‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 162 sur 323 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Continnation de la même matière.

On a pu voir par loiil ce qui a été remarque Ains le chapitre prcccileiil que la conduite de Cyrille Lucar, après qu'il cul fait profession de la doctrine de Genève par des déclarations furtives cl par sa Confession, avait été une dissimulation continuelle cl une hypocrisie abominable, une conliiuiilé de sacrilèges, enfin une perfidie soutenue d'un mépris de la religion dont on trouve à peine d'autres exemples. Mais si «etle seule dii^position dans laquelle il a vécu camprend tons les crimes, il s'en trouve d'autres preuves bien marquées dans ses lettres et dans les ccnfidenccs qu'il faisait à ses frères de Genève, de Hollande el d'Angleterre.

Plusieurs savants hommes de ce dernier siècle s'élaieut souvent étonnés que ceux qui avaient fait imprimer sa Confession , el ceux qui en avaient entrepris la défense, non pas contre les catholiques seuls, mais contre Grotius et contre des théologiens iréslanieiix (le la confession d'Angsbourg, citaient souveiil les lettres de Cyrille à Léger, qu'ils en rapportaient quelques extraits, mais qu'ils en avaient donné fort peu d'entières. On fui encore plus étonné que lloltinger, qui imprimait tout ce qui lui tombait sous la main, fût si laconique en citant ces mômes lettres, lorsqu'il fit imprimer la Confession de Cyrille, avec un abrège de son bistoire, \v\ qui était si prolixe en Ions ses ouvrages. Cela donnait lieu de juger que ceux qui les avaient conservées no croyaient pas qu'il y eût de l'avantage pour leur cause aies publier toutes. Co (jui n'était qu'une conjecture s'est pleinement vérifié par quelques nues de celles qui ont été publiées par l'auteur d 'S Monuments aulheni'Kjues, qui néanmoins ne les a pas eues tontes, ou bien il en a supprimé plusieurs plus importantes que celles qu'il a données avec une ostentation ridicule, déposant en des biblioliièques publiquis des billets de quatre ou cin(] lignes, qui marquent qu'on renvois un livre, qu'on en demande un autre, des injures contre des particuliers, cl d'autres bagatelles. Cependant de celles qui ont été imprimées, on peut tirer plusieurs nouvelles preuves de la fourberie de Cyrille.

H noircit particulièrement Georges Coressius, le représentant conmie un disciple des jésuites et un pensionnaire de la cour de Rome, et Léger était assez simple pour le croire, dans le temps qu'on avait imprimé en Angleterre quelques traités de ce Grec contre les Latins, qui lui attirèrent la haine de Matthieu Caryophylle cl d'Allatius , des vers injurieux que le premier (il contre lui , et des invectives outrées du second, qui marquait même que le patriarche de Constantinople l'avait excommunie, ce qui ne paraît pas vrai, puisque les Grecs n'ont parlé de lui q^'a^iec de grands éloges. Mais Cyrille se gardait bien de dire

que Coressius avait été appelé de Chio par une délibération synodale du clergé de Constantinople, pour disputer contre Léger; qu'il agissait comme théologien avoué par l'église grecque, ce qui ne pouvait avoir été fait sans que Cyrille y eût consenti. Il lui a dit beaucoup d'injures en particulier; mais quand Coressius rendait compte publiquement de sa doctrine, qu'il combattait celle des calvinistes par ses écrits, qu'il fournissait de la matière à Grégoire protosyncellc, son disciple, et qu'il approuvait publiquement son ouvrage opposé directement à la Confession de Cyrille, celui-ci ne disait mol, le laissait faire, el le louait vraisemblablement devant son église. Trouveral-on en cette conduite de la sincérité et de la probité?

