‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 157 sur 323 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Examen de ce qu'ont écrit les protestants sur Cyrille Lncar.

Si Mélèce Syrigusellc patriarélie Ncctarins ont dit avec raison que la conduite et la Confession de Cyr.ile Liicar avaient mis le trouble dans tonte l'église d'Orient, nous pouvons dire que celui qu'elles ont causé dans l'Occident n'a pas été moindre, qno'que d'un genre tout différent. L'église orientale fut étrangement troublée lorsqu'elle vil paraître une exposition de foi tout l.érélique, sous le nom d'im patriarche de Consiantinople, cl encore p!us de ce qu'on la voulait faire jasser comme la créance commune de tous les Grecs : mais elle y remédia iiromplement, par la condamnation qui en fut fiile en deux synodes, par la réfutation qu'en fil Syrigus, cl par la publication de V,\ Confusion orthodoxe; tout cela s'élanl fait depuis la morl de Cyrille en 1658 jusqu'en 1G53. Les catholiques, qui le connaissaient assez, et qui savaient ses liaisons secrèies avec les Anglais et les Hollandais, ne furent pas f(trl étonnés qu'ils l'ciissent engagé dans leurs erreurs; mais ils virent avec élonnemenl qu'il eût osé attribuer à l'église grecque des opinions dont elle était fort éloignée ; et cette nouveauté parut si étrange, qtie plusieurs, avec raison, regardèrent celte pièce comme supposée.

Les calvinistes trouvèrent qu'il était si beau devoir »m patriarche de Constantinople dans leur communion, que sans faire réflexion à quoi ils s'engageaient, ils répandirent partout celle Confession, avec des citalions de passages de l'Écrilure cl des Pères, la faisant valoir comme un avantage signalé remporté sur les catholiques. Mais parce que la réputation de Cyrille était fort mauvaise, el qu'une profession du calvinisme achevait de la ruiner parmi les Grecs aussi bien que parmi les catholiques, il ralliit orner la scène sur laquelle devait paraîlrc un personnage aussi nouveau

qu'un patriarche de Constanlinople calviniste. C'est ce que les Genevois ont fait de la manière du monde la plus fausse, el en même temps la plus ridicule. Car a;i lieu qu'il suffisait, pour tirer avantage de son exposition de foi, d'établir qu'elle était véritable el dans les formes, ce que jamais ils n'ont pu faire, ils nous l'ont représenté comme un savant homme, grand théologien, enfin conmie un saint et comme un martyr. Ce n'élait pas néanmoins de cela qu'il s'agissait, IMiisquc dès qu'il était certain, par les déclarations publiques el pariii ulières de tous les Grecs, et de plus par une notoriété incontestable, qu'ils ne croyaient ri n de semblable à ce que leur attribuait Cyrille, il ne pouvait être considéré que comme le plus méchant et le plus effronté de tous les hommes. Ainsi quand une fois la dispute fut engagée, et que les catholiques eurent fait des portraits lorl différents, mais plus vcrilables de ce nouveau saint, on ne vil autre chose que des panégyriques que les calvinistes firent de lui, tous fondés sur des faits entièrement faux, et qui n'avaient autre fondement que des lettres de M. Uaga el de Léger, qu'on devait regarder comme parties, el non pas comme témoins.

Il était inutile, ainsi que nous l'avons marqué, d'entrer dans le détail de ce qui regardait personnellement Cyrille, et il suffisait de prouver que les Grecs le connaissanl auteur de celle Confession, l'avaient reconnu pour orthodoxe; el c'est ce que ses panégyristes n'ont pas seulement osé toucher, supposant l()nj(mrs pour vrai ce qui non seulement élail contesté, mais ce qui était convaincu de faussetés. Puisqu'ils voulaient donner de l'autorité a la pièce par lo mérite de l'auteur, il fallait avoir d'autres mémoires (|ue ceux dont se sont servis Rivet, lloltinger, Regenvolscius, el plusieurs autres; d'autant plus qu'ils ont supposé des faits qui ne peuvent s'accorder ni avec l'histoire du lemps, ni avec la discipline de l'église giocfjue, cl que loni ce qu'ils disent à son avantage

