Chapitre VIIL Autres faits avoués ou non contestés par M. Claude
qui donnent lieu de conclure avec certitude, que les
Grecs croient la présence réelle.
La plupart des faits que nous raitportcrnns ici, prouvent non seulement que les Grecs croient la présence réelle, niais aussi qu'ils tiennent la iranssubsianliation. Et il était facile de tirer la même conséquence de plusieurs de ceux que nous avons déjà rapportés. J'avertis néanmoins M. Claude, que je ne prétends m'en servir ici que pour établir qn'ils croieiil la présence réelle, et qu'ayant droit de le faire, parce (jue tout ce qui établit la transsubsianlialion cialilil in:ss) la présence réelle, je me réduis à celte unique conséquence pour trois raisons :
La première, pour ne doimcr pas lieu à M. Claude d'obscurcir ces preuves, en ne lesappli(iuanl, comme il a fait, qu'à la iranssubstaniialion considérée séparément de la présence réelle.
La seconde, parce que je n'ai dessein que de montrer ici que la preuve de prescription établie dans I9 livre de la Perpétuité subsiste tout entière après ss réponse. Or, cette preuve de prescription n'a besoin que de l'établissement de ce point ; que lous les Grecs et les autres sociétés schismatiques croieni la présence réelle, puisque, comme l'avoue M. Claude, oâ n'a renfermé que ce seul point dans la conclusion, qui esl, qu'il est impossible que ces sociétés soiem venues à la croire par innovation et par changement.
La troisième, parce que M. Claude a fait une profession publique de ne répondre à tous ces Aiils que par rapport à la Iranssubslantiaiion, et ainsi en les employant pour prouver la seule présence réelle, on n'en tire qu'une consé(|uence qu'il n'a ni déiriiile, ni combattue dans sa Réponse. C'est donc dans cette vue que je proposerai les autres faits que M. Claude ne conteste point.
Le premier est que les Grecs depuis le huitième siècle (Il pouvait dire depuis le septième) rejettent les ternies défigure et d'image sur le sujet de r Eucharistie ( 1 ) .
■l°C'esl-à dire que ces gens, dont M. Claude prélond que les calvinistes ne diffèrent que par quelques expressions , ont rejeté depuis neuf cents ans les l( rmes essentiels de la doctrine des calvinistes par lesquels elle s'exprime si naturellement qu'il est impossible de la concevoir sans s'en servir. On ne penl guère apporter de préjugé plus fort pour montrer (pi'ils ont toujours rejeté la doclrine même que les calvinistes ont accoutumé de renfermer sous ces termes.
2° M. Claude de plus avoue que les Grecs semblent retenir le sons littéral de ces paroles : Ceci est mon corps, et qu'ils n'admettent point le sens de figure ; que c'est pour cela qu'ils disent si souvent, que le pain n'est pas la figure du corps de Jésus-Cltrist ; mais le corps de Jésus-Clirisl ; non (a fiç/ure de la chair, mais la chair ; parce que le Seigneur n'a pas dit : Ceci est la figure de mon corps, mais mon corps (2). C'est-àdire cpril avoue ce que l'on avance dans le livre de la Perpétuité, que le sens de figure cstrondamné par tous les Grecs depuis neuf cents ans, d'où il s'ensuit que c'est une étrange sorte d'évidence que celte de ce prétendu sens de figure, qui peui être caché à toute la terre durant l'espace de près de mille années. El comme le même argument des Grecs par lequel ils excluent le sens de figure, qui est que Jésus-Christ n'a pas dit : Ceci esl la figure de mon corps, exclut aussi la verlu séparée, puisque Jésus- Christ n'a pas dit aussi : C'est la vertu séparée de mon corps; il esl bien difficile de croire que les Grecs aient pu s'empêcher de tirer neuf cents ans durant une conséquence si naturelle.
