LIV. VII. ACTES DES ÉGLISES DOIUENT PKODUHS DANS LA PERPÉTUITÉ
Ce qui a été rapporte de l'apologie pour les catlio • itiliics , comprend en peu de paroles ce qu'on peut dire de meilleur sur ce sujet, et doit laire laire des réflexions très-sérieuses à ceux qui clierclicnl la vérité. Car chacun conviendra qu'une accusation en l'air n'est pas une preuve , encore moins la calomnie la plus outrée dont jamais on puisse noircir des cliréliens qui, nonobstant leurs erreurs et le schisme, ont soutenu, et soutiennent encore une persécution pres(|ue continuelle , pour maintenir la religion de leurs pères. Des chrétiens qui se pourraient délivrer de celle dure servitude en embrassant le malioniétisme , et parmi lcs<iuels néanmoins le nombre des apostats n'est pas fori grand, n'ont pas assurément une religion vénale. Les calvinistes devraient se souvenir qu'un de leurs arguments pour assurer la gloire du martyre à leur Cyrille Lucar a été qu'on ne pouvait nier au moins qu'en se faisant mahométan il aurait pu éviliT la mort. Pourquoi donc cette fermeté qu'ont les Grecs c! les autres chrétiens orientaux ( et nous en avons des cxem|)les tout récents dans nn archevêque arménien) ne les niellra-t-elle pas à couvert d'uno calomnie aussi grossière des calvinistes?
Car enfin quelles preuves en ont ils donné depuis plus de trente ans? Le rapport de Wheeler, une histoire que conte M. Curnet dans son Voyage d'Italie, M. Smith, M Woodroff, M. Bayle. M. de ïa Devèzc, historien de la vie de M. Claude, ne sont pas des lémoins qu'on puisse alléguer contre des actes publics. Cependant, quand ils auraient assez d'aulorité pour bfdanccr celle de pareils actes, il n'y en a aucun qui marque en pariicnlier ce qui en doive rendra quelqu'un suspect. Ils n'oul rien à dire contre ceux qui les ont dressés ou signés ; cl toute leur calomnie roule sur une fausse supposition , qui est que les véritables Grecs ne croient rien de semblable à ce que contiennent les aileslalions. Maison esl en droit de leur demander s'ils croient la chose si bien prouvée qu'elle ne soit pas encore sujette à contestation. Ou ne croit pas qu'ils osent le dire. Cela étant ainsi supposé, il se trouve que non seulement ils calomnient tonte l'église grecque, n)ais qu'ils le font par un ji;gerncnl le plus téméraire qui fût jamais ; puisqu'on ne peut dire qu'ils soient certains qu'elle ail une auUe créance que celle qui esl exprimée dans les actes, jus(iu'à ce que les patriarches, les métropolitains et les évê(|ues déclarent jtar des acles aussi solennels qu'ont été ceu.v (ju'on suppose avoir été extorqués par argent, que ces premiers élaicnt contraires à la vérité; en un mol qu'ils lassent à cet égard quel(|ue chose de semblable à ce qu'ils ont fail sur la Confession de Cyrille. Mais il est 1)011 de mellrc enliéremcnt celte calomnie dans son jour.
Il est inutile d'altaquer les pièces couunc ayant été extoniuées par argent , à moins ipie d'avoir mis hors de doute qu'elles contiennent une doctrine inconnue aux Grecs. Nos théologiciis ont prouvé démonsiralivemenl le contraire par toutes les preuves qui peuvent rendre un fait certain parmi les Jiommcs. Si les cal-
viniilcs prétendent avoir éludé par leurs subtilités la force des lémoiguages doul ils ont été accablés; si, par exemple, ils croient que M. Claude ail démonlré qu'il y a une grande diiïércnce entre métousiose et transsubstanlhiiioH , et que , parce qu'il passe sous si lencc les passages qu'il ne peut explicpier, il a répondu à tout, les Grecs sont dans des sentiments tout opposés , cl ils marquent si clairement qu'ils entendent parce mol ce que les catholiques enseignent, qu'on ne peut pas en douter. Leur a t on donné de l'argent pour cela? En a ton donné a Nectarius, à Dosilhée, à Callinitiue, et aux hospodars de Moldavie et de Valachie? Car, indépendamment de toutes les sollicitations des ambassadeurs de France et des missionnaires, ils ont fail imprimer les synodes contre Cyrille, celui de Jérusalem , cl d'autres pièces qui sont encore plus forles que les atlestalions. Elles ne contiennent donc rien que de conforme à la créance de l'église grecque; et par conséquent il ne fldlail corron)|)re personne pour l'engager à parler connue elle a toujours fail.
