliques, hérétiques, grecques, syriennes, égyptieimes, clhiopicnnes, arméniennes, qui ont été et qui sont enccrc en Orient. Elles ont toutes la Préfiice, la prononciation des paroles sacrées dcNotre- Scigneur Jésus-Christ ; des prières devant ou après pour demander à Dieu que les dons proposés soient changés en son corps et en son sang ; les prières el les mémoires qui ont été marques ci-dessus, la fraction de l'hoslie et la distribution de la commuiiion, et l'action de grâces. Les luthériens et l'église anglicane ont conservé quelque partie de ce service, après en avoir retranché tout ce qui élait contraire à leurs préjugés;

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ifS calvinistes ont loul aboli. Ainsi on rcconr.aU (pfcn ce qui csl csseiuiol à l'aciion mystique, les Criciilaux cl les Occiilcnlaux s'accordent parf/itejiicni ; au lien que les protestants ne s'acconlcnt ni avec les uns ni avec les autres, ni entre eux, puisqu'il »■ t impossible de concilier la célébration de la cène <{e l'éslise anglicane avec celle des calvinistes et dus lutlicriens.

11 est entièrement inutile de cherclicr des diversités dans les prières, puisque si les expressions sont un peu différentes, le sens et rinicnlion sont toujours les incines. Les l'réfaces sont quelquefois plus longues, d'autres ft>is plus courtes, mais elles coîitieni:ei)l toutes des louanges et des actions de grâces à Dieu sur ses l)icî:f;iits, et sur leniyslère de la rédemplioii du genre liuiiiain. Les paroles de Jésus-Christ sont rapportées selon un ou plusieurs évangélistes , mais elles ne sont point omises. On trouve plus de soixante formules différentes de r invocation du S. - Esprit, mais qui conviennent toutes à demander à Dieu qu'il l'envoie sur les dons proposés, et qu'il les fasse le corps cl le sang de Jésus-Christ, et ainsi du lesle.

Que si on insiste sur ce que les cérémonies qu'on remarque dans les anciennes Liturgies, et parliculièremciit celles qui y ont été ajoutées dans les tenips suivants, ne conviennent pas à la simplicité de la primitive Église, on en demeure d'accord, et on ne prétend pas (|ue dans ces premiers siècles, cl durant le feu des pcrséeulions, on pûl faire le service avec la Il êuie li!)erlé, et avec la même dignité qu'on a fait • depuis, lorsque l'Église a été libre et dans sa splendeur sous les empereurs chrétiens. Cependanl dans la plus- grande fureur de la persécution, les cliréliens ftvaienl deS vases sacrés assez précieux, puisque le poète Prudence, qui pouvait avoir vu les anciens actes du martyre de S. Laurent, en parie ainsi : Ihinc esse vcsliis or<jvs, Jlauc disciplinam fœderis^ Anjctileis sacris feruiil ; Auroque uoclninis sacris M oremque et artcm prodiluin est Libeiil ut aiiro antislites, Fumc.re sacrum sauguincm, Adstare fixas ccreos.

Opial, S. And;roise, les actes de plusieurs martyrs, font menlion des vases sacrés de 1 Église ; on ne diia pas que c'est s'éloigner de la disciplice cvangélique, ou de i'excmplc des aiuîtres, que d'en avoir qui ne soie. Il destinés qu'à cet usage, puisque les protestants mêmes, après avoir rompu et piilé ceux qui étaient dans les anciennes églises, en ont fait d'une autre sorte. Toute personne non préoccupée ne s'imaginera pas qu'il y ail de la superstition à ime chose qui, indépendannnenl de la religion, c.U fondée sur la bienséance, iilais les calices «e ressembleni pas aux vases dans lesiiuels on boit ordinairement, ci c'est en cela que ces zélés réformateurs trouvaient de la superstition. Cependant on sait que plusieurs vases

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antiques, do ceux qu'on appelait adices ou scyphi , étaient semblables aux calices qui se trouvent en plusieurs églises. On ne boit plus ordinairement dans d'autres vases que de verre ou de cryslal, faudra-i-il que les calices soient de verre ?

