‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 149 sur 323 · CHAPITRE in · texte numérisé non relu

CHAPITRE in

Examen des preuves que M. Claude a employées peur établir son système de Grecs latinisés.

Ce qui suit n'est pas moins faux ni moins extraordinaire. Ce fut, dit-il, ce parti qui combattit si longtemps contre Mélèce, patriarche d'Alexandrie, el contre Cyrille son sticcesseur. Il n'y a personne à (|ui ces paroles ne persuadent que Mélèce eut les mêmes démêlés avec les Grecs, que Cyrille Lucar, son successeur; et qu'ainsi ce que Cyrille avait exposé dans sa Confession était la doctrine de Mélèce, son prédécesseur ; que celui-ci la soutint vigoureusement, mais que son successeur fut accablé par ce parti, et c'est as urément ce qu'a voulu faire croire M. Claude. Peut-être le croyait-il sur de mauvais mémoires qui lui avaient Clé fournis par des personnes qui n'en savaient pas plus que lui. 11 est cependant certain que Mélèce Piga n'a jamais eu le moindre démêlé sur la reli^^ion avec son clergé d'Alexandrie , ni avec celui de Constantinople, durant (]u'il fut administrateur du siège vacant. Comme de son temps on travailla à la réunion des églises grecques de Pologne et de Lithuanie, Mélèce s'y opposa très lortement, et il y envoyaCyrille liucar, qu'il avait élevé au sacerdoce et à la dignité de prolosyncelle, et qui s'y signala par son zèle outré contre les Latins. Il n'y eut donc rien de conclu; mais en même temps les protestants de la grande Pologne tentèrent de faire une union avec les Grecs de ce pays-là, à quoi ils réussirent encore moins. On a encore les lettres de Mélèce , qui marquent qu'il ne les croyait pas pins éloignés des Grecs par la grande distance des pays, que par la dilférence des dogmes ; et on n'aura pas de peine à reconnaître qu'il parlait sincèrement, puisque par ses Icltr. s imprimées depuis peu, il établit la transsubstantiation d'une m.auière conire laquelle toutes les subtilités de M. Claude, el même sa métousiosc, n'auraient servi de rien. Sur cela il est cité avec éloge par la Confession orthodoxe, par NeelaFJiUï cl Dositiiée, patriarches de Jérusalem, par Dc«"îs el Callini(}ue, patriarches de Constaïuinople, et par tous les Grecs modernes. La dépulalion, vraie ou fausse de Gabriel , patriarche jacobile d'Alexandrie, ayant donné lieu d'écrire en Pologne et en Lithuanie un si grand événement , on voulut s'en servir pour rendre les Grecs de ce pays-là plus Iraitables sur la réunion. Les Grecs crurent qu'on parlait de Mélèce, parce qu'on no disait pas quel était ce patriarche, et qu'ils ne connaissaient pas celui des Cophtes ou jacobites , ce que Mélèce réfuta comme une calomnia atroce. Voilà toutes les afliiires qu'il ji eues, qui ne regardent point ce parti imaginaire de M. Claude, et qui n'ont aucun rapport avec celles que Cyrille cul dans la suite. Quoiqu'il commençât dès le temps qu'il tint le siège d'Alexandrie à avoir commerce avec !,çs

PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE

calvinistes, par renlremise de David de Yillem, il n^. fut jamais néanmoins soupçonné d'avoir pris leurs opinions, parce qu'il gardait plus de mesures qu'il ne fit lorsqu'il fut parvenu au patriarcat de Conslanlinople. Il était précisément tel que M. Claude dépeint, d'après son imagination, ces Grecs qui ont le cœur et les sentiments latins, et qui vivent dans la communion des Grecs. Il y demeurait avec un cœur calviniste; et , ce qui était exécrable , il célébrait comme patriarche, des sacrements qu'il ne croyait pas, et il exerçait une autorité spirituelle, qu'il condamnait comme une tyrannie contraire à l'égalité de tous les ecclésiastiques.

