LIV. IV. DES
canon, aussi bien que l'ancienne formule Sursuin corda, et le reste, dont les Pères font si souvent menlion ; ciisuile les paroles de Jésus-Christ, récitées non seulement avec le respect dû à la sainte Écriture liistoriquenient, mais dans une foi vive qu'elles opèrent la promesse de Jésus Chris!, et qu'elles ont l'effet que marque S. Jean Clirysostôme, eu opérant jusqu'à sou second avènement, et jus(|u'à la consommation du siècle, le même miracle qu'il fit en instituant TEucharistie. On trouve pareillement des prières, par lesquelles les chrétiens demandent à Dieu que l'ofirande sacrée qu'ils lui font, c'est-à-dire, le pain et le vin, soient fait le corps cl le sang de Jésus-Christ ; que cette même offrande, connue sacrifice de la nouvelle loi, soit portée sur l'autel céleste, comme il est dit dans le canon de l'Église romaine, qu'elle soit faite une parfaite Eucharistie, ciaut transformée au corps et au sang du Seigneur : Ut pat nobis Icijilhna Eucliàristia in luo Filiique tui nomine et Spiriliis sancti, in transformalionem corporis ac san(jui)tis Domini nostri Jesu Cliristi unigeniii tui psr quem omnia créas ; ce qui se trouve en plusieurs autres endroits. H y a une oraison particulière après les paroles sacramentelles qui est en ces ternies : Descendat, Doinim, in liis sacrifieiis tuœ benedictioms coœlcrnus et cooperalor Paraclilus spiritus, ut oblalionem quam tibi de luâ terra [ructi- (icante porrcgimus, cœleuli permuncratione, te sancti fieante, sumamns, ut, Iranslalà fruge in corpore, calice in cruore, proficiat merilia quod obluUmns pro delictis. Il s'en trouve plusieurs semblables dans l'ancienne Liturgie gallicane, dans la messe des Français, et dans le Missel mozarabe. Cela fait voir nue grande conformité de ces ancieno Sacramentaires avec les Liturgies grecques, qui ont la mêine prière après la proi)Ouciaiion solennell -, des paroles de Jésus-Christ. Les prières pour toute sorte d'éial et pour toutes les nécessités publiques, l;v mémoire des saints qui oui éié agréables à Dieu aepuis le commencement du mon.de; celle des vivants, celle des défunts ; l'oraison Dominicale, la paix, lr= fraclioa de l'hostie, la distrihution des saints mystères, l'aclion de gr.âces ; louies ces prières et ces cérémonies sont dans les Liltirgies latines, grecques et orientales ; les expressions sont différentes, mais le sens est toujours le même. Donc par la règle certaine que ce qui se trouve observé également partout ne peut cire une erreur, mais une tradition; puisque celte forme générale est de tous les temps et de toutes bingues, qu'elle s'est conservée non seulement dans l'ÉgUsc catholique, mais aussi parmi les hérétiques séparés il y a tant de siècles, il faut nécessairement qu'elle soit de tradition apostolique.
Il ne faut pas que la prévention des prolestants les fasse d'abord déclimer coiitre les traditions, et débiter à cette occasion leurs lieux communs ; de mènie que si en avouant que cette forme primitive des Liturgies n'est fondée que sur la tradition, on reconnaissait qu'elle est contraire à la parole de Dieu. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner cet article, mais iî's'agit d'un
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fait qui est de trouver quelle était la véritable cènejvan géliiim et apostolique. Leurs meilleurs tliéologiens ont demeurés d'accord qu'on ne la trouvait point marquée certainement dans la sainte Écrilure ; qu'elle ne déierminait pas de quel pain il fallait se Servir, ni s'il fallait mêler de l'eau avec le vin. Ils ne peuvent non plu? nier qu'il n'est pas clairement maniiié s'il faut prononcer les paroles de Jésus-Cliri^t, quoi(iue les luthériens et l'église anglicane qui les croient nécessaires ne les omettent pas; mais les calvinistes se contenlent de lire quebiue partie de la première Épî Ire aux Corinthiens où elles sont hisérées. Ils ne Irouvcnlrien touchant l'heure ni la manière; et s'il fa-it régler la f .rme selon ce que Jésus-Chiist pratiqua, ci ce qui s'observait à Corinlhe, ce devait être le soir et après souper, ce qu'ils n'ont jamais néanmoins ose imiter. Donc puisque l'Écriture n'explique point de quelle manière et avec quelles paroles on devait célébrer la cène en mémoire de celle de Jésus-Christ, il faut chercher ailleurs celle forme primitive évangéli!|uc et apostolique, ou supposer qu'on la connaît par révélation, ce quejiisqu'à présent aucune commur.ion protestante n'a prétendu.