Cyrille ne pouvait pas ignorer que, pour avoir été aux écoles que les jésuites avaient établies à Galata , et y avoir fait des éludes de granunaire et de philosophie , on ne renonçait pas à l'église grecque , puisque les schismatiques les plus emportés n'ont jamais einpèelié qu'on fréquentât ces écoles, où la nalicm trouvait un secours dont elle manquait. Il savait bien que pour avoir étudié à Padoue, comme avaient fait plusieurs autres Grecs de sou temps , ils n'eu avaient p-as été moins attachés au schisme ; el il y a longtemps que les missionnaires ont mandé à Rome qu'ils ne trouvaient jias de plus grands ennemis de l'Église catholique que ceux qui avaient été élevés dans les collèges des Grecs , cl autres dépendants de la congrégation de propagandâ Fide , jusque là (lu'on a quelquefois délibéré s'il ne serait pas plus avantageux de les supprimer. On peut jngcr encore sur cela de la mauvaise foi de Cyrille , en décriant ainsi Coressius sur un aussi faux prétexte; mais il avait affaire â des gens bien crédules, et il abusait de leur crédulité pour les éloigner d'un homme hardi et plus babile que le conunun des Grecs , et qui pouvait f lire connaître les fourbes de Cyrille , si la satisfaction qu'ils avaient d'avoir converti un patriarcbe de Constantinople à leur religion ne les eût icUemenl prévenus, qu'il leur fil croire tout ce qu'il voulut.

Dans une lettre au ministre Diodati , qui n'est qu'une réponse dont ou aurait mieux développé le mystère, si ceux qui l'ont imprimée avaient donné en même temps celle à laquelle répondait Cyrille, on reconnaît que l'autre lui avait représenté qu'il serait à souhaiter que la Confession de foi donnée à M. Ilaga fût légalisée, en quoi Diodati ne se trompait pas. Cyrille, qui n'en voulait rien faire , et il ne l'a jamais fait, le salislil, ou, pour mieux dire, se moqua de lui, en écrivant que sa Confession, après la publication qu'il en avait faite , n'avail pas besoin de légalisation, surtout parce qu'il l'avait avouée comme sienne avec fermetéet intrépidité, devant l'ambassadeur de France, ceux de Raguse et plusieurs évêqucs. Nous prouverons en son lieu que ce fait était absolument faux . et du vivant de Cyrille , peu de temps après sa mort et toujours depuis, les Grecs ont nié qu'il l'eût reconnue. Aucoiiliairo ils ont assuré, co (luccoux qui pou?

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vaieiit en avoir élé Icmoiiis assuraiciil encore durant lambassacle de M. de Noiiilel , »iiie Cyrille avait toujours désavoué avec serment que la Confession fût de i-ui. 11 n'était pas croyable dans sa propre cause; et même en toute autre chose , lorsqu'il s'agit d'un fait publie , il n'y a point de particulier qui puisse être cru au préjudice de touie une nalion.

Voici une seconde imposture dans la même lettre, c'est qu'il assure que sa Confession ayant été reconnue par lui, comme il le supposait faussement, n'avait besoin d'aucune autre légalisation. Il fallait bien que Diodaii, qui n'en savait pas davantage, se contentât de celle réponse ; mais Cyrille savait bien en sa conscience toutes les formalités qui étaient requises, afin que de pareils actes eussent autorité, et fussent regardés comme émanés du patriarche ; car les lois ecclésiastiques cl la pratique de l'église de Conslaniinople, aussi bien que des autres patriarcales, sur l'aulbenticilé de ces actes, était établie longtemps avant lui , et pratiquée sans aucune innovation. Si donc il eût été sincère , il aurait écrit de bonne foi à Diodaii que son écrit qui contenait sa Confession if était pas revêtu des formalités nécessaires , et il lui aurait marqué qu'il y aurait de grandes diflicnllés à en venir à bout, disant en même temps en quoi elles consistaient. Il aurait pu ajouter qu'il suffisait aux calvinistes d'avoir sa Confession écrite de sa main, qu'il reconnaîtrait toujours en cas qu'elle fût contestée. Tout au contraire , il dit faussement ([u'elle n'a pas besoin d'être légalisée , et que la reconnaissance publique qu'il en a faite ( ce qui n'était pas moins faux) suppléait à la légalisation , ce qui était faux pareillenienl. Mais il n'ignorait pas que s'il eût voulu tenter de proposer sa Confession en plein synode , ou engager les officiers de la grande église de la mettre par écrit , de la contre-signer et de l'enregistrer dans les archives, il n'en serait pas venu à bout ; que non seulement ses ennemis particuliers , mais tous les Grecs bien intentionnés se seraient soulevés, et l'auraient fait déposer comme Iiéréliiiue ; outre que ceux qu'il trompait auraient reconnu que le nombre de ceux qu'il kur avait convertis n'était pas tel qu'il leur fai- B;iii croire.