Outre l'absurdité et l'iniquité de celte calomnie générale contre tout une nation , ceux qui l'ont avancée n'ont pas pris garde qu'elle ne pouvait subsister sans un gran<l nombre de suppos.ilions, dont il n'y a pas la moindre preuve, et même qui sont enlièremenl détruites par des faits incontestables.
Il faut supposer que parmi plus de cinq cents Grecs, la plupart constitues en dignité el les plus considérables de leur église, qui ont eu p.irl à une action aussi criminelle (ju'esl de rendre en présence de Dieu et de tonte la terre un faux témoignage sur la religion, il n'y en a pas un seul qui ail eu le moindre remords de conscience sur un crime qui en d<mne aux plus grands scélérats, el qui est accompagné d'mie infamie perpétuelle devant les hommes. Cir il ne se trouvera pas que les patriarches se soient rétractés de ce qu'ils ont écrit dans les expositions de la foi de leur église , ni les métropolitains, ni qui que ce soil. Quelle raison peut - on imaginer de celle p(Tàévérance à reconnaître comme véritable ce qu'ils avaient solennellement déclaré, sinon que chacun savait que celte déclaration s'élaii faite selon la vérité, cl dans la forme la plus auihenti(jue?
Quand on fait une fourberie, on ne cherciic pas tant • de témoins, et on évite les formalités qui peuvent servir à la faire connaîire. Cependant pour soutenir la calonmie des calvinistes, il faut supposer que le pnlriarclic Denis, que Nectarius, (juc Dosilhée, pouvant conlenler ceux qui les engageaient à rendre faux témoignage, en leur donnant ([uchpie écrit informe, conune était la Confession de Cyrille, alfectèreiil de revêtir leurs actes de toutes les circonstances les plus propres à découvrir la fraude, s'il y en avait. Denis assembla son synode, où se trouvèrent trois pniriarches, ses prédécesseurs, et un grand nonibre do méiro|iolilains. 11 fil insérer la réponse qui fut dressée dans l'assemblée , cl signée par ceux q4ii s'y Irouvèrcnt, dans les archives de la grande église; laissant
ainsi non seulement à tous ceux qiii n'avaient pas été présents, mais à la postérilé , de quoi le traiter, s'il avait exposé faux, comme avait été traité Cyrille Lucar. Il ne paraît pas néanmoins qu'il ait jamais appréhendé qu'il lui arrivât rien de pareil : et en effet, depuis près de quarante ans on ne l'a jamais accusé d'avoir faussement exposé la foi de son église ; au lieu «lue Cyrille, quoiqu'il eût tout fait en secret, qu'il eût évité toutes les formalités observées par ses prédécesseurs en pareilles matières, qu'il niât tout, ne se sauva, tant qu'il vécut, que par ses violences et par ses parjures.
C'est aussi une supposition qui n'est pas moins absurde que celle qu'il faut encore faire , qui est que Denis et les autres patriarches, métropolitains, évoques et prêtres grecs qui ont donné des attestation de leur foi, contre leur conscience et contre la vérité, n'aient pas trouvé la moindre contradiction. Dira-t-on que les Grecs sont fort indifférents sur la religion? i'ourquoi donc firent-ils un si grand éclat contre Cyrille, et que sa mémoire est parmi eux en horreur et en malédiction ? Pourquoi depuis le temps du patriarche Denis, ont-ils toujours eu le même zèle pour s'opposer au calvinisme? Pourquoi ne sont-ils pas demeurés dans le silence, lorsque Jean Caryophylle répandit quebiucs écrits qui établissaient la doctrine des calvinistes touchant les sacrements, et attaquaient la transsubstantiation? Enfin pourquoi n'ont-ils pas cessé, drpuis qu'ils ont su ce que M. Claude avait dit fausset. icnt contre eux , de publier eux-mêmes les l>rincipales pièces qu'ils avaient données à M. de Noinlel? Il paraît par une déduction assez exacte de loiis les points d'histoire ecclésiastique qui regardent l'Eucharistie, que Dositliée a faite dans son Encliiridion, qu'en tous les siècles les Grecs se sont élevés contre ceux qui ont été accusés, ou même soupçonnés de la moindre nouveauté sur cet article : et on supposera que le patriarche Denis ait fait signer tout le contraire de ce que l'église grecque enseigne , sans que trois de ses prédécesseurs, et quarante-sept métropolitains y aient fait la moindre opposition?
