‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 148 sur 323 · LIV. \1I. ACTES DES ÉGLISES D'ORIENT PRODUITS DANS LA PERPÉTUITÉ · texte numérisé non relu

LIV. \1I. ACTES DES ÉGLISES D'ORIENT PRODUITS DANS LA PERPÉTUITÉ

qui, après une longue étude de la matière, que chacun sait n'être pas commune, a découvert ce que ies autres n'avaient pas su, ou dont ils n'avaient écrit qu'avec incertitude. Néanmoins ceux qui ont connu M. Claude, et ceux qui ont lu ses écrits sans préoccupation, savent avec beaucoup plus de certitude qu'il entendait irès-médiocremenl le grec, ce qu'on pourrait, entre savants, regarder comme ne le savoir point. Qu'il n'avait aucune connaissance des auteurs grecs , particulièrement des modernes ; et il en a donné une i)reuve démonstrative dans sa prcniicrc Réponse , en traitant Gabriel de Pliiladelpliic coniiiie un auteur sui»posé par le cardinal du Perron. Il n'avait pas la moiud-re connaissance des églises orientales, n'ayant pas même lu ce que plusieurs auteurs protestants avaient écrit sur le même sujet; puisque s'il eût seulement consullé Drcrewood, et examiné les citations, il aurait pu reconnaître la fanssclé de te qu'il avançait avec une assurance in-e-que saus exemple. On lui avait cité Guillaume Forbès, protestant, évêqne d'Edimbourg; il rejeta son témoignage comme d'un catbolique caché, ce qui était une fausselé encore plus notoire que toutes les autres, puis(|u'il n'y avait point (./ Anglais qui ne stit que celte prétendue catholicité n'était londée que sur la persécution suscitée par les presbytériens écossais contre les éi)iscopaux, à l'occasion de la Liturgie que le roi Charles 1 voulait établir, ce qui fut le connnencemenl des troubles d'Ecosse, et de la plus horrible tragédie qu'on ait vue depuis plusieurs siècles.

Telle fut la première proposition do M. Claude touchant les Grecs et les Orientaux ; et lors(|u'on lui avait simplement cité des témoignages tirés des meilleurs auteurs, la plupart protestants, il demanda avec un air d'autorité digne de sa confiance, qu'on lui produisit des confessions de foi, des allostations, des actes synodaux, des lîiluels, en un mot tout ce qu'il croyait qu'il était impossible de trouver. En edet on n'aurait pas cru pouvoir satisfaire à une demande si déraisonnable ; puisque lui-même établissant une nouveaulé Inconnue à toute la terre, en ce qu'il disait des Grecs et des Orientaux, il était obligé d'en donner des preuves telles qu'il les demandait à ses adversaires. Toutes les siennes se réduisaiaif cependant à la Confession de Cyrille Lucar, à des leitres du ministre Léger, et à quelques autres de deux Anglais, outre deux ou trois pièces informes signées par des Grecs vagabonds inconnus, et qu'on reconnaissait à la simple lecture fort éloignés des sentiments et du langage de leur église.

Nonobstant la dinicalié qui paraissait devoir satisfaire M.Claude, on lui produisit dans le premier tome de la Perpétuité des pièces si authentiques, que tout autre homme que lui aurait reconnu devant le public qu'après de pareils lénmignages, il n'était plus permis de contester que les Grecs ne crussent pas la présence réelle. On peut défendre un faux raisonnement, parce qu'il se trouve toujours des subterfuges pour éviter de reconnaître qu'on s'est trompé, ci qu'on n'a

pas raisonné juste ; lorsqu'il s'agit de faits, il faut les détruire par des faits contraires, ou se rendre à la vérité. Mais ce n'était pas là le caractère de M. Claude ; il n'avait rien à répondre à des preuves incontestables ; il en vint de nouvelles et en plus grand nombre, qui lurent données dans la Réponse générale et dans le troisième volume, il fallait dire quelque chose de nouveau, et il employa la défaite la plus insoutenable qui ait jamais été avancée en dispute sérieuse.