Celle continuation d'impostures pour soutenir la principale, qui était celle de sa Confession , est si odieuse, si indigne d'un chrétien et d'un homme de probité médiocre, qu'il est élonnaul que ceux qui y prenaient intérêt n'ouvrissent pas les yeux , surtout lorsqu'ils voyaient lous les jours ce prosélyte vivant comme à l'ordinaire dans la profession et dans TcxiTcicc public de la religion qu'il avait abjurée entre leurs mains. C-ar ainsi quil paraît par la lettre qu'a donnée llollinger , écrile de Rhodes, il n'avait pas moins renoncé aux erreurs de l'Église romaine qu'aux superstitions de l'église grecque , qu'il a néanmoins pratiquées jusqu'à sa mort. Ceiiendant cet enchaînement de crimes devient encore plus affreux par l'imposture la plus grossière dont on ait jamais ouï parler. Ce lut de donner celle fausse Confession comme un exposé

LA CONFESSION DE CYRILLE LUCAR. 50i

sincère de la créance de toute l'église d'Orient. Il savait assez que non seulement elle n'avait jamais rien cru de semblable, mais que s'il eût publié ce qu'il avait donné par écrit , elle se serait toute soulevée contre lui; ses propres panégyristes avouent qu'elle lui suscita de grandes persécutions, et il avait l'effronterie de la donner comme la créance commune de tous les Grecs. Syrigus s'élève fortement en cet endroit, comparant celte impudence à celle d'une prostituée, et soutenant que jamais les patriarches, les mélaopolilains , ni les synodes n'en avaient ouï parler ; qu'ainsi c'était la plus impudente calomnie d'attribuer à toute l'église grecque ce qu'elle n'avait jamais connu sans le condamner. En effet , il n'y eut peut-être jamais d'impudence pareille, puisque ce n'était pas sur son témoignage qu'on devait apprendre la foi de l'église grecque , et qu'il n'était pas moins facile de reconnaître qu'elle croyait tout le contraire, que de savoir qu'à Paris, dans l'église métropolitaine, on célèbre la messe selon l'usage des catholiques , et non pas la cène de Genève. Voilà un des beaux endroits de la vie de ce confesseur du calvinisme, sur lei|uel il est étonnant que ses admirateurs ne disent rien , car ils cilent sur lesaulres articles l'autoriléde M.IIaga; ils ne le peuvent faire sur cet article, puisqu'il a eu assez de soin de sa piopre réputation, pour ne pas s'exposer à la dérision publique, en certifiant que les Grecs croyaient tout ce qui est exposé dans cette Confession. C'esl-là encore un point de morale où les calvinistes auraient besoin de justifier ceux de leur communion d'avoir reçu et approuvé un faux témoignage comme celui-là, puisque toutes les plaintes qui se faisaient contre Cyrille à cause de sa Confession signifiaient assez l'horreur qu'en avaient tous les Grecs, et par conséiuent qu'il était notoirement faux qu ils eussent une semblable créance.

Aussi l'auteur des Monuments a traité ce reproche d'une horrible calomnie du synode de Jérusalem , quoique le lilre seul et la première période mar(|ucnt assez que Cyrille ne parle pas seulement en son nom, mais au nom de toute l'église orientale. Le voilà donc encore coupable d'une imposture grossière, et d'aor tant moins excusable , que , quand il aurait exposé sincèrement ce que croyaient les Grecs répandus dans tout l'Orient, il ne pouvait pas, comme il fil, parler en leur nom sans avoir consulté les synodes , les patriarches et les autres ecclésiastiques , ce qu'il n'a jamais fait. S'il leur avait jamais présenté cette Confession, aurait- il pu la désavouer avec serment comme il fil toujours?

