‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 109 sur 323 · LÎV. IV. DES LITURGIES · texte numérisé non relu

LÎV. IV. DES LITURGIES

qu'elles soiU fausses, sur dos raisons si piiorilcs et si frivoles qu'il est iiiiilile de les rcfulcr ; outre que plueicurs de nos iliéoiogieus l'ont déjà fait, et que les plus habiles protestants en jugent fort diffcrcmnienl. <:omme celle critique ne regarde jias notre sujet, ni'us renicllrons à rcxamiiicr ailleurs, et nous ferons seulement une rcinanpie, c'est que, puisqu'il s'agit (les Orientaux, non sculeinciil les Grecs reçoivent ces Galéclicscs coniuie un ouvrige vcriîable de Cyrille de Jérusalem, cl les cilciU fréquemment; mais il y a plus de huit cenis ans qu'elles sont traduites en arabe, et en d'autres langues, (2l lues dans toutes les églises. Enfin il ajoute que les catholiques ont besoin de l)0!iiie critique pour distinguer ce qui est des auteurs, çl ce qui n'en est point, ce qui est divin de ce qui n'est que d'invention humaine, et ce qui est autlicnliquc de ce qui est incertain. Les catholiques n'en, manquent pas. grâces à Dieu ; cl ce n'est pas sur celle de Uivet qu'ils formeront leur jugement touchant les ouvrages anci(îns. On a vu, particulièrement de nos jours, avec quelle fatigue quelle exactitude et quelle fidélité les calholiiiucs on! donné tani de belles éditions des Pères et des conciles, leur jiulicieuse critique sur les ouvrages douteux ; tant de pièces nouvelles, tant de découvertes dont les protestants ont profilé, mais qu'ils n'ont pas fort imitées. Rivet, qui n'avait rien vu, qi:i à peine connaissait les livres imprimés, était un homme bien peu capable de conduire les autres dans une roule si difficile. Il ne faut point f lire le mauvais plaisant sur Baronius, ni sur Belîarn;m : s'ils n'ont pas tout su, si quelquefois ils se sont trompés, ils n'en sont pas moins respectables, à cause des preuves qu'ils ont données ailleurs de leur cap.acilé. Le premier a parlé trcs-ju>te, quand il a dit que les endroits qui se trouvent cilés dans les Caléclièscs de S. Cyrille de Jérusalem, étaient tirés de la Liturgie de S. Jacques; puisqu'il est certain qu'elle était en usage dans l'église de Jérusalem. On a remarqué de petites différences dans le Symbole, en le conférant avec les passages rapportés dans les mêmes Catéchèses; suivant la critique de Uivcl cela lui suffirat-il pour rendre le Symbole suspect, aussi bien que les Catéchèses? Georges Bull, critique un peu plus judicieux, a fait voir clairement que ces différences, cfii ne sont (^'aucune conséquence, scrvaicni à nous faire connaître comment on récitait le Symbole dans l'église de Jérusalem. Cela venait de ce qu'on ne le conservait pas par écrit, mais que chacun l'apprenait par cœur. 11 en a été de même des Liturgies dans leur première forme ; c'est pounjuoi il y a eu de légères différences, telles que sont celles qui ont été marquées ; mais il n'y en a pas d'essentielles, puisque l'uniformité est enlière dans ce qui regarde l'action sacrée en lacjuelle consiste la conmiémoration légitime de la mort de Jésus-Christ, et l'accomplissement du précepte qu'il fil à ses apôtres: Faites ceci en mémoire de moi. Psous dislittguo;is donc fort bien cette partie essentielle de l'autre qui contient des oraisons l-yï out varié, mais f^ui ont toujours été dans le

même esprit, qui se reconnaît dans toutes les Liturgies latines, grecques et orientales, duquel les différentes formes de l'administration de la cène des protestants sont entièrement éloignées. A l'égard de ce qu'il cite du cardinal Bellarmin, louchant l'iovocalion du S.-Esprit, comme si celle oraison élait suspecte, son autoiiié n'est d'aucun poids en cette malièrc, puisque c'est mie des plus anciennes prières de la Liturgie orientale citée par tous les Pères, et même indiquée très-clairement par S. Irénée, par S. Basile, et par plusieius autres. Si Bellarmin a cru* trop facilement qu'elle pouvait favoriser une erreur des Grecs, dont il n'est pas fait mention dans la défii:i!ion synodale de Florence, il s'est trompé, et les Grecs n'auraient pas beaucoup de peine à prouver que cotte \mèrQ vient de tradition apostolique, comnie ils le dirent alors.

