‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 122 sur 323 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Éclaircissement toucliant George Coressius.

Quoiqtic dans la suite de la dispute toucliant la Perpétuité, il n'y ait eu aucune citation des ouvrages de George Coressius, et qu'on en ail seulement parlé à l'occasion du polit traité de Grégoire protosyncelle son disciple, il est néanmoins nécessaire de faire connaître quel était ce théologien, car Allaliiis en a liit beaucoup de mal lU'a représcuté comme un ignorant et comme un libertin, qui s'était attiré par sa mi'.uvaisc conduite l'exconimunicalion de son patriarche. Il lui rep.roche particulièrement sa fureur contre l'Église romaine ; cl il y a beaucoup d'apparence que par cel endfoit seul, son zèle lui a fait croire trop facilement tout ce qu'il a écr'l contre Cores-ius. D'un .notre côté, Cyrille Lucar l'a déchiré outrageusement dans ses loltres secrètes, qu'on a tirées des ténèbres où elles étaient demeurées avec raison depuis lanl «l'années, pour les faire paraître par le moyen de l'anleur dci> Monuments, qui très-souvent ne les a p;is entendues, cl qui les a rovclU'S d'un commentaire de sa façon, c'est-à dire, Je remarques inutiles tirées des (liclioimaircs historiques, ou de son imagination. Mais les Grecs shisina!i(pies méritent plus de créance sur ces faits qu'Allalius, Arcudius, Matthieu Caryop'iylle, el les au;res qui ont écrit à Rome; encore davantage qu'un aiioslal déchiré comme Cyrille.

Les Grecs nous le représcnleiil donc c<immc un Iifimme savant et habile, qu', h cause de sa ca| aciîé, lut fait llicolfigien de l'église d'Orient; qualité qu'on ne trouve i:as attachée à aucune des dgnilés ecclésiastiques du siège de Con^ianlinoplo, el t[v,\ lui lut ;q)parenuneiil dannéc p:ir tme commisMJU s[;éci-,i!e, lorsqu'on commença à s'apercevoir des nouveautés (;ueC)ri!Ie lâchait sous main d'iotroduirc parmi les Grecs. Ils nous apprennent qu'alors le ministre Léger, r.ri!icip;il confident de Cyrille, eut plusieurs conférences avec Coressius, touchant les points controversés h'.Uv. les Grecs el les calvinistes ; et ils narquent ^;i.uii'iilièremenl !i iranssubslanllalion et la présente

TOUCHANT L'LLiCHARlSTiE. 508

réelle. C'i-'sl ce qu'on apprend par l'écril de Neeu»-'' rius, patriarche de Jérusalem, adressé aux religieux du Mont Sina, dont voici les paroles. Après avoir inanpié le trouble que la Confession de Cyrille exclu parmi les Grecs, il dit qu'i/s se réveillèrent el qu'ils combattirent vigoureusement pour la défense de lu vérité, et pour se justifier de ce qu'on leur attribuait injustement. Car, poarsuit-il, Ceortje Coressius, homme trèssavant el d'une grande érudition, théologien de l'égliis orientale, fut appelé de Ctiio par le sxré synode de Conslantinople ; el alors il eut plusieurs conférences avec un certain Antoine Léger, un des sectateurs de Luther ; el ayant mis Ls disputes par écrit, il retourna chez lui, après les avoir laissées aux nôtres pour leur défense. A celle occasion, il inséra dans ses ouvrages ihéologiqués ]itusiLurs discours et démonstrations con're Luther et contre Calvin, employant beaucoup de soin à réfu'.er leuré dogmes, et ayant fait plusieurs traités sur les sacrés mystères, sur la transsubslanlialion du saint puin, et sur l'i présence réelle de Jésus-Christ duna le même. U écrivit pùreîllement assez au long touchant la prédestination, contre l'opinion des luthériens et des calvinistes, comme aussi touchant les images el l'i)itercessioii des saints, s'étant appliqué entièrement à renverser toutes leurs nouveautés, conformément à la doetiine de l'Eglise: Te! esl le jugement que fait iNeclarius des ouvrages de ce théologien qui est cité de môme avec éloge dans le synode do Jérusalem, daas la senence synodale du palr.arche Callinique, cl partout ailleurs. L'.nliii la pliis certaine maniuc d'approbation esl ([uc plusieurs de ces mêmes ouvrages ont clé imprimés, depu's quelques années, par les Grecs mêmes, en Moldavie. AUalins, au contraire, parle avec beaucoup de mépris de (loressius cl de ses ouvrages ; mais il ne fait mention que de ceux qui sont contre les Latins, dfsnt un dos premiers, louchant la procession du Saint- Èf p! il, a été imprimé à Londres avec les traités de sept autres Grecs, au commencement du siècle deriiî: r. Il dil qu'il avait un esprit rude et grossier, un style barbare, |)lus de paroles que d'éloquence ; que son ouvrage, qu'il avait vu, était très-méprisable, et rempli de venin contre les Latins; enfin qu'il apprenait que le patriarche de Conslantinople l'avait excommunié; et en cela il paraît, comme en d'auires faits des derniers temps, qu'il n'était pas bien informé. Car il n'y a p Tsonne qui ne reconnaisse que Nectarius esl bien plus croyable; d'autant même qu'il est do notoriété publique que Coressius a écrit par dépnlation spéciale de l'église de (.onslantinoplc; el personne liC s'iuiaginera qu'elle cùl c'ioisi pour une dispute aussi sérieuse un lumime tel qu'Allalius le dépeint, cl encore moins nu excommunié. Sa coiilunie est ûd louer avec excès tons les Grecs qui ont travaillé pou-f procurer la concorde cuire les deux églises, ou pour comballre les .schismaliques, el de blâmer de mènui ceux qui ont été dans des sentiments opp!)SCS. Les uns méritaient beaucoup par leur zèle ; mais ils n'élaienl pas pour cela plus habiles, connne il esl aisé de icconnaîlic par la plas grande partie des ouvra-ej