Il est, après cela, facile de juger qu'il n'y eut jamais deux hommes qui se ressemblassent moins que Mélèce cl Cyrille. Le premier a été regardé et est loué comme très-orthodoxe ; il a été en vénération parmi les siens tant qu'il a vécu, et cette réputation subsiste encore. L'autre a été condamné plusieurs fois, et sa mémoire est en abomination, non seulement à cause de ses hérésies, mais aussi à cause de son hypocrisie criminelle, selon toutes les règles de la morale chrétienne, et de tous les maux qu'il a causés à son église, par son avarice et son ambition. Mélèce a eu de grands démêlés avec les Latins, pour empêcher la réunion qu'ils lâchaient de faire des églises grecques de Pologne et de Lilhuanie avec la latine, et il n'en a eu au- CBU avec les Grecs pour ce qui regarde la religion. Cyrille n'a pas eu de plus grands adversaires que son propre clergé, qui l'a condamné et le condamne encore tous les jours. Mélèce a enseigné clairement la transsubstantiation, ainsi qu'on le justifie par ses écrits, et que les Grecs l'ont témoigné en toute occasion; Cyrille l'a condamnée. Ils se ressemblent donc comme le jour et la nuit, ou la maladie et la sanlé, ainsi que dit Mélèce Syrigus dans la préface de la Réfutation des articles calvinistes de Cyrille. On peut juger par cet échantillon de la capacité et de la bonne foi de M. Claude.

Il représente l'éiévation de Cyrille de Hcrroée comme un triomphe de ce parti s^ur les véritables Grecs, qui fut même obtenu, si nous voulons le croire, par les intrigues de la cour de Rome. Ou a déjà traité cette matière, et on l'éclaireira encore plus amplement, lorsqu'on examinera en particulier l'histoire de Cyrille, et qu'on fera voir la fausselé des romans que les calvinistes ont faits sur leur prétendu martyr. Mais lorsque M. Claude assure qu'il ne doute pas que cette victoire ne fortifiât extrêmement le parti des Latins, et que plusieurs à celle occasion ne se déclarassent en faveur de leurs dogmes plus haulcmcnt et plus fortement qu'ils n'avaient fait, il donne une nouvelle preuve démonstrative de sa mauvaise foi. Car Georges Coressius, qui avait disputé avec le ministre Léger sur tous les points controversés avec les calvinistes, n'avait pas attendu cette victoire pour les combatlre, non plus que son disciple Grégoire protosyncelle, ])uisque l'un et l'autre les combattirent par leurs écrits du vivant de Cyrille. Ensuite M. Claude suppose par-

tout que les dogmes de l'Église latine se réduisent à la seule iranssubslantialioii, comme si les autres n'avaient aucun rapport à la foi. Or il ne faut que lire les actes des synodes de IGôS sous Cyrille de Bcrroée, et de 1642 sous Partliénius-le- Vieux, pour reconnaître que la procession du S.-Esjirit, telle que l'Église latine la croit, et les protestants pareillement, y est attaquée, ainsi que divers autres articles ; que les patriarches de Conslanlino|)le (pii y présidaient prirent le titre de patriarches écumétùques , ce qui n'était pas un fort bon moyen de faire la cour aux papes ; enfiii que toute la théologie est grecque, et n'a rien de commun avec la nôtre, sinon dans les points sur lesquels il n'y a jamais eu de dispute, comme est celui de la présence réelle et de la transsubstantiation. On ajoutera aussi que dans ces décrets et dans les ouvrages composés par les Grecs à peu près en même temps, il n'y a rien qui n'eût déjà été dit plus amplement par leurs anciens théologiens ; ce qui détruit entièrement celte liaison imaginaire que M. Claude établit sans preuves, entre la publication de ces décrets et l'expulsion de Cyrille.