Il n'y a eu donc rien de superstilieux dans l'appareil extérieur que l'Église, délivrée des persécutions, a ajouté à la simplicité des premiers temps, ni pour les vases sacrés, ni pour les ornements, ni pour les cérémonies , ni pour raugmcntalion des prières. C'éîail une suite de la liberté des chrétiens triomphants de la fureur du paganisme. On a conservé les habits anciens des prêtres et des autres ministres sacrés, parce qu'on n'a pas cru que les changemenls qui arrivent tous les jours dans le monde, dussent s'étendre justiu'a l'Église. Les protestants mêmes ont blâmé ceux qui parmi eux ont fail tant de vacarmes et de séditions à l'occas'on des vêtements ecclésiastiques coiiservés en quelques endroiîs, et parli'.ulicrement en Angleterre. Personne ne trouve à dire que les rois, les princes, les magistrats, et d'autres personnes constituées en dignité ou en charge publique, gardent des habits anciens qui ne sont plus en usage. On ne peut pas non plus blâmer ce qui se fail aussi encore en plusieurs lieux où la rcligi(jn est établie, lorsqu'on prépare pour la célébration de l'Eucharislio du pain différent de celui dont on se nourrit ordinairement, et même l'azyme est en usage à Genève et parmi les lulhériens (Casaub. in Bar. , exer. 16, p. 460; Act. Wilt. p. 192). Le vin pur 'sans î»ucun mélange est en presque toutes les comnmnions protestantes; la manière dont ils s'en servent, de leur propre aveu, n'est pas clairement marqué-3 dans l'Écriture sainte, cl cependanl, dès le temps de S. Cyprit.n ( ep. ad Cx'cil. 63j, on regardait comme un grau j abus de ne pas mettre de l'eau dans le ca lice, et même ce défaut était regardé comme une erreur dans la discipline, qui était contraire à la disposition de Jésus-Christ et à l'usage de toute lÉgiise. CJue si on examine toutes les cérémonies en détail , il n'y en a aucune qui ne se trouve fondée sur l'ancienne discipline, dont on voit la preuve dans les écrits des SS. Pères, dans les cano '. des apôtres, dans les conslilulions ap<)Sloli(jucs, doii. l'anuquité est rccoimue de tous les habiles critiques.

Ceux donc qui ont cju voir dans l'Écriture tout !e contraire de ce que l'Église a toujours pratiqué, cl (|ui ont osé condamner de superstition, d'abus et de corruption, ces pratiques sacrées, cl qui les ont toutes abolies, outre qu'ils ne peuvent être justifiés d'une témérité insupportable, sont encore tombés dans deux erreurs très-grossières.

Car ce qu'ils Oiil appelé superstition et idelâti i ne leur a paru tel que parce qu'il ne s'accordait pas avec leurs principes; mais toute l'antiquité en a jugé différemuicnt. C'est donc un déi'aul essentiel dans tous leurs systèmes de théologie, de supposer comme prouvé ce qui est en question ; puisqu'il a toujours pasjé pour conslaal dans l'Église universelle, que co

2H LIV. lY. DES

qui s'observe égaîcincnl par lous les fidèles fiti fo-nlé sur la tradition, et ne peut être soupçonné d'erreur. Les réformateurs, par exemple, onl.iboli le signe d<> la croix comme une superstition, ei. cependant il n'y a rien dont l'usage soit plus ancien et plus constant dans la primilive Église, aussi bien que dans tout l'Orient, il on est demèn>ede la plupart des anlrcscérémoiiies qu'ils ont supprimées, qui étaient déjà établies p;»r un usage immémorial du temps «c S. Basile, et desquelles on trouve aussi des preuves certaines dans l'antiquité ecclésiastique.

L'aulre erreur de fait, dont les conséquences, ne sont pas moindres, est d'avoir ciian;4é toute la forme du culte extérieur , parlicnlièremcnt dans la cé!él)ration de rEuoliarislie, sous prétexte que les prières et les cérémonies que les prcn)iers réformateurs ont abolies étaient des alnis introduits dans lÉglise romaine, (pioiqu'il soit incontestable qu'il n'y en a aucune qui ne se trouve établie de même dans l'église grecque , et dans toutes celles d'Orient. 11 y a beaucoup de raisons de croire que d'abord ils n'y ion-, sèrent point ; car du temps de Luther cl longlenqis axiparavant, les plus savants n'avaient pas la moindre connîiissanee de la doctrine et de la discipline de l'ég'ise grecque. II parait même par les actes du concile de Florence, que très-peu de nos tîiéologier.s étaient versés dans la lecture des livres grecs, .oi que • pour la discipline elle leur était presque inconnue ; les disputes animées qu'il y avait eu de part et d'autre, ayant plutôt embrouillé qu'éclairci la nialière.

