CHAPITRE YH
Observations particulières sur queu/ues faits qui oi rapport à ce qui a été traité dans les chapitres prt cèdent s.
Ce qui a élé dit jusqu'ici touchant les principau actes des églises d'Orient, et louchant les auteui dont les lémoignagesonlété cites dans la Perpétuité fait voir d'une manière incontestable que lc3 caihc liques ont donné plus de preuves de la conformité ( la créance de toutes les communions séparées de nôtre , qu'il n'était nécessaire pour meltre un fait important dans la dernière évidence. Si les calviniste avaient eu de pareilles pièces , au moins quelques unes revêtues dos manjucs dauloriié et de vérité qui se trouvassent contraires à celles qui ont é' pro'Uutes, i! aurait été nécessaire d'examiner daj
AM
LIY. VI. EXAMEN DE PLUSiEURS F
celle conlrariété de déclaralions quelles étaient les véritables, et s'y allacher. Pour terminer de pareilles iliiïicnllcs, il y a une règle certaine, qui consiste à établir p:!r des preuves claires quelle a été la docirinc communément reçue et sans contestation dans une église, avant et après ces actes contradictoires ; et celle qu'on reconnaît avoir subsisté autrefois, et qui subsiste encore, doit être ccrlainement préférée à celle dont on voit que le commencemenl n'est pas ancien, qui n'a pas subsisté , et qui a été exposée à la censure de la plus nombreuse et de la plus considérable partie de ceux qui font le corps de celte église. Mais toutes les preuves des calvinistes se réduisent à la Confession de Cyrille, dont on a fait voir les défauts essentiels dans le fond et dans la forme , cl à deux ou Irois écrits particuliers et informes de (liirlques Grecs saîîs nom et sans autorité, comme c'iui qu'ils attribuent à Mélropbane Crilopule, celui de Zacharie Gergan, évoque de Larla, et des réponses ambiguës de quelques vagabonds, dont jamais les Grecs n'ont oui parler.
Si les pièces dont les auteurs de la Perpêluité se I sont servis étaient de ce genre, nous n'en ferions pas la moindre mention; et on doit cette justice à nos théologiens, de reconnaître qu'ils n'en ont employé aucunes pareilles. Pourquoi donc les protestants ne cesseront-ils jamais de citer aux catholiques des pièces qu'on n'ose cilcr aux Grecs, et dans lesquelles toute la rbéloriipie du monde, les déclamations et les sopliismes ne feront pas trouver la vérité et l'au- Ihenlicité qui leur manquent ? Sur quel principe : osent-ils attaquer celles qui en ont tous les caractères les plus cerlains ; et ne feront-ils jamais réflexion aux I absurdités daiis lesquelles le système de M. Claude entraîne les ignorants? On n'avait peut-être jamais rien vu de pareil à celles que l'auleiir des Monuments a inventées, travaillant sur un tel plan. Les Grecs du synode de Jérusalem nous apprirent ce qu'on n'avait guère connu jusqu'alors : c'était qu'un écrit patriarcal, afin d'avoir autorité, non pas pour faire loi dans leur église , mais pour être reconnu comme étant sorti des mains du patriarche, devait être enregistré dans le codex de la grande église ; et comme celte circonstance manquait a la Confession de Cyrille, ils s'en servaient pour faire connaître qu'elle ne pou • vait, dans les règles, être regardée comme étant de lui. Nous en trouvons assez d'exemples, puisque Jéréniie fit ainsi enregistrer ses réponses aux ihéologiens â) Wiltembcrg; que les décrets des deux synodes de 1G38 et de 1G42, la réponse du palriarclie Denis, la sentence synodale de Calliniquc et les décrets de Jérusalem furent pareillement enregistrés. Ni M. Claude ni ses copistes li'ont rien répondu sur ce sujet, et assurément ils ne pouvaient rien répondre. En cela Us avaient donc en quelque manière accordé cette proposition, laquelle étant supposée, il s'ensuivait aécessairement que la Confession de Cyrille non seu- .iîment n'avait aucune autorité à l'égard des Grecs,
AITS TOUCHANi' L'ÉGLÎSE GRECQUE. 404
mais qu'elle n'en avait aucune à l'égard des autres , puisqu'en la forme dans laquelle il la donna il pouvait la désavouer, comme il fit en effet.