Les catholiques ont recours à la tradition pour justifier plusieurs choses que l'Écrilure ne marque pas, et que par cette seule raison la réforme condamne comme des abus et des superstitions. Ils s'en servent pour soutenir plusieurs prières et cérémonies qui font partie de leurs ofliccs sacres, particulièrement de la Liturgie. Mais ici ils ne la font pas valoir suivant l'autorité qu'elle doit avoir, ainsi qu'elle l'-i toujours eue djns l'ancienne Église, cl qu'elle conserve encore dans l'église grecque et dans toutes les orientales. Ils citent les anciens auteurs ecclésiastiques el tout ce qui reste de monuments d'autir|uilé comme des témoignages historiques qu'on ne peut rejeter sans témérité. Us n'examinent point si le canon de la messe latine , et ceux des églises d'Orient sont exempts de tous les défauts que les réformateurs croient y avoir trouvés; mais si de ces témoignages , pris comme des preuves historiques , il résulte que toutes ces parties essentielles qui composent la Liturgie ont été connues el pratiquées dans les premiers siècles ; el on ne peut pas en disconvenir. Il faut donc de toute nécessité qu'elle ail été célébrée dans ces temps-là, selon la forme dans laquelle toutes ces parties entrent nécessaiiemenl, el non pas selon une autre toute contraiie qui les rejette comme inutiles el superstitieuses. C: r suivant les règles de la critique la plus exacte, les auteurs qui sont contemporains cl plus voisins des lempi dont on veut connaîire l'histoire, sont préférables à ceux des temps postérieurs et plus éloignés. Ce n'est pas par respect pour la tradition, ni par l'autorité ijuc lious reconnaissons en elle, mais par un principe général reçu de tout le monde, qu'on doit présumer que ceux qui écrivaient dans les premiers siècles de l'Eglise, sont plus croyables sur la manière dont l'Eucbaristio se célébrait dans les couîmcncemcnts, (jue
ne le peuvent êlrc tons ceux qui l'ont voulu deviner au bout de quinze cents ans.
Car il est très- important de remarquer ce que de Irès-habiles liicologicns ont dit avec beaucoup de raison, q le lorsqu'on examine la discipline ccclcslaslique , il faut clicrclicr ce que TÉglise a iiraliquc , et non pas dcicrminer ce qu'elle a dû pratiquer. C'est cependant ce qu'ont fait les rélormatours ; puisque ridée qu'ils ont imaginée de la simplicité cvangélique et apostolique dans la célcbraiion de rEncliaristie leur a servi de règle, non seulement pour clianger enlièremcnt l'ancienne forme de la Liturgie, mais aussi pour traiter de supposées tontes celles qui sont de temps immémorial entre les mains de tous les cliréticns , sur cette fausse hypotlicse qu'elles n'étaient pas conformes à ce qui était pratiiiué du temps des apôtres, ce qu'ils ne pouvaient savoir que par l'Écrilurc, qui de leur propre aveu n'eu dit rien, ou par los témoignages des auteurs ecelcsiasliques, qui disent tout le contraire.
