CHAPITRE n
Si l'ignorance qu'on suppose parmi les Grecs prouve que les témoignages qu'ils ont rendus de leur créance doivent cire suspects de fausseté.
L'n des arguments que les protestants ont le plus employé contre l'autorité des actes el des auteurs grecs modernes , dont les auteurs de la Perpétuité se sont servis dans le cours de celte dispute, est l'ignoraiice de toute la nation ; et on ne peut porter ce reproche plus loin, puisqu'il va jusqu'à ne leur pas laisser la capacité nécessaire pour rendre compte de leur créance. M. Claude s'en est servi avec d'autant plus de hardiesse , qu'il n'y a guère eu d'homme qui ait moins connu les Grecs, leur foi, leur discipline el leurs livres; qu'ayant hasardé ce qu'il en a dit sur les préjugés de sa communion , il le fallait soutenir par des lieux communs, parce qu'il manquait de preuves, et que ceux de l'ignorance, de la vénalité des témoignages et des fraudes pieuses, lui donnaient une ample matière de déclamer, et d'embrouiller la matière, ce qui était son grand talent.
Comme il s'agit des Grecs modernes , nous ne parlerons que de ceux qui ont précédé de quelque temps le concile de Florence, et de ceux qui ont été depuis. Ou n'ignore pas que les hommes véritablement savants ont toujours été rares dans les temps les plus lloi issants. Quelques siècles l'ont éié plus que d'aulrcs; mais il n'y en a eu aucun où la grande science, et celle qui distingue les hommes supérieurs aux autres, ail éié fort commune. Tous ceux donc qui parlent avec i;int de mépris de la Grèce moderne , font voir qu'ils ne la connaissent point ; puiscpie, même dans les derniers temps qui ont précédé la ruine de l'empire d'Orient, les Grecs ont excellé en toute sorle de science et de littéralnre, et que nous leur devons le rélablissemenl des lelires en Occident. Ce serait n'en avoir [as la moindie connaissance que d'ignorer ce qu'elles doive; l à Emmanuel Chrysoloras, et à quelques autres Grecs qu'on commença de connaitie au concile de Conslai.cc ; ensuite à ceux qui passèrent en llalie après la pri.'-,e de Conslaiiliu ;ule , Théodore
P. DE LA F. III
Gaza, Georges de Ti éhisonde, Argyropyle, Eascaris ci un grand nombre d'autres. Philelphe, Léonard Arétin. Po^gio, qui furent suivis par tous ceux qui chassércni la barbarie de l'Enrope, élaient les disciples des Grecs ; cl si leur principale occupalion semi>lait avoir pour objet les leltres humaines, la philosophie, I.i n:édecinc, les njathémati(|ues el les beaux arts, ih avaient en même temps des hommes très-versés dans la lecture des Pères, comme il a paru au concile dt; Florence.
C'est à ce temps-là que nous commencerons noue examen, puisque, jusqu'à présent, il ne s'est guèr.; trouvé de défenseur du système de ces Grecs latinisés invisibles, répandus dans tonte-la Grèce, qui les place au-dessus de cet âge-là. En effet, lorsque Jean Paléologue passa en Italie, les Grecs qui l'accompagnéreni étaient tous d'accord , el l'iiistoricn Syropule , tout passionné qu'ilailété, ne fail aucune mention de cette classe de latinisés , qui alors était inconnue. On ne dira pas que Marc d'Éi)lièsc fût un ignorant , puisqu'il paraît assez par les actes du concile de Florence qu'il était grand dialecticien , qu'il parlait et écrivait irèsélo(|uemmcnt, cl qu'il avait plus de connaissance de l'aniiquilc ecclésiastique que plusieurs de nos ihéologiens qui disputèrent contre lui. Gennadius, qu'on appelait alors Georges Scholarius, écrivit en ce lemps-là des lettres si élégantes et si atliques, qu'on les peut mettre en parallèle avec les plus belles de l'anticpiité ; el on en trouve plusieurs dans les manuscritsqui ontéié jointes à celles des anciensGrecs, qui ont été regardés comme les maîtres dans le style épisiolaire. Après le concile, le décret d'union fut attaqué par plusieurs Grecs dont nous avons encore les ouvrages, écrits avec une pureté et nn;> délicatesse de style comparables à celle des meilleurs auteurs. Telle est la réfutation de ce même décret par le chartophylax Michel Balsamon, qui avait été de l'assemblée. Gennadius , ayant pris la place de Marc d'Éphèse pour défendre l'église grecque contre