11 fallait un homme tel que l'auteur des Momimentt, pour entreprendre de prouver que la Confessicn do Cyrille a été plus solennellement enregistrée qu'aucun acte semblable, et voici comme il s'y prend : Les Grecs de Jérusalem avaient donné divers extraits des homélies prêchées à Conslantinople par Cyrille, dans lesquelles il avait enseigné le contraire de ce qui était exposé dans sa Confession, et le manuscrit élait par hasard à Jérusalem. Le sieur A. prétend qu'elles s'accordent avec la Confession, et il les concilie en retranchant tout ce qui s'y trouve contraire, ou donnant des explications ridicules aux termes les moins siijels à équivoque. De là il conclut que puisque le manuscrit des homélies élait à Jérusalem, la Confession a élé bien plus solennellement enregistrée que si elle l'eût été à Conslantinople. C'est la même chose que si on prétendait prouver la vérité d'un rescrit ou d'une bulle du pape, qui ne se trouverait ni dans les formes ordinaires, ni enregistrée .à Rome , en disant qu'il s'en trouve une minute à Paris ou à Tolède. Tels sont les raisonnements qu'il faut faire, si cela s'appelle raisonner, ou convenir que tout ce que M. Claude et les autres ont dit sur la Confession de Cyrille n'est qu'une illusion continuelle; que c'est une pièce sans autorité, et que le peu de témoignages que les calvinistes y ont ajoutés, qui se réduit à ceux de quatre ou cinq vagabonds, ne mérite pas la moindre attention.
11 est donc difficile de comprendre qu'ils aient osé s'en servir, que M. Smith, après avoir fait un séjour considérable à Conslantinople, où jamais il n'en a pu entendre parler qu'avec autant d'Iiorrem- que de mépris, non seulement les compare à ceux de Gabriel de Philadelphie, de Syrigus, de la Confession orthodoxe, et de tant d'autres ouvrages qui sont généralement approuvés; mais qu'il prétende que si le nombre de ces témoins n'est pas si grand, leiu' autorité doit balancer celle des synodes, des patriarches et de tout le corps de l'église grecque. Sur ce même principe il attaque également les autres Grecs dont on leur a cité les témoignages. Ainsi Agapius est un misérable moine latinisé, quoiqu'on sacne autant par l'opinion publique de toute la Grèce, que par l'attestation particulière des religieux du Mont-Albos, qu'il y a vécu et qu'il y est mort en réputation d'un honune pieux et très-orthodoxe. On en dit autant contre Michel Corlacius ; et la seule raison est que leurs livres sont imprimés à Venise ; mais la Confession de Cyrille l'a élé à Genève ; la Confession orthodoxe l'a élé en Hollande et à Leipsik : ces prétendues expositions de foi de Métrophane Crilopule et de Gergan ont aussi élé imprimées en Allemagne. On manque de bonnes raisons quand on en allègue de si mauvaises.
Il y a plusieurs autres ouvrages de Grecs modernes, comme les homélies de Damascène Sludite, celles de
Kharturus, qui coniieniient manifcsteiuent la doctrine delà présence réelle; et, ce qui est fort remarquable, on n'en peut pas citer un seul imprimé par les Grecs qui la combatte. Ces ouvrages sont connus et approuvés généralement. De quel droit et sur quel prétexte seront-ils rejetés par les calviiiislcs, parce qu'ils contiennent une doctrine contraire à celle de deux ou Irois malheureux, dont à peine les Grecs ont entendu parler? Car ils n'ont connu le pitoyable ouvrage de Gergan, que par la Réfutation qui en fut laite ei imprimée à Rome par Matthieu Caryophylle. Les calvinistes ont eu tort de prétendre que dans les controverses on ne devait recevoir le témoignage d'aucun auteur qui ne fût schismatique. Cependant les catholiques n'en ont cité, dans tout le cours de celte dispute , aucun qui fût Latin ou latinisé ; et quand ils se sont servis d'AUalius, ou do quelques autres, ce n"a été que pour en tirer des passages qui n'étaient pas ailleurs. Les calvinistes ont fait tout le contraire , puisque ces deux ou trois qu'ils citent continuellement n'ont été regardés que comme hérétiques par les Grecs mêmes. Ceux-ci doivent être assurément crus , quand il s'agit de savoir si un homme est dans leur communion , et s'il est réputé orthodoxe ; et vouloir qu'on 'défère plus au jugement de M. Claude sur un pareil sujet , est une prétention dans laquelle il n'y a pas moins d'absurdité que d'injustice.