On peut j;:ger que sur de tels fondements, les réformateurs ne pouvaient manquer de tomber dans un aussi grand inconvénient qu'a été celui <lc douner comme la forme parfaite de la cène apostolique, ce qui ne ressemble p^inl à ce qui était pratiqué p.;r l'ancienne Église, et môme d'en établir presque autant de sories qu'il y a de diiïércntes communions de protestants. Il n'y a cependant qu'une S' ule de ces formes qui puisse être vraie, selon leurs principes, puisqu'ils prélendejil l'avoir réglée sur lÉcriturc sainte. Chacun croit la siemie teile; mais puisqu'il n'y a encore eu jauîais de co;'.cordc S'ir cet article, et que celte diversité suffit à faire voir que rÉeniiu'C ne dit rien sur ce sujet, on ne pouvait trc.uver de règle plus i sûre que de suivre la pratique do toutes les églies; et c'est sur cela que sont fui.décs les Liturgies latmos, gr.xqucscl orientales.

CiiAPlïRE IV.

Examen des principales objections que fout les protestants sur l'authenticité des Liturgies.

Il ne sera pas inutile d'examiner ce (lUC les protestants opposent à l'autorité des Liturgies, et les preuves qui paraissent assez fortes à leurs théologiens pour leur faire croire qu'ils ont prouvé que toutes ces pièces étaient supposées cl corrompues, desquelles par conséquent on ne pouvait se servir contre eux dans les disputes sur li leligion. Il ne laut pas s'étonner (ju'ils aient eu celte opinion, ni de ce qu'ils ont écrit sur ce *)!Joi, car plusieurs catholiuucs ne roni pas trnilc

avec autant d'exactitude qu'il eût été à souhaiter, et '.!s sont tombés dans deux exlrémilés contraires. Les uns, comme presque tons ceux qui ont écrit dans les deux derniers siècles contre les proleslauls, s'attachanl à la tradition des Grecs, ont soutenu quj les Liturgies étaient vérilahlement les ouvrages dos apôtres et des Pères dont e'ies portent le nom; et de nos jours, Aiialius (Symmict. p. 17G) a fait une dissertation sur celle de S. Jacques, toute fondée sur ce principe , et par conséiiueni entièrement inutile. D'autres, particulièremeiit des scolastiqucs, les ont attaquées comme ayant été altérées par les Grecs schisuKiliqucs; et c'est ce que lit Turrécrémala dans le concile de Florence, en quoi il a été suivi par un très-grand nondire de théologiens ; d'autant plus que le cardinal de Bossarion , qui écrivit peu de temps après son traité de l'Euciiarislie, en a parlé d'une manière très-peu exacte. En ces derniers temps , des personnes plnsjiabiles, faute d'avoir assez examine la m;itièie, ne se sont pas élcigr.éos du sentiment des prote-Janls, louchant la supposition de la plupart dos a^nciennes Liturgies, les examinant, ainsi qu'il a été dit , comme des ouvrages particuliers de ceux dont elles portent !e3non»'s,çl non pas comme des formules de prières et de cérémonies autorisées par i'usagc des églises.

Un de ceux que les protestants citent volonliers sur ce sujel, et à rautorilc duquel ils défèrent le plus, est André Rivet , ministre calviniste de France , qui passa depuis en Hollande, qiii a fait un livre intitulé : Crilicus sacer, dont il parait assez qu'ils font un grar.d cas par la (juaiilité (rimpres.^io!is qui en. ont élé faites. Il est cependant assez étonnant qu'ils n'aiorA pas reconnu qu'un Inunme d'un esprit très-médiocre, prévciui jusqu'à l'excès , qui n'avait vu aucuns manuscrits, et qui connaissait à peine les meilleures édili,)us, ne devait pas entreprendre un tel ouvr.ngo, qui est un tissu d'ignorances et d'absurdités , surtout (piand il parle des Liturgies.