Ses lettres , si on les examine en détail, sont pleines de menleries; car , i)ar exemple , dans celle qu'il écrit aux Genevois , il dit (jue Léger a converti plusieurs personnes par ses écrits et par ses prédications à la lumière , et qu'il a couvert ses adversaires de confusion. On ne peut néanmoins nomnier un seul de ces Grecs convertis qui ail soutenu sa Confession , ni de son vivant, ni après sa mort. Aucun prêtre ou évô<iuc n'a élé cité, ni déposé, ni excommunié pour

FERrÉTUITÉ DE LA FOI

c<! siijol. 11 fallait donc (ine tous fissonl comme lui , qu'ils fussent zélés cahlnlstcs eu pariiciiliiT, cl (nriis exerçassent publiquemeiil comme lui la religion grccfjiie. Léger confondit si peu les adversaires de Cyrille, que Coressius hiilinltélc, cl le réfida Irès-solidcmenl, suivant le lémdigiiage des Grecs. L'alTcclaiion avec laquelle ceux qui, ay:;nt produit tant de lettres iiuililes, ont supiirinié tout ce qni a\ail rapport à celle dispute, jus(pj'à n'en pas faire la moindre n:ention , penl donner à penser qu'elle ne fut pas forl à leur avaiuage. Il faudrait être bien crédule, pour s imaginer que Léger fût un coiitroversisle plus redoutable que les autres. Ainsi ou n'a pas de (.eine à juger de ce qu'il pouvait dire pour soutenir les opinions de ?a secte , et les Grecs en savent assez pour ne pas craindre de pareilbs olijcciions.

Puisque ce qu'il mande à Diodali tonclianl la recouiiaissar.cequM (il de sa Confession devant M. lecumle (io Maiclieville, que le sieur A. appelle ridiculement le comte de Marseille, n'est élahli mie sur son témoignage propre, nous nietirons ce fait au nombre de toutes ses autres f.iusselés. Il est vrai que cet ambassadeur le pressa de se déclarer, ce qu'on ne voit pas que Cyrille ail fait jamais. Les Grecs qui él ient sous l.i prolcclion de ce ministre, pour se mettre à couvert de la tyrannie de ce malheureux , auraient eu de quoi le convaincre, non seulement d'hérésie, mais de faux serment, s'il avait fail celle déclaration; et ce ne fut que par le défaut de pareilles preuves qu'il rompit le dessein que les Grecs avaient formé de le déposer juridi(pieniciil comme hérétique. Ils savaient assez qu'il rélait ; mais ils ne pouvaient pas le prouver. Quand ils auraient eu un original de sa Confession signée de sa main , comme il dit qu'il en avait signé plusieurs copies , il le pouvait désavouer, ayant une raison très-spécieuse , qui était que les écrits des |ia- Iriarchcfi devaient être donnés en une autre forme , contre-signes cl enregistrés , afin qu'on y pût ajouter foi.

Enfin (piand Cyrille aurait été sincère , cl si les mauvaises réponses de ses apologistes pouvaient le justifier, que peuvent-ils dire de sa conduite pour parvenir aij patriarcat de Conslantinople , pour s'y maintenir , et pour faire chasser ses compétiteurs ? Ils osctil le comparer aux anciens pères ; trouvent-ils <|u'il ail imité S. Grégoire de Nazianze, qui, pouvant se maintenir dans la même dignilé, aima mieux y renoncer, que de troubler la paix de l'Église? Pourquoi Cyrille n'en faisait-il pas autant? Il avait encore une raison plus pressante de le faire, puisqu'indépen- «lammcnt de la violence qu'on lui faisait, il aurait dû se retirer de lui-même d'une église toute corrompue, comme il l'a dépeinte , et dans laquelle on adorait les idoles t ce (ju'd avait l'effronterie de dire et d'écriie, mais à des Hollandais , à des Genevois et à des Anglais, sans faire réflexion qu'il attribuait dans sa Confession une doctrine toute diiTérenlc à cotte même v^gUsc, en sorle tjue si ce qu'il y a mis sur le culte des iiuagos est la créance des Grecs, il était "ni calom-