J75 PEUrÉTUlTÉ DE L\ FOI

n'esl pas moins inconnu aux Grecs que conlcslc par k-s calholi.iues. Ce n'c4 pas qu'on ne imisse croire (iuo ceux-ci ont eu souvent de mauvais mémoires, cl que la liainc conlrc (.yrillc, qui leur avait fait tout le mal (|n'il avait pu, n'ait donné lieu à diverses récriminations. Ainsi nous n'entrerons pas dans le délail des parlicularilés de sa vie, sinon dans celles qui regardent sa Confession, et tout ce qui peut y avoir rapport, sans nous arrêter à islusicurs détails qui se tronvenl dans Allatius. Ce n'est pas qu'il ne soit aussi digne de foi que Léger, llollinger, et ceux qui les ont copiés mais c'csl qu'on rccomiall clairement qu'il y a eu plusieurs faits assez imporiants qui n'élaicnl pas alors éclnircis , et sur lesquels il n'a pas été autani instruit qu'il eût élé à souliaiti-r. Nous commencerons donc par un récit abrégé de la vie de Cyrille.

I! éîail de l'Ile de Crcie, né dans Candie, qui en est la capitale, l'an 1572, d'une naissance assez obscure. A iVxcmple de la plupart des Grecs de cette île, qui ciail alors soumise aux Vénitiens, il alla faire ses élu- (bs à Padoue. 11 fil comia'ssauce à Venise avccMaxlmus Margunius, évêque do Cérigo, grand ennemi dos Latins; et si on veut croire M. Smith, il fil plusitîvii-S voyages, dans lesquels il commença à prendre les premières teintures du calvinisme. Mais s'il avait déjà pris ces sentiments, il les dissimula avec grand soin, lorsque, pour cbercbcr quelque établissement, il passa à Alexandrie, où Mélèce Piga était patriarche. Comme il était aussi Candiol, il prit Cyrille auprès de lui, et trouvant qu'il avait beaucoup d'esprit cl de cap:icilé pour les alTaircs, il l'ordonna prcire, puis il le fit archimandrite et protosyncelle. llotiingcr et M. Sniiih supposent sans aucun fondement, cpie ce fui auprès de Mélèce qu'il se confirma de plus en plus dans les o; inions qu'il avait apprises des calvinistes, parce rpi'ils croient que ce palriarcbe n'en était pas éloigné. Il n'y a cependant rien de plus faux, puisqu'il est certain, par le témoignage de tous les Grecs, et par ses loitres imprimées depuis peu, qu'il a enseigné la transsnbslantiaiion plus clairement qji'aucun autr*» Je sut lemps.

Les affaires qu'il eut avec les catholiques de Polo gnc et de Lilbuanie, qui avaient entrepris la réimion de ceux du pays, qui professaient la religion grecque, n'curcni rien de commun avec les disputes entre nous cl les prolestants. Quebpics-uns de ces évoques polonais et litlmanais du rit grec se réunirent; et quoique le plus grand nombre fût contraire à la réunion, ifS premiiTS envoyèrent des députés à Kome pour se soumettre au pape. Mélèce en lutalanné; et quoitpi'on ne sache pas bien certainement en quelle qualuc il prit connaissance de ces disputes, il écrivit plusieurs lettres aux Grecs de ce pays-là, et il y envoya des députés, pour les soutenir dans le schisme et empêcher la réunion. Comme patriarche d'Alexandrie, celle affaire ne le regardait point : il pouvait y eiilrer en deux manières, ou comme exarque du patriarche de Conslanlinople, c'est-à-dire, comme son légal, ou comme adminislialcur du siège vacant ; car suivant

les catalogues venus depuis peu, et extraits des registres de la grande é^^lise, il a gouverné ainsi pondaiit dix ans le siège patriarcal, ce qui néannK)ins ne parait pas pouvoir être entendu de dix années consécutives. Ilottinger dit (Anal. hist. p. 552) qu'en 159:2 et 1593 la conlesialion fut fort vive, et que Mélèce envoya alors Cyrille. Mais cela ne paraît pas vraisemblable, puisque s'il était né en 1572, comme le marque Syrigus, qui le pouvait savoir, il n'aurait eu que vingt ou vingt-un an : et à cet âge-là il n'aurail pu être prcire, selon les règles de l'église grecque. Il y a donc plus de raison de croire qu'il se trouva alors à Yilna, on il araii établi une école grec(iue, comme le marque le l\ Pierre Scarga, savant jésuite polonais, qui élail un des députés aux conlerences tenues pour tàclicr d'apaiser le schisme. Ainsi il est vrai que Cyrille était alors dans le pays, niais sans caractère, et la lot ire de Mélèce à Sigismond III, roi de Pologne, par laquelle il le lui recommande comme exanjue ou député, est do IGOO, cl par conséquent postérieure de sept ou huit ans.

