‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 129 sur 323 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Réfutation des objccliotis de M. Claude et des caivi-

7iisles contre la Confession orlhodoûce.

Les catholiques soni donc en droit de conclure q;-:

qu'ils ne sont pas fondes sur une seule supposition , toujours fausse, et jamais prouvée; mais elle en entraîne ordinairement plusieurs autres également insoutenables, dont il ne se met pas en peine de donner la moindre raison. Celui-ci est de ce genre : car quand il serait vrai que Syrigus seul aurait dressé la Confession orthodoxe, ce qui est faux, comme nous venons de le montrer, voici ce qu'il faut encore supposer : que les évêques de Russie et de Moldavie, leur métropolitain à la tôle, les prélats envoyés de ConslanliiioplG, le synode national de ces églises, les quatre patriarches d'Orient , enfin tous ceux qui ont approuvé celte exposition de foi, ne se S()ie;:t pas aperçu qu'elle contenait une nouveauté pernicieuse, ou qu'ils l'aient approuvée sans la croire; que la même chose est arrivée à l'égard de ceux qui la traduisirent en langue russe , de ceux qui la copièrent en grec , de ceux qui la firent imprimer, enfin à l'égard de tous les Grecs, qui l'ont îcçne avec un tel empressemenl, qu'il en a fallu faire plusieurs impressions. Si celle supposition paraît imi-ossible, comme elle l'est certainement, il en faut faire une autre qui ne l'est pas moins , et c'est que tous ces Grecs étaient de faux Grecs, latinisés conmie Syrigus.

Or il est certain que ceux qui ont été nommés font le corps visible ei subsistant de l'église grecque telle qu'elle était en 1645, que l'accepiation faite de la même Confession par tous ceux qui ont occupé les places de ces premiers, contient un consentement général de tout le corps de celle même église , d'autant plus que les patriarches , les évêques et le reste ie la nalion, n'ont |)oiut été partages sur ce sujet. Les patriarches, les évêques, le reste du clergé, les principaux officiers, composent une église; et où il ne se trouve point de pareille hiérarchie , les Grecs , aussi bien que les catholiques, n'ont jan^ais cru qu'il y eût d'église. C'était donc tous ceux qui approuvère;:t la Confession orthodoxe, qui composaient alors celle société connue sous le nom de l'église grecque ; puisqu'on ne trouvera pas qu'il y eût alors d'aulres patriarches de Conslanlinople, d'Alexandrie et de Jérusalem , ni d'autres évêques des principaux sièges, que les Grecs recoiuiussent comme légitimes pasteurs. Si on ne les veut pas reconnaître pour tels, comme il ne se trouve pas d'autre église grecque visible, il en faudra donc supposer une invisible, ou dire qu'il n'y en a plus : car si tous ceux qui ont approuvé la Confession orthodoxe sont de faux Grecs, il n'y en a certainement plus de véritables, puisqu'on ne peut trouver nucune société chrétienne du rit grec qui n'ait approuvé ou qui n'approuve encore la doctrine exposée dans cette Confession.

Il faut que celte société ait un chef; il faut qu'elle ait des membres. Cyrille, selon M. Claude et ses disci. pies, était un véritable Grec , il était le chef de son église par sa dignité; mais puisqu'aucune société chrétienne grecque n'a publiquement approuve ce qu'il avait exposé dans sa Confession, il n'a pas mémo de son vivant fait un corps d'église; ci comme il a

6il LIV. V. ÉCLAIRCISSEMENTS SUR LES AUTEURS GRECS CITÉS DANS LA PERP.

cette objection de M. Claude contre rantorité de la Confession orthodoxe n'a pas la moindre force, et qu'au contraire elle a tous les défauts qui peuvent rendre un raisonnement défectueux en toutes ses parties. Car elle est fondée sur un fait absolument faux, qui est que Syrigus fût un Grec latinisé ; puisqu'il n'y a rien de plus absolument prouvé que le contraire, et cela par le témoignage universel de tonte l'église orientale assemblée en corps ; du synode de 1G38, qui le choisit pour défendre la foi attaquée par Cyrille, de ceux qui ont été tenus depuis, et de tous les évèqnes et théologiens les plus éloignés de la communion romaine. Secondement, celte objection est encore fondée sur d'autres suppositions également fausses que nous avons marquées, et qui se détruisent non pas par des conjectures en l'air, comme celles de M. Claude , mais par des faits positifs prouvés par des actes publics. Troisièmement, quand ces fausses suppositions seraient vraies, elles ne prouveraient rien , puisque la Confession orthodoxe a élé et est encore universellement approuvée par tous les chrétiens soumis à l'église grecque, et parce que depuis qu'elle a paru, c'est-à-dire depuis soiximte-six ans, elle n'a jamais élé censurée, attaquée ni corrigée, et n'a pas reçu la moindre altération. Il faut ensuite examiner le second point.