Ce que Uivet ajoute n'est pas meilleur que ce qu'il avait dit auparavant ; que si l'autorité des Liturgies siihsislc, il faudrait que les prêtres se confessassent à Dieu seul, non pas aux saints et aux anges, qu'on distribuât le calice aux laïques, et qu'on célébrât i'of;;ce en langue vulgaire, comme on faisait dans les premiers siècles. Le premier reproche est ridicule, et ne mérite pas de réponse. Pour ce qui regarde le second, il en a élé parlé ailleurs. L'ancienne Église a donné le calice aux laïques; cette coulumc a changé ; el c'est, disent les protestants, une nouveauté de l'Église romaine. Cependant dès le temps de S. Chrysostônic, selon la tradition des Grecs, on ne donnait plus le calice aux laïques, mais une particule trempée, et dans une cuiller. Toutes les comumuions orientales suivent la même pratique, cl elle ne peut pas avoir été introduite par l'Église romaine, où jamais elle n'a eu lieu. A l'égard de l'office en langue vulgaire, ce n'est pas une singularité parmi nous, puisque les Grecs et généralement tous les Orientaux leccièhrent depuis près de mille ans en des langues qui autrefois ont éié connues du peuple, connue le latin l'était à r»ome el dans tout l'Occident danè les premiers siècles du christianisme, et qui sont présenlemenl inconnues. Mais cet habile critique croyait apparemment que les Grecs cnlcndaienl encore te grec, les Syriens le syriaque, les Éthiopiens leur langue de livres, et les Cophtes l'égyptien. Cependant on a des preuves de fait incontestables que toutes ces langues sont inconnues aux peuples de (eus ces pays, qui n'ont p.s cru néanmoins devoir quitter l'usage ancien des offices qu'ils tiouvaient établis dans leurs églises; et c'est ce qui a conservé le service latin dans l'Église romaine. C'est même ce que nos calvinistes font, en retenant leurs prières et h:urs rimes gothiques, que ceux qui ne les ont pas apprises de jeunesse n'entendent assurément point.

Telle est la critique de Rivet sur quatre Liturgie* qui portent le nom des apôtres ; el il paraît Irès-claircmcut qu'il n'en avait pas lu une seule, el qu'il avait suivi ce qu'en avait dit M. du Plessis, sur de mauvais mcnioires que lui fournissaient des ministres de Sau-

PERPÉTUITÉ DE LA I<01 TOUCHANT L'LUCIIARISTiE.

mur- C'était une calomnie manifeste que d'imiiutrr aux catlioliques, comme il fait, d'avoir supposé ces Lilurgies, dont les unes leur ont été longtemps inconnnes, les autres leur étaient suspectes, et avec rai- 'son, comme celle des Éthiopiens, dans lariuelle il y a diverses expressions purement jacobites. Lorsque quelques théologiens ont soutenu qu'elles avaient été faites en premier lieu par les apôires, ils n'ont pas prrilendu que tout ce qu'on y lit fût de la première main, mais seulement la disposition générale des rites et des prières. Que si quelques uns ont été plus loin, comme Allatius dans son traité de la Liturgie de S. Jacques, personne ne les a suivis. Le cardinal du Perron, dont l'autoriléesl grande parmi les catholiques, avait donné une clé générale et très-véritable pour l'examen des Liturgies, en disant que ce n'était pas sur les titres qu'elles avaient qu'on devait en juger, mais sur l'usage des églises où elles étaient rercçues. Ainsi la Liturgie de S. Jacques devait être regardée comme celle de l'église de Jérusalem, celle de S. Marc comme celle de l'église d'Alexandrie, et aiasi des autres. C'était donc cette vérité, prouvée d'ailleurs par des arguments incontestables, que Rivet et les autres prolestants devaient attaquer, mais à laquelle ils ne pouvaient donner la moindre atteinte ; et non pas perdre du te;iips à nous apprendre qu'il n'y avait pas d'épacle ni de nombre d'or du temps de S. Matthieu, et à laire les autres remarques frivoles dont il a rempli tout un chapitre.