Ce qu'il dit de Mélèce Syrigus surpasse tout ce qu'il avait dit auparavant. Ce fut, poursuit-il, environ dans ce temps-là qiCiin certain Grec de ce parti, nommé Mélélius Sîjrigiis, qui se trouve signé aux deux prétendues condamnations de Cyrille Lucar, composa un catéchisme sous le litre de Confession orthodoxe, oîi il enseigne la conversion des subslajices, etc. Il n'y a personne qui ne croit, en lisant ces paroles avec le respect que s'était acquis M. Claude, que ce Syrigus était une espèce d'aventui ier, qui, sans mission et sans autorité, avait composé quelque petit livre d'instruction ; car c'est ridée que donne ordinairement le nom de catéchisme. Or tout est faux dans celte période. Mélèce n'élait point un certain Grec, c'est-à-dire, un particulier obscur, puisqu'il était docteur de In grande église, et prédicateur de l'Evangile. Il n'élait point du parti des Grecs latinisés, puis<iue les plus grands ennemis des Latins, Nectaritis et Dosilhée lui donnent tous les éloges qu'on peut donner à un l:omme reconnu comme très-savant et très-orthodoxe. En réfutant Cyrille sur ce qu'il avait mis dans sa Confession, (p-.e le S.-Esprit procédait du Père par le Fils, il monlre assez qu'il n'élait pas du senliment de l'Église romaine , ainsi qu'en d'autres articles. Il aurait fallu que M. Claude eût dit sur quel fondement il appelait prétendues les condamnations contre Cyrille, puisqu'elles ont tous les caractères de vérité et d'authenticité, tant pour le fond que pour la forme; que de savants lulhériens les ont reçues comme telles, et que depuis peu d'années les Grecs les ont eux-mêmes imprimées en Moldavie. Ce catéchisme est la Confession orthodoxe do l'église d'Orient, dont il dressa le projet avec Porphyre, métropolitain de Nicée, et les députés dos églises du rit grec de Moscovie, de Valachic, de Moldavie et de Russie, qui ayant ensuite été approuvée par le patriarche de Constantinople et par les autres, est devenue la confession commune de toute Péglis-

m LIV. VII. ACTES DES ÉGLISES D'ORIENT PRODUITS DANS LA PERPÉTUITÉ. 4-2à

grecque. On Ta imprimée deux l'ois par ordre de Panaiotti. Elle a été réimprimée à Lcipsik , traduite en moscovite, envoyée au roi en forme aullienlique, et voilà ce que M. Claude donne comme un calécliisme fait par un particulier, éloigné des sentiments de la vraie église grecque.

Cependant l'autorité qu'il avait acquise parmi les siens était si grande, que non seulement il a fiiit croire ces faussetés aux hommes sans lettres, tels qu'ont été ceux qui ont donné le plus grand crédit à ses ouvrages, mais aussi à d'autres. Car M. Smith, qui était à Constantinople , a mieux aimé croire M. Claude que de s'informer de la vérité sur les lieux, et de demander à Denis et à trois autres patriarches déposés, qui y étaient de son temps; à Nectarius , qui avait mis une lettre en l'orme d'éloge historique à la télé de la Confession orthodoxe; à Dosithée et à tous les autres, si Syrigus passait parmi eux pour orthodoxe. Ils ne lui auraient pas dit autre chose que ce qu'ils en ont écrit dans des ouvrages publics , et qui est entièrement contraire à ce qu'a imaginé M. Claude. Donc, puisqu'il n'a aucun autre fondement de ce système de deux partis de Grecs, . les faux et les véritables , qu'excepté Cyrille Lucar, et deux ou trois autres, il ne peut pas nommer un de ceux-ci; et que deux ou trois excommuniés qu'on trouve seuls dans l'intervalle de plus d'un siècle, ne font pas l'église grecque ; que ceux qu'il appelle faux, dans son hypothèse, faisaient incontestablement le corps visible de cette église, et que les Grecs n'en connaissaient point d'autres ; comme ce sont les mêmes du témoignage desquels on s'est servi pour le confondre, tout ce qu'il a dit pour le ruiner devient inutile.

// se sert, dit-il, du terme de /tErouatuTts. Voilà encore une de ses grandes preuves. Oui Syrigus s'en sert comme avait fait Gennadins deux cents ans auparavant, Mélèce d'Alexandrie, Coressius , Gabriel de Philadelphie, et tous les autres qu'ont cités Nectarius cl Dosithée.