Ce fut de dire avec un air de compassion que ses adversaires s'étaient trompés grossièrement. Ce qui Cil trompé (M. Arnauld) esl quil a pris pour la véritable église grecque un parti qui s'est formé depuis longtemps, de Grecs que les autres appellent iocrtvippovK,- , c'est-à-dire, qui ont le cœur et les sentiments latins, bien qu'ils professent le rit grec, et qu'ils vivent même parmi les autres dans une même communion. Ce fut ce parti qui combattit longtemps contre Mélélius, patriarche d'Alexandrie, et contre Cyrille son successeur, et ensuite patriarche de Constanlinople, cl qui enfui accabla Cyrille par l'aide de la cour de Rome, Depuis celte grande victoire, qui fut suivie de l'élévation de Cyrille de Berroée, disciple des jésuites, et grand partisan des Latins, au patriarcal de Constanlinople, je ne doute pas que ce parti ne se soit extrêmement fortifié, et que plusieurs d'entre eux ne se soient déclarés en faveur des dogmes latins, bien plus hautement et plus ouvertement qu'ils ne faisaient auparavant. En effet, ce fut environ ce temps-là qu'un certain Grec de ce parti, nommé Mélélius Syrigus, qui se trouve signé aux deux prétendues condamnations de Cyrille Lucar, fune sous Cyrille de Berroée, et l'autre sous Partliénius, composa un catéchisme sous le titre de Confession orthodoxe, et dans lequel il enseigne la conversion des substances du pain et du vin en celles du corps et du sang de Ji'susChrisI, avec la subsistance des accidents sans sujet, et se sert du terme de iJ.i^oMiiwLi. Si M. Arnauld a entendu par l'église grecque les gens de ce parti là , je lui ai déjà déclaré, et lui déclare encore que je n'ai point disputé contre lui. Nous ne prétendons pas lui contester les couiiuêtes des missions et des séminaires; qu'il en jouisse paisiblement ; nous ne parlerons que des véritables Grecs, qui conservent la doctrine et les expressions anciennes de leur église. El quant à ceux-là , nous sonunes assurés de deux choses : l'une qu\ls ne tiennent point la transsubstantiation des Latins, ce que je crois avoir prouvé démonstralivement ; et l'autre, que ce son/ eux seuls qu'il faut appeler la véritable église grecque quand même le parti contraire deviendrait le plus fort, et qu'il occuperait les patriarcats. Nous avons rapporté les paroles de M. Claude uu peu au long, afin qu'on ne pût pas nous accuser de lui avoir fait dire rien contre sa pensée.

Que les protestants ne reprochent plus désormais aux catholiques leur soumission à l'autorité des évoques et du S.- Siège ; ils ne l'ont jamais portée à un tel excès que les calvinistes l'ont eue à l'égard de M. Claude ; et cela non pas sur les dog^nies, mais sur des faits publics, à l'égard desquels la notoriété l'eni-

porte sur l'aulorîté.

PERPÉTUITÉ DE L.\ FOI TOUCIIVNT L'EUCHARISTIE

Cependant, quoiqu'il n'en pût avoir aucune daiis des nialicres qu'il ignorait cnlicrcment, ce qu'il a établi dans les paroles que nous venons de rapporter, a non seulement élc reçu parmi les calvinistes, mais tout ce qu'ils ont dit depuis contre les actes et les autres pièces des Grecs et des Orientaux, n'est fondé que sur ce tissu de faus'^ctés que nous allons examiner en détail , non pas par des conjectures , mais par des faits incontestables.

Il est important de remarquer d'abord que depuis le commencement de la dispute louchnnl la Perpétuité de ta foi, M. Claude n'avait jamais employé "celle dislinclion imaginaire des Grecs faux et de véritables, et il eût clé ridicule de l'élnblir. Car on ne croira pas que, quand les auteurs de la Perpétuité citaient le consenlemenl des Grecs sur la doctrine de la présence réelle comme une jireuve convaincante, ils prétendissent parler de ceux qui étaient soumis à l'Église romaine, dont le témoignage n'aurait pas été d'une plus grande autorité que celui des autres catholiques. On ne trouvera pas en effet qu'on en ait cite dans la Perpétuité qui ne fussent pas de véritables enfants de l'église grecque, séparée comme clic est présentement de la latine ; et on n'a pas produit des attestations des religieux de S. Basile qui sont en Calabre et en Sicile, et qui ont leur général à Uomc.

