‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 108 sur 323 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Examai de la critique de Rivet sur les Liturgies

orieiUales.

Nous avons remarque que Rivet, attriljuajil à S. Matlliieu la messe des Élliiflpiens , se trompait grossièrement, puisque l'original imprime à Rome est conforme aux mamiscrils, excepte en deux ou trois endroits qui ne regardent pas TEucharistie. Les auteurs anciens el modernes de l'iiistoirc d'Élliiopie ne ratlribuenl pas à cet apôtre ; et on ne la lui peut attribuer non plus , cnm.me celle d'Alexandre a été attribuée à S. Marc, parce qu il é;ail le prenàcr fondateur de celte église ; puisque nonobstant les fables qui enveloppent toujours la vérité de Tliisloirc des siècles éloignés , surtout parmi des peuples l)arl)ares et ignorants , la tradition de leglise d'Élb.iopie est que le premier évoque qui la gouverna fut S. Frumenlius ou Frémonalos, comme on prononce dans le pays, ordonné par S. Atliannse. Rivet cite pour première raison do fausseté (pi'il y est parlé d'épactc et de nombre d'or ; el il a eu soin d'avertir ses lecteurs que cela n' avail été trouvé que iongiemps après S. Matibicu : grande el rare déconvcrle ! Mais s'il avait consulté le texte éihiopien, il aurait trouvé que cela n'y est pas; et s'il avail lu le livre de ScaligiT de Emendatione lemporum (I. 7, pag. G71, edil. 16-29), il y aurait vu un coaipul ccclésiastifiuc ciliiopien et latin , par lequel il aurait pu apprendre que ces cbrélicns avaient des règles pour a:monccr aux peuples les fêles mobiles, et surloul la Pàque ; qu'ainsi ce ne serait point une marque de supposition de trouver qr.'il en fût fait mention dans quelque endroit de la Liturgie. En un mot, puisqu'aucun auteur catlioliquo de quelque nom n'a attribué celle Liturgie à S. Matthieu, c'est combattre un fantôme que de prouver qu'elle n'est pas de lui ; mais c'est une calonuiie fondée sur une ignorance grossière , que d'en conclure qu'elle a clé supposée par imposture.

Un critique qui veut censurer les autres cl leur donner des règles pour juger sainement des pièces anciennes , doit les connaître cl les avoir lues. Or on peut démontrer que tout homme qui croit que cette Liturgie est une pièce supposée pnr quehiue imposteur, ne l'a jamais connue. Car il était aisé de s'apercevoir qu'elle est enlicrement conforme à la Liturgie d^s Cophtcs ou jacobilcs d'Alexandrie ; cl comrac

celle-ci était traduite et la traduction imprimée plus d'une fois, longtemps avant que Rivet eût donné au public son Criliciis saccr, elle ne devait pas lui être inconnue. Il devait donc voir que les Ethiopiens , soumis comme ils sont depuis plusieurs siècles aux patriarches d'Alexandrie, avaient dans la langue du pays la Liturgie de cette même église , formée sur la grecque qu'on y appelle de S. Basile, en quoi il n'y a rien qui ne soit conforme à l'histoire cl à la discipline ecclésiastique, ou qui donne le moindre sujet de soupçonner aucune imposture. Où serait-elle en effet? A peine irouvc-l-ou que la Liturgie grecque de S. Marc, qui est la cophte de S. Basile, fût connue avant que le cardinal Sirlet, un des grands hommes de son siècle, l'eût trouvée dans un manuscrit de l'abbaye de Grottaferrata, el qu'il l'eût envoyée à M. de S. André, clianoine de l'église de Paris. L'édition qu'il en fit est Irès-con'rorme à l'original, que nous avons vu dans la bibliolbèque des religieux grecs de S. Basile à Rome. Les Éthiopiens qui y vinrent pcnd;ml que le royaume était saccagé par le tyran Granhé et par les Galas, firent imprimer leur Lituigie avec le nouveau Testament , cl ils en firent faire une Iraduclion lutine. Les papes n'y prirent aucun autre intérêt que de les aider et de les protéger. Il n'y avait personne alors qui pût composer une pareille pièce , puisqu'il s'y trouve des rites el des dogmes entièrement inconnus à nos Ibéologiens, et même qui le sont encore à ceux qui ont le plus travaillé sur la langue éthiopienne , comme feu M. Ludolf. Quelle raison y aurait-il eu de la supposer, puisqu'à peine se irouvcl-il deux de uns auteurs qui l'aient citée dans ces lemps-là? Si I\ivcl l'avait lue ou entendue , H aurait remarque le caractère certain de la sccle jacobite , en ce que dans les dijjtyques, il n'y est pas fait mention du concile de Calcédoine. C'est cependant ce qu'un critique ne devait pas ignorer, ni mettre au rang de pièces supposées un ollicc qui porte avec soi les marques les plus incontestables d'authenticité pour l'église dans laquelle il est en usnge.

C'est de col usage qu'il tire son autorité pour prouver la créance el la discipline des Éthiopiens, ainsi que la conformité de l'une et de l'autre avec réglisc jacobite d'Alexandrie, et ensuite avec toutes celles d'Orient sur riùichavislie.Yoilà ce que nous en prétendons tirer, non pas une tradition fausse, et même inconnue à ceux du pays, comme si celte Liturgie avail été écrite par S. Mallbieu. Puisque Rivet reconnaît lui-même que B.ironius ne fait pas mention de celles qui portent le nom de quelques apôtres, c'est une preuve suffisante que l'Église romaine ne les a pas supposées, cl qu'elle ne les reconnaît pas comme des ouvrages apostoliques , nonobstant les litres. Ce grand homme a parlé très-sagement, lorsqu'il a dit ensuite que nous n'établissons pas l'autorité de la messe de S. Jacques sur des passages de livres apocryphes, mais sur la tradition ; et il cite fort h propoi les Catéchèses de S. Cyrille, qui font mention de (pielqucs endroits de celle messe. Mais Rivet prélciui

Page 1