3" M. Claude reconnaît que non seulement les Grecs se servent communément des expressions des Pères, qui portent : que le pain est le corps de Jésus- Christ, qu'il est fait le corps de Jésus-Christ, qu'il est changé au corps de Jésus-Christ ; mais qu'ils y en ont même ajouté d'autres qui semblent plus fortes, comme. que le pain n'est pas une figure, qu'il est le vrai corps de Jésus Christ, et que le corps né de la Vierge et le pain m sont pas deux corps. Or il est bien dilficile de croire qu'une église dont ces expressions font le langage oïdiuaire, ne croie pas la présence réelle.
M. Claude prétend qu'on peut concevoir en deux manières que le pain et le vin sont changés au corps de Jésus-Christ, 1° par une conversion réelle de toute la substance du pain et du vin en la substance du corps et du sang ; en sorte que la substance du pain et du vin ne subsiste plus après le changement, qui esl, dit-il, ce qu'on lient dans l'Église romaine ; 2° par l'addiiidii d'une nouvelle qualité, ou d'une nouvelle forme au pain et au vin, qui est ce qu'il appelle lu forme snruaiurctie
(1)5'" nép., pag. ôôi.
(■2) ibid , [K ô5i>.
RÉPONSE GÉNÉRALE AU NOUVEAU LIVRE DE M. CLAUDE
el économique du corps de JésmCimsl, ou faccroisseineiil, ou siiiipkniciil la verlu (1).
Nous ferons voir tl.ms l; pren)ier volume que I on doiuwra au imhlic sur la créauce des peuples <les six premiers siècles, que ceslcruies n'oni (pie le premier seus, et que le sens de vertu est la plus improltable de lontes les c!iimcr«s. Mais pour le réfuter en un mot par M. Claude même, il sulfil de remarquer ici, 1" (pfil ne prétend trouver sou accroissement et sa forme économique que dans saint Jean de Damas, et encorf dans une lettre altriliuée à ce saiul, qui a été :ijoulée à ses o-uvres dans l'impression de Billius, et <l'ni n'a été citée devant lui par aucun auteur grec : qu'il ne rapporte lui-même aucun auieur qui ait dit «ine le pain était changé en la vertu du corps de Jésus- Cinis» depuis Théophylacte, qui le dit d'une manière qui n'est propre qu'à déiniire ce prétendu sens. Mais quoi qu'il en soit, il sufiit pour ceux (pii ne peuvent pas examiner ces matières si eu détail, de savoir par M. Claude qu'il ne paraît point que depuis plus de cinq cents ans, c'est-à-dire dei)uis le commencement du douzième siècle, aucun auteur grec se S' il servi de ces ternies, que le pain est changé en lu vertu du corps de Jésus-Clirisl, on est la verlu du lorps de Jésus-Christ , au lieu que par l'aveu du même M. Claude ils se sont communément servis de ces termes, que le pain est le véritable corps de iésus-Christ, et que le corps de Jésus-Christ qui est en r Eucharistie, el son corps naturel ne sont pas deux corps.
Que l'on .ajoute seulement à cela un autre aveu imp rtaiit de M. Claude, (\m tël que ecs ternies, le pain t:i le vin nitjsli(iuement consacrés sont selon la vérité le corps el le sang de Notre-Seiçineur Jésus Ciirhl étant chanaés par sa verlu divine (2), que ces termes, dis- je, (|ui étaient contenus dans la profession de foi qu'un faisait faire aux Sarrasins, ne prouvent point le changement de vertu. Et l'on reconnaîtra sans peine (pi'il est impossible que réijlise grecque les ail enlendus dans ie sens de vtr/u. Car, n'étant instruite que par <les paroles qui ne prouvaient point le sens de verlu, selon M. Claude même, le moyen qu'elle fût entrée d'elle-même dans ce sens qui ne lui a point été expliqué depuis pluà de cinq cents ans 'i El commcnl pourrait-on s'imaginer que les Grecs, entendant dire tons les jours que le paiu el le vin consacrés sont dans la vérité le corps même de Jésus-Christ, el n'enlendant jamais dire (ju'ils ne le sont qu'en vertu, aient Jous détonné ces paroles en un sens qu'elles ne contiennent point, selon M. Claude même?