Le délail de tout ce qui se passa alors n'a aucun rapport à la matière que nous traitons, si ce n'csi eu ce que tous conviennent que Cyrille agit avec toute la vivacité possible pour empêcher la réunion, ce qui lui donna une grand»; réputation parmi les siens, et augmenta l'amitié el la confiance de Mélèce à soiv égard. Les calvinistes marquent, mais sans preuves, qu'il courut de grands périls, et que les Grecs réunis auïsi bien que hîS catholiques lui dressèrent plusieurs embûches qu'il évita; au lieu que Dorolhé;, envoyé pour le même sujet par le patriarche de Conslanlinople, fut pris et étranglé, ce qui ne se trouve pas dans la relation que Régonvoiscius a donnée de celle négociation, quoiqu'il ne soit pas moins outré que Hotlin;;er. Il se peut faire que ctmime les deux partis agirent dans ia suite avec beaucoup d'animosité, etqu'ttn brouillon tel qu'était Cyrille pouvait exciter de plus grands troubles, on le menaça. Le P. Scarga témoigne qu'ail rs il sis'na les articles propt^sés pour la réunion avec le S. Siège, et les auteurs prolestants ne disent autre chose touchant ce fait, sinon qu'il n'esl fondé que sur l'autorité de Scarga, qui doit être susp ;ct, ce qui est une mauvaise réponse. Car si le témoignage d'un catholique, et d'un jésuite employé dans une affaire, n'est pas recevable, on doil encore faire moins de cas de ce que les calvinistes en écrivent au bout de soixante ans et plus, lorsque les auteurs contemporains ne disent pas le contraire. Il est ceilairi que cela a élé souvent reproché à Cyrille.

On dit qu'ensuite il lit plusieurs voyages en Allemagne, et qu'il commença de seller avec les proteslanls, quoicjue dans la Icnlative que liront ceux de la Grande- Pologne et de Lithuanie pour pn.curer une espèce d'union avec les Grecs, ce qui ne réussit pas, on ne trouve rien qui puisse donner lieu de croire «ju'il eût prévariqué en cette occasion, ot il ne l'aurait osé faire.

Ici Ibitlingcr, M. Smith et Us aulrcs, nous ropré-

m LIY. VIII. EXAMEN DE LIIISTOÎRE ET

sentent Cyrille uniquennenl occupé du soin de s'insltuiredc la véritable religion, en lis.mlel en nicdiiant les Écrilures et en conférant avec des iiiiiijslres, pour pcnélrer dans les mystères incoimus jusqu'alors à l'église grecque. Il est ridicule cei'.endaiil de piéparcr un homme pendant irenle ans pour un ouvrage aussi facile ((u'élait un mauvais a!)régé de la Confession de Genève. Allatius cl d'autres cali.oiiques disent qu'il cmjiloya son temps tout :iulremenl, et que, sous préfoxle des besoins de l'église d'Alexandrie el des quêles ordinaires, il amassa une somme considérable, dont il se servit pour se f ire élire patriarche après la mort de Mélèce. On ne sait pas s'il parvint à celte dignité par de si mauvaises voies; mais on sait bien que ce ne fut pas à cause que sa capacité, son expérience et ses belles qualités avaient fait souhaiter à un chacun qu'il fût élevé dans une première place, ainsi que l'a deviné M. Smith; car Syrigns, qui en pouvait être mieux informé que lui, donne assez à entendre qu'on en jugeait tout autrement. Voici ses paroles : Je ne veux pas dire par quels artifices et par quels tours d'hypocrisie il leur succéda (à iMélèce à Alexandrie, et à Timollice à Conslanlinoplo), mais comme on l'a reconnu par les choses mèmesqui se sont passées, ce fut de même que ta nuit succède au jour, la mort à la vie, el la maladie à la santé ; puisquil ne suivit pas leurs traces et qu'il eut une conduite towe contraire.

