CHAPITRE IX
Remarques et éclaircissements sur les attestations et sur
les autres pièces qui ont été produites dans la dispute
suv la perpétuité de la foi.
On doit rendre celle justice aux auteurs de la Perpétuité, que dans le premier volume de leurs réponses, ils donnèrent plus d'éclaircissements sur celle question, ([ue personne n'en avait encore donné ; outre qu'ils les soutinrent par des raisonnements si solides, qu'on s'en est depuis très-heureusement servi , pour faire des recherches qui ont mis la vérité dans tout son jour. Comme ils reconnurent qu'on manquait d'iiiforinaiions certaines sur la créance et sur la discipline conservées en ces lemps-ci, parmi les chrétiens séparés de notre communion , ils crurent qu'un moyen très-simple et très-naturel était de s'en informer sur les lieux. Ce fut ainsi qu'on obtint les premières pièces, entre autres l'écrit du seigneur moldave, conire lequel les calvinistes ne peuvent rien dire.
Car on ne peut ignorer que les Moldaves et les Valaches sont soumis au patriarche de Constanliiio» pie , et ()u'ils ne proîèssent la religion grecque. Le vayvode Basile fit tenir le synode de Jassi où fut ooiidamnée la Confession de Cyrille Lucar, et où le premier projet de la Confession orthodoxe fut dressé par Mélèce Syrigiis. Depuis très- longtemps, mais particulièrement depuis 1682, les vayvades de Moldavie et
m LIV. vil. ACTES DES ÉGL:SES D'ORIENT l'KODLliS DANS LA PERPtlVlTÉ.
de Valacliicoiil liiil imprimer y leurs dépens plusieurs livres qui conlieiinenl la même doctrine que celle qui se trouve dans 1 écrit du seigneur moldave. Il ne peut donc être soupçonné en aucune manière.
La lettre de feu M. Olcarius à M. l'abbé de Poiitciiàleau (1) est une pièce incontestable, sur laquelle les calvinistes ni les critiques n'ont eu rien à dire, mais ([iii aurait dû ouvrir les yeux aux plus aveugles. M. Claude avait eu la hardiesse de traiicr M. Oléariiis comme un voyageur ignorant, dont le témoignage ne pouvait pas être comparé à ses prétendues démonstrations; et cela parce qu'il croyait qu'il n'était plus en vie pour le confondre, et vraisemblablement il n'avait pas lu le Voyage de ce savant homme ; car tout autre y aurait reconnu une profonde capacité, une exactitude parfaite, et un air de vérité et de sincérité, qui seul ôte tout soupçon aux lecteurs que l'auteur se trompe ou qu'il veuille tromper. Parce que ce lé.noignage incommodait M. Claude , il le rejeta avec mépris ; et sur l'avis qu'en eut M. Oléarius, il écrivit celte lettre. Un autre que ce ministre aurait avoué (le bonne foi qu'il s'était trompé, et il aurait fait répar.itiun à celui qu'il avait offensé. .Mais ce n'était pas là son caractère, puisqu'il ne s'est jamais rétracté sur lien. Celte lettre sert donc à l'aire voir le peu de sûreté qu'il y avait à le croiie, puisqu'aprcs s'être trompé fei grossièrement sur la foi des Moscovites , il continua depuis toujours à soutenir ce qu'il avait dit, même après avoir été confondu et démenti par u:i témoin oculaire , qui n'avait rien écrit que de conforme aux relations des meilleurs auteurs, et selon la notoriété publi(iue. On en doit aussi tirer une conséquence très-certaine pour ce qui regarde la créance des Grecs , puisqu'on sait assez que les Moscovites et eux font une même église; que le patriarche de Constantinople a la même autorité en Moscovie que le pape dans l'Église latine, et qu'ainsi celui qui connaît la foi des uns. connaît celle des autres.
Ce témoignage de M. Oléarius n'a été contredit par personne depuis plus de quarante ans, et nous ne Voyons pas qu'il ait été attaqué par la moindre critiqii(\ qui n'aurait pu être que très-absurde. Car outre les preuves que nous avons d'ailleurs que les Moscovites croient la présence réelle et la (ranssubstanlialion, qui sont confirmées par l'acte donné par fou M. de Gondrin, archevêque de Sens, touchant l'cnlrelien qu'il eut avec les Moscovites qui étaient alors à F'aris, on a su depuis que la Confession orthodoxe avait été traduite en langue moscovite, et ceux (pii croient ce qu'elle contient sont assurément dans la créance commune de l'Église touchant la présence réelle et la transsubstantiation.