les Latins, éerivit un grand nombre de traités, non seulement sur les points contestés entre les deux églises , !»a!s sur les plus difficiles questions de théologie. On y recotinaîl une lecture fort étendue, non seulement des Pères grecs et d'aulrcs anciens aulems, mais aussi des i'èrcs hilins, el même des scolastiqncs; une grande subtilité, un style correct, et digne de l'ancienne Grèce; et quoiqu'en cela il surpasse les antres écrivains de son pays, il y en cul néanmoins eu ce temps-là même, dans les ouvrages desquels on trouve autanl de doctrine que d'éloquence. Aussi on doit avouer de bonne foi que la vérité seule soutint l'Église romaine dans ces disputes; car si on compare ce qu'il y avait alors de plir^i habiles hommes du côté des Latins , on trouve des scolastiques fort peu versés d.tns l'anliquité, qui n'avaient aucune coiuiaissance de l'ancienne discipline ; un style sec el barbare , rien d'agréable, rien de travaillé ni qui puisse satisfaire des théologiens éclairés. Enfin ces Grecs si ignorants, selon M. Claude, surent oarlailcment se garantir de la surprise que \(;Ulaieiil i'QuatorzcJ
rEUPÉTUlTÉ DE LA FOI TOUCHANT LEUCIIARISTIE.
iî7
leur faire les Bolicmicns , lorsqu'ils écrivirent à l'église de Coiislanlinoplc, le sicgo vacatil, pourdcmandcr qu'ils Insscul reçus dans sa communion, croyant, comme s'imaginent encore plusieurs proleslanls , iiu'on ne pouvait renoncer à l'obéissance du pape sans èjre en tout de leurs sentiments. -^
On ne trouve rien dans cet intervalle, depuis la prise (le Constanlinople jusqu'au temps du patriarche Jérémie, qui marque le moindre cliangemenl dans la créance et dans la discipline des Grecs. Ils les conservèrent comme ils les avaient reçues de leurs Pères : les missionaires latins qui étaient dans le Levant disputèrent souvent avec eux, cl l'Église ne lira pas un grand avantage de ces disputes. Il y eut dans ce tempslà même plusieurs théologiens Grecs qui écrivirent contre les Latins sur les azymes, sur la primauté du pape, sur la procession du S.-Esprit; et il est trèsremarquable que les Anglais firent imprimer au commencement du siècle dernier les ouvrages de huit de ces auteurs , parmi lesquels il y en avait qui vivaient encore, comme Georges Coressius , et que dans les préfaces ils sont loués comme d'habiles théologiens. 11 faut donc supposer que, selon les protestants , ces Grecs écrivant contre le pape et contre la procession du S.-Esprit du Père et du Fils (quoique cet article soit également reçu par les catholiques et par les prolestants) sont de vrais Grecs, savants, bons théologiens ; cl que dès qu'ils établissenl la présence réelle, ce sont d'autres hommes.
Nous trouvons aussi que Jcrémie , quelque amitié qu'il eût contractée avec les luthériens de Wittemberg, lorsqu'il fut obligé de leur répondre sur la confession d'Augsbourg et sur les éclaircissements dont ils l'avaient accompagnée, ne balança pas, mais qu'il les réfuta très-solidement. 11 se peut trouver dans ses réponses quelques endroits qui auraient pu être traités avec pins d'exactitude ; cependant il faudrait avoir perdu l'esprit pour dire que ce patriarciie ne savait pas sa religion. Au moins les Grecs de son temps et ceux qui ont écrit dans la suite, dont le jugement est décisif en cette matière , n'ont jamais cité qu'avec éloge ces mêmes écrits ; et les derniers écrivains qui ont paru de nos jours établissent sur son autorité la doctrine qu'ils ont soutenue contre les protestants.
Mélèce Piga a été loué avec excès par Georges Douza, par Scaligcr, et par d'autres, dans la sujjposilion qu'ils faisaient avec raison qu'il n'y avait de son temps aucun évêque considérable dans l'église grecque qui se fût déclaré plus hautement contre les Latins. Nous attendons que les disciples de M. Claude retrancheront toutes ces louanges, quand iis auront MI de quelle manière il a soutenu le dogme de la transsubstantiation. Gabriel de Philadelphie n'a pas été méprisé comme un ignorant quand il a écrit contre les Latins; pourquoi le sera-t-il lorsqu'il assure, conformément à tous les autres théologiens, la pré- Ecnce réelle et la transsubstantiation.