Si on veut croire ces mêmes aulcurs, il employa, durant son pitriarcat, ses gruids talents à l'édification de l'Eglise, avec lant de fruit el une approbation si générale durant dix-neuf ans, que chacun souhaitait déjà le voir élevé à une plus haute dignité. C"esi-là ce qu'en dit Hoitinger, comme s'il en avait été témoin. M. Smith, plus sincère, avoue qu'il n'a rien à en dire, parce (ju'il ne reste aucuns mémoires de ce qu'il filea Egypte ; mais qn"i7 est croyable, et même qu'il n'en faut pas douter, que l'église grecque de ce pays-là avait été Ivès florissante sous sa conduite. Syrigus, qui en savait plus que eux, parle d'une manière bien différente; el s'il avait voulu s'exi)li(iuer il nous aurait appris bien des choses. Ce qu'il dit obscurément siillit néanmoins pour faire juger que Cyrille ne méritait guère les louanges que lui donnent ces deux hommes qui ne le coniiaissa'.eal point, puisipie celui qui le connaissait bien parle de sou élévation au patriarcat comme d'un jugement de Dieu sur l'église d'Alexandrie, pour éprouver les (cns de bien. II ajoute, qu'alors le Mont-Sinael Antinche, seulement à cause du voisinage, souffrirent aussi lien qu'Alexandrie des maux comparables aux anciennes vldics de rÉgiipte. Ce sont des faits qui nous sont enliè;ement inconnus; mais le peu que Syrigus en dit suKil p >ur prouver que les vexations qu'il exerça sur son diocèse, el même ailleurs et hors de sa juridiction, furent excessives, et que ce que les catholiques lui reprocliaienl sur ce sujet n'était que trop véritable. C'est abuser de la crédulité des lecteurs (|ue de représenter un homme qui avait tous les défauts de son sicf c!e, inquiet et ambitieux, comme s'il eût été un Athana«e ou un Chrysoslômc ^ car c'est l'idée qu on rccon-

DE LV CONFESSION DE CY:;iLLE LLCAR. 478 naît aisément que ces panégyristes veuL-nl nous en donner. Ils avouent «ju'ils ne savent rien de ce qui s'est passé durant qu'il a été piariarche d'Ahxandiie; mais ils ne veulent pas qu'il soil permis de douier qu'il n'ait gouverné celle église avec édification, et qu'elle n'ait été irés-norissanle par ses soins ; au lieu que les Grecs comparent ce tcni|>s-là aux anciennes plaies d'Egypte, à la nuit, à la maladie, à la mort. Quelqu'un croira-t-iî qu'on en savait des nouvelles plus certaines en Suisse et en Angleterre qu'à Alexandrie et à Constaniinople?

Ces admirateurs de Cyrille ne devaienl pas oublier que ce fut en ces temps là qu'il lia commerce avec David de Willem, hollandais, cl que furent écrites ces lettres ridicules qui ont été imprimées depuis peu, comme anecdotes, originales, et déposées ensuite serieusement dans une bibliothèque publique, quoique ce ne soient pour la plupart que des billets qui ne méritaient pas d'être ramassés. Elles n'apprennent aucune chose importante, si ce n'est que Cyrille étudiait I, s livres des calvinistes que Wdiem lui envoyait; qu'il faisait son apprentissage : et ce que nous en tirons de meilleur sera des preuves convaincantes de son ignorance prodigieuse, de sa duplicité et de ses lourbcs.