Il n'y a rien de particulier à dire louchant l'écrii de Paisius, métropolitain de Gaza, ni touchant les réponses des Arméniens. On en a vu ici un assez grand nombre , et ce même évêque , qui a fait imprimer la Bible en arménien, en IloUandi», av.iit passé à Paris,
(l) Voy. i„m. I Pfrp., liv. 12.
iCS
où plusieurs personnrs avaient appris de sa bouc !!« ce qu'il a donné par écrit dans ses réponses.
Les autres pièces qui parurent dans le premier volume d.; la Perpétuité sont une attestation des Arméniens d'Alep, et une des Syriens de Damas. Celui qui les procura fut feu M. l'abbé Jannon, obédicncicr d« Saint Just de Lyon, homme de naissance, d'une venu et d'une probité tellement connues, qu'on ne pouvait pas le soupçonner d'être capable de prendre part à la moindre supercherie. Il était retiré à Paris, où il est mort ; et se souvenant d'avoir ouï dire plusieurs fois à M. Picquel, son ami particulier, qui avait Aé consul de France à Alep, que les Orientaux n'avaient pas d'autre créance que la nôtre sur l'Eucharistie, il l'exhorta à écrire dans le pays, cl à faire venir quelques .actes qui pussent servir à éclaircir la vérité. M. Picquel était fort aimé en ces pays-là, ayant exercé le consulat à la satisfaction de tout le monde ; il avait beaucoup de piété, et, par cette raison, il embrassa l'étal ecclésiastique pour s'employer aux missions, dans lesquelles il est mort en réputation de sainteté, après avoir été fait évêque de Césaiopolis. C'est par la médiation d'un homme de cette réputation que vinrent ces premières pièces, qui furent suivies de diverses autres , toutes dans la forn)e la plus aullienlique, et légalisées par les consuls, dont lj.la pUipact, ont b.issé une mémoire très -honorable dt-. leur bonne conduite. On ne croit pas faire tort anx Anglais que M. Claude a cités, dont aucun néanmoins ne lui a fourni que des mémoires informes, et des lettres particulières, quand on dira que leurs témoignages ne peuvent pas être préférés à celui de nos ambassadeurs, de nos consuls et de nos évêques missionnaires. Us ont cet avantage par-dessus les autres, que jamais les acjes qu'ils ont envoyés n'ont été contestés par les chrétiens du pays; qu'ils sont conformes à la créance et à la discipline que nous connaissons d'ailleurs; que les relations les plus estimées les confirment, au lieu que les pièces que les protestants ont produites depuis celte dispute, et même avant qu'elle fût commencée, sont détruites par les connaissances certaines que nous avons du contraire de ce qu'elles contiennent, par le récit et les re}ations de plusieurs personnes dignes de loi , par d'aulrès actes incontestables, cl par les livres, enfin par ceux du pajs. Pour ce qui regarde l'église grecque, on n'avait produit dans le premier tome de la Perpétuité aucun acte nouveau de l'église de Constanlinople, mais seulement ceux que nous venons de marquer. Les auteurs s'étaient contentés de citer les deux synodes tenus en 1658 et en 1C42, contre la Confession ûc Cyrille Lucar , qui avaient été imprimés; et quoiqn;; leur autorité dût être regardée comme décisive, les calvinistes , suivant leur coutume, avaient fait diverses objections ridicules , dont M. Claude avait formé ses démonstrations pour prouver que les Grecs le connaissaient ni la transsubstantiation, ni l'adoratinii de l'Eucharistie. Il fallait bien néanmoins que ceux qui compiscienl ces deux a^femblées rru-'.eiil rnae
PERI ÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE. 108
et l'antre, puisqu'ils ilcc!;n-aieiil synodalemcnl que U'ilo éiail la dociriiic de leur cgiiso, et qu'ils coiiliamiuiiciil avec analhème ceux quieiiseigiiaicnlle conliiiire. Ils étaient donc de faux Grecs cl laliiiisés, selon M. Claude, cl c'est aussi ce qu'il a soutenu avec une i)rcsompiion d'une espèce toute nouvelle ; or on peut contester un raiso:iuenient,.ct en défendre la fausseté par des sophismes qui endjrouillent la matière , t>l, dans Tobscurilé, on peut faire valoir les plus mauvaises raisons, mais, avant M. Claude, il clail inouï qu'on voulût établir des faits contestés par des raisons encore plus contestables.