Ou ne trouve pas , jusqu'au temps auquel parut la Confcssi(.n de Cyrille Lucar , que les protestants re-
prochassent aux Grecs cette prodigieuse ignorance qu'ils leur ont reprochée depuis. Au contraire , dès que cet apostat eut commencé .\ entrer en quelquô liaison avec eux, ils le comblèrent de louanges ; quoiqu'il y ail eu peu de Grecs de ces temps- là qui les méritassent moins que lui. On le louait sur la connaissance qu'il avait de plusieurs langues; et ses letties latines , pleines de barbarismes et de solécismes, font voir qu'il savait très-médiocrement le latin; son italien est encore plus barbare , et tel que le parlent les matelots et la populace,daiis les Échelles du Levant. Le slyle de ses lettres est pitoyable, puisqu'il n'y a ni liaison ni suite ; on y trouve des preuves d'une ignorance fort grossière. Pour ce qui regarde sa capacité sur la théologie , il paraît qu'elle était bien médiocre ; puisqu'il s'était laissé surprendre par des arguments frivoles que Jérémie, Coressius et d'autres, avaient pleinement réfutés , comme ont fait depuis Nectarius et Do>ilhcc. 11 ne paraît pas qu'il ait fait aucun ouvrage considcra'.de , cl on ne trouve rien de lui que les llomclios citées dans le synode de Jérusalem , pour faire voir qu'il avait publiquement prêché le contraire do ce qu'il avait exposé dans sa Confession. Si cet honnne a passé pour habile parmi les calvinistes , ce n'a été que par «on malheureux ouvrage de ténèbres, mauvaise copie de la Confession de Genève : et si c'est là le seul caractère de la capacité des Grecs, ils sont en ce sens-là fort ignorants, puisqu'ils ignorent toutes ces nouveautés, qu'ils les condamnent , et les rejettent avec horreur.
Ils ne l'ont pas fait d'abord néanmoins , sans en avoir jugé très-sainement , connue il paraît par les synodes de 1658 et de 1642, et encore plus par l'ouvrage de Mélèce Syrigus contre cette même Confession. Il est rempli deraisonnements très-solides, d'un grand nondjre de citations de lÉcrilure sainte, et de passages des SS. Pères grecs et latins ; on voit même qu'il avait lu les livres latins ; et lorsriuc cet ouvrage sera un peu plus connu , on reconnaîtra facilement que jamais homme n'a moins mérité le reproche d'igHorance , surtout de la bouche de M. Claude. Les Grecs ne parlent pas avec moins d'éloges de Coressius et de ceux qui dressèrent la Confession orthodoxe. Nectarius , patriarche de Jérusalem , n'a pas paru si ignorant à M. Allix , puisqu'il a traduit son traité contre la primauté du pape. Dosithée l'était encore moins , comme il paraît par le synode de Jérusalem , et par les additions qu'il y a faites, où l'on rcmar.i«e une lecture prodigieuse!. Sa réfutation des erreurs de Jean Caryophylle , imprimée quatre ans après , est un ouvrage dans lequel on remarque tous les grands principes de la théologie des sacrements , une con naissance exacte des erreurs des calvinistes , et toute l'érudition nécessaire. Nous ne parlerons pas de plusieurs autres moins célèbres, mais très-connus et estimés parmi leur nation ; mais il sufiira de citer celui qui , ayant été conduit avec de jeunes enfants au collège grec d"0.\ford , s'en relira par l'horreur qu'il eut de ce qu'il entendait dire à son maître Ben-
L!V. VU. ACTES DES EGLISES D'ORIENT PUODUITS DANS LA PEliPÉTUlTÉ.
ja iMii VVoodroff; cl nvaiil que de reloiiriier on son pays , il fil imprimer à Amsterdum un petit Inuté on firec lilléral , pour la (lélonse des traditions. Cens qui l'ont lu reeonnaîuoiit (ju'un homme de vingl-cinq ,'ins qui a fait un pareil ouvrage n'est pas ignorant, pnis- ([ue même il est écrit assez élégamment , et d'un style plus tliéologique que ne sont les réponses des théologiens de "Witlemberg, quoique mises en grec par Crusius , et revues par les plus habiles professeurs de ce temps-là, où néanmoins on trouve quanlilé de barbarismes, et des expressions tirées des dictionnaires , plutôt que des auteurs ecclésiastiques.