TOUCHANT L'EUCHARISTIE. 50i

niatour de leur reprocher l'adoration des idoles ; sinon, il était un iuiposleur.

On dira pout-élre qu'il l'aurait assez souhaité, mais que les vœux publics de tous les véritables Grecs le forceront à ne pas abandonner son église à des scélérats, qui ne songeaient (|u'à Inléchker et à la réunir avec Kome. C'est ainsi qu'en parlent Hottinger cl M. Suiiih , sans autre fondement, sinon qu'il le disait et qu'il l'écrivait. Nos auteurs assurent au contraire (pi'il employa tous les artifices, toutes les violences et toutes les nuauvaises voies pour se maintenir et se rétablir. Si les calvinistes rejeltenl leur témoignage, nous sommes encore plus en droit de rejeter celui de Cyrille en sa propre c;mse, de Léger et même de M. Haga , dont toutes les relations ne sont fondées que sur des récils. Ce sont donc les Grecs qui daivenl eu être les juges , et sur cela ils semblent èlre partagés. Car il y en a quelques-uns qui exagèrent les cruautés et les mauvaises pratiques de ceux qui le dépossédèrent, en quoi ils ont eu peut-être raison. Car nous ne prétendons pas que Grégoire d'Amasie, Anthime d'Andrinople , Cyrille de Berroéc , Athanase Palellarus, et Néophyte d'IIéraclée, qui lui disputèrent le patriarcal , fussent des saints , quoiqu'ils pussent passer pour tels en comparaison de Cyrille Lucar. Ils étaient concussionnaires et simoniaqucs , ils avaient donné de l'argent pour obtenir le patriarcal ; il n'avait rien sur cet article à leur reprocher, puisqu'il en fit autant et même plus qu'aucun n'avait jamais lait , selon le témoignage des Grecs. Mais au moins ils n'avaient pas deux religions comme lui. Ils étaient, dit-on, liés avec les jésuites , ce qui serait difficile à prouver , puisque Cyrille n'est pas un témoin qui puisse être écouté sur leur sujet. AUatius à la vérité, sur la foi de quelques lettres venues de Conslantinople , parle de Cyrille de Berroée comme s'il n'eût pas été éloigné de la réunion avec l'Église catholique ; mais on n'en a jamais eu aucune preuve. Celle que donne Allalius, qu'on avait parlé à Rome de le mettre au nombre des martyrs, n'ayant eu aucune suite, étsit sans doute irès-peu assurée, puisque Cyrille a certainement vécu, et fini ses jours dans la communion de l'église grecque. On a examiné ailleurs cet article.

Quoi qu'il en soit , ou ne peut douter que Cyrille n'ait acheté le patriarcat comme les autres. Hottinger a cru adoucir le mal , en disant qu'il fut forcé de payer les sommes immenses qu'il donna aux infidèles, ce fini est une très-mauvaise excuse, quandelle ne serait pas dusse; car si Cyrille se lût retiré, persomie no l'aurait forcé à reprendre la dignité dont il avait élé dépouillé. Mais il est aisé de reconnaître d ms ses letires mêmes, toutes emmiellées de dévoiion qu'elles soient, que l'ambition, la veage.uicc et la haine dominiient cet esprit inquiet et turbulent. Sans cela il n'aurait pas voulu profiler du crime de ceux ([ui donnaient de l'argent pour le faire rétablir ; car quaiul il n'aurait fait qu'en profiter, il n'aurait pas élé moins simoniaquc. Mais les Grecs, qui sont plus croyables, (pie des élraugors , l'accusiMit tous d'avoir épiisC les