C'est cependant ce qu'il avait lait : Cyrille de Berroée et Parllicnius étaient donc, selon lui , de faux Grecs, par conséquent tout ce qu'ils avaient fait contre Cyrille Lucar était sans autorité et subreplice. 11 ne s'endjarrassait pas d'assurer en même temps que les métropolitains , les évêqucs et les officiers de la grande égli-e étaient aussi de faux Grecs ; ce qui n'élait pas moins nécessaire à prouver, que ce qu'd disait de ces doux patriarches; car quand un palriarche aurait des opinions particulières , et même qu'il serait licrélirpie, tout son clergé ne le devient pas pour cela, témoin Cyrille Lucar qui ne trouva pas un seul défenseur dans ces deux synodes. L'histoire fournit assez d'exemples, qui font connaître qu'en Femblables occasions l'erreur n'a jamais prévalu, lorsqu'elle n'ciail soutenue que par les patriarches, et même qu'ils ont toujours succombé lorsqu'ils ont entrepris de la soutenir, ce que Dosit!;éc a remarqué dans son Enchiridion.
L'attestation produite dans le troisième lome prouve donc d'une manière incontestable que tout ce qui avait été décidé contre Cyrille el sa Confession dans les «liMiN synndftSj éiait cnliprcniCTlt conforme à la créance «le l'cgiise grecque, et satisfait à plus que ce que M. Claude n'avait demandé. Ce n'est pas ime pièce informe, et sous seing privé comme celle de Cyrille, c'ist nu acte signé par le patriarche Denis qui tenait le siéj^e de Conslanliuoplc, par trois qui l'avaient précédé dans la même dignité, cl lrei;tc-sc|it métropolitains ou évèques ; il est écrit cl cijntre-signé par le grand rhéteur, el inséré dans les archives de la i;raude église; il est écrit en une grande fouille collée sur une étoffe de soie rongi\ avec le irccau palriartal h l:;cs de soie, où est le nom du patriarche.
Dès que Cyrille eut donné sa Confession, et qu'on en eut (luehjue connaissance confuse par les exemplaires qui lurent [lortésdansle Levant, les Grecs commencèrent à murmmer, et ils n'en scmicnt pas demeurés-là, s'il ne l'avait {diisieurs fois désavouée avec serment. L'atteslaiiou de Denis a été publiée d'abord en français, ensuite en grec et en latin eu 1G77. Il ne a'fst cependant trouvé, depuis un si long espace de temps, aucun Grec qui l'.iit attaquée, parce qu'il était aisé (l'y rcconnaî;re la véritable eréince d;j l'église grecque, de même qu'on reconnut d'idjonl la fausseté l'e celle de Cyrille. M. Claude n'a rien dit sur cette pièce; mais ses di^riplcs l'ont enveloppé.' d;ui5 la
censure générale qu'ils ont faite de toutes, sans aucun autre fondement, sinon qu'elle détruit toutes les nouveautés et les faussetés de Cyrille.
On ne croit pas que personne \euille faire passer pour des raisons, toutes les fausses histoires que l'autour des Monuments authentiques iwép-.'.ndwcs dans son ouvrage, dont il n'y en a pas une qui ne soit «le son invention. Denis el tous les autres qui ont eu part à cet acte, selon lui, étaient des apostats, des ex-palriarches . faux patriarches, pensionnaires de France, des parjures, des gens exécrables, aussi bien que Cyrille de Berroée, Parlhénius-le-Yieux et tous les autres. Il n'a pas donné la moindre preuve de toutes ces calomnies el injures grossières; on l'a assez réfuté sur ce qui méritait quelque éclaircissement, el il n'y a pas d'apparence que les calvinistes prétendent que sur ces matières, nous déférions à l'autorité d'uu homme qui n'a pas la moindre con: aissanee du christianisme du Levant. Quand donc ils feraient trente volumes comme celui-là, les catholiques ne peidraienl pas leur leinpg à y faire des réponses : elles sont toutes faites, puis- •jue des injures et des fables, des falsifications, de fausses interprétations, des ignorances affreuses, ne donnent pas la moindre atteinte à ces pièces, ni à ce qui en a été dit dans la Perpcluité.