Il n'est pas moins étonnant qu'ils citent avec confiance M. Ilaga, ambassadeur de Hollande, comme un témoin de l'autorité duquel il n'est pas permis de douter. On peut croire qu'il a été dnns la bonne foi, et que Cyrille l'avait trompé. Mais quel privilège avait-il pour être cru plutôt que ies ambassadeurs de France, de Venise et de Gènes, qui ont été témoins de ce qui s'est passé à Constantinople lorsqu'on obtint les principales attestations? On veut que nous recevions avec respect les lettres de Léger , de M. Basire , de M. Woodroff; pouniuoi mériteront-ils plus de créance quêtant de catholiques qui. les valaient bien en toutes manières? El si on prétend rejeter leur témoignage par celte seule raison qu'ils étaient catholiques, ne sommes-nous pas dans le même droit de rejeter celui des autres parce qu'ils étaient protestants? Nous pourrions citer un très-grand nombre d'auteurs qui leur sont fort supérieurs en toutes choses; nous ne le faisons pas, parce qu'en ce qui regarde les Grecs , nous n'avons pas besoin d'autres témohis que des Grecs mêmes ; et si les calvinistes en avaient fait autant, la dispute serait (inie il y a longtemps.
Les prières qui sont dans l'Eucologe , et l'office qu'on trouve dans tous les Horologes des plus anciciines impressions , contiennent des expressions si fortes touchant la présence réelle, qu'il est impossible de leur donner un autre sens. Que les calvinistes nous en fassent voir quelque;, exemplaires où elles aient été retranchées ; ou bien quelque édition du TriodUm , où ce zélé réformateur , Cyrille Lucar , ail fait supprimer ce qui était contraire à sa Confession ; ou enfin quelque livre d'égUse imprimé pour les Grecs,
avec leur approbation , qui ait le moindre rapport à •a manière dont -les Genevois ou les Hollandais célèbrent leur cène? Cependant ces offices sont d'une grande antiquité, et on en a des éditions presque aussi anciennes que la prétendue réformation , pour ne pas parler des manuscrits qui y sont conformes. Ces livreslà méritaient mieux d'être cités que les lettres de M. Basire et de M. Woodroff; pourquoi n'en trouvet-on aucune citation dansions les livres que les calvinistes ont faits sur cette matière?