Il commence par celles qui sont allribuds aux apôtres, pour lesquelles, dit-il, quelques uns de nos adversaires combattent , entre autres Claude de Saintes, et Jacques Pamélitis : « Vt missarum ludibria et Instrioniam posleritati sno tnulorum noniinum larvà ob- Irudant. v Ou sait bien que les calvinistes appellent ainsi ce que l'Eglise ancieimo appelait les mystères terribles ; et cel.i seul l'ait assez voir la diif'érence de leur cène et celle de la Liturgie des anciens. Mais un jeu et une véritable comédie sont tant de formes dillérentes , que les proleslanls en ont inventé sans pouvoir encore jamais s'accorder. Ne dirait-on pas que de Saintes et Paniélius n'avai;nt d'autre secours pour établir la rnesse que l'autorité do ces Liturgies? De plus habiles hommes que Rivet en jugeaient autrement. Joseph Sealiger ( pag. 14) disait que la Liluri^ie dans tous les Pères était à peu près commo elle est aujourd'hui, même dans Terlullien. Je trovve, dit Grolius, dans toutes les Liturgies grecques, latines, arab.'s , stjrjaqucs et autres, des pricrcd à Dieu le Père^

rERrÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHA.NT L'EUCHARISTIE.

afin qu'il {omucre par son S.-f.S}ml les dons offerts, et qu'il les fasse le corps cl le sang de son fds. J'ai donc eu raison de dire qu'une coutume si amicnne et si universelle , qu'on doit croire qu'elle est venue des prenùcrs Icnips, ne devait pus être chanijée (i). Rivel dit ensuite que c'csl par lo moyen de ces deux lliéologicns qu'ont p:)ru les Liturgies sous le nom de S. Jacques, de S. Pierre, de S. Mailhieu et de S. Marc, et il n'y a rii;n de plus faux. La Liturgie de S. Jacques a élé imprimée en grec par Morel longtemps auparavant ; mnis elle était connue dès les premiers siècles de rÉglisc ; puisqu'il en est fait mention dans le coiicile in Trullo, dans l'ouvrage de Proclus , cl dans ceux de plusieurs autres ihcologicns grecs, sans que les nôtres y aient ou part. Celle de S. Pierre est une traduction ancienne du cimon latin, qui n'a jamais élé en usage dans l'église grcc([uc, et dont par celte raison ou ne s'est jamais servi en dispute. Celle qu'il dit élre de S. Matlliieu, ajoutant (ju'on l'aipclle autrement la Messe des Ethiopiens, ne fut jamais que dans son imagination , et n'appartient pas à l'église grecque ; celle de S. Mare était comme il a été dit, la Liturgie comnmne de l'église d'Alexandrie ; il dit «nie M. du Plessis-Morncnj a prouvé par de très-solides raisons, qu'elles avaient été produites par l' homme ennemi, qui avait semé cette zizanie par-dcssits la bonne semence du Seigneur. On ne se donnera pas lu peine «l'examiner des raiions aussi frivoles que celles de JL du Plessis, que M. le cardinal du Perron (de l'Eucli., p. 817, etc.) a j-.leincnicnl confondu sur celte matière, :tussi bien que sur plusieurs atUrcs. II n'y a qu'une queslion à faire sur ce sujet aux admirateurs de pareils conlroversistes, cl cl!e consiste à leur demander qu'ils nous man|ucnt (luelle était cette bonne semence sur laquelle a élé semée cette zizanie , c'est-à-dire, quelle était cette Liturgie parfaite, exempte de toute .«■upcrstilion. !!s conviennent (ju'ellc n'est point nuir- (luée dans l'Écriture; il faut donc pour la connaîlre la trouver ou dans les écrits des auteurs anciens, ou dans la tradition. Or ils ne peuvent nier que toutes les parties esscnt-iellos de la Liturgie sont marquées dans les écrivains de la première antiquité, et que dasis le troisième cl le quatrième siècle la forme de célébrer les saints mystères ciall établie dans tout l'Orienl, ainsi qu'oc la voit dans les Liturgies grecques. Il n'ont donc pu distinguer que par révélation , parmi tant de fuîmes aussi contraires que sont celles de l'adminisiraiicn de leur cène, quelle était la véritable, pour béparcr le bon grain d'avec l'ivraie. De pareilles déclamations sont bonnes dans un prêche, et non pas dans une dispute sérieuse.