Après cette aliestation solennelle du patriarche Denis, on en a produit plusieurs autres des églises d>; l'Archipel, sur lesquelles il n'y a pas la moindre objection à faire, de sorte qu'il est inutile de les examiner en détail. Il n'y a qu'à demander à ceux qui voudraient les attaquer, s'ils ont des mémoires digues de foi, par lesquels ils puissent montrer que les évèques, les papas, les religieux et d'autres qui les ont signées, n'étaient pas tels que l'ont cerlilié les consuls et autres personnes publiques qui les ont légulisées, el on sait bien qu'ils n'en ont poinL Suf quel fondement peuvenl-ils donc en contester la vérité et l'autorité, puisque la qualité des personnes est certifiée par les ministres publics, et que tout ce que conliennent les acles qui ont été donnés, s'accorde entièrement à ce qui est cru dans toute l'église grecque?
On a eu soin de faire venir pareillement une attestation des religieux du Monl-xVihos, qui sont dans une grande vénération dans toute la Grèce; il n'y avait guère de corps de qui 0:1 dût plutôt en rechercher, puisqu'ils sont dans une extrême considération. Quelqu'un dira-t-il, comme ce grand conîroversiste des Monuments, qu'on n'y doit avoir aucun égard, parce que ce sont des gens inconnus, et que racle -ne marque pat de quelle communauté ils sont? Ils ont dit qu'ils étaient de la sainte montagne, et c'en était assez, parce qu'il n'y a pas d'ordres différents de religieux en Grèce comme parmi nous ; et ceux qui ont légalisé l'attestation, connaissaient les particuliers qui l'ont signée.
On en a obleim une particulière sur la personne d'Agapius, dont le livre intitulé :Le salut des pécheurs, ciié dans le premier volume de ta Perpétuité, avait éic rejeté avec mépris par M Claudi*, comme l'on-
4Gi) LIV. VU. ACTES DES ÉGLISES D'ORIENT
vnge d'un Grec laliiiisc. Kieii n'clait plus selon les nglcs, que de savoir sur les lieux- nicnics, si ce religieux avait été véritabicmcnl du Monl-Alhos, ou si c'était un fantôme; que pouvait-on souhaiter de plus pour réciaircissement de la vérilc? M. Claude, (|ui n'avait jamais oui parler d'Agapius, sinon dans la Perj7.'i»j/t?, élait-il endroit d'en juger sans le connaître, comme il a fait, cl croira- t-on que sonaulorilé prévale à un pareil témoignage? 11 n'aurait pas été difficile d^en avoir un semblable d'Ecosse, dans le temps giie la dispute commença, pour le confondre sur Gnillaiinie Forbès, qu'il traite de papiste dissimule; les épiscopaux de ce pays-là auraient répondu, ce qu'on sait assez par les liisloires, qu'il était bon proies la i il.
M. Claude n'ayant pas répondu au dernier volume qui comprend la plus grande partie dos pièces, et s'élanl contenté de sa prétendue démonstration générale, a laissé à ses disciples et à ses admirateurs à en tirer les conséquences. C'est aussi ce qu'a lait M. Smith à roccasion de Syrigus. S'il eût élé reconnu pour un véritable Grec, tel qu'il était et qu'il a toujours été reconnu dans son église, qu'on l'oûi laissé en possession du rang qu'elle lui a donné, et lui donne encore tous les jours, d'un de ses plus illustres et dos plus orthodoxes théologieibs, le système de M. Claude était renversé, puisque la Iraussubstantialion est clairement enseignée par cet auteur. C'est donc sur ce seid fondement de rinfaillibililé de M. Claude, même dans des faits qui lui étaient absobuncnl inconnus, que M. Smith, qui pour avoir élé à Constaatinople n'en était pas mieux instruit, l'a traiié de petit Grec, obscur, partial, un petit insolent de moine. On voit pai plusieurs leitres et extraits, que Syrigus était au conirairc dans l;i plus hanio réputation cjiie [."i avoir aucun particulier dans son église, ce qui a fait enfin avouer à M. Allix, que c'était par ordre du synode de Constanlinople qu'il avait réfuté Cyrille Lucar. Et pendant que M. Smiih prouvait comme témoin oculîiire qu'on ne connaissait point Syrigus à Constanlinople et qu'il était latinisé, les Grecs faisaient imprimer ses ouvrages en Moldavie, ce qui termine la question.