M.iis M. Claude nous donne veii d'aller encore plus sivani, et nous avons droit de conclure de ses réponses que les Grecs ont signé formellement la iranssubslaniiation, et par conséquent la présence réelle que celte do(-lrine enferme.
Dour le faire voir, je n'ai qu'à lui demander si ce n'est pas signer la Iranssubstaniialion que de signer <cile proposition : Je signe q, n le pain el le vin sont fhangés au corps el au sung de jésus-Chrisl au sens que Ct'uieud l'Eglise romaine ? Car ces paroles , te pain est ■Jiungé au corps de Jésus-Christ, n'ayant que deux sens, selon M. Claude; l'un qui est celui de rtglise romaine, l'autre qui esl ce sens chiméritiue que M. Claude attribue aux Grecs, c'est embrasser le premier, el exclure le dernier, que de la signer en 1 elle manière là. Cependant il résulte des réponses de 51. Claude que le moins que les Grecs aient f;iil, «•'est de l'avoir signée do celle torte; comme il pataiira p^r les faits sni\ants.
M. Claude avoue tpie la formule de confessi(m de foi «iiesséeiiar Clément IV, (pii purt;iitcesiermes formels: L'Eglise romaine fait le Sacrement de ["Eucharistie de pain uujme, tenant el enseignant que dans ce Sacrement le pain esl véritablement Iranssubslanlié au corps, et le vin au sang de Jésus-Christ [Z) ; il aveue, dis je, ipie
(1) 5' Kép., p. 309.
(S) Ibid., p. 463.
(5) tbid., p. 173.
x>«rt
cette formnl'j a été (tlusieurs fois'proposée aux Grecs.
Il ne nie pas(l) de pins que la confession de loi signée par Michel Taléologuo, ne contienne ces mêmes termes dans la iraduction qui est imprimée dans Raynaldus, el qu'il y eu a d'équivalents dans celle (|ue Jean Veccus, patriarche de Conslanlim>ple, envoya, trois ans après celle de Michel, au pape Jean XXL tant en son nom qu'en celui de son synode patriarcal. Mais parce que dans la conlession de foi signée à Rome par l'empereur Jean Paléologiie, le mot de Iranssubstuntialur esl traduit dans le grec, cité par AUalius, par celui de /xtroiëâ.rj.eroi.i , M Claude suppose de plein droit qu'il n'y avait que le mê.ne mot dans toutes les autres, et de là par la nouvelle philosophie qu'il a trouvée sur ces mots, de changer au corps de Jésus-Christ, il en infère que les Grecs n'ont pas voulu reconnaître la Iranssuh^lantiiiion des Latins ; mais qu'ils ont eniermé sous ce ternie un autre sentiment <pn exclut cette doctrine.
Je ne veux pas arrêter M. Claude sur ces suppositions incertaines, et je ne ferai pas de difliculté de lui accorder qu'on pouvait s'être servi dans ces autres actes du molde//.£T«eàX>eT«£, quolipi'il n'en sache rien positivement. Je suis même assez porté à le croire, non par la raison (ju'il allègue, mais parce que le mot de //.tTOÙsii, ou transsubstantiatio n'est pas un mol gr( c, et ((ue ceux qui traduisent cherchent d'ordinaire "dans leur langue propre des termes «pii répondent à ceux de la langue dont ils traduisent, et ne s'avisent guère d'en foi nier d'eux-mêmes de nouveaux.
