‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 121 sur 323 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Eduircisscmeut louchant Gabriel de Philadelphie.

Gabriel Sévère, iiiclropolilai» de Philadcipliic, est un des premiers el presque le seul auleur (pii cûl cic cilc coniuic léiiioin de 1.» créance des Grecs sur i'Eiid.arislie, avant la dispute tonclianl lu Perpéltàlé de la foi. M. le cardinal du Perron avait rapporté un passage de lui, dont les auteurs de la Perpétuité &'éli\'m\l servis , parce que le livre imprimé en grec à Venise , était à peine comm par quchiues cila'.ions qu'en avait faites le savant P. Morin, dans ses traités de la Pénitence cl des Ordinations. M. Claude, malheureux critique s'il en lut jamais, s'inscrivit on faux contre Gabriel connue un auteur suppose , parce qtie M. le cardinal du Perron n'avait pas cité le grec; objection d'autant plus surprenante, que chacun savait que s'il n'avait été cilé qu'en gicc, M. Claude aurait eu besoin d'un interprète pour l'entendre. Les ouvrages de Gabriel lurent imprimés en grec cl en latin on 1071, par M. Simon , sur l'édition grecque de Venise faite en 1G00, avec des notes amples et savantes, qui éclaircircnt sunisammcnt la matière ; de sorte qu'il ne lut plus iicrmis de douter de la vérité du livre , ou dj la doctrine de l'auteur. M. Claude oubliant toutes les bévues qu'il avait faitos sur ce sujet dans ses premiers écrits , car il n'en a jamais avoué aucune , juit une :\utre niélliode, el ce lui de prouver (jne Gabriel n'enseignait rien moins que la lrans>ubslanlialiO!i, mais bien h métousiose, qui, selon lui, sont deux choses fort différentes. Il est à remarquer que c'était après avoir assuré comme une vérité indubitable, el qu'il se fallait d'avoir démontrée , qu'aucun Grec , à moins r|ue d'circ d;ins la communion du p:p2, n'avait cru la préser.cc ré<lle et la transsub: lauliation; en sorte que Je nu)l Uicnie , scion lui , était inconnu dans l'égli-c grec(|ue. 11 est vrai qu'il n'élail pas connu dans la signilicalion qu'il lui donne, el il ne l'est pas même encore en ce siiis panui les Grecs, qui entassez ncllemenl déclaré qu'ils ne déféraient pas beaucoup à la lbé(dogie de M. Claude; mais (jui ramaient Irailc d'une manière plus rude que n'ont fait Neclarius, Dosiihée cl divers autres, s'ds avaicn! pu s'imaginer qu'il leur voulût apprendre leur langue. •

Celle seule preuve d'igiu)rancc cl de mauvaise fci f^uflisail pour ourrir les yeux à loule perso:me qui d'il «.herclié la vérité sans prévention : mais il savait qu'une hardiesse soutenue faisait plus d'impression •lue de bonnes raisons, ou des preuves de fait, aujnès d'une muhitndc d'ignorants préoccupée de la capaci:é et de la bonne foi do leur minisire. Il ne coni;aîl pis im auteur, il traite hardiment le livre de sutposé. Ou le confond ; il se retranche à dire que cet auteur est un Grec latinisé. On lui prouve sans rép!i(iue (pie jamais homme ne le fui moins; il ne s'arrête pas p.)ur rcla, mais il entreprend de prouver (jue même (wr le mot de transsubttaiiliation o;i ne doit pas ctilciHlre L-

changement de substance, que Gabriel enseigne c.\pressément. Le ?. Paris a si bien réfuté celle misérable chicane , qu'il suffit de renvoyer les lecteurs à ce qu'il en a écrit.

Il y a beaucoup d'apparence que les protestants les plus favorables à M. Claude, ont eu honte de soutenir des piradoxes dont on reconnaît la fausseté à la seule ouvir:ure des livres. Car M. Smilli n'a pas osé dire que Gabriel fût im fantôme, puisque daris la Turcogrèce, cl en d'autres recueils de lettres ceriles de Conslantin(èj>le du temps du palriarche Jérémie, il esl fiil mention de lui comme d'un cvêquc considéré parmi les siens pour sa probité et pour sa doctrine, il n'a pas non plus contesté son livre qui était imprinié à Venise, cl connu de tous les Grecs ; mais il a pris une nouvelle roule. Car sans s'engiger à prouver celle proposition de M. Claude, que Gabriel élail un Grec latinise, puisqu'il en sentait l'absurdilé et la f.u!ssclé, ni son explicalion encore plus insoutenable du sens dans lequel ce lliéologien grec avait entendu la Iranssnbstanlialion , il a établi dans soii premier ouvrage , que c'était le premier qui se fui servi de ce mot ; cl iiressé par les lémoignnges qu'on lui avait objectés, il dil ( p. \i ) (y\c s'il n'était pas le premier, il était au moins des premiers. Il représente Gabriel connue charmé d'un mol nouveau, et entraîné par la philosophie seolaslique, qui le lui avait fait embrasser avec plaisir ; de sorte qu'il avait commencé à l'employer coulrc l'exemple de tous ceux qui l'avaienl précédé, dont il paraît néanmoins que ce criliiiuc n'avait vu aucun. En cfTet , les Grecs assurent le contraire , marquant que Gennadius , Rlélèce Piga , cl divers îuilres s'en sont servis , connue on le voit par les ouvrages des deux iiremiers (pie nous avons, cl qui nous enqicchcnl de dou:er des antres.