Il foudraii donc examiner si dans cet espace, qui s'est écoulé depuis les temps apostoliques jusqu'au siècle de S. Dasile et de S. Jean Cbrysoslôme , il y a un intervalle dans lequel on découvre une autre forme de Liturgie , différente de celle qui est commune à toutes les églises d'Orient et d'Occident, et conforme à quelqu'une de celles que les protestants ont composées. On ne croit pas qu'on puisse trouver la moindre preuve de ce paradoxe dans tonte l'antiquité; et il le faut néanmoins prouver autrement que par des conjectures et par des déclamations , encore moins par des suppositions de choses entièrement impossibles. Car il faudrait SMpposer que celte forme de Liturgie eût été inconnue à toute l'Église des siècles prociiains, puisque les auteurs n'en font aucune mention ; qu'il se serait fait un changement subit et imperceptible d'un office conforme à lÉvangile et à la pratique des apôtres, en un autre plein d'abus et de superstitions; ce qui ne peut arriver sans contradiction , sans trouble «■t sans scandale, dont néanmoins il n'y a pas le moin. dre vestige d.".ns l'histoire , ni dans tout ce qui nous veste de monuments ecclésiastiques ; et que personne ne se ser.Vil oppose à un tel changement , quoiqu'on voie que S. Cyprien s'opposa avec tant de zèle à l'abus qui s'était introduit en queUjues endroits , de ne pas mêler de l'eau avec le vin dans la consécration du calice.
Que si les prolestants n'ont aucune preuve sur laquelle ils puissent appuyer leurs conjectures sur l'existence de celle forme évangéiiquc et apostolique de la cène , selon la(iuclle ils ont furmc leurs offices, nous en avons de très-posiiives , par lesquelles nous prouvons que ce qui était généralement pratiqué dans l'ancienne Église ne peut convenir à leur cène. Nous apprenons par S. Justin el par les auteurs de pareille antiquité qu'on portail l'Eucliarislie aux absents. Cela ne se pratique pas dans les communions proleslanies, où on ne croit pas que le corps de Jésus-Christ soil reçu, sinon dans la iu-rcei^'.io:i aclucUe qu'on fait
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du pain cl du vin, en même lefnps que le ministre ics distribue, el où toute sanctification in';ércntc aux symboles est rejelée comme une erreur. La coinm\:nnion des mourants est une discipline si ancienne, qu'au concile de Nicée (can. 13) il fui ordoimc qu'elle ne serait refusée à personne en cet état, el que personne ne serait privé du dernier et trcs-nccessaire viaiitique. Les Pères n'établissent pas pour cela une nouvelle loi , mais ils ordonnent que la loi ancienne et canonique soit observée. 11 fallait donc que pour être ancienne elle fût fort proclie des temps apostoliques, cl que pour cire canonique elle eût élc établie par un consentement général des évêques et par la pratique de l'Église. Cependant c'csl-!à un de ces abus que les Drotestanls 0[il retranchés, parce qu'en eiïel il est incompatible avec leurs opinions sur l'Eucliarislie de la conserver pour la communion des malades.
La communion des enfants n'est pas moins ancienne, puisqu'on la trouve pratiquée des le temps de S. Cyprien ; el les Grecs , aussi bien que tous les cliréliens d'Orient , conservent celle ancienne discipline. Elle peut encore moins s'accorder avec la créance cl la pratique des prolestanls, qui croient que la foi, dont les enfants ne sont pas capables, est le seul moyen par lequel le corps et le sang de Jésus Christ sont reçus par les communiants ; au lieu qu'elle n'a aucune difficulté partout où la créance de la présence réelle est établie.
Il en est de même de l'ancien usage, dont il se trouve un grand nombre d'exemples dans l'histoire, suivant lequel les premi( rs cliréliens emportaient chez eux des particules de rEncharislie , dont ils se servaient pour communier dans leurs maisons. Suivant les principes des protestants, ce n'était que du pain ; mais S. Cyprien croyait, comme toute l'Église de son temps el des siècles suivants, que c'était le corps de Jés s- Cbrist.