Mais quand les Grecs ne seraient pas aussi savants qu'ils ont été autrefois , il ne faut pas tant de science pour pouvoir rendre compte de sa religion , et la défL'ndre contre les novateurs. Dès les premiers siècles de l'Église, les chrétiens les plus simples et sans lettres irejetérent ce que les gnostiques et tant d'autres héjrétiques , pleins de la philosophie païenne , leur proposaient comme plus relevé et plus parfait que ce qui lélait enseigné dans l'Église. 1! en a été de même dos Grecs : ils entendirent parler de la sépratlon que firent les Bohémiens , et que les calvinistes veulent [;iire valoir comme un premier fondomi-nt de leur réforme , quoique leurs senlimcnis fussent fort éloignés de ceux dos luthériens et des calvinistes ; les lettres qui furent écrites sur ce sujet , ne tirèrent les Grecs que des conipliments , et ils regardèrent es Bohémiens comme des hérétiques. Toutes les conérences de Gerlach avec le patriarche Jérémie , et tvee les |)rincipaux de l'église grecque, ensuite les (îçrits qui furent envoyés à Constantinople pour donler les plus belles couleurs à la confession d'Augs- )0urg , produisirent la condamnation qu'en fit ce pariarche , qui même, jugeant qu'il était de l'intérêt de a religion que ses réponses demeurassent à la postéité , afin que dans la suile on y pût avoir recours , !t qu'il n'y eût pas lieu de noircir sa mémoire , les fit inregistrer dans les archives de la grande église, ilélèce Piga eut assez de commerce avec les Hollandais !l les Anglais ; il ne laissa pas de combattre fortement curs sentiments sur l'Eucharistie , ainsi qu'on le re- ;onnaît par ses lettres. Lorsque Cyrille commença à iogmatiser en secret , il révolta la plus grande partie le son clergé ; et s'il se soutint après les violents soupons qu'il y avait contre lui à cause de sa grande iaison avec les calvinistes , ce ne fui que par une hylocrisie pleine d'effronterie , et par des parjures exérables , qui ne permettaient pas qu'on pût soupçonler de calvinisme un homme qu'on voyait officier dans église avec des cérémonies que la réforme a rejelées :omme des superstitions pleines d'idolâtrie. Toute la îrèce s'éleva après sa mort contre sa Confession , ans que depuis 1658 jusqu'à présent , personne ait entrepris de la justifier, ou de soutenir la doctrine |u'il y avait exposée.
Les savants ont travaillé à le confondre par des aisons théologiques , par les Pères et par la tradiion ; mais le commun de la nation ne témoigna pas
moins d'horreur dos hérésies de cet apostat, parce que chacun savait qu'elles élaionl contraires à ce qu'on avait enseigné de tout temps dans 1 Église. Il ne faut pas d'autre science que colle-là pour rejetei toutes les subtilités des sacramenlaires.
Si en Allemagne, en France, en Angleterre, dans les Pays-Bas, cl partout ailleurs où les protestants conmiencèrent à s'élever contre l'Église, ils avaient trouvé les peuples aussi bien instruits de leur religion, et des évoques aussi capables de réfuter leurs erreurs, peut-être que leurs progrès n'auraient pas été si grands qu'ils le furent en si peu de temps ; car il est très-important de remarquer que depuis plus de cent ans, si on excepte Cyrille Lucar, Corydale, Caryophylle, et trois ou quatre autres, il ne se trouvera pas qu'ils aient fait un seul proséljte de quelque considération dans le Levant , et on ne doit pas faire état de ceux qui, courant le pays, leur ont quelquefois donne des attestations, ou fausses ou ambiguës. On sait que toutes celles qu'ils ont pu tirer ne vo;it qu'à deux ou trois, dont celle qui a fait plus de bruit, et qui a été imprimée à llehnstadt, est attribuée à Métrophane Critopule, fait ensuite patriarche d'AK'xandrie. Cela ne l'empêcha pas néaimioins de souscrire avec un grand nonibre d'évêqiics la condanmntion de Cyrille, faite à Constantinople sous Cyrille de Bcrroée. Celle de Zacharie Gergan, évoqua de Larta, et celles que peuverit avoir donné d'au très imposteurs, n'ont jamais été connues par les Grecs, ou elles ont été frappées d'anathème. Caryophylle et ses écrits furent condamnés en plein synode par Calliniriuc, patriarche de Constantinople. Quoi fond peut-on faire sur de pareils témoignages, quand ils seraient en plus grand nombre, puisqu'aucun n'a été avoué publiquement par ceux qui les ont donnés ; qu'au contraire ils ont été condamnés, ou désavoués, ou rétractés par des actes publics et positifs qui les détruisaient?