Pour donner ensuite (piel pie c:>uli!ur à une mauvaise réponse dont la fausseté esl présentement é-ideiile , il la soutient |)ar u.:e reinarcpjti encore plus fausse. C'est, dit il ( p. i5), qu'il s'est trou\é Irèsl)cu de Grecs qui aient imité Gabriel dans l'usage de ce mot nouveau ; et qu'il faul sur cela s'en rapporter à ceux qui ont vécu depuis Gabiiil jusqu'au temps de Cyrille; el aux évè(p:es aussi bien ipi'a ceux qui ont élé considérables parmi les Grecs par leur doclrnu! ou par leurs cmi)lois ; non pas aux premiers venus, à des écrivains vulgaires, sans réputation, sans mérite, sans autorité dans leur nation ; encore moins à dos moines, reconnus pour novateurs, cl iaslrnils de tous les arlilices de la cour de Home, selon leur élal (t leur éducation , pour la ruine de l'église grecque. Si M. Smith n'a pas conmi ceux (;ui ont iii.iié Gabriel , ou plutôt (pii , sans p.enscr à l'imiter, se sont servis du mol de transsubstantiation , c'est (|u'il ne s'en est l>as instruit à Conslanlinople. Car Mélcce d'Alexandrie (Opusc. Gr., p. 117), (pii était conicmporain, et (pii le regardait comme son maître, s'en esl servi; et dans la lellre qu'il lui a écrilc, il paraît (ju'ils ctaienl entièrement d'accord sur l'expression cl sur le dogme. Maximus Marg-inius, Jcai Nathanaël el d'awlres, en

505 LIV. V. ÉCLAIRCISSEMENTS SUii LES AUTEURS GRECS CITÉS DANS LA PERP.

ont fait aiitanl ; Gorrgc Corossiiis de nicmc , à ce qnc tciiioignont li-s Grecs tiaiH les décrois du synode de Jérusalciri, cl dai.s 1:> sciiloncc synodidc de Callinifjuc; Grégoire prolosyiicelle; cnrin quand la Confession de C"rille parut, MélcceSyrigus cl ceux (\\n approuvèrent .i Confession orlliodoxe ; après quoi Neclarius, Dositliée el d'aiilrcs onl suivi le incnie exemple.

îl n'élail pas nécessaire de (ixor l'époque de l'usage de ce mol dans un intervalle aussi court que celui qui est cnlre Gabriel et Cyrille Lucar, puisqu'il faut s'élonncr pinlôl de ce qu'il se trouve plusieurs aulcurs qui ont alors parlé de la Iranssubslaiilialion , que de ce (|u'il n'y en a pas un si grand nonilire. Les Grecs ne font pas tous Ici^ jours des livTcs, et ce u'esi pas là leur plus grand malheur; outre qu'il n'y avait aucune raison de iraiierexprès la matière do la iranssubslanliation , lorsfiu'elle n'était pas atla.iuéc. Coressiiis commença après les conférences qu'il eut avec Antoine Léger, qui furent mises par éciit, comme icmnignc Neclarius; cl ceux (jui onl donné deslcllres de Cyrille , si inutiles et si frivoles , adressées à ce même ministre, auraient dît plutôt publier les écrits qui furent faits de part et d'aulrc , que tout ce qu'ils oui fait paraître sur ce sujet. Car ils auraient servi à justifier que Gabriel n'élail [»oint un unvalcur, cl qu'il parlait le langage de son église. On ne doit pas exclure du nombre des lénioitis ceux qui oui écrit ou dans le temps de Cyrille Lticar, ou peu après; au contraire, ils ont une plus grande autorité, puisque la question fut traitée à fond à l'occasion de sa Confession , ce qui n'était pas arrivé depuis le palriarclic Jérémic.

Au reste , quand M. Smiih a demandé qu'on s'en rapportât à des personnes de réputation et de dii;nilé, nos tliéiilogiens ont plcincmeiit satisfait à celle demande, quoi(|uc peu raisonnable, car la dignité ne fait rien : il suffit qu'un autour soit connu et regardé comme orthodoxe , afin que son lémoignage soit recevablesiir la doctrine, et on n'en a allégué aucun qui ne fùl tel. M;iisque pouvait-on S)ubailerde plus considérable que des patriarches, Genriadiiis, Cyrille de Derroée, Partliénius ie-Vieux, C liuiipie de Conslanlinople, Mélèce Piga et Paisius d'Alexandrie, jiar lequel on a eu les lettres du premier , Neclarius et Dosilliée de Jérusalem , Gabriel mclropolilain de Philadelphie, les niélropoiitaius et autres évoques qui ont souscrit les décrets de 1G52 , de IG'iS, de 1G71 , de IG72, cl de 1G9I? George Ccu-essius était le théologien de lÉglise de Ccnslanlinople , Mélèce Syrigus docleiT et pré;!icileur , tous autorisés par leurs patriarches Cl par les synodes. Voilà ceux qui onl imité Gabriel ; et si on y joint les patriarches el les prélats qui approuvèrent la Confession orlliodoxe , le nombre c-i sera très-grand ; au lieu que Cyrille Lucar a trouvé à peine trois on quatre vagabonds qui aient votdu limiter. On peut même dire qu'aucun ne l'a fait, puisque jusqu'à présent les calvinistes n'ont pu produire im seul acte, non pas d'une église, mais d'un évcque, d'un métropolitain , d'un particulier sans reproche ,

qui ait souscrit purement et simplement la fausse Confession de cet apostat.