C'est, dit M. Claude, que lorsque ce Catéchisme parut, il se trouva des Grecs qui furent scandalisés de ce qu'on y avait inséré le mot de transsubslanliation, et qui s'y opposèrent. Sur cela il allègue une lettre qui lui avait élé écrite par un M. Basire, archidiacre de Northumberland, qui contient une histoire confuse de l'origine de celle Confession , et par celle lettre il n'est pas difficile de reconnaître que ce témoin n'avait jamais été bien informé de la vérité des faits, ou que la mémoire lui en élaii échappée ; car il parle de cet ouvrage, fait avec l'approbation et sous les yeux des patriarches, des méiropoliiaiiis et de toute l'église grecque, comme s'il eût élé entrepris par un particulier, disant qu'un certain moine lit un Catéchisme dans lequel il fit entrer le mot de traitssubstantialion, et qu'il y eut sur cela des contestations très-fortes : d'où il laisse juger à ses lecteurs que le dogme de la transsubstantiation n'était pas tellement reçu parmi les Grecs, qu'il ne s'en trouvât qui le condamnaient. On voit que M. Basire confondait le Catéchisme de Grégoire protosyncelle, dont il a été parlé ci-dessus , avec la Confession orthodoxe; ou plutôt il est fort vraisemblable qu'il ne connaissait ni l'un ni l'autre. De la manière dont M. Claude débite ce témoignage d'un particulier, qui doit néanmoiis servir â détruire celui de quatre synodes, et de tous les patriarches et évêques grecs depuis 1643, il tend à faire croire qu'il y eut alors un parti considérable qui ne voulut pas recevoir le mot de iranssub- $lantialion ; que les Grecs furent partagés, et que ce ne fut pas par raison, mais par intrigue, qu'il la fin il îut approuvé.

C'est là un des grands arlifices de M. Claude,

quand il avance des faits dont il y a plusieurs conséquences à tirer; il ne dit que ce qu'il faut, afin que le lecteur les tire, ou suppose la vérité de ces faiti si certaine , qu'il n'ose pas en douter. Quand de pareilles affirmations sont saisies par des imaginations échauflées de gens qui croient que tout ce qu'ils ignorent n'est su de personne, ces conséquences sont menées fort loin. Ainsi l'auteur des Monuments a suppléé hardiment à tout ce que M. Claude n'avait pas dit par prudence, et parce qu'il prévoyait bien qu'il était périlleux de s'y engager. C'est un seul honmie qui est accusé d'avoir parlé contre le mot de transsubstantiation, et qui est cité pour cela devant son patriarche, qui s'excuse, qui nie, qui se défend mal , et qui s'enfuit. En voilà assez pour cet aulenr : il en forme un grand personnage, qui fait son opposition en plein synode, qui a un nombre d'autres Grecs dans son parti, qui soutient son opinion jusqu'au bout , qui, ne pouvant ramener le patriarclie ni les évèi|ues à son opinion , censure la Confession orthodoxe, se retire en Morée, où il persiste toujours dans la créance de Cyrille Lucar et de ses adhérents, et des aulrec Grecs séparés de la communion romaine, comme si ceux qui le condamnèrent n'en eussent pas été séparés. Enfin, pour ne pas laisser le roman imparfait, il lui fait soutenir de cruelles persécutions, que lui suscitaient les Grecs latinisés ses antagonistes, et maintenir set senlimenls orthodoxes contre la transsubstantiation.