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églises par les sommes excessives qu'il en exigea , afind'avoir de quoi payer les Turcs; cl par conséquent il n'était pas moins coupable (|ue ceux qui le dépossédèrent, puisqu'il se rétablit, comme l'avoue M. Smilii , étant fort aidé par ses amis , et encore plus par l'argent (I). Tel est le saint que les réiormés ont entrepris d'élever jusqu'au ciel ; un lioinmc qui renonce, en particulier et par une Confession écrite de sa main, à la religion de ses pères, et qui néanmoins continue à la professer publiquement; qui donne de l'argent pour devenir patriarche , et pour se rétablir quand il ■ est dépossédé ; qui met à celle occasion toute l'église grecque dans le trouble , qui la désole par ses exactions; qui, pour amasser de l'argeixi, vend les évêchcs, dépose injustement ceux qui en sont revêtus ; qui lire de grandes sommes des calvinistes en leur promettant d'introduire leur créance dans l'église grecque ; qui désavoue en public sa Confession et se parjure. Le calvinisme a de grands privilèges, s'il peut justifier de semblables crimes.

Les défenseurs de Cyrille ne manqueront pas de . rebattre ce qu'ils ont dit tant de fois, pour faire valoir l'autorité de M. Ilaga, du chevalier Thomas Roé, et de quelques autres ambassadeurs d'Angleterre et de Hollande à Constantinople , qu'ils citent avec un air de conliance aussi grand , que si c'était violer le droildes gensquede ne pas se rendre aveuglément à de . tels lémoignages. Ils parient avec la même assurance des lettres et des relations de Léger , de Diodaii et de quelques autres ministres qui ont pratiqué Cyrille , ou qui ont eu commerce avec lui : ou loue leur probité , leur vertu et leur capacité , comme si ceux qui ne se trouvent pas d'accord avec eux eussent été des hommes sans foi , sans loi et sans probité , qui ne méritassent pas d'être écoutés.

A l'égal d des premiers, nous a^ons plusieurs clioses à dire. Premièrement nous sommes en droit de demander à ceux qui prétendent qu'il n'est p.is permis de contester l'autorité de M. Ilaga et des autres, si celle des ambassadeurs de France n'est pas égale, pour ne pas dire supérieure. Cependant ipie n'ont pas dit M. Claude, M. Smith et tous ceux qui les ont suivis, pour rejeter le témoignage de M. de Noinlel, des consuls et des autres personnes publiques ? One n'ont pas dit Rivet, M. Spanhcini , et d'autres calvinistes contre M. de Césy, M. le comte de Marciieville, cl les ministres de France, pour les accuser d'avoir suscité à Cyrille ce qu'ils appellent des persécutions pour la vraie relicjion , sans les épargner sur des clioses ei-core plus odieuses , comme d'avoir contribué à la mort de ce malheureux , de lui avoir drcosé plusieurs embûelies, et d'èlre entrés dans diverses pratiques indignes de ministres représentants , tout cela sur le seul témoigna;;e de cet imposteur? Que les calvinistes rendent donc justice à la mémoire des ambassadeurs de France , et qu'ils reconnaissent qu'ils méritent pour le moins autant de foi que ceux

(1) Muilum adjuvantibus innicis, i<rgCiilo n)agi^ , jus suum anliquuin repelit, l'. i2"2.

d'Angleterre et de Hollande; alors la plus gr&nde partie des faits sera bientôt éclaircie. Mais vouloir qu'on croie uniquement ceux-ci au préjudice de tous les autres, est une prétention non seulement injuste , mais ridicule. Si ce parti ne leur plaît pas , nousconscnlirons aisément que les uns ni les autres ne soient point crus, mais qu'on s'en rapporte aux actes publics et au témoignage des Grecs.