zoo LIY. V. ÉCLAIRCISSEMENTS SLR LES AUTEURS GULCS CITÉS DANS LA PERP.

des Grecs réunis imprimés h Rome , dont phisioiii s ont plus 'ail de mal fiiicJc bien; et on n'en cxcciiîe pas Caryopiiyile cl Arcadius, qu'il loue né.uimoins exlrêmemcnl. Nous louoi'.s aussi le zèle <rAllaliiis ; mais comme i! faiil plaindre ceux qui se Irouveril engagés dans !c fcliisme par leur naissance, plulôl que de leur insullcr mal à propos, et de ne leur rendre pas justice quand ils ont défendu la vérité contre les eniicn)is communs des deux églises, nous croyons qu'il faut jiigor de Corcssius conformément à ro[»ini()ii (pic les Grecs en ont eue, et qu'ils en nul encore [irésenl<Miicnt. Il importe peu qu'il ail éié aussi savant qne ceux qui ont passé pour tels, et qui ont mérité celle réputation ; il suffit que parmi les siens il a été répnîé orili()d.>xe, et c'est ce qu'on ne peut nier après des té;i!oigiiaj;es luissi positifs cl auisi aullienti(jues que ceux qui ont élé rapportés.

li reste à examiner ce que Cyrille en a dit dans ses leilres qui ont été publiées dans les Monuments nuihcitruiucs, avec des commcnlaires dignes de leur autoiir. Dans une, qui est écrite de Chio en avril 1635, il dil qu'en parlant avec le docteur Corcssius, il avait îipiuis de lui uu beau dogme louchant le Médiateur : (jite celui ci lui avait dil qu'il était bien vrai qu'il y av!:it un Médiateur, qui est Jésus-Clirisl ; mais qu'il y en a encore d'autres, d'un ordre inférieur, qui intercèdent. M. Lé'jcr, sur ma conscience, je vous dis en vérité que l'.orcssi et ce qu'il y a ici de ses adhérents sont si ignorants, que toutes les personnes qui ont quelque discernement ont nuU au, cœur d'entendre leurs raisonnements cl durs disputes; et les jésuites se moquent d'eux. Je m'étonne qu'ils ne s'en aperçoivent pas eux-mêmes ; mais c'est qu'ils n'ont ni sens ni jugement. Avec cela le peuple iijnorant estime Coressi, non pas pour son savoir, mais parce qu'il est bon compagnon. C est ce que j'ai découvert dcjiuis trois jours que je suis à Chio ; et j'ai voulu vous en avertir, afin que vous sussiez avec qui vous disputerez sur celte matière sublime de la transsubstantiation. Nous avons traduit ce passage sur le mauvais jargon de Cyrille qui Cbt à peu près l'italien qu'on parle sur les galères et dans les porls du Levant, parce <pic 1..' traducteur n'ayant pas entendu un mol qu'il a néanmoins mis en gros caractère, comme très-important, /; giesuili si fanno bejfe di /oro, a traduit lidicnlcmcnl, tés jésuites en sont la dupe, afin d'en tirer des preuves de ratlacliement que Corcssius avait pour les jésuites, et tâclier ainsi de le rendre suspect.