Si on examine tout ce que les Grecs ont écrit de puis plus de soixante-dix ans sur les matières de religion, et sur l'histoire des troubles que causa dans leur église la confession de Cyrille Lucar, on sera étonné de ne pas trouver la moindre preuve de tout ce ([ue M. Claude a écrit sur le témoignage de ce M. Basire, et encore moins les épisodes que l'auteur des Monuments y ajoute de sa tète, pour embellir la scène. L'exactitude des auteurs de la Perpétuité à s'informer de tout ce qu'ils ne pouvaient savoir que par les Grecs mêmes, fit qu'après avoir vu ce que M. Claude avait cité de M. Basire, ils crurent devoir prier M. dcNointel de vcrilier le fait sur les lieux. Ils apprirent par ses lettres, dont on trouve un grand extrait dans le troisième volume, (pie tout se réduisait à ceci : que, lorsqu'on approuva à Constanlinople la Confession orthodoxe, un particulier nommé Corydale parla dans ses discours particuliers contre ie mot de transsubslanliation. 11 fut cité devant le synode : il dit, suivant ce que rapporte la lettre de M. de Nointel, qu'il fallait le retrancher, parce qu'il ne se trouvait ni dans l'Écriture, ni dans les Pères, ni dans les conciles. Méléiius Syrigus le confondit en plein synode : on lui ordonna de se rétracter, il ne le fit pas ; mais il se relira promptement dans la Morée, pour éviter l'excommunication dont il était menacé. On peut juger qu'il demeura opiniâtre dans ses erreurs par un disciple qui tâcha de les renouveler longtemps après, qui fut Jean Caryopl)ylle,logothète de la grande église, du(|uel nous parlerons dans un éclaircissement séparé. Il est d'aulant plus néces-

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Baire de le donner, que nous avons lout sujet de croire que Métliodius cl d'autres Grecs , qui dirent à M. de Nointcl les circonstances marquées dans ses lettres toucliant Corydale, paraissent s'être trompés, ou peut-être lui-même s'est- il trompé, en confondant Tliéophyie Corydale avec ce Jean Caryophylle, qui avait éié son disciple.

Mais examinant le récit selon qu'il se trouve dans les lettres par rapport à Corydale, il est facile de voir que ce grand témoin, M. Basire, confondait l'abrégé composé p:tr Grégoire prolosyncelle, avec la Confession orthodoxe : car, quoiqu'elle soit disposée par questions cl par réponses , on ne l'a pas néanmoins regardée comme nn calécliisme , cl ce ne fut pas un moine qui la composa de son chef , puisqu'elle fui dressée d'abord par les Russes, examinée et mise dans la forme qu'elle a présentement par le métropolitain de Kiovie et par ses suffragants ; que Syrigus y travailla par ordre exprès de son patriarche , qui lui dop.na pour cela toute son autorité cl le pouvoir d'exarque ; qu'ainsi comme cet ouvragé , qui n'était pas le sien eu particulier, mais celui des prélats russiens, de Pori)hyre de Nicée, et des autres députés de Parthénius : lorsque Corydale l'altaquait, ce n'était pas Syrigus qu'il attaquait, mais tous ces prélats, tant de Conslantiuople que de Russie. Or ces circonstances changent le faii entièrement ; car, comme M. Basire el M. Claude le représentaienl , c'était un particulier qui, dans un catéchisme, employait le mot de transsubslanliation, inconnu parmi les Grecs jusqu'alors, et qu'à cette occasion un théologien attaqua, et combatlit d'une manière qui engagea le patriarche à examiner la question dans nn synode.

Cependant il n'y a rien de vrai dans cette supposition : car, si c'est du livre de Grégoire protosyncelle dont on a voulu parler, il avait été imprimé en 1635, du vivant de Cyrille, qui était encore patriarche. Que les disciples de M. Claude nous prouvent que cet orthodoxe , tel qu'ils se limaginent , l'ail jamais censuré, quoiqu'il fût apjirouvé par ce même Coressiws, i ont il parle avec tant de fureur cl tant de mépris. Qu'ils justilienl leur saint sur une négligence aussi grande, ou sur une dissimulation criminelle, quoiqu'il n'eût rien à craindre de l'opposition des amis et des prolecleurs de Coressius el de Grégoire, s'il n'avait eu à combattre que le parti des latinisés; puisque si on veut croire ceux qui onl exalté la Confession de Cyrille, il avait attiré à ses sentiments tant d'ecclésiastiques de son clergé. Que si , comme ils l'assurent aussi , contre le témoignage de loutc la Grèce, il avait reconnu publiquement cette mêmeConfession, de sorte que sous ce prétexte il s'excusa d'en donner une expédition en forme authentique , qu'on lui demandait de Genève , l'occasion de détruire le parti des Grecs latinisés était très -favorable : car il n'avait qu'à accu.s^er publiquement Grégoire protosyncelle, el Georges Coressius. son approî)aienr, d'avoir enseigné ou approuvé la transsubstn)tliutio)i,t\uc\m patriarche avait rejelée; il ne l'a pa? fait néanmoms, quoiqu'il ail été