Ces mêmes hommes, qui savaient jusqu'aux plus secrètes pensées de Cyrille, ne parlent point du voyage qu'il lit en Valachie en I6I2, el l'année suivante, quoi^iue ce fût dans le séjour qu'il y (it qu'il se signala par ses déclamations et par les anathèmes qu'il fidmina contre l'Église romaine. On ne sait pas quel fut le motif de ce voyage, et vraisemblablement il n'y eu eut point d'autre que d'amasser de l'argent; car les hospodars de Yalachie et de Moldavie ont toujours été la grande ressource des patriaiches et des évoques aux(iuels plusieurs ont fait do grandes libéralités. 11 semble aussi qu'il était fort content de trouver une occasion de donner des marques publiques de son attachement à l'église grecque, dans la crainte que la signature qu'il avait faite pour se réunir à l'Église romaine, pourrait lui faire tort dans les prétentions qu'il avait déjà sur le patriarcat de Constaniinople. 11 paraît, par une lettre à Ulenbogart, qu'il était en Val.ichie en 1615, et la publication de ces anathèmes dont nous parlerons dans la suite, fut faite en 1616 à Tergowisl. Nous ne savons pas s'il passa dans le pays trois années de suite, ou s'il y fit deux voyages ; el de quehiue manière que la chose ait été, cet homme parfait, qui avait gouverné son église avec tanl d'édification , n'y a presque jamais résidé, ayant, outre ce voyage de Valachie, passé beaucoup de temps à Constaniinople; et il alla aussi à Jérusalem, selon Ilotlingcr.

C'est dans ce pèlerinage qu'il lit, suivant le même auteur, celle rare découverte, que lui et Théophane, témoins oculaires , ont déclaré plusieurs fois, que /« sépulcre qu'on dit être de Jésus-Christ n'est pas cet ancien el véritable , taillé dans la roche , mais un autre nouveau, bâti de pierre. Ce n'était pas des Genevois el des Suisses qu'il fallait prendre pour confidents b'.r

>r.RrÉTUITl': de la foi touchant LEUCHARISTIE. 480

science, ne voiilul point donner. M. Smith copie lioîliiigcr, et il est merveilleux que n'ayonl aucun ménioire, et transcrivant les paroles d'(m auteur qui ne donne ni preuves, ni dates , il ait osé reprociier à Allalius qu'il a écrit le coulraire sur de faux bruits et des rapports incerlains. Mais bruitpour bruit, et rapport pour rapport, les amis d'Allatius et les parents qu'il avait en Grèce, auraient plus d'autorité que le témoignage d'un Suisse, qui aviil tiré toutes ses lumières de Genève. SAxigus donne assez à entendre qu'il parvint à cette dignilé par de mauvaises voies. Il dit qu'il succéda à Timolbéc comme la nuit au jour, et le reste qui a été rapporté ci-dessus; et il parle avec éloge de Timolhce, auquel Cyrille succéda.

L'opiiiion commune, el qui est même marquée dans le catalogue des patriarches, est que Timolhce fut empoisonné. AUatius, sur des lettres qui furent écriicscn ce temps-là, accuse Cyrille d'avoir eu part à ce crime. C'est un détail dans lequel il est iimiile d'entrer : ses parjures, son hypocrisie horrible eu faisant l'exercice public d'une religion qu'il condamnait dans son cœur, ses calomnies publiques contre l'église grecque , ne sont pas des crimes moins énormes. Au bout d'un an, Cyrille fut exilé, Grégoire d'Amasie fut mis à sa place, et après trois mois il fut exilé et étranglé. Anlhime d'Amlrinople ne tint le siège que pendant trois jours, et il doiuia sa démission. Cyrille fut rétabli pour la seconde fois; il tint le siège huit ans, puis il fut exilé. Cyrille de Berroée qui lui succéda ne conserva la dignité que huit jours, et il fut exilé. Cyrille Lucar, rétabli pour la troisième fois, le fut pareillement au bout d'un an et deux mois. Atlianasc Patullare ne tint le siège que vingt deux jours, et fui envoyé en exil. Cyrille rétabli pour la quatrième fois, fut exilé après un an. Cyrille de Dcrroée rétabli, tint le siège deux ans, et fut exilé. Néophyte d'iléraclée abdiqua au bout d'un an. Enfin Cyrille se fit rétablir la cinquième fois, et après un an il fut chassé et étranglé.