Quand après cela M. Smith vient sur les moines , il est aisé de reconnaître qu'il veut tomber sur Syrigus : cl il est étonnant qu'un houmic qui a fait le voyage du Levant ne sache pas que les religieux y sont c.i grande considération. Nous parlerons à pari de celuilà , conlrc lequel il n'a cessé de déclamer dans ses deux dissertations, cl ici nous ne dirons qu'im seul mol qui doit lui fermer la bouche. I! a marqué qu'il avait apporté de Conslanlinople un exemplaire imprimé de la confession orthodoxe; il faut donc qu'il ne l'ail jias ouvert , puisqu'à la première édition , aussi bien qu'à l'autre , on voit à la iclc une lettre de Neclarius, patriarche de Jérusalem, par laquelle 11 approuve el loue cette confession , et en même temps il fait de grands éloges de Syrigus , comme d'un docteur irèsilluslre, qui représenta la personne du patriarche dans le synode de Jassi , et qui élait considéré comme une règle vivante de la foi. Voilà quels sont ces gens obscurs, ramassés dans les carrefours, ces moines misérables reconnus pour novateurs , auxquels, selon M. Smiiii, il ne faut pas donner la moindre créance . et ce sont néanmoins ceux que les synodes el les pâli iarchesnousindiquenl comme les véritables et fidèles interprètes de la foi de leur église.

Eofin M.Smith , pour achever de détruire l'aulorité de Gabriel de Philadelphie, après avoir dit qu'il avait |)u se laisser entraîner par l'amour de la théologie scolastique, qu'il la suit dans tout son traité, qu'il eopie lrès-imperlinemmcnl(]uelqu('(ois les expressiiuis des scolastiques , ce qui ne serait p;is aisé à prouver, il ajoute qu'on voit assez quel pitoyable Ihé'dogicn il était par ses sottes allusions , des explications forcées de rÉeiiture sainte , bL-aiicoup de puérilités et de sottises, par lesquels on peut juger qu'il n'avait pas le sens commun. Il est vrai ipi'il explique les sacrements par la matière cl par la forn.e , el en cela les Grecs onl imité nos scolastiques, ce qui ne change rien à la substance de la doctrine ; car il ne convient pas avee eux touchant la forme de l'Eucharistie. On aurait peine à trouver dans un traité aussi court que celui-là , des passages de nos théologiens qu'd ail mal enleiulus : et à l'égard de ses allusions et de ses explications do l'Écriture sainte, ce reproche no limbe pas sur .es pas:-ages (jui c(uilienncnl di s vérités de la religion. Il ne donne pas des explications plus forcées que celles qui remplissent les livres des protestants, sur les seules paroles do l'iiisiilutiou de rEucharisiie. On ne trouvera penl-èlre ricii de semblable à ce que Liglitfool a dit sur ces paroles de la Genèse : Cmneni cum sanguine non comedelts {c.d),où il croit voir un argument invincible conlie la transsubstantiation , pour ne pas parler de lani d'antres faiissi^s inlerprélations que les proteslantsoiU invcnlccs pour a; puyer leurs nouveautés comme celle distinction, inconnue à toute l'anliquiié, du roijaumede Dieu et du roijaume des deux , pour détruire la nécessite du baptême. Gabriel écrivait pour les bimi'lcs, cl non pas poiir des gens aussi déli

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cais, dont les sermons sont plus souvent de liislcs leçons de llioologie ou de conlrovcrse que clirctiennes. Cyrille Liicar, ce gr.»nd saint de M. Sniilli, faisait souvent de parcilleb allusions, comme on peut voir dans les extraits de ses iiomclics. Mais enfin Gabriel raisonne juste selon ses principes ; et (iuoitin'il eût pu connaître aussi bien (pie Cyrille la doctrine des calvinistes, il ne s'y laissa pas surprendre, en quoi d fil paraître autaiit de bon sens que de droiture cl de probité. De pareilles injures font honneur à sa nscmoire, au lieu que celle de Cyrille est en horreur, «onobslani tontes les louanges que ceux qui le scduiMrent lui ont données. 11 ne s'agit pas de savoir si Gabriel avait beaucoup d'esprit, d'érudition ou d'éloqtience, mais s'il était réputé orthodoxe dans sa communion ; cl il faudrait avoir perdu l'oprit pour en douter, après les preuves que nous en avons, et les témoignages de toute la Grèce.

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