On a aussi produit des passages de la Confession orthodoxe. Qtioique celte pièce fût faite il y avait déjà plusieurs années, elle ne fut néanmoins imprimée quVn iG44 pour la première fois. On n'en pouvait citer aucune qui eût une autorité plus certaine; M. Claude demandait des confessions de foi ; celle-là est revêtue de tant de circonstances de vérité et d'authenticité, qu'on n'en peut imaginer davantage. Elle suffit aussi pour détruire tout ce que les calvinistes ont dit sur les Grecs, et quoi<|u'on ne pût douter qu'elle ne fût vraie, la voyant imprimée, et en ayant, de plus, une copie authentique, les témoignages de Nectarius, de Dosithée, et de tous les Grecs qui ont écrit de ce temps là, réfutent toutes les objections frivoles que les calvinistes ont faites pour la rendre .su«pç<ic.
rnODUlTS DANS LA PKRVETVITÉ. 470
Le synode de Jérusalem tenu en 1672 est une des pins considérables pièces que l'église grecque ait produite depuis longtemps. Les décrets et tout le corps du discours furent dressés par Dosithée, patriarche de Jérusalem, qui a reconnu après plusieurs années cet ouvrage, et l'a fait imprimer en Moldavie avec de grandes additions. On en a parlé suffisamment, et on a réfuté d'une manière bien sensible toutes les faussetés de l'auteur des Monuments sur le sujet de celte pièce, contre laquelle il n'est plus possible de s'inscrire en faux, après que Dosithée l'a non seulement avouée, mais qu'il l'a mise par l'impression entre les mains de toute la Grèce.
On a tiré aussi de grands éclaircissements des lettres de Mélèce, patriarche d'Alexandrie, dont Paîsius envoya des copies ; de celle de Nectarius au même Paîsius ; d'un second écrit pour les religieux du Monl- Sina, touchant les calomnies de M. Claude contre les Grecs ; de diverses lettres de Panaiotti et de quelques autres, dont la moindre vaut mieux que lotit ce que M. Claude et les siens ont cité dans plusieurs volumes. Ces lettres s'accordent parfaitement avec la doctrine de Gennadius, de Siméon de Thessalonique et des théologiens qui ont vécu peu avanl, ou dans le temps du concile de Florence ; avec celle de Jérémie contenue dans ses réponses aux luthériens; enfin avec celle que les synodes de 1638 et de 1C42 ont établie comme seule orthodoxe; et tous los livres des Grecs qui ont paru depuis, et qui paraissent encore tous les jours la confirment clairement. C'est ce que les calvinistes ne peuvent dire de ces lettres particulières de M. Basire, de Benjamin Woodroff, de Jean lldcJiston, ni môme des éaitsdcM. Smith. Car il est a soz clair qu'on ne peut les concilier avec tous ces décrets solennels, dont l'autorité est incontestablement reçue parmi les Grecs, ni avec leurs plus fameux théologiens, puisqu'il a fallu que les calvinistes attaquassent les pièces comme suspectes, et les auteurs comme latinisés ; ou qu'ils convinssent que tout ce que ces prétendus témoins oculaires ont affirmé avec tant de hardiesse, est un tissu de faussetés, comme l'ont avoué plusieurs protestants habiles, et même dvi simples voyageurs engagés dans leur religion, mais (lui ne pouvaient se résoudre à se rendre ridicules, ont rendu sur cela témoignage à la vérité.