Quand elles mériteraient quelque attention, elles sont entièrement inutiles pour la question dont il s'agit, qui regarde la tradition généralement reçue dans les églises orientales; puisipie les Grecs considèrent S. Jacques comme premier auteur de la Liturgie. C'est ce qu'ils ont dit, assemblés dans le concile in Trullo, et ce qu'assurent tous les commentateurs de la Liturgie, conformément auxquels le patriarche Jéréinie l'a écrit dans sa première Réponse aux théologiens de Willeniberg. Toutes les choses que Rivet et les autres veulent donner comme des marques de nouveauté, et comme du mauvais grain semé par le démon dans le champ de l'ancienne Église, les Grecs et les Orientaux les regardent el les observent comme des traditions apostoliques, et comme des pratiques communes à tous les chrétiens. Les Orientaux ont la même opinion pour la Liturgie de S. Jacques qui est en syriaque, dont Rivet n'a pas parlé, parce qu'elle n'avait pas été traduite, et ils étendent ce jugement à toutes celles qui sont en usage dans les églises patriarcales. Quoiqu'il faille convenir qu'en cela leur critique n'est pas exacte, leur opinion est très-solide, en ce (ju'ils reconnaissent qu'elles les ont reçues par la tradition des apôucs, laquelle dans l'église de Jérusalem venait de S. Jacques comme premier évcquo, cl de S. Marc à Alexandrie. En cela ils ne se trompent pas; et afin de faire voir qu'ils se trompent, et toute l'Église avec eux, puisqu'elle reconnaît que nos offices de la messe sont venus à nous par le même <'2na! (le la tradition, il faudnùl trouver da-is l'anti-

quité une forme de célébrer l'Eucharistie différenie de cellc-li, el c'est ce que les protestants n'ont pas encore trouvé, depuis près de deux cents ans. 11 faudrait môme qu'elle fût contraire à tout ce qui reste de Liturgies latines, grecques, syriaques et antres, puis» que celles qu'ils ont dressées suivant l'idée qu'ils se font de la cène évangéliqne n'y ont ancun rapport.

Dans la suite Rivet parle de la Liturgie de S. Basile. La seule remarque qu'il fait pour h rendre suspecte, est que si on compare la grecque avec celle qui a été traduite du syriaque par Masius, on reconnaîtra qu'elles ne peuvent être du môme auteur. Il cite les paroles du traducteur, qui font connaître que, selon son opinion, il préférait la syriaque à la grecque. J'avoue, ditil , que celie-a est plus longue , parce que les hommes ont été toujours en de telles dispositions sur ce qui concerne la religion , que très-peu ont pu se contenir dans les cérémonies prescrites par les Pères, quoique trcs-saintes. C'est ce qui a fait que dans la suite du temps, selon les difj'érents mouvements de la piété des évêqucs , on y a changé et ajouté plusieurs choses; et de ce qui était pur, il en est venu plusieurs superstitions. En quoi les Syriens me paraissent avoir été plus modérés que les Grecs et les Latins , parce quils étaient dans un état moins tranquille, et plus éloigné du luxe. Rivet insiste beaucoup sur ce jugement de Masius, et il en lire de merveilleuses conséquences, comme si elles prouvaient que les messes grecque et latine sont remplies de super?titions ; et cela parce que Possevin qui le cite, ne le contredit pas ; q'.i'enfin du Plessis a prouvé par cette différence entre les deux Liturgies, et entre les exemplaires de celle de S. Jean Chrysoslômc, que si elles n'étaient pas fausses, elles avaient été altérées et corrompues en plusieurs endroits.

Masius était bon catholique, et il a rendu des services considérables au public car ses travaux sur l'Écriiure sainte, et sur la langue syriaque; mais il n'était point théologien, et le peu qu'il a dit en quelques ouvrages touchant les chrétiens de Syrie , fait vo'h* qu'il no les connaissait guère. Son maître en langue syriaque, qu'il cite souvent comme un oracle, ciait Nestorien, et il ne s'en est jamais aperçu; le traité de Moïse Barcépha est l'ouvrage d'un jacobile qu'il a pris pour un orthodoxe, et pour la matière liturgique il ne l'entendait point. La Liturgie qu'il a traduite el qu'il a publiée ne se trouve point sous le nom de S. Basile dans les meilleurs manuscrits ; el ainsi la comparaison qu'il ea fait avec la grecque , et les différences qu'il y remarque ne prouvent rien ; outre qu'il est aisé de reconnaître sans savoir le syriaque, mais sur la seule traduction, que le grec est l'original, el le syriaque une copie. 11 n'avait vu que celle-là; il ignorait (ju'elle ne contenait pas toutes les prières, qu'on prend ordinairement de l'oflice général qui sert h toutes les Lilurgies du rit syrien. Joignant donc ce qu'il en fallait prendre avec ce que contenait l'exemplaire qu'il a traduit, la grecque de S. Basile ne se trouve guère plus longue.

On y a dans la suite du temps fait diverses addiliona

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