11 est certain qu'on ne doit avoir aucun égard à tout ce qui peut être dit par un ennemi déclaré contre la réputation d'un ausre, et telle était la disposition de Cyrille à l'égard de Corcssius. Que ses niœms fussent bonnes ou mauvaises, ce n'est pas cela dont il est question. Un homme analliémaiisé par l'église grecque comme le fut Cyrille, et qui la mit en combusliou pendant quinze aris, par son ambition démesurée, n'avait rien à reprot lier aux autres.

Corcssius, dit il, n'avv.it pns le sens commun ; c'était un ignorant dont tes raisonnements et les disputes fr.iiiii.-:nt mal au coeur. C'i!e:;da::l sur la doctrine qui re-

i^M-de le Modiiilenr. il raisonnait beaucoup m'eu'c qiio Cyrille, en dislingnant très-bien la médiation de rédempùon, qui ne coiivicnl qu'à Jésus-Christ, de la I! c.!ialiond'/ntoTm;o«, qui est ccllo que les Grecs et les Latins attribuent aux saints. Le traducteur a ajonlé le mot aussi, qiii n'est point dms le texle, cl qui fait un sens autant hm que ridicide : car en dis . ni qi!C les saints inicrcèdent aussi , il s'ensuit que .lési!s-Clirist interrcdc comme eux, ce qu'il n'y a point de Grec qui ne rejette.

La seule chose qu'on peut tirer de celle lettre, est qu'elle confirme ce que Ncctariiis marque dans les paroles rapportées ci-dossus, qu'on fil venir Cores- Mus de Chio, pour disputer contre lo ministre Léger, ce qui fut fait pendant un des exils de Cyrille, et par conséquent ce pouvait être sans sa participation. Koîis ne trouvons aucune lumière sur le détail de ces (■oii'crenees; cl si ceux qui ont les premiers parlé des letires écrites au minisire Léger avaient eu quehpic i onne foi, ils auraient cîi même temps donné des extraits de celles que celui-ci ava l écrites, qui pourraier.l nous instruire sur ce qui se passa en cette dispute : car die a quelque chose de singulier, puis- <ju'il ne se trouve pas d'exemple dans l'histoire de ces di'rniers temps d'une dispute réglée toucinnt la religion entre les Grecs cl les protestants. Il n'était pas vraiscnd)lable que Cyrille eût déclaré toute sa liaison avec les calvinistes, quoi(iuc sa Confession fut imprimée à Genève deux ans aiqiaravani, parce qu'il l'avait toujours désavouée. Un fourbe tel qu'il étnt pouvait dojic avoir dil, po:ir justifier son commerce avec Léger, que celui-ci s'élail adressé à lut pour d;'mander des éclaircissements sur la niîigion ; le venin de l'hérésie se réjiandaiî secrètement, coiinne le marque Syrigus : quelqin-s évèques étaient g:'gnés, si ou peut ajouter foi à ce qui est ilans la lettre du moiîu; Arsénius. 11 n'en fallait pas davantage p. m- engager les Grecs à défendre leur religion en dis{)ute réglée.

Il y a beaucoup d'apparence que Léger ayant conservé jusqu'à des billets qui ne signifiaient rien , et d'autres papiers aussi frivoles que ceux di)nl est grossi le recueil des Monuments authentiques , n'avait pas manque de garder encore plus soigneusement les écrits faits de part cl d'autre entre Corcssius cl lui. Pourquoi donc n'en a-l-on janiais rien produit , c:ir ils aniaicnl donné ji'us d'éclaircissement que toutes ces letires ? On y aurait vu de quelle manière le ministre Lég'r |iarlait de Cyrille, cl si sa Confession do foi fut produite dans la dispute ; si on la connaissait comme étant de lui dans l'égliiC de Conslanlinople ; (|u'elle part il prenait à celte dispute; si on produisait ses lettres originales, pour cotdbudre les Grecs par l'aulorité de leur patriarche. Enfui on aurait rcconni au moins que Cyrille était un imposteur qiiand il artri Inait à toute l'église ori iilalc des opiniotis (prdie combattait. C'est donc aux réformés (jui rejirochenl si .souvent et avec tant d'injustice aux catholiques Irt ;i:ani}-ue de iionnc foi, à écla'icir le public sur u.»5 fu»

PERPÉ rUlTl^. DE LA FOI TOUCILVNT L'EUCHARISTIE.