FOI -iOtCHANt L'EUCHARISTIE. '6U

près de deux ans en possession paisible du patriarcat, depuis que ce livre parut. Ce n'est donc point sur ce catéchisme de Grégoire que peut être arrivée l'histoire de Corydale; et ainsi M. Basire et M. Claude après lui se sont trompés, rjuand ils ont appliqué à la Confession orthodoxe ce qu'on peut avec plus de vraisemblance rapporter à ce premier ouvrage. Car ce n'est pas une conjecture en l'air que de dire qu'un homme suspect dans la foi , comme on sait d'ailleurs que l'était Corydale, ait pu attaquer la docirine exposée par Grégoire, et être repris à cette occasion par son patriarclîc ; mais cela ne peut être arrivé sous Parthénius-le-Vieux , quciique ceux qui faisaient le récit à M. de Nointel l'aieiU rapporté ainsi. El il y a quoique sujet de douter qu'il n'y ail eu de l'équivoque, parce q!!C nous trouvons qu'on lGi5 Jean Caryophylle, disciple de Corydale , fut cité devant ce patriarche, pour avoir écrit et répandu quelques cahiers dans lesquels il attaquait le mol et le dogme de la transsubstantiation , comme nous expliquerons ci-après. C'est donc ce qui dorme lieu de croire qu'on a confondu ces deux noms.

Cela paraît d'autant plus vraisemblable, que, dans tout ce que les Grecs onl écrit touchant l'histoire de la Confession orthodoxe, on ne trouve pas qu'il y ait eu la moindre opposition contre l'expression, ni contre le dogme. Corydale n'avait aucune dignité ecclésiastique ; c'était une espèce de philosophe, décrié pour son libertinage, et qui n'aurait pu venir en plein synode proposer des dilïicullés contre un écrit approuvé d'une manière si solennelle. Enfin quand il l'aurait fait, en nous restreignant au récit qui est dans les lettres de M. de Nointel, nous voyons que ces objections ne firent aucune impression sur les esprits dans le synode; qu'on ordonna à Corydale de se rétracter ; qu'il fut menacé d'être excommunié en cas qu'il refusât de le faire; et que par sa fuite précipitée il évita le châtimeiit qu'il méritait. Yoiià tout ce qu'on peut recueillir de cette histoire. Il ne paraît pas qu'il y cfit un seul évêquc, ni antre député du synode, qui prît le parli de Corydale. Il n'y eut aucun partage dans l'assemblée, et le dogme qu'il attaquait fut confirmé par un consentement unanime. Il n'est pas surprenant qu'il y ait eu un hérétique parmi les Grecs ; au contraire, il y a sujet de s'étonner que sous le patriarcat d'im homme corrompu comme Cyrille Lucar, il n'y on ait pas eu un trèsgrand nombre. Mais où a-t-on trouvé que l'opposition d'un seul particidier s'appellâl une censure , et que son erreur pùi s'appeler une opposition canoniriue, qui renverse toute l'autorité de la Confession orthodoxe? M. Claude n'a pas à la vérité employé toutes les fictions que l'auteur des Monuments a inventées ; mais comme il lire la même conclusion, on la peut prendre comme un aveu tacite qu'il faisait que, pour en tirer les conséquences qu'il prétendait , il fiillait qu'il fût arrivé quelque chose de semblable. Mais c'est ce que le.^ Grecs ignorent encore présenlemont ; sachant assez ù'aillours que la confession orthodoxe avait été généralement approuvée, elque l'opposiliou

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