Si M. Arnauld a entendu par l'église grecque les gens de ce parti-là, je lut déclare que je n'ai pas disputé contre lui. Il a entendu ce que tout autre homme anrait entendu, c'cst-à-dirc, le corps ou la société visible des clirétiens du rit grec, soumis à des patriarches, des évêques et des prêtres, qui font le plus grand nombre; ou, pour mieux dire , la totalité de l'église grecque, puis(iu"on n'en connaît point d'autre, ceux qui sont séparés des Latins par le schisme renouvelé depuis le concile de Florence, qui condamnent d'hérésie la procession du S. -Esprit du Père et du Fils, l'addition au symbole, les azymes, et d'autres articles. Voilà ce que tout le monde appelle l'église grecque, excepté M. Claude. Mais pour le caractère qu'il nous en donne, et qui est qu'ils ne croient pas la présence réelle ni la transsubstantiation, ce que je crois, dit il, avoir prouvé démonslrativemenl, on a peine à s'imaginer qu'il l'ait cru lui-même. Quoi donc! appelle-t-on preuves démonstratives des chicanes pitoyables sur le» passages de quelques auteurs grecs, sur lesquelles

il a éié réfuté sans réplique, et qu'on détruit encore par un argument un peu plus démonstratif que les siens? C'est que jamais aucun Grec n'a entendu ces passages comme il veut qu'on les entende, et qu'ils les citent dans leurs écrits contre Cyrille et contre les calvinistes comme nous les citons, ainsi qu'ont fait Mélèce Syrigus et Dosithée dans son Enchiridion. Il n'aurait pas eu la hardiesse de se vanter de savoir mieux, la langue grecque que les Grecs. Pour leur théologie, il n'a pas douté qu'il ne la sût mieux qu'eux, quoiqu'il n'en ail jamais parlé sans prouver démonstra tivenieiit qu'il n'en savait pas les premiers élémenls. Mais il n'était pas question de leur apprendre leur théologie, aussi bien qu'à nous : il s'agissait de ce qu'ils croyaient, et non pas de ce qu'ils devaient croire. Or on ne peut prouver démonstrativemenl que les Grecs ne croient ni la présence réelle ni la transsubstantiation, quand ils affirment en public et en pariiciilier dans des livres, dans des actes solennels, dans des confessions de foi, qu'ils croient l'une et l'autre, et qu'on n'a aucune preuve du contraire, quand il n'y aurait que l'argument tiré de la discipline dont M. Claude n'a pas parlé. Car ce n'a pas été en parler que de dire en l'air que les Grecs n'adorent point l'Eucharistie; qu'ils ne la conservent point; qu'ils la traitent indécemment; et cela sur quelques témoignages de voyageurs, hommes sans lettres , et la plupart protestants. Ce n'est pas ainsi qu'on examine des questions aussi sérieuses ; et nous avons fait voir la fausseté de ce qu'il a dit sur celte matière.

Ainsi puisque la condamnation qu'il prononce contre tous les Grecs qui croient la transsubstantiation et la présence réelle est fondée, de son propre aveu, sur la démonstration qu'il croit avoir faite que les Grecs véritables ne la croient point; s'il n'a rien démontré de ce qu'il a prétendu , tout ce qu'il a dit contre les alleslalions tombe entièrement; car il n'y a jamais eu rien de moins démontré. Ce jugement que nous en faisons avec tous les catholiques est précisément celui qu'en ont fait les Grecs, lorsqu'ils ont été consultés , et même depuis , sans que lesLalins s'en mêlassent, par la juste indignation qu'ils ont conçue d'une impudence si outrée. Car on n'en peut trouver de pareille à celle d'un étranger qui , ne connaissant ni la langue, ni les livres, ni les personnes, ose sonienir à toute une nation qu'elle croit ce qu'elle a condamné plusieurs fois comme une hérésie entièrement contraire à la doctrine de ses Pères ; qu'elle condamne ce que ses plus fameux théologiens ont enseigné dans leurs écrits ; qu'elle regarde comme ses docteurs et comme des saints ceux qu'elle a frappés d'analhème ; comme novateurs et latinisés ceux qu'elle considère comme ses maîtres , et comme les véritables défen» seurs de la foi orthodoxe. Voilà cependant ce qu'a fait M. Claude, lui qui, niant en quelques autres ouvrages qu'on crût dans sa communion des dogmes étrange» qu'on reprochait aux calvinistes, quoiqu'ils se trouvassent en termes formels dans leur confession de foi, et dans leurs plus célèbres théologiens, a voulu néan-^

