CHAPITRE X
Réflexions sur la Confession orthodoxe.
Les réflexions que toute personne non prévenue peul luire sur l'autorilé de cette Confession, conduisent naturellement à la regarder comme une pièce décisive; et il paraît assez que c'est ainsi que non seulement les catholiques, mais plusieurs proleslants, en ont jugé. Le Suédois qui l'a fait ijnprimer à Leipsick rapporte les passages de M.Claude, mais en même temps il y joint les réponses qui lui ont été faites, et divers extraits des principales pièces citées dans la Perpétuité, donnant assez clairement à entendre qu'il est diflicile de persuader que des actes aussi authentiques, signés et cerlifiés véritables par les principaux de l'église grec([uc, puissent être regardés comme supposés, parce qu'ils paraissent cofiformes aux dogmes des catiioliqucs. Maison ne peut mieux exprimer ce qu'on doit penser raisoimablenicnt de celte Confession, qu'en rapportant les propres paroles des auteurs de la Perpétuité sur ce sujet.
Si l'on voulait se former à plaisir l'idée d'un acte propre à décider le différent qui est cnirc nous , on ne pourrait, ce semble, y exiger d'autres conditions et d'autres circonstances que celles que je vais dire : 1° qu'il soiisignéel autorisé par les quaîic patriarches et par les principaux évêques cl ecclésiastiques de l'église orientale ; 2° qu'il paraisse que ceux qui l'ont fait et approuvé, n'aient eu aucune intelligence avec les Latins, et qu'ils persistassent dans tous les sentiments particuliers de l'église grecque ; 3' qu'il soit fait pour des nécessités particulières de l'église grecque, sans que les Latins y aient eu de part; 4" que les termes en soient préciS; et qu'ils conliennent
LIV. V. ECLAIiiCiSSEMENTS SUR LES AUTEURS GRECS CITES DANS LA PEHP.
si clairement les dogmes de la présence réelle et de la inuissubslantialion, que M. Claude ne puisse pas les éluder jiar ses snblililés ordinaires.
C'est en elTet ce concours de conditions et de circonstances qui élablissenl l'autorité de la Confession orthodoxe d'une manière inconleslable; d'autant plus que quand M. CInndca demandé qu'on lui produisît des preuves telles qu'il se les imaginait, c'est-à-dire, telles qu'il ne croyait pas qu'on les pût trouver, ilrry a pas mis (ant de coraclères de vérité qu'il s'en trouve dans celte pièce.
Par rapport au premier article, on ne peut pas s'inscrire en faux contre les signatures des patriarches, puisque oulre les originaux qui sont à Conslantinople, celle approbation est atlesléc par Ncciarius, patriarche de Jérusalem en i66-2, par Denis de Constantinople et Dosilliécde Jérusalem en 1672, parCalliniqueen 1G91, jiour ne pas parler de Panaiotti et des autres qui ont assuré le même fait. De plus les deux impressions faites en assez, peu de temps, et même à ce qu'on croit une nouvelle laite en Moldavie, la traduction en langue russienne, sont des preuves démonstratives d'une approbation générale.
Sur le second point, il est encore très-certain qu'il n'y a eu aucune intelligence avec les Latins pour la composition et la pid)lication de cet ouvrage. Le métropolitain de Kiovie était connu comme un prélat du rit grec , ordonné par le patriarche de Jérusalem, ainsi que ses trois sufiVaganls, occupé uniquement de la crainte que l'hérésie ne se répandît dans son diocèse; qui ne s'adresse pas aux Latins, mais au chef de l'église gpïicquc schisniatique ; qui demande des théologiens à celle même église, cl auquel on envoie celui qui avait été choisi deux ans auparavant pour réluter les articles héréliques de Cyrille Lucar; enfin qui insère dans son ouvrage le dogme de la procession du S. -Esprit du seul Père , et les autres points condamnés par l'Église romaine. On ne trouvera pas que lui , ni aucun de ceux (pii ont dressé la Confession, ou signé les décrets du synode de Jassi, aient été réimisaux calholiipies. Dire en l'air qu'ils élaient latinisés, sans le prouver, c'est abuser de la patience du public. Ainsi celle seconde condition s'y trouve avec d'autant plus de cerlilude, que Neclarius, Dosi- ■ Ihée et les autres , qui n'ont jamais été soupçonnés d'être latinisés, et (|ui ont donné des preuves con- • vaincanles du contraire, les reconnaissenl pour orthodoxes ; et on ne croil pas ([ue personne entreprenne d'établir que M. Claiulc. qui à peine savait leurs noms, les connût mieux que ne pouvaient faire leurs • compatriotes.
Le troisième poini est d'une pareille évidence. Les • Latins n'avaient aucun intérêt à empêcher que le calvinisme, masqué sous le nom de Cyrille Lucar, se . répandit dans la Russie du rit grec; puisque dans !e même pays il y avait !ii)erlé de religion parmi les autres que les Grecs. Celait donc leur affaire, cl non pas celle des Russes, qui loléniient ces mêmes erreurs. On ne voit pas qu'un seul ihéologicn cailjoli-
que, pas même les magistrats, se soient ingérés dans cette affaire ; et on sait assez que dans le corps du clergé de ce pays-là, on ne trouve pas facilement des hommes assez versés dans la langue grecque pour avoir pu assister à ces conférences. De plus, il n'y eu aurait jamais eu d'assez ignorant pour laisser passer comme des vérités de la foi, des articles contraires à la créance commune des catholiques , et aux décrets du concile de Florence.