Les Grecs, en parlant de Cyrille, témoignent que par son ambition et parles vexations qu'il fil aux églises pour amasser les sommes qu'il donna plusieurs fois aux Turcs pour se faire rét:iblir, avait réduit le siège patriarcal de Constantinople en un état dont il ne se relèverait jamais. C'est ce qu'en écrivit Méièce Syrigus deux ans après sa mort; el cela ne s'est que trop vérifié, puisque s'il y avait eu auparavant de grands désordres pour envahir le patriarcal , en achetant la nomination des officiers de la Porte, ce n'éiail rien en comparaison de ce qu'on a vu depuis, el(|u'on voit encore tous les jours. Quand donc il n'aurait été coupable que d'une ambition extraordinaire, par la* ([uelle il mit toute l'église grecque en combustion durant tai.t d'années, on ne peut le regarder que comme un homme abominable. Cependant Ilottinger et iM. Smith le représentent les bras croisés, et se kùssant faire violence pour reprendre le gouvernement de son église. Ils ne peuvent nier que dana

une loue matière. 11 fallait qu'un zélé défenseur de la vérité, exlirpateur de la superstition, exhorlàt Tliéopiiaiie, patriarche de Jérusalem, à détromper les peuples : ou s'il ne voulait pas le faire, il fallait, comme en Yalachie, où il n avait pas plus de juridiction qu'à Jérusalem, déclamer contre cet abus. S'il l'avait fait, il aurait délivré l'église grecque de tous les maux qu'il y a causés ; car il aurait été mis en pièces. On peut tout croire d'un impie comme Cyrille; mais il faudrait d'autres autorités que celle de Ilollinger pour soupçonner Théophane, dont la réputation a été bonne parmi les siens , d'une impiété fondée sur une ignorance grossière. Car il ne faut avoir lu aucune histoire ancienne pour ignorer que dos le temps de l'empereur Constantin on hàtil des é-liscsaux endroits consacrés par les mystères de notre salut, sur les lieux mêmes; qu'on eut soin de conserver ce qui en restait, et qu'où Touferma dans les nouveaux édifices. Il est étonnant que des gens qui se disent chrétiens parlent des saints lieux av(!c moins de respect que ne font les Mahométans. Ce fut de Valachie qu'il écrivit sa longue lettre à Utenbogart.

Nous voici enfin arrivés à la partie la plus.considérable de la vie de Cyrille, jjui concerne loiit ce qui a rapport à leglise de Constantinople, tant qu'il l'a gouvernée. M. Smith , auquel Hottinger a plus fourni de mémoires que toute la Grèce , nous le représente comme ayant été engagé malgré lui à se charger de ce fardeau, d'abord comme administralAiir du siège vacant, ei;suite en qualité de patrîarclftiV Cequ'ily a de vrai, est que depuis l'administration de Méièce Piga, Matthieu, auparavant métropolitain de Joannina, qui avait déjà été patriarche seulcrrienl dix-Wuf Jours, fut rétabli el tint le siège durant quatre ans; âpres lesquels il fil sa démission. Néophyte d'Athènes lui succéda et fut exilé au bout d'un an ; puis Kaphaël de Modon fut élu, et après cinq ans il f^exilè. Néophyte fut rétabli et exilé après cinq ans. Hàns ces circonstances, Cyrille Lucar* vinl^ Çonsïantînople, et suivant l'exemple de Méièce, son predéces:-eur, il administra le siège vacant, ce qu'ils appelleat ■aurpixf>ys\jsu i-xi-z^o-iziACii Le catalogue grec que nous avons eu de Cojistanliuople marque que ce fut en 1G23 , et celte date ne paraît pas vraie, car elle ne s'accorde pas avec la somme qui est marquée à chaque changement, et (|ui fait plus de dix-sept ans. Il mourut certainement eu 1C38, cl par conséquent il faut mettre le commencement de son patriarcal vers 1621, comme Ilollinger.

Il parvint à cette dignilé d'une manière aussi peu canonique qu'aucun autre qui l'ail possédée depuis plus de cent ans ; et ces vœux de loule la Grèce afin de l'y élever, ces scrupules qui rempêchaienl de consentir à donner de l'argent aux Turcs, sont des imaginations de Hottinger qui voulait en f.tire un saint. Il s'est même trompé en ce qu'il lui fait jouer celte comédie à l'éleclion de Timothee, métropolitain de l'ancienne Fatras, lequel, dil-il, se fil patriarche eu offrant les sommes que Cyrille, par tendre se do cou