PERPÉTUIÉ DE LA TOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE. AU

abandonnée, s'ils sont demeurés dans lear commu-

moins que ces justes reproches cédasbcnt ;j sa seule anirmalion. On démontre dos faits pareils à ceux qu'il avait entrepris d'établir en apportant des preuves claires et décisives. Où sont celles (lu'il a produites? où sont les confessions de foi , les déclarations des patriarches et des évèques, revêtues de toutes les formes que les autres ont observées, comme Jérémic à l'égard de ses Réponses aux luthériens , Cyrille de Rcrroéc et Partliénius pour les actes contre Cyrille Lucar, Denis pour l'attestation qu'il donna à M. de rSointcl, Dosiiliée pour le synode de Jérusalem, cnlin Calliniciue pour la sentence synodale contre Jean Caryopliylle? Mais, disait-il , j'ai prouvé démonstrativemcnt qu'autrefois la créance des Grecs éiait fort éloignée de celle de l'Église romaine. S'ils ont changé, ils ne sont plus de véritables Grecs, ils sont latinisés. On a pu voir pur les écrits des Grecs mêmes, dont quelques-uns ont été imprimés depuis peu, qu'ils sont fort éloignes de croire que M. Claude leur ait prouvé cet article mieux (pie les autres. S'ils n'en conviennent point, les catholiques en conviennent encore moins; et il reste aux disciples de M. Claude à prouver que jamais les Grecs et les Orientaux aient entendu les passages des Pères autrement iiuc selon le sens de la présence réelle. S'il avait prouvé quelque chose démonstrativemcnt, comme il s'en est vanté, ce serait que les Grecs doivent entendre les Pères selon sou sens ; mais qu'ils les aient entendus en celte manière, c'est ce que ni lui ni personne n'a jamais prouvé.

Enfin quand il parle des conquêles des missions et des séminaires qu'il n envie vas, dit-il, aux calkoliques, il a fait voir qu'il était aussi mal informé de ce qui regardait les missions que de Tétai de l'église grecque. Elles n'ont pas empêché que les Grecs, les jacobites, les nestoriens ne soient demeurés en leurs anciennes erreurs, et que si on en a retiré quelques-uns, les autres qui formaient le corps de chaque communion, ne soient les mêmes qu'ils étaient avant les croisades. On traitera ailleurs cette matière , qui est bonne à être déclamée dans un prêche, mais qu'il faut éclaircir autrement que par des déclamations et par des figures de rhétorique , quand on parle sérieusement. Il semble à la manière dont les protestants en parlent , que dès qu'une troupe de missionnaires est entrée dans un pays, aussitôt on leur obéit aveuglément , et qu'ils cliangenl la religion comme il leur plail. Cependant personne n'ignore que ceux qui sont à Conslanlinople sous la conduite d'un vicaire patriarcal et de religieux de différents ordres , la plupart savants et d'une vie exemplaire, n'ont pas empêché, depuis plus de cent cinquante ans , que les patriarches et les autres du clergé grec n'entretinssent leurs peuples dans l'aversion contre les Latins, sans que la protection qu'ils en ont très-souvent reçue , particulièrement des rois de France , les grandes aumônes qu'ils y ont envoyées , et d'autres bienfaits aient rendu ces Grecs plus traitablés et plus disposés à la réunion. Quel-juGs particuliers ont reconnu de temps en temps la vérité ; mais ou ils ont ct^ pcrséculcj par le* autres, ou ils l'ont

mon.