Il faut donc convenir que depuis les disputes avec les calvinistes sur rEucharistie.tout ce qu'il y a eu de théologiens n'ont pas produit la dixième partie de livres, de pièces, et de témoignages aullvenliques do ce qui a élé employé par les auteurs de la Perpétuité; et dire qu'AlIatius et Raynaldus avaient donné des actes qui suffisaient pour mettre le consentement des deux églises dans une entière évidence, et qu'on n'a fait que les traduire, c'est abuser de la crédulité de ceux qui n'ont pas ouvert ces livres. Allatiusa mémo tellement brouillé tout ce qui a rapport au concile do Florence, et a si peu examiné ce (ju'il a écrit sur Pin voc.itioii du Saint-Esprit et sur la Liturgie do S l:»a-
r'EIU'ÉlUITÉ DE LA F(H TOUCHANT LEUCIlARISTIt
«jiics, (lu'oii n'en i)eul faire aucun iisag ■(!). Les iiKimoiles qu'il a insérés dans son grand ouvrage, lonclianl diverses particularités de la vie de Cyrille Lucar, de Cyrille de Berroée et de Parlliénins, ont fourni des objections dont les calvinistes ont tiré avantage. Les décrets des synodes de Constantinople et de Jassi élaienl déjà connus. Son zèle contre les Grecs scliisinaliques le porte à traiter avec mépris Mélcee, pairiarche d'Alexandrie, Syiigus Coressins et tous ceux •juiî la Grèce considcro conunc ses maîtres. Si RayiiaUlus a donné quelques pièces, comme il en a dorme un grat)d nombre, elles ne servent que de preuves indirectes pour tout ce qui regarde les dogmes reçus p^ésenlemeiil dans l'église oiiciitalc, et elles ne regardent pas les derniers icmp-;.
Ceux qui se sont étonnés qu'on n'avait pas d'abord cité en grec Gabriel de Philadelphie, portent la critique bien loin ; car outre qu'il sufiisail de le citer sur la foi d'anlrui, et que la citation s'est trouvée juste, il y a de la puérilité à vouloir que des théologiens connaissent généralement tous les livres, surtout ceux des Grecs, qui sont très-rares, quoiqu'imprimés. Le livre de Nectarius coutie le pape, à la fin duquel la traubsubstantialion est si clairement expliquée, était imprimé dès 1082; celui de Siméon de Tliessalonique un an ajjrès, et divers autres qu'à peine nous connaissons encore; l'auteur de la crili(|ue, lorsqu'il écrivit contre M. Smith, les connaissait-il? Aurait-il conmi ceux qu'il a cités en divers ouvrages, si les personnes qui les avaient eus d. s auteurs de lu Perpétuité ne les lui avaient comnnmiqués? 11 n'a pas connu VEncliiridion dc Dosithée, ni son traité contre Jean Caryopbylle, quoi(iue imprimés avant les écrits dans Ics- •piels il a fait ces reproches aux autres. Ces livres sont très-peu connus, et on ne Ks a presque (|ue par hasard, surtout ceux qui sont imprimés en Moldavie et en Valachie. De pareils reproches peuvent être laits à des curieux et à des bibliothécaires, et non pas à des théologiens.
Il y a encore moins de raison do se plaindre sur ce qui regarde les pièces écrites en langues orientales. Ils ne se pitiuaienl pas de les savoir ; et quand ils les auraient sues, il ne se trouvait pas de caractères pour imprimer les passages, ou les attestations en leur propre langue. Ce que l'auteur de ce reproche a inséré dans ses notes sur Gabriel de Philadelphie est bon et curieux ; cependant c'est en partie ce qui a été cité en français dans la Perpétuité. On y a mis un extrait de la Liturgie coplite, suivant la traduction qui en était publiée dès h commenccn>enldu dernier siècle; il a donné la version arabe de l'invocation en caractères hébreux. Om se moquerait de ceux qui lui feraient une chicane de ce qu'il no l'a pas donnée en égyptien, parce que, quoiqu'il soit très-savant,
(I) 11 n'y a qu'à se souvenir de son système sur les "■•♦'sGeiinadius , de plusieurs faits importants qu'il etabbt sur les pièces faussement aliribuées à Scliolarnis, etenun mot de tout ce qu'il en écrit, liv. 3. i'our convenir qu'on ne dit rien que de vrai.
