LIV. IV. DES
(Kjcliangenicnls, etcclacsl commun à toutes les Liturgies, sans que pour cela elles aient été corrompues , puisque ces changements ne regardaient pas des choses essentielles, dans lesquelles il ne s'en trouvera jamais aucun. Pour des superstitions, si Masius a voulu ptrlrrde certaines cérémonies que les Grecs ont introduites dans les siècles moyens , et qui se trouvent dans les Liturgies dont ils se servent prcsenicment. il y en a quehiues-unes sur lesquelles les Latins ont disputé contre eux avec beaucoup de thaleur. et peutêtre d'une manière trop outrée. La principale est le mélange d'un peu d'eau chaude dans le calice avant la communion ; les autres sont plutôt des marques de leur vénération pour l'Eucharistie, que des snporstilions et des abus. Pour l'Église latine, il ne s'en trouvera point dans les cérémonies les plus augustes ; et quoiqu'on puisse juger (pie Masius n'avait autre dessein que de marquer, par la comparaison qu'il a faite, qu'on pourrait souhaiter qu'en certaines occasions on rappelât les cérémonies sacrées à une plus grande simplicité, on ne peut néanmoins l'excuser de témérité dans ce qu'il a écrit sur ce sujet; et son autorité n'est pas telle que les catholiques doivent s'y rendre; d'autant moins qu'il se trompait sur ce qu'il établissait louchant la simplicité des rites syriens, faute de les connaître. Car ce jugement est fondé sur ce qu'il ne trouvait point de rubriques ni de détail de cérémonies dans le manuscrit sur lequel il avait fait sa traduction. Il aurait pu trouver des manuscrits de la Liturgie grecque de S. Basile , et de celle de S. Jean Chrysostôme, qui aunient eu le même caractère de simplicité ; puisque ce n'a éié que dans les derniers temps qu'on y a ajouté les rubriques, ce qui est commun à toutes les anciennes Liturgies latines, grecques el orientales. Les Syriens cl les Cophtes n'en ont pas moins que les Grecs, comme on le voit par le commc:.taire de Denis liarsalibi sur celle de S. Jacques, et par divers tiailés particuliers qui ne regardent que les cérémonies.
11 y en a plus parmi les Syriens pour la seule préparation du pain qui dnil cire offert à l'autel, qu'il n'y en a parmi les Grecs : presque tout ce que ceux-ci pratiquent pour la première offi'ande, lorsqu'il.^ la portent à l'autel pour la consécration, l'iiivocation du S. -Esprit, la Fraction, l'intinciion de l'hostie, l'union des deux espèces , est observé également parmi les Syriens, et dans toute l'église d'Alexandrie ; de sorte que la simplicité est beaucoup plusgrande dans l'Église latine que dans la grecque et les orientales. C'est ce que Masius a igmiré, el cette ignorance l'a précipité dans tm jugemsnt fort téméraire, sur locpiel Rivet n'élail pas capable de le redresser ; même sur une dernière raison qui en fait voir la fausseté. Quà in re, dit-il , rnihi videntur [visse Syri timlb Grœcis Latiitisque lenipcrantîores , qiianlb miniis in tiauqiiillo , ne dicam luxurioso, apud illos chritlinna rcs statu versata est. H fallait que Masius supi»osàt que les églises de Syrie n'avaient jamais joui de celte paix qui fut comrauîjc à toutes les autres dcn lis rruip'ro de Coisttan-