Mais ce qui a trompé M. Arnauld, h ce que dit M. Claude, est qu'il a pris pour lavéritable église grecque wi parti qui s'est formé depuis longtemps de Grecs, que ' les autres appellent )Mrv>b<fpo-io.i , c'est-à-dire, qui ont le cœur et les sentiments latins. On reconnaît tout au contraire que M. Claude s'est trompé bien lourdement, et ■qu'il a eu de mauvais ménîoires. Car s'il avait su ce que les Grecs schismaliques entendent par le mot de J.artvo-jjpovs; , il nc Serait pas tombé dans une erreur aussi grossière. Le plus fréquent usage de ce mot commença après le concile de Florence, lorsque les Grecs furent retournes en leur pays , et que l'union fu' combattue par Marc d'Éplièse, ainsi que par un grand nombre d'évâques qui étaient demeurés en Grèce, et qn'enlin elle fut entièrement rompue après la prise de Constanlinpple par les Turcs. Les scbismatiqr.es appelèrent donc ^KTiviçjpovs? , ou latinisés , ceux qui avaient reçu la définition de foi du côn'dle de Florence sur la procession du S. -Esprit, sur l'additioa au Symbole, sur la primauté du pape, sur l'indifférence de l'usage du pain levé ou des azymes, sur le purgatoire et sur l'état de la béatitude des saints; car ce sont les seuls points qui furent compris dans la définition. C'est là le sens dans lequel Gennadius , Syropule , Michel Balsamon et d'autr.s écrivains contemporains se sont servis de ce mot. On a défié autrefois M. Claude, et on défie encore tous les protestants les plus habiles d'en alléguer un seul qui l'ait pris selon leur sens. Car ce sens est que les Grecs appellent iKrvjifpu-j un Grec qui croit la picsence réelle ctla transsubstantiation, ctqui pour le reste des dogmes est dans les sentiments de l'é-

glise grecque. Par conséquent il faut que les véritables Grecs ne croient pas la présence réelle ni la transsubstantiation, et c'est aussi ce qu'il se vanta d'avoir prouvé démonslralivement. Or, avant que do parler de celte prétendue démonstration , nous demandons à ceux qui l'ont cru si légèrement sur sa parole où ont été ces Grecs, tels qu'il les suppose depuis le concile de Florence? Car qui dit les Grecs, dit un corps nombreux , faisant une église connue et visible, dans laquelle est tout le clergé de Constantinoplc, d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem ; de laquelle ont été tirés les patriarches, les métropolitains, et les évoques qui ont gouverné les églises de la communion grecque depuis ce temps-là.

11 est cependant certain que depuis deux cent cinquante ans et plus, si on excepte Cyrille Lucar , il ne se trouvera pas un seul patriarche de Constantinople, qui n'ait professé publiquement tout le contraire de ce que ce malheureux apostat exposa dans sa Confession. C'est aux calvinistes à en nommer d'autres s'ils ies connaissent. Mais ce n'est pas avec des lettres furtives qu'ils doivent entreprendre de le prouver ; ce doit être avec des actes aussi authentiques que ceux qu'ils allaquenl. Qu'ils produisent donc un ou plusieurs actes de patriarches, approuvés synodalcment par les métropolitains, lesévêques et les officiers de la grande église, enregistrés dans le codex, et qu'on y voie la doctrine de la présence réelle et de la transsubstantiation condamnée ; celle des prolestants approuvée et reconnue comme orthodoxe, et comme la foi de l'église grecque ; nous n'aurons rien à répliquer. Mais de s'imaginer un parti dans cette même église, duquel jamais on n'avait ouï parler avant M. Claude, juge incompétent de ces matières s'il en fut jamais ; que ce parti durant plus de deux cents ans n'excite aucun trouble, qu'il soit inconnu à ceux qui sont en même société , en même église et dans la communion des mêmes sacrements ; quoique dès que quelqu'un du parti opposé, qui doit être certainement le plus nombreux, a ouvert la bouche pour soutenir ce qu'on suppose être la foi de toute l'église grecque, aussitôt tous l'aient condamné par les anathèmes les plus solennels ; c'est ce que persoime qui voudra ne pas croire aveuglément les faussetés les plus absurdes, ne croira jamais. Il ne peut y avoir eu de parti soutenu daiis une église aussi nombreuse, et qui ait subsisté durant plus de deux siècles, sans qu'on sache quels eu ont été les chefs, comment ils ont pu vivre en paix avec les autres, dans une diversité si prodigieuse de sentiments sur un des principaux mystères de la religion, et comment ces véritables Grecs, qui avaient l'autorité en main, ont souffert des prières et des cérémonies pour lacélébralion de l'Eucharistie, que les prétendus réformés ont abolies aussitôt qu'ils ont eu la liberté de le faire. Que Les disciples de M. Claude répondent à ces demandes, s'ils le peuvent. 11 n'a rien dit sur ce sujet, parce qu'il lui était impossible de ricQ dire; mais on ne peut le justifier devant Dieu ni de vait les hommes, d'avoir avancé sons aucune preuve