Les catholiques, trouvant donc ces points de discipline touchant rEucbaristie établis dès le commencement de rÉglise , sont en droit de conclure que la forme de la Liturgie, qui peut être considérée comme vérilablement apostolique, doit être telle que celle discipline puisse y convenir. Car il faut nécessairement que ceux qui envoyaient la conmiunion aux malades el aux absents, qui la gardaient plusieurs jours, qui la recevaient en particulier, sans assemblée, sans sermon, sans que le ministère des prêtres intervînt, cl qui la donnaient aux enfants, crussent que le pain et le vin étaient véritablement changés au corps et au sang de Jésus-Christ, indépendamment de la loi de ceux qui les recevaient. Par conséquent les prières sacrées qui font mention de ce changement, el pir lesquelles l'Église le demandait à Dieu, n'avaient rien de contraire à la créance commune des (idèi 8s de ces temps-là. Mais celles qui ne peuvent compatir avec celte discipline, qui était certainement apostolique, ne peuvent être considérées comme Liturgies apostoliques.
Nous trouvons ces points de discipline tellement
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établis, que sur celuit qui concerne la commur.ion des malades, le concile de Nicce en parle comme d'une loi ancienne. Cependant elle ne se trouve pas dans la sainte Écriture, et même on ne voit pas qu'elle ail été mise par écrit dans les siècles piécédcnts. Encore moins celle de porter la communion aux absents, et de l'emporter chez soi, ou de la donner aux enfants. On ne peut néanmoins douter que celte discipline , sans èire écrite, n'eût force de loi, puisque les témoignages de S. Justin , de S. Cypricn et de quelques autres le Kiontrenl évidemment. Donc puisque l'Église avait ses règles établies pour ce qui regardait l'usage de l'Eu- < liaristie, on ne peut douter qu'à jtlus forte raison elle n'en eût pour la célébrer selon l'institution de Jcsus- Cbiisl et selon les instructions des apôtres. Si nous ne les trouvons pas écrites , cela ne prouve pas qu'elles n'aient point été pratiquées , puisque nous n'avons rien d'écrit sur les points qui ont été marqués, et que néanmoi;iS il est indubitable qu'ils ont élé observés. Le symbole n'était pas écrit, on le savait par cœur, don l'apprenait de même aux catéclmmènes lorsqu'ils étaient baptisés : les prolestants ne diront pas qu'on le peut par cette raison soupçonner de supposition. De plus, S. Basile assure que les paroles sacrées de l'invoealion, pour la consécration du pain et du calice, n'avaient pas été mises en écrit par les saints , non plus que plusieurs autres articles de disci|iline dont il fait l'énuinéralion. Mais les évoques et les prêtres savoient ces prières et ces paroles ; ils étaient instruits par les disciples des apôlres de ce qu'il fallait pratiquer dans la célébration des saints mystères, et cette règle vivante était regardée comme établie par l'exemple et par le précepte de Jésus-Cbrist et des apôlres , ainsi que le témoigne S. Cyprien , en parlant du mélange de l'eau avec du vin dans le calice, quoiqu'il n'y en ait rien dans l'Écrilure sainte.
Ce qui a été dit fait voir clairement que de toutes les différentes formes de célébrer rEucbaristie, inventées par les protestants, il n'y en a pas ime seule qui puisse être regardée comme évangélique ou aposloliqtie, à moins qu'on ne la trouve prescrite dans l'Évangile ou dans les Épitres de S. Paul , de la manière qu'ils la pratiquent , et ils sont obligés d'avouer qu'elle ne l'est pas. Au défaut du modèle tiré sur la sainte Écriture, ou ne peut savoir ce qui a élé observé dans les temps apostoliques, sinon par le témoignage des auteurs contemporains dans les écriis desquels cette forme primitive se trouve marquée, ou par une tradition non écrite qui se trouve conlirnîéc par tous les monuments d'antiquité ccclésiasliquc des temps suivants, et par des faits de la vérité desquels on ne peut raisonnablement douter. Les protestants conviennent que leur forme de célébrer la cène n'est pas clairement marquée dans l'Écrilure; s'ils le prétendaient , il ne serait pas difficile de les confondre, car ils devraient la célébrer le soir et après souper, s'ils voulaient imiter l'exemple de Jésus- Clirist et des premiers chrélicns II bénit le pain, ce a«i fait juger