tin ; qu'il eût oublié ce que les historiens les plus graves, et presque tous contemporains, écrivent des bâtiments magnifiques de l'empereur, de sa mère sainte Hélène, et des autres, pour orner les sainls lieux que les chrétiens venaient visiter des extrémités de la terre ; des vases sacrés, des ornements précieux dont ils enrichirent l'église de la Résurrection, celle de Detl.léem et plusieurs autres. Même avant ces temps-là, on trouve les reproches que les évéques assemblés au concile d'Antioche lirenl à Paul de Samosalesur sa vie voluptueuse, sur sa magnificence, et sur ses manièresplus convenables à un officier séculier, rf«^«'iirtnHs,qu'àunévêque.L'égliscd'Antiociieétait-cl!e dans l'oppression avant les Mahomélans? Celle d'Alexandrie n'avait elle pas des richesses immenses? Cependant les Syriens faisant leurs offices en leur langue, élaicnl de ce lemps-Ià , comme quelques-uns le sont encore, en communion avec les Grecs ; cl depuis la fin du septième siècle, ceux-ci n'ont pas été moins opprimés que les Syriens cl les Cophtes. De plus, c'est une supposition Irès-fausse que de s'imaginer qu'en ces pays mômes où les infidèles sont les maîtres depuis plus de n)ille ans, les chrétiens n'aient pas eu la liberté de pratiquer leurs cérémonies. Ceux qui ont voyagé on F»ersc, savciit qu'à Jull'a, où les Arméniens sont en très-grand nombre , cl où réside leur métropolitain, le service se fait avec autant d'appareil, de croix précieuses , de reliquaires, de vases sacres, d'ornements magnifiques, qu'en chrétienté. Les Grecs de Constanlimjpîe , quoique fort vexés par les Turcs , observei.t de même toutes les cérémonirs de leur rit; ce qui fait voir la fausseté de ce raisonnement de Masius.
Ce que Rivet ajoute pour attaquer la Liturgie de S. Jean Chryso>,lôme , a été cent fois réfuié. Il fonde ses soupçons sur la diversité des exemplaires, sur ce que la première version latine de Léo Tuscus ne s'accorde pas avec celle d'Érasme, ni avec les textes imprimés, enfin (pi'on y trouve les noms du pape Nicolas cl de l'empereur Alexis ; en quoi il fait assez voir qu'il ne savait pas les premiers élémcnls de la matière liturgique. Nous ne prétendons pas que la Liturgie de S. Chrysostômc soit sortie de ses mains précisémenl en rélat où elle est; mais seulement cpie , selon la tradition de toute l'église grecque , il régla el mil en ordre la forme générale de cet office sacré, qui fui suivie depuis par l'église de Constantinople. Toutes les diversiiés qu'on remaniue entre les manuscrits de diflérents âges, n'empêchent pas qu'ils ne s'accordent tous dans les jiariics essentielles que les protestants ont enlièrcmenl abolies. Il n'y en a aucune qu'on ne reconnaisse marquée expressément dans les ouvrages inconîcstablcs de S. Chrysostômc, comme on peut le voir clairement dans l'exlrait qu'en a donné (laudc de S-iinlcs. Il est donc arrivé à celle Liliugie, ainsi qu'à toutes les autres , en quelque langue qu'elles soient , qi;e les évoques ont ajouté diverses prières, qu'ils en ont abrégé quelques-unes , qu'ils en ont étendu d'autres. Cela prouve l'usage qu'en ont lait les Orleotaux,
TEUIÉTUITÉ DE LA FOI lOUClIANT L'ELCllAniSYlE-
et ..on pas qi.'cHcs nionl clé corrompues; cl quand on examine en qnoi consiste celle prélonduc corruption , il csl aise de re( oi-.naîlre que 1 église praliquail bnnomps avanl Tcpoquc la plus ancienne qu'on puisse f „nner à la forme qu'oui présenlement les Liturgies, •.-csl-à-dirc , avanl le quatrième cl le cinquième sicric tout ce que los prolcslanls rcgardenl comme des abus. Si quelqu'un citait des manuscrits de la messe Inline du U-mps de Charlomagnc ou de ses prochains successeurs , cl qu'on y trouvai leurs noms dans le canon , s'il prétendait prouver qu'il n'a pas clé étaldi plutôt, il se rcndrail ridicule : il en csl de même des ' raisons de nouveauté que du Plcssis cl Uivel tirent des noms du pape Nicolas , et de l'empereur Alexis , qui se iroiivenl eu quelrpies exemplaires.