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de celte iniportn:;ce. puisque leur silence esl un préjugé pour niirecr. îrc qu'ils ne pourraient produire les éc°ritsde celte conférence, sans qu'on reconnût la fausseté de loul ce qu'ils oui publié touclianl Cyrille |<ucar.

Le commcnlifciir de celle letîro, après avoir épuisé les irésors de Moréri f^ur Cliio, ajoule qu'on trouvera le véritable | orirait de Coressius dans une Ictlre suivante ; que c'élall m épuu>im , un homme sans reli- ,jion, un parasite, cependunl disùiplc des jésuites, ne sachant autre chose que les chicaiies des controverses de l'ellarmin ; qui feignait d'être ennemi des pnpisles, et qui cependant était pensionnaire de la cour de Rome. Il n'y^ a personne qui ne crût (pie lous cis faits sont marqués dans la lettre qu'il cite; cependant outre que Cyrille disait le contraire de cellc-d, qui porte que les jésuites se moquent de lui et de ses semblables, il ne dit lien dans l'aulre, sinon qu'il est allé à Conslanliiiople avec un disciple des jésuites; ce qui est une preuve à-i)eu-près semblable à celle qu'on voudrait tirer pour accuser un homme d'èlre juif ou mahomélan, de ce qu'il serait venu de C(inslanlino| le dans un vaisseau 0»! il y avait quelqu'un faisant ; rofession du j«d;;ïsme où du n:ahomclisinc.

Un homme qui fait un traité exprès pour snnlonir que le S.-Esiril ne imccde piis du Père et du Fih, nu autre contre la |)fini;uilc du pape et conire le purgatoire, n'avait ass-iirément guère profité des leçons des jésuites, ni de la lecture de Bellarmiu, conire lequel il a fait un traité cité par Nectarius. Mais ce serait abiîscr de la patience dti public que d'examiner en dclail toutes les fausselés qu'avance cet écrivain , ([ui ne savait pas les pren.iers éléments de la matière ddul il a eu la lémérité d'écrire. Il n'a connu Coressius que par ce qu'il en a trouvé dans Moréri, ou plutôt dans les additions de ceux qui ont grossi son dictionnaire; car il étaii mort avant l'impression de l'IIislOiic critique de la créance des nations du Levant, d'où est tiré cet article. Or l'auteur de cet ouvrage ne savait rien de particulier touchant Coressius, sinon qu'il avait approuvé le livre de Grégoire prolosyncelle ; èl celui-ci avoue qu'il l'a tiré principalement dcS ouvrages de l'autre, qu'il regaide comme son maître, et «jUi l'était véritablement. On ne trouve pas dans ces extraits que Coressius fût pensionnaire de la cour de Home ; et la manière dont Caryopliylle et Allatius en parlent fait assez voir la fausseté de celle calomnie. Ce que qucbju'un a mis à la marge des paroles d'Allalins dans sa dissertation de Ceorcjiis, qu'on disait qu'il s'était réuni h lÉglisc romaine , est sans aucun fondement. Donc, puisque, selon le lémoignage de tous Ils Crocs, Coressius Csl loué conune im des plus considérables théologiens de leur église, qu'il a donné des preuves publiques de son cloiguement des Latins, et que par cette raison ceux-ci l'ont traité comme un des plus emportés schismaliques , il est inutile de le touloir rendre suspect sur des preuves aussi Adbles *iuc celles qui ont été allégiiccs conire lui. On ne trouve en aucun cndroil qu'il ail été rdi-

gieux, et même il ne paraît pas qu'il ait éle ecclésiastique ; ainsi les reproches ridicules de moine, que ' fait conire lui l'auteur des Moinmcnts, sont dignes de son ignorance , puisque chacun sait que celle qualité ne rend personne méprisable en quelque pays que ce soit , et encore moins dans l'église orientale.

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