LITUhCIES,
qu'il prononça les paroles que l'Eglise a conservées dans toutes ses Liturgies , et sans' lesquelles jamais elle n'a cru que la consécration pût être faite. Si dans leurs principes ils n'en conviennent pas, ils s'éloignent du sentiment de toute ranliquilc, qui a cru que celle bénédiction ne se faisait pas sans quelques paroles mystérieuses. Il donna le calice, mais ils avouent qu'ils ne savent pas si c'était du vin pur ou mêlé avec un peu d'eau : et même qii'on ne peut trouver dans l'Écriture si c'était du pain ordinaire ou du pain sans levain. Jésus-Christ dit: Crci est mon corps, ceci EST mon sang, yin Ics distribuant aux apôtres; el l'ancienne Église sur cet exeniplc avait ordonné (ju'en donnant la communion aux lldôles, on leur dît : Le corps de/ésus-Chyisl\; .^ quoi ils répondaient : Amen; c'est-à-dire qu'ils le croyaient véritablement. Les calvinistes ne disent rien ; on dit dans l'église anglicane : Prenez ceci en mémoire de ce que Jésus-Christ est mort pour vous ; nourrissez-vous de lui en voire cœur pur la foi avec action de grâces : ce qui ne ressemble point à l'usage de l'ancienne Église ; el aussi ces formules et le corps de la Liturgie anglicane ont élé cliangés plusieurs fois. Celte forme primitive n'était donc pas aisée à reconnaître, puisque tous les oifices de la cène que les protestants supposent représenter tidèlemenl ce premier modèle, ne se ressemblent en rien, sinon en ce qu'ils s'éloignent Ions de ce que les églises d'Orient et d'Occident ont pratiqué et pratiquent enrore depuis qu'elles sont établies.
Il est contre toute raison de vouloir former des règles de ce qui se doit observer dans l'action la plus sacrée de la religion sur un original qui n'est point connu, ce qui se prouve assez par la différence entière de toutes les copies qu'on en a voulu faire. Mais il est selon la raison de conclure que ce qui s'est observé de tout temps et dans tontes les églises est la véritable forme que les apôlres ont prescrile , ainsi qu'ils l'avaient apprise de Jésus Cbrisl. C'est sur ce fondement que tous les cbréliens orientaux el occidentaux croient que leurs Liturgies sont conformes à l'inslilulion de Jésus-Clnisl el à la doctrine des apôtres, sans que jamais on ait remarqué que dedans ou bors de TÉgli e il y ail eu de ccntcslation sur ce sujet. Lorsque les béréliiiucs s'en sont séparés, ils ont conservé ces mêmes offices, ce qui fait voir qu'ils y rcconnaissaienl la véritable forme de célébrer l'Eucliaristie, qui avait élé suivie depuis les apôlres. Les donatislcs.qui faisaient valoir jusqu'aux moindres prétextes pour accuser les catholiques, ne leur ont jamais reproché qu'ils eussent rien innové dans la forme de célébrer les saints mystères; les ariens n'avaient sur cela aucune singularité, mais ils suivaient la forme de l'Église. Enfin les deux seules sectes anciennes qui rcstenl, qui sont les nestoriens et les nionopliysiles ou jacobiles, la conservent encore jusqu'à présent. Ces héréti(ines étaient donc persuades, aussi bien que lis autres chrélicns de leurs siècles, que i'Église catholique ne s'était point éloignée de la tradition des aiôtres en ce point de discipline le plus essentiel , puisqu'ils n'ont ose
FEUrÉTUlTÉ DE L\ FOI TOUCHANT L'EUCnVUlSTlE.
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rélébralion des saints mystères
bord tous les protestants.