Les Latins ont été longtemps répandus dans toute la Grèce : ils y avaient de grands établissements , même à Constantinople , et cela a duré pendant plus de trois cents ans. Trouva-t-on les Grecs moins attachés à leurs opinions, nonobstant ce long commerce avec les Latins , quand on s'assembla pour travailler à la réunion à Fcrrareet à Florence? Siméon de Thessaloniquc et les antres qui précédèrent le concile ne peuvent pas être regardés comme Grecs latinisés , puisqu'à toute occasion ils attaquent les Latins. On ne trouvera pas cependant un seul Grec depuis ce tempslà, qui se soit écarté de la doctrine des autres pour ce qui regarde les opinions qui nous divisent d'eux. Jéréniie, en réfutant la confession des luthériens et les écrits des théohigiens de Wittemberg, a soutenu en même temps non seulement la présence réelle et le cliangcment véritable; mais, selon leur noie marginale, il a enseigné positivement la iranssiibsiantialion. On sait bien que M. Claude n'en convient pas; mais outre qu'on lui a prouvé par des raisons sans réplique que cet auteur ne pouvait combattre l'opinion des luthériens, qui admettent la réalité, et qui rejettent le changement de substance, s'il n'avait cru quelque chose de plus, ce qui ne pouvait être que la transsuhslantiaiion, ce n'est pas faire tort à ce ministre que de dire ([u'il ne pouvait pas mieux savoir les senlimei'.ts du patriarche Jérémic qu'Élienne Gcrlach , qui avait vécu avec lui , et ceux qui durant quelques années avaient pu connaître, par un ci'inmcrce de Icltres et de conversation, coque lui cl son église croyaient touchant l'Eueliarisiic. Depuis ce temps-là MélècePiga, dans les lettres qui ont élé publiées depuis peu, et dans une aulre que cite Dosilhée, a établi si clairement la transsubstantiation, qu'il est impossible de donner à ses paroles uu autre sens que celui de l'Église catholique. Gabriel de Philadelphie, ordonné par Jérémic, et ami de Mélèce, Coressius, Mélèce Syrigus, el tout ce qui a suivi la condamnatioii de Cyrille Lucar, fournissent des témoignages bien certains, qui établissent contre M. Claude que les Grecs sont dans le même éloignement pour la doctrine de l'Église romaine, et que ce qu'ils croient, ils le regardent comme l'ayant appris par la tradition de leurs Pères, et non pas par la communication avec les Latins.

On traitera à part ce qui regarde la possibilité et l'impossibililé du changement que M. Claude a supposé dans la loi, suivant les fausses hypothèses d'Auberlin , el on fera voir qu'il n'y en a jamais eu de moins soutenables. Il n'est pas si facile de faire changer de religion à tout un peuple, même dans des points moins essentiels que celui de croire ou de ne point croire Jésus-Christ présent dans l'Eucharistie. Les Anglais épiscopaux se disent protestants , les Écossais pareillement : quelles disputes, quelles violences, quels déluges dj sang n'at-on pas vus dans les deux royaumes, lorsque Charles i" vouKit établir on Ecosse l'épiscopat et la Liturgie anglicane, que les

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jdosbyléjions oui enfin renverses ! il y a eu pendant pins do cimiuanle ans c!e>< PoiUigais en Elliiopie. favorisés par les princes ci par les principaux du jiays ; ils n'onl pu jamais ncaniTKiins les réduire à la coinniuiiion de PÉgli>e romaine. On remarque la niènie chose deschrciieiis du Malabar, où les Portugais nVut pu cnlièremcnl extirper li; nesiorianisme. Les Anglais , avec leur collège grec dOxIord , n'onl pas fail beaucoup de prosélytes protestants, el s'ils en ont fait quelques-uns, c'étaient des hypocrites qui ont renoncé, dès qu'ils ont été revenus en leur pays, à tout ce qu'on leur avait appris en Angleterre. Que les proleslants ne prétendent donc las faire valoir comme prouve une conjecture vaine, détruite par ce qu'il y a de plus certain dans l'histoire, et contredite parles témoignages les plus certains des Grecs, jusqu'à notre temps.

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