Lorsqu'il est arrivé des contestations dans les églises, par la naissance de quoique nouvelle hérésie, in vériîé n'a jamais élé si généralement abandonnée qu'elle n'ait eu quelques défenseurs. Ici il faut encore supposer que si la vérité a été attaquée et trahie indignement par les Grecs qin ont donné des actes p ublics de leur créimce depuis 1G72, ce que prétend M. Claude, il n'y a pas eu un seul Grec qui l'ait dél ondue; de quoi il ne se trouvera aucun exemple dans r histoire ancienne ni moderne. De plus, on voit (| ne personne n'a réclamé contre une fausse déclaration , à laquelle tous les Grecs avaient intérêt; par conséquent il n'y a pas eu ic moindre soupçon de prévarication dans tout ce qui s'c,-t fait sur ce sujet.
On jugera mieux de l'absurdité de cette supposition, eu comparant ce qui se passa daiis l'affaire de Cyrille Luc;ir , et ce qui s'est passé à l'occasion des attestalions , du synode de Jérusalem, et de tous les autres
TOUCILVNT L'EUCHARISTIE. UO
actes. Les calvinistes supposent très- faussement , comme on l'a fait voir, que ce malheureux donna une exposition véritable de la créance de l'église d"Oi ieni. 11 faut néanmoins que cela soit ainsi , afin que celle "^qui a été donnée par les autres Grecs soit fausse, comme prétend M. Claude; car comme elles sont contradictoires, l'une et l'autre ne peuvent être véritables. Cela étant, il faut ajouter à toutes les précédentes suppositions celle-ci, qui n'est pas moins absurde, que Cyrille exposant la foi commune de l'église grecque, ne l'osa faire en public, ni avec les formalités ordinaires ; qu'il ne trouva pas un seul évêquc qui voulût signer sa Confession ; qu'il ne put la faire enregistrer dans les archives de la grande église ; qu'il la donna d'abord en latin, puis en grec au bout de quelques années, mais écrite de sa main, et sans être contre-signée du moindre officier patriarcal ; que quand il en parut quelques copies, il nia avec des serments exécr.ibles qu'elle fût de lui ; que pour couvrir ses parjures, il célébra la messe, les ordinations, et fil toutes les autres fonctions épiscopales , qui ne peuvent en aucune manière s'accorder avec la doctrine de celle Confession ; qu'ainsi il ôta à ceux qui auraient voulu l'accuser toutes les preuves dont ils auraient pu se servir pour le convaincre ; que cependant dès qu'il en parut des copies , quoique très-suspectes , puisque c'était de l'impression de Genève, tous les Grecs s'élevèrent contre lui, et lui dirent anathème.