Mais (presl-ce que M. Claude en pourra con :!ure? Que les Grecs l'onl pris en un autre sens ijue les Latins, qu'ils n'ont entendu qu'un cliangenieiii de venu, au lieu qu'ils savaient que les Laiius ciendaimi nu cliangemenl de substance ? On lui fera voir ailleurs que celle solution esl toujours déraisonnable; mais en celle occasion elle est criminelle, et elle attribue sans raison aux Grecs une noire perfidie, contraire non seulement à la sincérité et à la bonne foi , mai» encore an sens commun. Car ces mots , te pain el te vin sont changés véritablement , «iôSws /x£Taé«;./o>T«t, sont déierminés dans touscesactes, c'esl-à-.liredans celui de Michel , et dans celui de Jean, el dans celui du synode de Veccus , par le sentiment de VEglise romaine, auquel ils se rapj)orlent. Les empereurs n'ont pas prélendu exprimer immédiatement leur foi ; ils ont prétendu exprimer celle de lÉglise romaine et l'approuver par leur signature , Sacramcntum Eucliarisiiw, disent-ils, ex azymis conficit Romana Ecclesia, lenens et docens quod in ipso sacramenlo panis verc transsubstantiatur (ou) mulaïur in corpus ; et vinum in san- (Juinem. Or quoique M. Claude piélcnde sans raison que ces termes soient généraux (ce que nous ferons ^oir être faux) néanmoins il reconnaît qu'on n'hésite pas à les eutendre au .sens de la liaiissubstanliaiiou, quand on sait que ceux qui s'en servent sont persuadée de celle doctrine (2) ; et à plus forte raison n'y doit-on pas hésiter quand ou parle de personnes ipii la croient el que c'est pour représenter leur sentiineiil qu'on s'en sert.
Puis donc que c'est le sentiment de rÉ;:;lise lomaine que les empereurs Michel et Jean l'aléologue nous ont représenté par ces termes : Le pain est véritablement changé au corps de Jésus-Chrisi , il e.>tci:iif qu'ils ne peuvent recevoir d'autre sens ipie celui de la transsubstantiation et que la notoriété du scn.^ ue l'Église romaine les dé:ermineiaii au sens particulier de cette église, (juand même ils seraient génélanx et indéterminés selon la nouvelle prétention de M. Claude
11 en e.sl de niàsne du synode des Grecs sous le palriardie Veccus. Ils déterminent aussi nelteir.cnl ces termes par le rapport qu'ihcn f.ml aii hcnlinici.l de l'Égli.-e romaine qu'ils apprniivcnl.
(1) 5' nép., p. 373.
(2j l-liép.,ii.G7.
livrl: premier.
Ils déclarent dès le comnienccmont qu'ils font celte profession de foi afin de délruir.o la vaine opinion que le schisme entre les Grecs et les Latins aurait pu causer , qu'il y eût quelque différence de dogme entre l'une et l'autre église (1).
ils proposent l'ariicle de rEucliarislie , comme croyant sur ce point la même ciiosc que les Latins: Credentcs et nos ipstim azymum paneni in ipsa sacra Kucharistia verè niM/an'(2) in corpus Domini nostri Jesu Cliricii. Ils approuvent tout cela au sens de l'Église niinaine. Cùm Itac omuia , disenl-ils, sic veneretur et pra-dicct sancla romana Ecclcsia , credimus et dicimus qiibd verè , fidelitcr et orthodoxe docet et prœdical ipsa sancla romana Ecclesia. Et ils finissent en disanl, qubd concors fil ]!lcnissimè et sine defectu nosira Ecclesia secundiim fidei ortliodoxœ intelleclum apostolicœ matris omnium ccclesiarum Ecclcsiœ Romanœ.
i'eut-on doHicr après cela que des personnes qui parlent de celte sorte ne signent les ariicles de foi (pi'ils (MUniusi exprimés au sciiS qu'ils savent èlrt; celui de TÉglise romaine ? Et n'est-ce |)as la plus odieuse de louleslescliicnneries rjue d'alléguer qu'ils les pouvaient pieniire en im autre sens, lorsqu'ils déclarent e\|)ressénient qu'ils les prennent au sens de l'Église romaine; secundiim fidei ortliodoxœ inlellcctum sanctœ Ecclesiœ Romanœ ?
