CHAPITRE M
De l'antorité des Liturqics et des aulres offices publics des églises dans les malières de controverse. On a lait voir dans le cliapitre précédent le fondement sur lequel les catholiques établissent Tautlienlicilé dos Liturgies, el qu'elle ne cotisiste pas sur la dignité des saints auxquels elles sont attribuées, mais sur riisnge constant et periictuel des églises qui s'en sont servies. Il a clé facile de reconnaître par ce qui a été dit, que si les objections de Rivcl, aux(iucl!esse réiliiisent toutes lis aulres des protestants, prouvaient quelque cliosc, ce serait que les apôtres et les SS. Pères, sous les noms desquels nous avons des Liturgies, ne 1(!S ont pas mises d'abord en l'état où elles sont présentement, ce que nous reconnaissons sans dillicullé; mais cela ne prouve pas qu'elles doivent cire considérées comme des pièces fausses et supposées. On peut prouver, et les calholi(|uos n'eu disconviennent pas, qu'il s'y est fait dans la suite des additions el des changements , mais qui ne peuvent être considérés comme des corruptions, puisqu'il n'y a eu rien de changé dans les parties essentielles de ces olfices. Oa a fait voir parcillemenl que ce qui passe pour corriiplion, abus el superstition, parmi les pi'olestanls, est ciuièremeut conforme à l'ancienne discipline des églises, cl qu'ainsi tout ce qui a relation à cet article ne peut passer pour preuve de nouveauté et de chan^ gement. Enfin que quand les raisons qu'ils allèguent auraient quebpie force selon les règles de la critique, cllos ne prouveraient rien à l'égard des Grecs et des Orientaux qui croient non senleuiunl que leurs Liturgies sont de tradition apostolique, mais qu'elles oui clé composées par ceux dont elles portent le nom.
Outre les défauts qu'il y a dans les arguments de liivet, il y eu a encore un autre, qui ne le regarde pas plus que tous les protestants, lorsqu'ils ont attaqué les Liturgies, cl c'est qn^iis nom pas parié de celles qui, n'étant pas du nombre de cinq ou six qu'ils /ml critiquées, leur ont été entièrement inconnues, comme celles des Copliles, dont la première est appelée de S. P.asilc, et liivct n'en a pas dil m» seul mot. Cependant Joseph Scaliger (1), dont l'érudiliou était
{') Ego, mi Velscrc, audco diccrc longe intrgriora
beancoup plus grande, jugea qu'elles étaienl plus anciennes a^'e les grecques, telles qu'on ies a présenlemcnl. M. de Saumaiseen ni le même jugement, el l'î réduisit à y chercher le calvinisme par des interpréfslioiiP forcées, <t aussi contraires à la grammat»'. qu'à le saine théologie; les autres n'en ont pas presque parlé. Cepeudanl avant que de former mi jugegemerit sérieux sur 'ouïes les Liturgies, il était nécessaire de connaître celles-là, cl plusieurs au'ies qui éiaienl reçues dans les églises de Syrie, surtout celles des nesloriens et des jacobiies, dont il paraît que Riv( t n'a pas même su le nom. Car s'il est certain, comme on ne peut en disconvenir, que ces Liturgies étaient en usage depuis un temps immémorial, et que dans les communions qui s'en servaient on n'eu connaissait point d'autres ; que tout ce qui paraît aux prolestants des marques de nouveauté et de supposition dans les grecijues , s'y trouve pareillement; que néanmoins on reconnaît sensiblement que les égyptiennes et les syriaques ont clé formées sur les grecques; qu'il est contre toute vraisemblance que depuis le concile d'Éphèse les nesloriens aient rien pris des catholiques, non plus que les jacobiies depuis le concile de Calcédoine ; il faut que les Liturgies grecques aient clé supposées ou corrompues avant ces deux époques, ce qui est une absurdité manifesic. Ainsi par celle seule comparaison de ces mêmes prières, quoiqu'en différentes langues, où il se trouve nue entière conformité dansée qui est essentiel, tous les raisonnements de Rivet el des aulres protestants tombent enlièremenl; el il faut de touie nécessité qu'il y ail eu un exemplaire original et primitif, plus ancien que les schismes des nesloriens el des jacobiies, puisque leurs prières se trouvent conformes avec celles de l'Église calholiquc, dans laquelle il les avaient trouvées avanl que de s'en séparer.
On doit donc chercher qmd est cet original et co modèle primitif de toutes les Liturgies, elle caractère qui le «loil distinguer, est (ju'il contienne des prières et des cérémonies que toute l'Église ait pratiquées toujours cl en tout pays. Il l'aul (ju'il contienne ce qui élail observé dans les premiers siècles de l'Église, et qu'il n'y ail rien que de conforme à rinslilulion de Jésus-Clirist, à la pratique des temps aposloliiiues, et à ce que l'Église a toujours regardé comme tel ; qu'il se trouve égaleu)ent observé dans la suite par les Lalins, par les Grecs, les Syriens, les Égyptiens cl toutes les nations chrétiennes, en sorte que les hérésies el les schismes n'y aient rien changé.
11 faut aussi examiner si ce qui compose celle Liturgie primitive se trouve comme nécessaire dans toutes celles qui ont été formées sur ce premier modèle; cl c'est ce qu'on reconnaît facilement dans toutes celles qui ont éié reçues dans les églises orientales et occidentales. Or il n'y en a aucune qui ne représente pas l'aclion de grâces générale contenue drîns la Préface cl dans les premières oraisons An
el vctusliora illa Arabica csso, quàm sunl ca quibus Gr;jjci lipdiè ulunlur (Ep. 172).