181 LIV. VIII. EXAMEN DE L'HISTOIRE ET DE LA CONFESSION DE CYRILLE LUCAR.

louies ces lévolnlioiis il n'ail donné des sommes immenses aux infidèles ; voilà donc un simoniaqnc avéré, el par conséquent indigne de loule louange. C'esl, distnl-ils , que les aulres Grecs ne pouvaient sontriir son érudition comparée à leur ignorance, el qu'il s'opposa vigoureusement à plusieurs émissaires de la cour de Rome, qui s'introduisaient dans les église?, ot qui travaillaient à y introduire le papisme : ce fut la guerre ouverte qu'il leur déclara , particulièrement aux jésuites, qui lui attira toutes les persécutions qu'il eut à souiciir durant sa vie, et qui enfin lui procurèrent la niorl. Toutes ces déclamations sont bien inutiles quand elles sont dénuées de preuves; el on ne peut pas appeler ainsi des lotlres de M. Haga, celles du ministre Léger et de quelques autres, encore moins celles de Cyrille, parlant de soi-même, d'autant plus f]u'e!l<îs sdul rtinplicsde faussetés évidentes. H aurait l';dlu ét:ib!ir de pareils faits sur le témoignage des Crocs : et si les calvinistes ne veulent pas que nous nous servions do celui d'AIIatius et des autres catholiques, de quel droit voudra-t-on nous obliger à recevoir sans contradiclion ceux de M. lla^a, de Léger cl des autres qui n'ont rien fait que les copier aveuglement?

On ne trouve dans les mémoires de ces temps là aucune chose qui ait rapport à ces enlrcpriscs supposées pour introduire la religion catholique parmi les Grecs, et il y a tout sujet de croire que le roman de Ilottinger est fondé sur ce qui se passa en Valaçliic, où, lorsque Cyrille y passa en iGlO, quclqiies Russes du nombre de ceux qui avaient clé favorables à la réunion proposée entre les Grecs et les Latins, travaillaient à !a rétablir. A cette occasion il publia ics anathèmes à Tergowist, et cela n'a rien de commun avec ce qu'on suppose être arrivé à Constantiliople, durant qu'il a tenu le siège patriarcal. On ne voit pas qu'il se soit rien fait en ce temps là du côté de la cour de Rome , pour travailler à ime réunion. Ce qu'elle fil, fut d'empêcher, autant qu'il était possible, que, pai l'autorité que la dignité patriarcale donnait à Cyrille, le calvinisme ne s'insinuât parmi les Crées, qui eurent eux-mêmes recours aux ambassadeurs de France pour arrêter les mauvais desseins de ce nuillieureux. Puisqu'il eut le crédit de faire chasser les jésuites de Constantinople, et de se ré a- Mir cinq fois, il n'était pas tellement exposé à la persécution, qu'il ne fit cpie souffrir sans se défcn Irc, et la patience n'était pas la vertu de ce martyr. Il essuya de grandes conlradiclions, et elles se réduisirent toutes à le chasser du patriarcat, non seulement à cause de ses vexations et de la dureté de son gouvernement, mais encore plus par le soupçon violent qu'il donnait de n'être pas orthodoxe, à cause de sa liaison avec les hérétiques, sur laquelle seule on ne pouvait le convaincre d'béré.Nie, parce que sa confession n'avait jamais paru sous son nom dans le Levant, et (pi'il niait avec des serments exécrables qu'il en fût l'auteur.

Les calvinistes ne peuvent pas nier que ce tut à

force d'argent qu'il se maintint, et qu'il se rétablit plusieurs fois; cela seul devrait les confondre, puisqu'on ne peut excuser de simonie et de sacrilège un pareil procédé qu'ils reprochent si amèrement aux autres patriarches, en sorte que l'auteur des iMon-iments croit que celte seule preuve suffit pour rendre leurs témoignages faux. Enfin Cyrille était comme les autres, excepté qu'il a poussé la perfidie, le sacrilège et le parjure à des excès dans lesquels les autres no sont pas tombés ; en sorte qu'il n'y en a peut-être jamais eu aucun qui ait moins nicrilé les louanges dont les calvinistes le combb^n', et qui se soit plus justement attiré les anathèmes et les malédictions dont les Grecs l'ont chargé durant sa vie et après sa mort. C'est ce que nous espérons prouver clairement dans les chapitres suivants.

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