On dira peul-ctre que les Grecs, au moins un grand nombre, se sont écartés de la vraie créance sur l'Eucharistie, faute de connaître la doctrine des protestants , quoique à l'égard des livres d'église qui sont entre les mains de tout le monde celle défaite soit inutile, puisqu'ils sont plus anciens que leur religion. Mais la Confession d'Augsbourg avait été traduite en grec par Paul Dolscius, ou, comme d'autres disent, par Mélancton : on avait fait imprimer cette traduction , cl on en avait envoyé plusieurs exemplaires en Grèce. A-l il paru jusqu'à présent aucun Grec qui en ait fait usage? La Confession belge avec le Catéchisme et la manière de célébrer la cène a été traduite eu grec vulgaire , et imprimée magnifiquement par les Elzcvirs, il y a plus de soixante ans. Trouve-t-on un seul Grec qui l'ail citée , ou môme qui en fasse mention, et a-t-elle fait un seul prosélyte? On en peut dire autant de la Liturgie anglicane , qui a été traduite de même en grec et en arabe. Parmi tous les livres qui se sont imprimés en Moldavie et en Valachie, trouvei-on quelque nouvelle édition de ia Confession de Cyrille, ou de celles des prolestants? Ce n'est donc pas faute d'avoir connu ces livres conformes à leurs opinions, que les Grecs ont une doctrine entièrement opposée; au contraire, c'est à cause qu'ils les ont connus , qu'ils les rejettent et qu'ils les méprisent. Hottinger parle d'un Grec, Nalhanaêl Conopius, qui devait, à ce qu'il fil croire aux calvinistes, traduire e» grec vulgaire l'Institution de Calvin. On peut juger sans témérité (ju'elle n'aurait pas eu parmi ies Grecs un plus grand effet que les livres simples et plus aisés à entendre. Car Mélé'tius Piga et Syrigus la connaissaient, et ils la citent en quelques endroits de leurs ouvrages, mais pour la réfuter et pour la condamner, et pour inspirer à leurs compatriotes autant d'horreur de sa personne que de sa doctrine. Ces Grecs ignorants-, et que le savant M. Claude méprisait tant, ont cet avantage par-dessus les peuples les plus policés de l'Europe , qu'au lieu que ceux-ci se laissèrent si facilement séduire par les premiers réformateurs, les autres sont demeurés fermes dans la religion de leurs pères, et ont reconnu la fausseté de tout ce qui avait ébloui les plus savants.
On ne doit pas non plus omettre une réflexion trèsimportante , et qui peut entrer parmi les preuves de l'éloignement que les Grecs ont toujours eu pour la religion protestante. Les dispositions qui paraissaient les plus favorables afin de réunir leur église avec les protestants, étaient celles où la plus grande partie ùa
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n'est pas ce qui peut avoir aulorilé, c'est ce qu'ils ont fait et déclaré dans leur patrie ; et il ne s'en trouvera pas un seul qui y ait soutenu de pareilles déclarations. Ils n'en ont pas seulement usé ainsi à l'égard des protestants, qui n'en pourraient nommer que quatre ou cinq qu'ils eussent convertis ; on n'en a vu et on n'en voit tous les jours que trop, qui font à Rome ou entre les mains des missionnaires des professions de foi pour se réunir à l'Église catholique; plusieurs mêmes qui ont été élevés dans les collèges de Rome , et qui étant retournés dans le pays, rentrent dans la communion des schismaiiques , et deviennent les plus grands ennemis des Latins. Nos lliéologiens ne se sont pas servis des témoignages de ces particuliers, quoiqu'ils n'eussent dit que la vérité quand ils auraient certifié ce que toute la Grèce a déclaré par tant dictes solennels, et qu'ils fussent aussi croyables que ceux qui ont été cités par les proiestanls. Pourquoi donc I)rétendront-ils faire valoir l'autorité de ces hommes obscurs que personne n'a connus, comme si devant de pareils témoins, les synodes, les patriarches, les évêques , les théologiens , toute la Grèce , devaient so taire ?