Cependant rien n'empêchait les Grecs de déclarer publiquement à Conslantii;Ojile et dans toute la Grèce, qu'ils embrassaient la religion des luthériens ou des calvinistes ; ils n'avaient rien à craindre à cette occasion de la part des Turcs, qui ne protègent pas plus les catholiques que les autres. Il est vrai qu'à l'égard des patriarches, des évêques ol d'autres personnes constituées en dignité, il y avait quol(|ue risque d'être déposés. Ces autres Grecs que M. Chuido traite d'iguoranîs, ne furent pas trompés par les disputes du ministre Léger, puisque Coressius le réfuta fortement; mais ils le furent par l'hypocrisie de Cyrill;;.
On dira peut-être que quand les calvinistes accusent les Grecs d'ignorance, ils ne disent rien que les plus zélés défenseurs de l'Église romaine n'aient dit plu sieurs fois, particulièrement Matthieu Caryophyllc, Arcudiiis, Allaiius et prosipie tous ceux qui ont écrit à Rome depuis un siècle. A l'égard des deux premiers, leur zèle les a souvent pousses trop loin ; car ils ont parlé avec mépris de jilusicurs ouvrages trcs-estin\?l)los, q-L'oique !e? auteurs mcritassenî do justes rc-
lïl
PEUrETUITÈ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCFIÂRISTIE. 45!
les que Valable n'ait presque rien écrit, soit parce qn'i
prodies à cause Je leur cniporlcmcnl contre Latins. Allatius, qui avait plus de lecture qu'aucun aulrc, n*esl par exempt de ce défaut; et Arcudius est si injuste dans ses censures, et si peu sûr dans sa critique, que son autorité ne doit être comptée pour vien. Allatius parle avec estime de quelques pièces faussement attribuées h Gcnnadius, parce qu'elles marquaient des dispositions favorables pour l'union. Il est néanmoins très aisé de reconnaître que, quand elles seraient de lui en l'état où nous les avons, ce qui serait très-difficile à prouver, elles ne sont pas comparables, ni pour le style, ni pour la force , ni pour rérudilion, à celles (pi'il a écrites contre les Latins. Ainsi les louanges ou les invectives ne servent en aucune manière en pareilles circonstances , surtout puisque, par rapport à la dispute des auteurs de la PerpéluUé avec le ministre Claude, il n'est pas nécessaire que ceux qui ont donné des attestations aient été savants, mais qu'il suffit qu'ils aient su leur religion, et il est clair qu'ils l'ont fort bien sue.
C'est aussi ce qu'on a toujours cru suffisant en telles matières; et il paraît assez extraordinaire que les protestants, principalement les calvinistes, croient tirer quelque avantage de ce reproclie d'ignorance qu'ils font aux Grecs , comme ils le faisaient autrefois aux tbéologiens dans le commenceuicnt de la réforme. Il est vrai que la barbarie régnait alors , surtout dans les écoles de pbilosopliic et de tbéologie ; mais si on voulait croire leurs auteurs, il scmbbrait qu'on aurait eu obligation aux premiers réformateurs du rétablissement des belles-lettres, de la connaissance de l'Écriture sainte et des langues grecque et hébraïque qui la rendent iilus facile; dc^ principales hésitions des ouvrages des SS. Pères, enfin de loiit ce qui peut avoir contribué à l'augmentation de la science ecclésiastique. On sait néanmoins que la langue grecque commença à être cultivée en Italie longtemps avant le scliisme deLuther; qu'avant lui Budé avait porté la connaissance de celte langue aussi loin que personne ait jamais fait ; que Santés Pagnimus, dominicain de Lucques, Augustin Giusliniani, évéque de Nébio, et quelques autres, avaient fait des travaux très-utiles et très-considérables sur les textes originaux de l'Écriture , et que Reucblin, qui fut comme le restaurateur de la langue hébraïque, marcha sur leurs traces. Ces savants hommes avaient ouvert le chemin aux autres, et n'étaient pas pour cela sortis de l'Église catholique, non plus qu'Érasme, Béalus Rhénanus et plusieurs autres , qui ont des premiers éclairci l'antiquité ecclésiastique, et doimé les premières éditions des SS. Pères. De ces monastères, contre lesquels on déclamait tant dans la première fureur de la réformation, sortirent ceux qui ont été les maîtres de tous les prolestants dans la langue hébraïque. Ceux qui en ont une connaissance moins superficielle que n'ont la plupart de leurs ministres n'ignorent pas que dans ce temps-là même, il y avait parmi les catholiques des hommes qui ne le cédainul en rien aux plus habiles protestants. Ouoi-