in UV. Vl[. ACTES DES ÉGLlSEr, D'ORIENT PUODUITS DANS LA PERPÉTUITÉ.

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el contre loutc vraisemblance des lails aussi iuiportaiits.dont la fausseté est évidente. Appel!cra-t-oii l'église grecque, trois ou quatre malheureux frappés d'anathème aussitôt que leurs erreurs ont été connues ; el un parti , tout le corps de l'église grecque qui s'y est toujours opposée? Enfui suivant ce système insoutenable, tous ceux que les Grecs regardent comme leurs plus grands théologiens, auxquels ils renvoient pour apprendre ce qui est enseigné comme orthodoxe parmi eux, seront des Grecs latinisés, quoiqu'ils aient écrit contre le concile de Florence, conire le p^M'C, contre la procession du S. -Esprit, telle qu'elle est reçue dans l'église latine; et cela parce qu'ils ont cru la présence réelle et la transsubstantiation. Ainsi Jcréniie, Gabriel de Philadelphie, MélècePiga, patriarche d'Alexandrie, Georges Coressius, Grégoire prolosyncelle, Mélèce Syrigus, les patriarches Cyrille de Berroée, Parlhénius-le-Vieux, et tous les autres (jni les ont suivis, seront de faux Grecs latinisés; même Ncclarius et Dosilhée , patriarches de Jérusalem , dont les écrits renferment tout ce qui a été dit de plus violent contre les Latins depuis le commencement des sciiisnies ; ce qui' ne les a pas empêchés néanmoins d'écrire encore plus fortement contre les luthériens et les calvinistes.

M. Claude , qui n'a jamais manqué à soutenir une fausseté par une auti c, qui prend l'air de preuve parmi les ignorants, parce qu'il ne se met pas en peine de la prouver, et qu'il la suppose comme une vérité connue, ajoute à sa première proposition que ces Grecs latinisés ont le cœur et les sentiments latins, bien qu'ils suivent le rit grec, et qu'ils vivent même parmi les autres dans une même communion ; ce qui renferme deux insignes absurdités. La première est qu'il croit qu'on r.e peut suivre le rite grec et être réuni à l'Église romaine. Cependant personne n'ignore que di'.ns la Grèce, cl partout ailleurs où il y a des Grecs qui ont renoncé au schisme, non seulement ils conservent tous leurs rites, mais de plus il est défendu par divers décrets du Léon X, de Clément Y'I et d'Urbain VllI , confirmés par d'autres , el pratiqués dans les diocèses où il y a des Grecs, comme en celui de Mont-Réal en Sicile , qu'aucun Grec n'aJministre les sacrements selon le ril !.ttin, et aucun prêtre lalin selon le rit grec. Pour ce qui regarde là commûriioii. dans laquelle il dit (lu'ils sont avec les Grecs schislîiîliqnes, c'est la chose du monde la plus fausse. Car dans tout l'Archipel, où il y a quelques églises de Grecs orthodoxes, ils n'ont aucune communion avec les schisma(i(jucs. Si quelques-uns sont catholiques dans le coHir , el qu'ils communiquent avec les schismatiques, ce sont des hypocrites dont l'Église a tonjours condamné la duplicité; el certainenicnt ceux dont a voulu parler M. Claude ne dissimulaient rien à cel égard , car ils ont presque tous écrit contre les Latins. Si ce sont des inconnus, comme il ne paraît pas qu'il ait su des affaires de la Grèce moderne ce que les autres ne savaient pas, et qu'il ignorait les feils les plus communs et les plus certains, il faut une

autre autorité que la sienne pour établir son église grecque invisible , au milieu de celle que nous connaissons, et qui l'a si solennellement confondu par la bouche de ses patriarches.

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