Secondement, nous conviendrons sans difficulté ' d'ajouter foi à ce que M. Ilaga a déclaré juridiquement , comme ambassadeur , même quoiqu'il ne l'ait pas fait dans les formes. En celte qualité il pouvait légaliser quelque acte qui lui était présenté , comme les ambassadeurs font tous les jours. Ainsi nous voulons bien croire sur sa parole que la Confession imprimée à Genève lui avait été remise entre les mains par Cyrille, et qu'elle était écrite de sa main , quoique dans le témoignage qu'on cite de lui à la tête de lédilion de Genève, on ne peut le reconnaître comme aud>assadeur, mais simplement comme particulier. Car il esta remarquer qu'il n'a jamais donné d'acte auliientique, par lequel il ait assuré que cette Confession élail de Cyrille, et encore moins qu'elle fût la la créance commimc de l'église grecque; et s'ill'avait fait, il aurait publiquement rendu un faux témoignage. Troisièmement, nous croyons avec raison (lue pour faire considérer un ambassadeur comme une pers(mno publique , dont le témoignage doive être reçu , il faut que ce soit dans des choses qui peuvent regarder son ministère. Or la plupart de celles dans lesquelles on cite M. Haga , ne regardaient ancnnemenl ses fonctions d'ambassadeur, mais plutôt celles d'un minisuo et d'un convertisseur , outre qu'elles étaient purement ecclésiastiques. H a , dit-on , assuré et écrit plusieurs fois, qu'il y avait à peine un niclroj)olit;!in ou un évêquequi ne fût prêt à sacrifier ses biens et sa vie pour Cyrille , et pour soutenir sa Confession. Son ciractcre ne rendra pas croyable un fait qui s'est trouvé faux à un tel point, que la même année que mourut Cyrille il n'en jiarut pas un seul qui prît sa défense ou celle de sa Confession. Si ces évêques en nondjre considérable avaient mis par écrit une pareille déclaration , et qu'ils l'eussent présentée à M. Ilaga ; qu'il l'eût légalisée , en cerliliaut que l'acte, lui avait été mis entre les mains par ces évêques , et qu'il les connaissait , on aurait tort de le révoquer en doute : c'est aussi ce qu'a fait M. de Nointcl. 11 n'* pas donné des attestations de son chef; il a reçu celles que les Grecs lui présentèrent, il a certifié (pio les actes étaient véritables , et les personnes connues. . Mais lorsqu'un ambassadeur enlrei rend de dogmatiser, et qu'il se rend garant de tout ce qu'un fourbe lui dit en confidence , il n'est pas plus croyable que le moindre particulier, surtout quand on sait d'ailleurs par des prcuvzs incontestables qu'il a été trompé.

A l'égard du ministre Léger, son témoignage n'est pas pins croyable que celui d'un calviniste outré , l'ui parle dans sa propre cause. Il a cru tout ce que

Cyrille lui disait ou lui écrivait, et comme on l'a fait voir en plusieurs articles , par ses seules lettres on reconnaît la fausseté de presque tous les faits qui ont rapport à la vie de cet imposteur. Sans cela même , puisque les callioliques sont suspects, et que les calvinistes ne veulent pas recevoir leurs témoignages , ils ne peuvent prétendre que nous recevions ceux de Léger et des autres ministres, qui, étant parties , ne peuvent être reçus comme témoins dans leur propre cause. Cependant nous n'avons pas besoin de cette défense, puisque les Grecs eux-mêmes détruisent suffisamment tout ce qu'il a dit. Mais pourquoi ne le cile-t-on que sur la sainteté, le désintéressement, et le zèle de Cyrille à soutenir publiquement sa confession? On a sans doute ses lettres, et on ne fera croire à personne que pendant un assez long séjour à Constantinople , il n'a rien écrit de tout le reste , qu'il n'ait pas parlé de sa dispute avec Coressius, qui n'agissait pas comme simple particulier, mais comme lliéologien délégué par l'église de Constantinople , ni de beaucoup d'autres semblables faits. On a tout sujet de croire que si ces lettres paraissaient , on y découvrirait bien des mystères , qui ne feraient pas d'honneur à Cyrille , ni à ses panégyristes.

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