11 paraît donc par tout ce qui a été dit jusqu'ici que les raisons sur lesquelles ils ont al)oli ce qu'ils avaient trouvé établi dans TÉglisc catholique pour In célébration du plus auguste de nos mystères sont fondées sur de fausses supposiiious; et puisqu'ils n'ont pas d'autres arguments pour attaquer l'autorité des LilurguîS grecques et orientales, elle demeure culicre, et ne reçoit pas la moindre atteinle. Car on a fait voir Irèsclaircmcnt que ce qu'ils appellent U :ène évangéltque et apostolique est une idée vaine, puisque la clarté et la suffisance de l'Écriture par elle-même ne les a pas empêché de dresser des offices de leur cène si dilfé- • renls les uns des autres , qu'il est Impossible de les concilier. Or c'est une présomption sans exemple de s'imaginer et de vouloir persuader aux autres qu'au seizième siècle des particuliers aient été plus en état de savoir comment on avait célébré les mystères sacrés dans les temps apostoliques , que ceux qui en étaient si proche qu'ils pouvaient avoir été instruits par les disciples des apôtres. On en reconnaît en ' même temps la fausseté par rincerlilude dans laquelle les réformateurs ont été sur plusieurs points dont l'Église ancienne n'a jamais douté, et par l'impossibilité d'accorder la discipline que nous avons maniuéc, et qui était certainement reçue dans toute l'Église longtemps avant le concile de Nicée, avec celle qu'ils nous veulent faire passer comme é^angélique et apostolique. Mais cette ancienne discipline s'accorde parfai- Icmenl non seulement avec la créance mais avec la pratique de lotîtes les églises. Car on porte la communion hors du lieu où on a célébré la Liturgie, et on la réserve pour les malades. Les Orientaux la donnent encore aux enfants ; et si cette coutume a été abrogée dans l'Occident par un motif de respect pour l'Eucharistie, on n'y a pas condamné ceux qui la pratiquaient. De même les Grecs et les Orientaux ont sui)priiné la coutume d'emporter l'Eucharislie dans les maisons , et retranché le calice aux laïques, en leur donnant les deux espèces ensemble avec une cuiller. On n'a pas cru que ces changements , qui ne louchaient que des points de discipline que lÉglise peut réformer, donnassent aucune atteinte à ce qu'il y a d'essentiel dans les principales parties qui composent la Liturgie.
Quand les protestants ont pris pour prétexte d'abolir la messe qu'elle était pleine de superstitions et d'abus, ils ont confondu ce qui étant essentiel à celte action mystérieuse ne pouvait passer pour abus, puisqu'il était observé de tout temps et en tout lieu avec ce qui pouvait avoir été introduit dans la suite. Toute nouveauté quand elle est approuvée par l'Église n'est pas un abus et une superstition. Les grands saints qui ont éclairé l'Orient et l'Occident par leur doctrine aussi bien que par leur sainteté, étaient assez vigilcnts pour empêcher les nouveautés, et ils s'y sont toujours opposés très-fortement. Mais ils ne mettaient
pas dans ce nombre ce que les protestants condamnent. Ils célébraient avec les chrétiens soumis à leur autorité les mémoires des martyrs , et on en faisait mention dans les Liturgies , ce n'était pas là un abus contre lequel ils s'élevaient, mais c'en était un d'aiier faire des festins aux tombeaux de ces saints, cU'Église l'abolit. Ainsi elle en a supprimé plusieurs autres, mais non pas ceux que les protestants s'imaginent y avoir trouvés. Comme donc ils attaquent sur les mêmes principes le$ Liturgies anciennes, et sous le faux prétexte qu'elles sont fort éloignées de cette forme évangéliquc cl apostolique dont nous avons fait voir la fausseté , l'autorité de ces prières sacrées subsiste malgré tous leurs raisonnements , puisqu'il est incontestable qu'elles ne contiennent rien qui ne soit conforme à la pratique ancienne de toute l'Église; qu'on ne connaît rien de plus ancien; qu'elles s'accordent avec la discipline des temps apostoli(|ucs ; que jam.ais elles n'ont été attaquées comme en étant éloignées, et qu'au contraire toutes les églises les ont approuvées par le témoignage le plus solennel, qui consistait à s'en servir tous les jours dans le ministère des autels. C'est aussi ce qui leur donne une autorité supérieure à celle de tout ce (iui reste en écrit entre les mains de tons les chrétiens , comme nous espérons faire voir dans le chapitre suivant.