Le quatrième point n'est pas moins certain que les autres, puisque M. Claude, quoiqu'il ail poussé ses découvertes jusqu'à dire que transsubstantiation ne signifiait pas changement de substance, n'a jamais osé dire que ceux qui disaient que lu transsubstantiation est faite aussitôt après les paroles sacrées ; que le pain est changé au corps véritable de Jésus-Clirist , et le vin en son véritable sang , les espèces seules demeurant , et que la substance du pain et du vin sont changées en la substance du vrai corps et du sang de Jésus-Christ, ne crussent pas ce qu'enseigne l'Église romaine. Or ce sont les paroles dont se servent les auteurs de la Confession orthodoxe , pour exprimer leur foi sur l'Eucharistie.
Tout ce que peuvent donc dire les disciples de M. Claude, cl ce que quelques-uns ont dit en effet, se réduit à deux points : le ()remier est ce (pi'il a témérairement avancé touchant Syrigus, qui donna la dernière main à celle Confession , supposant qu'il élail du nondjre de ces faux Grecs, qui, vivant extérieurement dans la communi'ui de l'église grecque, avaient dans le cœur les senlimenls des Latins. Le second, que le mot de trnnssvbslantiation avait été contredit, lorsque la Confession fut examinée à Constantinople sous Parlhénius-le-Yieux; qu'un nommé Corydale s'y élail opposé, et que lui et ceux de son parti avaient condamné cette expression, ce qui suffisait pour ôler toute autorité à la pièce où elle se trouve.
Pour ce qui regarde le premier point, l'éclaircisseincnl qui a été donné louchant Mélèce Syrigus détruit entièrement cette chicane, dans laquelle il n'y a pas moins d'ignorance que de mauvaise foi et d'absurdité, puisqu'il faudrait supposer par préliminaire, qu'on connaissait mieux les vrais et les faux Grecs à Charenlon qu'à Constantinople et dans toute la Grèce. Mais quand tout ce que lui, cl, ce qui est plus étonnant, tout ce que M. Smith ont dit sur la personne de Syrigus, serait aussi vrai qu'il est faux, il resterait à prouver un autre fait important et même nécessaire, qui est que cet honunc latinisé ail été entièrement le maîlrc d'insérer dans ia Confession orthodoxe tout ce qu'il lui a plu ; au lieu qu'on sait par les témoignages certains rapportés ci-dessus, qu'il ne l'a pas dressée le premier, et que le projet de l'ouvrage fut d'abord rédigé par le métropolitain de Kiovie , et que Syrigus avait des adjoints, même supérieurs en dignité, entre autres Porphyre de Nicée; oulre les évêques et les officiers de la grande église, qui souscrivirent l'appi ohalion de Partliénius.
Les systèmes do M, Claude ont cela de particulier,
PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'ECCHARISTIE. UO
parlé et agi tout au coniraire quand il était à la lêie de ce corps , sa perfidie n'a point altéré cette même église, qui malgré lui a conservé sa foi, ses sacrements et sa discipline. C'est donc ce corps qui subsistait avant lui, sous lui, et qui subsiste encore depuis lui , qui (ail l'église grecque non latinisée. S'il y en a eu une autre qui ait cru ce que Cyrille enseignait dans sa Confession, qui ait rejeté ce qu'il rejetait, qui ail eu une discipline conlornie à ses principes ; c'est aux calvinistes à prouver un fait de celle importance, que les Grecs ignorent aussi bien que nous.
Comme M. Claude demanda des confessions de foi claires cl certaines, des actes qui marquassent la créance de la transsubstantiation et la présence réelle, les catholiques sont en droit de demander pareillement aux calvinistes qu'ils produisent de semblables pièces dans lesquelles nous trouvions celle doclrine condamnée, comme elle l'a été par Cyrille; qu'ils nous fassent voir qu'elles n'ont essuyé aucune contradiclion pendant un grand nombre d'années ; et alors nous reconnaîtrons celle église grecque non latinisée, qui n'a jamais été que dans leur imagination. Qu'ils nous marquent un temps auquel on ail abandonné l'usage des Liturgies de S. Basile el de S. Jean Chrysoslôme, et toutes les cérémonies avec lesquelles on les célèbre, et qu'on en ail mis d'autres à la place ; qu'ils nous fassent voir les sacrements administrés par des laïques sans ordination , ou par des religieux sortis de leurs cloîtres après des vœux solennels pour se marier, par des évoques mariés, et le reste de leurs innovations; car il ne faut pas s'imaginer que toute la religion consiste à croire la présence réelle et la transsubstantiation. Enfin qu'ils nomment un seul Grec qui ait été reçu dans la communion de l'Église latine, en faisant profession de ces articles, et en rejetant les antres qui sont compris dans le décret du concile de Florence. 11 ne suflirail pas même d'eu nommer quelques-uns, car un petit nombre ne fait pas une église, et c'est certainement une église en corps qui a ap[)rouvé el adopté la Confession de la foi orthodoxe. Un particulier peut dissimuler sa foi ; mais une église enlière ne le peut faire, parce qu'elle la déclare par un grand nombre d'acles publics, qui ne peuvent être sujets à é(iuivoque. Il résulte donc de tout ce que nous avons remarqué que quand il serait vrai que Syrigus aurait été un Grec latinisé, ce qui est très-faux suivant le témoignage de tous les Grecs, quand il aurait dressé seul la Confession orthodoxe, ce qui est également faux, l'acceptation que les patriarches en ont fiiite, l'approbation authenti(iue qu'ils lui ont donnée, les impressions réitérées , l'estime générale de toute la Grèce, rectilieraient lout ce qui pourrait manquer de la part de l'auteur, el la feraient considérer comme une exposition très-sincère et très-certaine de la foi des Grecs sur l'Eucharistie.