Nous ajouterons quelque chose sur le collège grec d'Oxford, qui fournit aux catholiques un grand nombre de réflexions importantes, et qui en devrait produire de sérieuses parmi les protestants, s'ils cherchaient la vérité de bonne foi. Ils savent bien que les jeunes Grecs qu'on leur amène n'apportent pas de leur pays la religion telle qu'on la professe en Angleterre ; U leur en faut apprendre une nouvelle, et jusqu'à présent il ne paraît pas qu'on en ait beaucoup converti. A Rome et ailleurs oii il y a eu des collèges pour les Grecs , on leur a laissé leurs prières , leurs offices sacrés et leurs cérémonies; on les supprime à Oxford, ce qui seul fait voir qu'il n'y a aucune conformité de créance entre les Grecs et les Anglais. On instruit cette jeunesse assez mal , autant qu'on en peut juger par ce qu'ils en ont écrit eux-mêmes , par rapport aux lettres et aux sciences; mais M. Woodroff, supérieur de ce collège , a eu très-grand soin de les cathéchiser sur la religion anglicane , de déclamer contre la transsubstantiation , contre l'invocation des saints , le signe de la croix , et surtout contre l'autorité de la tradition. On voit par ce qu'en a écrit François Prossalenlo, qui avait été du nombre de ses disciples , qu'il excitait ces jeunes Grecs à s'attacher à la doctrine qu'il leur avait enseignée, en leur faisant espérer que par la protection de sa reine, chef de l'église anglicane , ils seraient élevés aux premières dignités de l'église grecque. Depuis l'établissement de ce collège, il s'est écoulé assez de temps pour voir les effets de cette éducation dans quelques , Grecs retournés dans le pays. Néanmoins on n'en a pas %u un seul qui se soit déclaré publiquement pour la religion anglicane. Dosithée , patriarche de Jérusalem , a déclamé fortement contre ceux qui envoyaient leurs enfants à ce collège ; il a écrit des lettres circulaires pour défendre qu'on le fît, menaçant même d'excommunica-
la Grèce se trouva après la prise de Constantinople, et quelque temps auparavant. Le clergé, les religieux et presque tous les séculiers avaient rompu toute communion avec ceux qui avaient accepté la réunion faite au concile de Florence ; et on voit par les dernières paroles de Marc d'Éphèse, qui ordonna qu'on ne souff'rît pas qu'aucun des latinisés assistât à ses funérailles, ainsi que par le placard que Georges Scholarius ou Gennadius afficha .^ la porte de sa cellule, que cette aversion était excessive. Ce fut à peu près dans ce temps-là que les Bohémiens écrivirent au clergé de Constantinople pour rechercher sa communion ; mais ils ne la purent obtenir. Gerlach fut en grand commerce avec le patriarche Jérémie , et avec les principaux de l'église de Constantinople. Pondant l'ambassade du baron d'Ungnade , il y eut beaucoup de lettres écrites de part et d'autre, et une grande liaison , mais elle n'empêcha pas que Jérémie ne rejetât leur confession et tous leurs éclaircissements , sans qu'aucun des Grecs de ce temps-là ail changé de sentiment. Peu d'années après , Mélèce , patriarche d'Alexandrie, fit amitié avec Georges Douza, qui en a fait tant d'éloges , ensuite avec Edouard Barton , ambassadeur d'Angleterre : c'était dans le temps que Mélèce était le plus animé contre les Latins, à cause de l'union qui se négociait alors avec les Polonais ot Lilhuanais du rit grec, qu'il traversa et rompit entièrement. Il profila si peu de la connaissance de ces protestants , qu'il a enseigné la iranssubstantiatlon et toutes ses conséquences , plus clairement qu'aucun autre Grec eut encore fait- 11 n'y a donc eu que Cyrille Lucar qui ait été ébloui de leurs lumières ; et quoique M. Haga, Léger et d'autres aient assuré, sur ce qu'il leur disait , qu'il y avait un grand nombre d'autres Grecs qui avaient approuvé sa Confession , et qui étaient prêts à mourir pour la défendre, il n'en a pas néanmoins paru un seul dans les synodes tenus contre lui , quoiqu'il n'y eût aucun péril de la vie à essuyer, mais seulement celui de la déposition et de l'excommunication. Ce péril n'empêcha pas Théophile Corydale et Jean Caryophylle de soutenir les inêiwes erreurs; el, c'était alors que d'autres pouvaient et dc- \ aient se joindre à eux , au lieu qu'il ne se trouva pas un seul ecclésiastique qui prît leur défense , et que tous s'accordèrent à les condamner.