(Jue i\l. (Claude, à qui il ne coûte rien d'accuser louie une Église de romberic, dise lant qu'd lui plaira que les Grecs avaient d'autres sentiments dans le cœur que ceux (|u'ils faisaient paraître; qu'il prétende que cel.i n'était (jue dissimulation et que politique, quoique Vcccus cl plusieurs autres soient morts pour soulenir l'accord qu'ils avaient fait avec les Latins, et qu'ils l'aient soutenu par un très-grand nombre d'écrits, ce n'est pas de quoi il s'agit maintenant ; je ne veux établir par celle histoire que ce fait constant, que les Gi ecs ont signé la transsubstantiation de l'Eglise romaine, et (|ue c'est le seul, unique et naturel sens (le leur acte, et par conséquent qu'ils ont solennellement approuvé la présence réelle qui est enfermée dans cette doctrine.
Que si l'on ajoute à cela un autre fait non contesté, qui est que les Grecs schismaliques après celte signature laite par Michel, par Veccus, et par les évèques de son synode, ne leur en ont jamais fait un crmoe, et n'en ont jamais pris un sujet d'accusation dans lant d'écrits qu'ils ont faits contre Veccus; on ne samait prouver d'une manière plusforie que les Grecs étaient tous persuadés de la doctrine de la présence réelle.
Je ne vois pas qu'après cela on puisse faire un jugement fort avantageux de l'esprit et de la sincérité de M. Claude, (lui, dissimulant toutes ces circonstances, a cru qu'il i)ouvail éluder celte preuve si convaincante en répondant en l'air, page /r2-2, que M. Arnauld n'y songe pas de nous alléguer une afjaire oit l'on ne trouve que violence, jourberie et Igrannie du côté de cet empereur ; une affaire qui ne réussit que pur le ministère des cruautés, des supplices et des exils ; une affaire qui unira sur ilicliel une si funeste haine des Grecs, qu'ils lui refusèrent l'honneur de la sépulture; une afjaire après tout où il trompa les Grecs, en leur faisant uccrou-e que chaque église garderait ses dogmes cl ses rites, cl qu'il ne s'agissait que de donner de la fumée au Pape, en lui accordant la primauté et le droit des appellations. Car il faut avoir peu de discernement pour ne pas voir, que rien ne fait mieux voir que c'est trèssincèrement que Michel et Veccus ont signé la iranssubstantiaiion, (pie les violences que Michel exerça pour faire réussir son accord, et la haine qu'il s'attira par là, puisque celle haine (lui fit priver Michel de la sépulture et chasser Veccus du pairiarcal , ne porta jamais les Grecs à leur faire le moindre reproche sur la transsubslanliation etli pi csence réelle qu'ils avaient
si solennellement signées.
(1) Rainai., au. 1277, n. 36. ..... . , .
(2) U version porte, Iranssubstanttan, et il n y a pomtde prejve que ce terme ne soit pas dans le gre(^
P. DK LA F. UI.
Ce ne sont pas seulement les Grecs qui ont déclaré plusieurs fois qu'ils n'avaient que la même foi que ies Lniins sur l'Eucharistie ; les Latins leur ont souvent rendu le même témoignage.
M. Cliuido ne désavoue pas que le pape Léon IX, au temps même où il coiubuniia Bérenger, c'est-àdire en un temps où la foi de l'Eglise romaiiie sur la présence réelle était publique et no:) contestée, déclare que l'on n'empêchait point les Grecs d'observer leurs couluiiics, parce que lu diversité des coutumes ne uuil point aux fidèles lorsqu'ils ont la même foi : par où il suppose manifcsiemenl que les Grecs aviiienl la même foi que les Latins sur l'Eucharistie, car c'est de rEuchaiislie qu'il s'agissait.
Il ne désavoue i.as que le cardiii.nl Hiimbcrt , étant dans Coiistanlinople peu de temps aj'rès qu'on eut condamné Bciengcr pour son erreur coiitre la présence réelle , n'ait décimé f/î/e cette ville était orthodoxe dans ses principaux citoyens ; ce qui maïque qu'il ne les soupçonnait pas de ne pas croire cette doctrine.
il ne saurait désavouor-quc le pape Grégoire X et tout le concile de Lyon n'aient accepté avec .ioie , cum jnbilo (I) , la (!éclaration de Micbel Paléoingue comme soflisiuile, et qu'ils ne l'aient réuni à l'Eglise sur celle déclaration.