in
il ne savait pas celle langue. 11 l'aurait trouvée en original plus authentique dan> la Bibliothèque-du- Roi, où il y a un manuscrit dc ces Liturgies grec et arabe. Les auteurs de lo Pirpétiiité ont cité la confession de foi qui se lait avant la communion , et qui est beaucoup plus décisive que l'invocation; on ne la trouve pas citée ailleurs. Il> ont de même rapporté des extraits de quelques livres syriaques et arabes peu connus jusqu'alors, et d(mt Échelîensis n'a pas parlé. Ilotlinger, qui a ramassé tout ce qu'il a pu; André Muller , qui avait aiissi fort travaillé sur les langues oritinlales; M. Ludoll, dont la diligence a été excessive à ramasser tout ce qui pouvait servir à rendre les Orientaux calvinisles, particulièrement les Éthiopiens, n'en ont pas tant ci:é ; et mémo ce critique, depuis tant d'années, n'a pas produit un seul témoignage des auteurs syriens cl arabes , dont il y a néanmoins un assez bon nombre, comme les passages que nous rapportons en font loi ; et on ne doute pas qu'il ne s'en puisse découvrir d'autres qui ne nous sont pas tombés entre les mains. Personne ne sait tout; mais c'est tout savoir que de n'omellre rien de nécessaire pour réclaircissement de la matière que l'on traite, et de ne laisser aucune preuve des ennemis de la vérité sans la réfuter. Or les auteurs de la Perpétuité ont démonlré suffisamment la fausseté du .système de M. Claude touchant les Grecs, et ce qui pouvait manquer aux premiers volumes a été traité très-doctement par le P. Paris , chanoine régulier. Un homme detiide peut trouver quelques passages (jui leur auront écliappé, ou qu'ils ne pouvaient pas savoir; on ne doit pas pour cela leur disputer la louange qu'ils méritent pour un ouvrage qui n'en est pas moins bon , ni moins vrai , ni moins solide, et dans lequel il y a plus qu'il n'en faut pour convaincre ceux qui chercheront la vérité.
A l'égard des autres , toul ce qu'on peut produire de plus fort ne leur ôtera pas leurs préjugés. Ils lisent dans les livres de tous ceux de leur secte que les altes-taiions sont fausses et achetées : M. Claude l'a dit, M. Spaniieim l'a confirmé, M. Smiih en a dit autant ; M. Bayle savait même qu'elles avaient coûté beaucoup. 11 n'en faut pas tant pour des gens qui veulent cire trompés, cl qui, lorsqu'ils ne savent plus que dire, et qu'ils senlent intérieurement la force de ces témoigna gesqu'ils font semblant de mépriser, se réduisent à celle pitoyable défaite, que les protestants se soucient fort peu de ce que croient les Grecs, qu'il suffit que l'Écrilure contienne tout ce qui est nécessaire au salut, et qu'elle est claire par elle-même. Pourquoi donc M. Claude, qui n'ignorait pas ces grands principes de la réforme, s'est-il engagé si fortement à soutenir que les Grecs ne croyaient pas la présence réelle, si cela importait si peu à sa cause? Pourquoi le ministre Léger et les autres de son temps iravaillèrent-ils duiant tant d'années à convertir Cyrille Lucar, et pourquoi li>ent-ils de si grands triomplies de sa fausse Confession? Pourquoi les théologiens de Wittcmbcrg se dniv-
173 LIV. VIH. LXA.>rEN DE L'ilISTOlî'.E ET i)cron!-iIs lanl do fnligiios, afin de tirer du piiJriarche Jcréinie qiielfiuc réponse f:ivorubIe à la Confession d'Ausbourg? Pourquoi Ilollingcrel divers anires ontils tant écrit pour canoniser Cyrille el sa Confession ? C'est donc à dire que si elle s'était trouvée véritable, approuvée par les signatures de ceux qui l'ont condamnée, el reçue autant qu'elle a été rejctéo, ce serait une pièce d'une grande autorité contre nous, dont lis calvinistes feraient grand cas. // est important pour notre siècle et pour la pieuse postérité, disait la préface de Genève, que le jugement d'un homme de cette diçiuilé el de cette autorité sur la religion chrétienne, soit rendu public (I). 11 était donc encore plus important que le
(I) Interest verô prœscntis actatis et pi;x; posterila-
public connût par des actes aussi autlienliques que ceux qui ont été produits dans la Perpétuité, que col liomme grave était un calviniste assez peu instruit » lin faux Grec s'il en fût jamais, et un imposteur avéré; p;iisqu'il osait aitribner à l'église grecque des opinions qu'elle a toujours eues en horreur, qu'elle a frappées d'anatliéme, et même qui n'y peuvent jamais avoir été reçues. Car s'il y a quelque chose de certain par riiisloire, c'est que depuis le concile de Florence, \\ n'y a pas eu le moindre changement dans la foi de l'église grecque, et qu'elle ne pouvait alors connaître une théologie qui n'élait pas née.
tis, istius primarii et gravissimi viri de doctrinâ clirtslianâ sententiaui publicis labulis consignari.
LirRE HUITIEME,