Il est allé plusieurs Grecs en Angleterre et en Aile» ir.agnc dans le siècle passé, et on n'en trouve pas un seul qui étant revenu dans son pays y ait apporté la créance des protestants, pour en faire profession pu- Ijlique. Métruphane Critopule, sous le nom duquel on imprima il y a plusieurs années une Confession de foi à llelmstadt, qui néanmoins approchait plus du luthéranisme que du calvinisme, étant depuis élevé au patriarcat d'Alexandrie , souscrivit avec les autres la condamnation de Cyrille, comme fit Chrysoscule Lo-^ golhète, dont on a publié quelques écrits comme d'un disciple de cet apostat. Ce que ceux qui ont donné des expositions de foi contraires à la créance reçue dans leur église , ont écrit dans des pays éloignés ,
4!)7 PERPÉ lUITÉ DE LA FOI
lion ceux qui seraient soumis à sa jiuidiciion , et qui le feraient.
L'exemple de François Prossalenlo est très-considérable. Il avait élé du nombre de ces jeunes Grecs étudiant à Oxford; et comme il le dit à quelques personnes, lorsqu'il passa à Paris, il quitta TAngleierre, sur ce qu'on lui manda dcson pays, que s'il y taisait un plus long séjour, il se fermeraiircntréc à toute sorte d'emplois ecclésiastiques. 11 jugea donc qu'afin de se purger de tout le soupçon qui pouvait rester contre lui, il fallait donner une preuve publique de sa loi, en réfutant ce que M. Woodroff son maître avait écrit contre l'aulorilé de la tradition. C'est ce qu'il fit en imprimant un traité qui a pour titre : Le maître hérétique réfuté par son disciple orthodoxe, et il est dédié à Gabriel, patriarche de Constantinople. L'impression a élé faite en Hollande et à Amsterdam, en 1706, et les catholiques n'y ont eu aucune part. Si les Grecs étaient en communion avec l'église anglicane , comme l'assurait ceM.Basire, que M. Claude a préféré à toute la Grèce , il n'aurait pas élé nécessaire de les instruire dans une religion qui leur est inconnue et étrangère ; les évé{iues et les patriarches n'auraient pas élé scandalisés ; et Dosithée, au lieu de détourner les siens d'envoyer leurs enfonts à ce collège d'Oxford , les y aurait exhortés. Ces éludes , faites dans un pays où ils ne couraient aucun risque de devenir latinisés , les auraient mis en état de s'avancer dans leur église , et un jeune homme de vingt-cinq ans n'aurait pas eu la hardiesse de dédier au patriarche de Constantinople im livre dans
lequel leurs frères Içs Anglais sont extrêmement maltraités. Car dans l'épîtredédicatoire , après avoir dit que ceux qui par malice veulent détruire un arbre qui porte beaucoup de fruit , ne se contentent pas de couper les branches, mais qu'ils tâchent de le déraciner entièrement, il ajoute: Ainsi les hérétiques de ce temps-ci, voulant attirer l'Église catholique de Jésus- Christ à leurs blasphèmes odieux, n'attaquent pas quelque dogme particulier, en voulant persuader aux Grecs leurs disciples , que ce qu'elle conserve avec piété comme reçu de Notre- Seigneur Jésus-Christ, parla Iraditionnon écrite des apôtres , est faux ; mais instruits par le démon leur père, et comme précurseurs de l'Antéchrist, ils prêchent impudemment que toute parole non écrite du Seigneur n'est pas véritable , jugeant que si les orthodoxes convenaient de cet article seulement , il n'y mirait plus aucune différence entre eux et les hérétiques. 11 dit ensuite que le patriarche verra par cet ouvrage l'ardent désir qu'il a de réfuter leiu'S dogmes impics ; d'autant plus qu'il ne s'est pas contenté de le faire lorsqu'il s'est vu hors de péril , en faisant connaître leur fourbe au public ; mais qu'étant encore en Angleterre , il lui a mandé à quel dessein on y attirait les cnfanls des Grecs. Et dans tout le livre , il ne traite jamais autrement son maître Woodroff, un des grands témoins de M. Claude , que comme un hérétique. On peut voir dans la Défense de la Perpétuité {p. 505) un plus ample extrait, qui donne une juste idée de ce collège grec d'Oxford , et de l'horreur des Grecs pour ce qu'on a voulu leur y enseigner.