Il ne saurait déi-avouer que le pape Nicolas III n'appelle celle même profession : Yerœ fidei calliolicw fidclis, clara et aperta professio (2) Et il ne î'aurait empêcher qu'on n'en conclue qu'il ne l'aorail jamais fait s'il avait cru (|ue l'église grecque errài sur un article de foi tel (|u'est la préseiice réelle , et qu'elle en imposât à l'Eglise romaine par une si damnable é(|uivoque.
L'Eglise romaine était si éloignée en ce temps-là d'user de celte indulgence criminelle, (jii'elle ne se rabaissait pas môme par condescendance jusqu'au p:)iiit où la charilé l'a obligée de se réduire depuis. Caries historiens remarquent que le pajic Nicolas III ne voulut pas accorder aux Grecs d'oineure le mot de Filioque dans la récitation du symbole (5) ; ce (|ui leur a élé depuis accorde dans le concile deEloreiice, cl leur avait été olfert avant Nicolas , sous Grégoire IX.
M.Claude rapporte lui-même celle particularité, et ilTcnvenimc, àson ordinaire, par une réflexion injuste et maligne qu'il fait sur ce (pie le pape Nicilas dit que l'unité de la foi ne souffrait pas la diver>ilé dans les confessions qu'on en fail.L'M)?/(<J de la fui souffrit, dit-il, sous Grégoire IX et sons Eugène IV ce qu'elle ne pouvait soujfrir sous Nicolas III. Cela veut dire que la foi cède quelquefois à ce grand intérêt de soumettre les. Grecs an siège romain.
L'injustice de cette conséquence est toute visible , parccqu'il est indubitable que dans les choses de discipline il y a deux conduites : l'une de justice et de rigueur qui se pratique quand on le peut , l'autre de condescendance à laquelle on se réduit par nécessité ; et (iu'il y a aussi deux langages: l'un par lequel on exprime ce qui serait à désirer selon la justice exacte , qui est celui que le j^ape Nicolas a suivi ; l'autre qui exprime les rabaissements où la condescendance nous porte. Mais la consé(pience que l'on peut tirer de ce procédé de Nicolas 111 , pour jusiifieila loi des Grecs, est irès-cerlaiue et ircs-solide ; car le moyen de s'imaginer qu'un pape si exact cl si attaché à ce qui regardait la foi, qu'il ne put souffrir dans les Grecs une petite diversité de discipline (luc l'Eglise romaine a approuvée depuis, ail soulfert qu'ils demeurassent dans une hérésie foiinelle . (ju'ils irompassenl l'Eglise romaine iiar une fauss(; profession de foi ; et qu'il ait passé jusqu'à cet exca d'appeler celte profession de foi , qu'il aurait su
1) nainal., 1274, n. 19.
'2] F.aiual., a. 17,78, n. 2.
3) Rainai.
^Itmxiènu.
PvÉl'ONSi: GÉNÉRALE AU NOUVEAU LIVRE DE M. CLAUDE.
ci!C impie et liéréliqiift dans le sens des Grecs , «ne vrofcKsioii Culèle , claire el manifeste de la foi ca- UH>ii(jiie.
il n'est pas nécessaire de i ronvcr que ces faits élaldisseiit tout le livre de la Perpéluilé; la conséquence en est trop claire , et il y aura s:ins dmile peu de personnes qui ne la liiVnl (rellcsmcnies. filais connue il ne fanl négligi'r le saint de l'.crsonne, ou tâchera de convaincre l'opiniàlreié de ccnx qui ne se rcndraionl pas aux prenvos (pic lions avons apporiées par (rautre-; preuves plus grossières qui Seront contenues dans les chapitres suivants.