clait naturellement un peu paresseux, soit qu'il craignît de s'attirer des affaires durant les troubles pour la religion, ses notes courtes sur l'Écriture sainte tirées des leçons qu'il faisait au collège royal, soni encore plus estimées que les ennuyeux commeniairei de Munsler, et de tant d'autres protestants. Ce n'es pas qu'ils n'aient eu de grands hommes en ce genre mais il ne faut pns qu'ils prétendent nous faire ac croire que les catholiques n'en aient pas eu de ton temps qui ne leur ont cédé en rien dans celte parti de la science ecclésiastique, non plus qu'en tout les autres. 11 ne faut donc pas que les prolestanl insultent aux Grecs sur l'igimrance : on est assez sa vanl quand on sait conserver le dépôt de la foi comme ils l'ont conservé sur la doctrine de l'Eu ch.irislie.
Les Grecs ne se sont pas établis juges de la doclrin de l'Église, mais ils ont respecté sa tradition et se décisions. Ils ont connu le texte hébreu de la saint Écriture, et il ne faut que lire les commentaires d S. Jean Chrysostôine sur les Psaumes, pour conmiîir qu'il lavait consulté très-exactement, comme ont la plusieurs autres interprètes. Ils avaient les travau d'Origène el des versions beaucoup plus ancienne que lous les commentateurs el grammairiens juili que les protestants onl mieux aimé suivre. On ne voi pas que sur les paroles de Jésus-Christ, qui font I fondement de notre créance sur l'Eucharislie, il aient eu tant d'interprélalions différeules , et encor moins qu'Usaient cru qu'on pouvait entrelenir aucun communion avec ceux qui s'éloignaient du sens reç par toute l'Église.
Il est vrai qu'ils n'ont pas été si subtils qu'Auberli el ses semblables, pour trouver dans les Pères d« sens aussi éloignés de la signification ordinaire de mots, que cet habile critique y a trouvés. Ils n'oi pas changé de sentiments à chaque occasion, el on r trouvera pas dans toute la Grèce deux confessions i foi aussi différentes que sont celles qu'on a ramassé( dans le livre intitulé Harmonia confessionum , si comme disait Grotius, on peut appeler harmonie concorde plusieurs confessions fort différentes unes des autres, reliées en un même volume. f Enfin on ne pcul mieux répondre à ces reprocl» de M. Claude qu'a fait Nectarius, patriarche de Jéii salem, dans son écrit adressé aux religieux du Mon Sina, où il remarque très-judicieusement que ce m nuire se contredisait , puisqu'en certains endroits soutenait que les Grecs avaient les mêmes senlimcn que les calvinistes, et qu'en d'autres il les accusait ( ne savoir pas leur propre religion. Quand il iwus sulle, dil-)l (int. Opusc. gr., p. 179), comme à d ignorants dépourvus de toute science, nous pouvo nous contenter de lui dire comme S. Paul, que si no sommes grossiers pour la parole, nous ne le somm pas pour la science. Car , grâces à Dieu qui nous <tonnêe, notre Église, même présentement, en a reçu as\ d'en haut par les lumières que le Sainl-Espril y a r
4-3 LIV. VII. ACTES DES ÉGLISES D'ORIENT Î'I;0DU1TS DANS LA PERPÉTUITÉ.
. v'iiidiies, pour poiwoir discerner entre le mensGuqn (■■< In vérilé ; e.l autant qu'il en faut pour reconnaître ta fausse doctrine des liérctiqnes , pour en avoir horreur comme d'une abomination , pour conserver ce que la foi orthodoxe nous enseigne, et pour confondre ceux qui ont des sentiments contraires, par la force intérieure du Suint- Esprit. Oïl peut voir le rcslc dans la picce môme qui a ëlé imprimée, el dont il y a mie copie amheiiliqiie ccilitlée par les religieux du Monl-Siua , et légalisée par le consul du Caire et par M, de Noinlel.