A l'égard de la Liturgie de S. Jacques, Rivet l'atlaqucpar huit raisons, qui, à l'exception de la dernière,

(l)Prcces sd Dcum Paircm ul dona oMala S'ir.tu suo sanclihccl faciatq.ie ea corpus et san-uiném Irihi sui , rcpeno in omnibus Liiurgiis Gracis^ I mi ms, Arabicis, Syriacis, etiam aliis. Rectè aut.'m dixî K)orem iia vctcrcm et universalein, u' a primis le m i'oribus orcdcudus sit vcuisse, non debuissc nuil-ri Voluui yro pacc. Animad. in lincl., p C.-iC

reviennent toutes à une môme : 1° qu'on y trouve la moi de esoTiKOi, dont on se serait servi dans le concile d'Épbèse, surtout Proclus qui y assista, cl auquel dit-;.', en attribue la Liturgie de S. Jacques; 2" la con substantialiié du S.-Esprit , et qu'on l'aurait dû , par la même raison, citer dans le premier concile de Conslanlinoplc; 5" de même que le mol de consubstantiel établi dans celui de Nicéc , où on ne l'autorisa point par celle même Liturgie ; 4° qu'on y dit le trisaginmqui est beaucoup plus récent; 5° qu'on prie pour ceux qui sont dans les monastères, quoiqu'il n'y en cûl pas encore d'établis ; (3° qu'ils y esl parlé des confesseurs ; T comme aussi d'églises, d'autels, de tburifications qui n'étaient pas de ces temps-là; 8° enfin, qu'elle est remplie d'expressions tirées des Épttres de S. Paul. Les sept premières objections sont toutes du même genre, et , à proprement parler, n'en font qu'une. Elles pourraient avoir quebiuc poids si les calholi(iues prclendaicnl que la Liturgie de S. Jacques , connne nous l'avons en grec , a élé mise par écrit mol à mot telle qu'elle est par col apôtre. Si quelques uns de nos î\uteurs ont eu cette pensée, les plus habiles théologiens ne sonl pas de leur avis. Ils tiennent que la partie essentielle de la Liturgie, telle que nous l'avons inarquée , a été de temps immémorial en usage dans l'église de Jérusalem, ce qui peut avoir donné occasion de l'attribuer à S. Jacques, De là il s'ensuivait que les mots établis par l'Église pour détruire les hérésies , comme ceux de consubstantiel et de Mère de Dieu, y avaient été insérés, ce qui prouvait l'usage de celte Liturgie, et non passa nouveauté, encore moins sa supposition. Car si on n'y trouvait pas ce que toute l'Église a inséré dans ses offices publics, se serait une marque qu'on ne s'en serait pas servi dans les églises. On reconnaît par les Caléchèses de S. Cyrille de Jérusalem, plusieurs prières tirées de celle Liturgie qui était celle de son église ; par consciiuenl elle était en usage longtemps avant le concile d'Épbèse, El pour ce qui regarde les expressions tirées des Épîlres de S. Paul, elles no, se trouveront pas dans ces parti-s quifoiitressenlieldela Liturgie; c'est dans les prières qui y ont élé ajoutées dans la suite des temps. Ces additions ne rendent pas une pièce fausse ni supposée; el on ne peut dire, sans une témérité insupportable et sans blasphème, qu'elles fassent qu'une forme de prières approuvée par tous les fidèles devienne l'ouvrage du démon.

Rivet navaii pas apparemment lu l'opuscule de Proclus , de la manière dont il en parle. Il ne s'agit pas de savoir si cel ouvrage esl de Proclus , ou de quobiuc autre moins ancien , puis(|u'il suffit que ce ne soit pas une pièce supposée ; qu'elle est reçue comme véritable par tous les Grecs, et qu'elle ne contient rien (ju'ils ne regardent connue certain, ainsi qu'il est facile de reconnaître par le grand nombre d'auteurs qui la citent. Mais il ne s'en trouvera pas un seul qui aiî avancé ce que Rivet nous donne comme si certain qu'il ne se met pas en [•einc de le prouver, el c'esî «pie la Liturgie de S. Jacques a élé faite par Proclus • Cui Liiurgiam Jaccbi fcntnt acceptam; car c'est ce que

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