Comme on accusait Cyrille de Berroée, son successeur, d'agir avec plus de passion que de zèle ; que les serments de Cyrille et sa conduite extérieure avaient imposé à plusieurs Grecs, il s'en trouvait qui ne pouvaient se persuader qu'il eût donné la Confession qui paraissait sous son nom ; mais il ne s'en trouva aucun qui entreprît de justifier qu'elle contenait la créance de l'église grecque : au contraire, tous la condamnèrent , même ceux qui épargnèrent sa personne. Voilà donc, si on reçoit le système de M. Claude, un patriarche qui expose véritablement la créance des Grecs, contre lequel ils s'élèvent tous , sans que personne se hasarde à le défendre, ce qui était néanmoins très-a:sé, et sa:is aiicun péril, s'il eût exposé la foi de son église : il est condamné, tous approuvent la condamnation , et, depuis soixante-dix ans, les choses demeurent au même état , sans que personne s'y oppose, et sans que personne s'aperçoive qu'il n'a rien avancé que de conforme à la doctrine reçue de temps imniéuiorial dans tout l'Orient. Qu'on examine toute l'antiquité ecclésiastique, il ne se trouvera jani:iis un tel exemple, ni qu'un évêque ou un palriarehe soi! analliémaîisé par toutes les églises, pour avoir mis par écrit la foi qui y était connue comme orthodoxe; ni que dans un si long espace de temps persoiuio n'ait connu la vérité, ou n'ait voulu lui rendre témoignage. Il faut néanmoins supposer toutes ces absurdités, pour prouver que les actes qui condamnent Cyrille el .a loctrine sont autant de fausses expositions de la cré:Mice commune des Grecs: car c'est ce que doivent r.iiMitrcr les calvinistes, cl c'est aussi à quoi tcndciu
4 if LIY. Vil. ACTES DES ÉGLISES O'OUIENT PRODUITS DANS LA PERPETUITE.
liiirs calomiiios sur la vcnalilc de ces léiiioigiuigos. M.iis s'ils coiUiciinent une exposition vcrilablc de la créance de l'église grecque, et reconnue telle par lous les Grecs, quand on aurait donné de l'argent pour les olileiiir, ils n'en sont pas moins vrais; de même que' soit que Cyrille ait reçu de l'argent ou non pour donner sa Confe.-sioii , elle n'en était pas moins fausse. M;iis puisqu'il paraît assez que les calvinistes n'ont presque plus d'autre argument que celte prélendiie vcnuliié do témoignages pour les attaquer, dès qu'on a prouvé d'une manière incontestable qu'il ne se trouve rien dans ces actes qui ne soit reconnu vrai par tous les Grecs, cette calomnie tombe d'elle-même. Voyons ensuite si on en peut dire autant que ce qui a éié remarqué sur la Confession de Cyrille.
On informe les Grecs par des mémoires très-simples de ce que M. Claude avait écrit sur leur sujet, et oii les prie de déclarer par écrit s'ils croyaient la présence réelle , la transsubstantiation , cl les autres points contestés entre les catholiques et les calvinistes, lis donnent sur cela plusieurs actes, qui sont dressés synodalemcnt et enregistrés dans les archives des églises de Constantinople cl de Jérusalem , par les(|nels il paraît clairement qu'ils croient sur ce sujet loul ce qu'enseigne l'Église romaine. Tous les patriarciies approuvent ces actes; on les envoie au roi en forme authentique; on en imprime ici les traductions et les originaux de quelques-uns ; personne ne réclame parn)i les Grecs; tous au contraire reconnaissent qu'ils conliennent la foi de leur église. Pour le conliiiiier davantage, ils envoient un exemplaire légalisé (le !a Confession orthodoxe, qui avait éîé dressée cl .'ipprouvée trente ans auparavant. Dix ans après ils inqirimenl des livres en Moldavie , dans lesquels ils insèrent les principaux de ces actes. Voilà, selon M. CLiude , la fausseté qui triomphe de la vérité contenue dans la Confession de Cyrille ; et cependant lous ap|)rouvcnt celte fausseté, tous y reconnaissent la créance de leur église; et au lieu de s'élever contre ceux qui lui attribuaient des dogmes qu'elle ne connaît point , ce que ce grand critique croit avoir démontré, un ou deux particuliers qui voulurent les allaquer sont condamnés synodalemcnt en 1691 , et depuis ce lenips-là quelques-uns n'en sont pas demeurés à rendre témoignage à la vérité , lorsqu'ils en oiil été requis ; ils ont eux-mêmes attaqué les calvinistes par des ouvrages exprès II n'y a donc rien de plus insoutenable que toutes les suppositions qu'il faut faire pour aiUiquer la sincérité des attestations ; puisque les Grecs par leur approbation les niettciit à couvert de lont soupçon de fausseté , cl par conséquent de vénalité ; car on n'a que faire de corrompre des témoins q«i disent la vérité.