CHAPITRE VI
On fail voir par des preuves de fait cerlaines el incontestables que la Confession de Cyrille a été rejetée et condamnée par l'église grecque en corps, et par tous tes théologiens grecs qui ont été depuis Cyrtlle jusqu'à ce tanps-ci.
Si on demande aux calvinistes quelles preuves ils ont que la Confession de Cyrille soit celle de l'église grecque ou oiienlaie , ainsi (lu'il l'a assuré dans son lilrc et dans son exorde , ils n'en peuvent apporter d'autre que celle dont ils fatiguent le public depuis soixante-dix ans, qui est que Cyrille l'a ainsi assuré, et qu'on ne peut douter sans injustice de la vérité de cette pièce, iiuisque M. Haga avait cerlifié qu'il l'avait en original, écrite de la main de l'auteur. Il s'ensuit uniquement qu'elle est véritablement de Cyrille , ce qui d'abord avait paru incroyable aux personnes les plus éclairées , parce qu'on ne pouvait comprendre qu'un bonmie qui vivait publiquement dans la communion des Grecs, et qui était à la télé de leur église, eût pn abandonner la religion de ses pères , par une déclaration particulière donnée à des hérétiques , et continuer à pratiquer ce qu'il y avait condamné. On avait aussi peine à comprendre qu'un homme d'nnc capacité médiocre, et encore moins un patriarche de Constanlinople, eût pu être assez ignorant pour s'imaginer que les Grecs crussent ce qu'il leur attribuait , ou assez effronté pour leur attribuer une créance entièrement contraire à la leur, par une imposture si grossière, que les plus simples laïques étaient capables de la découvrir. Ce doute n'était donc pas sans fondement , et les certificats de M. Haga ont servi à l'éclaircir, ce qu'ont fait pareillement les lettres de Cyrille et de Léger , en prouvant que la Confession était véritablement l'ouvrage de celui dont elle portait le nom. On ne dispute plus présentement de ce fait ; mais il ne sert en façon quelcoique à prouver que la créance de l'église grecque y fût représentée fidèlement. Cyrille l'a assuré; et son écrit est attesté par l'ambassadeur de Hollande et par un ministre du S. Évangile. Tout ce que cela prouve, est que Cyrille était convaincu par sa propre signature d'être un calomniateur et un imposteur ; et que ceux qui se ren dirent garants envers le public d'une si grossière imposture, en faisant les éloges de la pièce cl de l'auleur , étaient bien simples, s'ils croyaient sur sa parole, un fait dont ils reconnaissaient la fausseté, entrant seulemenl dans une église de Grecs durant le "; service ; ou qu'ils n'étaient pas moins coupables qup l'imposteur, s'ils dissimulaient la vérité.
Que les calvinistes examinent tout ce que leurs écrivains ont dit sur celte matière depuis tant d'années , ils n'y trouveront pas d'autres preuves que celles-là , si on les peut appeler des preuves. Il est inutile de faire valoir tous les éloges qu'ils ont fail de Cyrille comme d'iui saint el comme d'un martyr; toutes ces fausses louanges qu'il ne méritait pas , seraient effacées par un crime aussi noir que celui de son impos-
ture. Ce n'est pas de M. Haga ni de Léger que nous a[>prendrons ce que croit l'église grecque , surtout après les déclarations si expresses qu'elle a faites dés le vivant de Cyrille , et depuis sa mort, de l'horreur qu'elle avait de la doctrine qu'il lui avait imputée si faussement.
I. Pour ne parler que de ce qui s'est passé du temps de Cyrille, nous apprenons par le témoignage de Neclarius, patriarche de Jérusalem, que Coressiiis fut député par l'église de Conbtantincpie pour disputer avec Léger , et que les conférences furent mises par écrit; fait sur lequel les calvinistes ont gardé un pro fond silence. Cependant il suffit seul pour les confon dre sur ce qu'ils ont prétendu attribuer à toute l'église d'Orient les sentiments particuliers de Cyrille. Car elle n'aurait pas chargé un théologien de la défendre contre un ministre calviniste , si elle eût été d'accord avec ceux de celle secte ; et par ce que dit Nectarius, autant que par quelques endroits des lettres de Cyrille, on reconnaît qu'.Is n'étaient d'accord sur aucun des articles controversés; au lieu que la Confession s'accorde parfaitement avec celle de Genève.
II. Presque en même temps Grégoire protosyncelle fit imprimer son Abrégé de la doctrine cbrélienne, composé sur les mémoires de Coressius, son maître , et qui fut approuvé non seulement par lui, mais par tous les Grecs, en 1655, deux ans après l'impression de la confession de Cyrille, à laquelle il est absolument contraire. Cependant les Grecs ont toujours regardé Grégoire comme orthodoxe, et Cyrille, qui ne l'osa jamais censurer, à été condamné comme héré« tique ; par conséquent sa Confession était faussement allribnén aux Grecs.
III. En 1058, la même année que Cyrille mourut, elle fut condamnée dans le synode tenu par Cyrille de Berroéc , et en IG42 par un autre tenu sons Parthénius-le-Vieux. L'année suivante la Confession orthodoxe fut approuvée par le même patriarche , et par les irois autres de l'église grecque, qui, reconnaissant ainsi que la doctrine qui y était expliquée était celle qu'ils recevaient seule comme orthodoxe, condamnaient par une conséquence nécessaire celle de Cyrille, à laquelle ils l'opposèrenl.
IV. Mélèce Syrigus qui fut chargé par le synode de Moldavie, confirmé par celui de Constanlinople dont nous venons de parler , de donner la dernière main à cette Confession, dressée d'abord par Pierre Mohila , métropolitain de Kiovie, eut aussi commission de travailler à réfuter celle de Cyrille , ce qu'il fil par un ouvrage très-solide que nous avons cité plusieurs fois. Ainsi, en moins de cinq ans, elle fut condamnée et réfutée par deux sentences synodales, une Confession tout opposée, el un ouvrage théologique. Diral-on que les Grecs eussent changé de sentiment en un espace aussi court que celui qui s'écoula depuis la mort de Cyrille Lucar, jusqu'au synode de Cyrille de Berroée ? Les Grecs n'en conviennent pas, et iJ n'y aurait rien de plus absurde que celle imagination.
SI7 LIV. YllI. EXAMEN DE L'HISTOIRE DE
Donc puisque ces synodes, la Confession orlliodoxe , el la lîclutalion de Syrigus coniballent la créance de Cyrille, elle ne pouvait èlre reçue dans Tcglise grecque comme la foi commune de tout TOrienl.
V. Dans le lemps même que Parlliénius-le-Vieux tenait le siège de Conslanlinople , Jean Caryopliylle, qui avait répandu quelques écrits conformes à celle Confession calviniste , fut cité et obligé de se rctracler.
VI. 11 ne se trouve aucun fait remarquable depuis ce temps-là jusqu'à l'ambassade de M. de Noinicl, qui obtint des Grecs et des autres Orientaux plusieurs attestions et expositions de foi entièrement opposées à la Confession de Cyrille.
YJl. En 1672 , à l'occasion du synode tenu en Jérusalem pour la dédicace de la nouvelle église de Belhléem, les Grecs furent consultés par M. deNointel. Dosiibée. patriarche, dressa les décrets, et y ajouta un discours qui contient j.lusieurs circonstances parliculières loucliant la Confession de Cyrille, qui y est condamnée comme calviniste.
Mil. La môme année, Neclarius, son prédécesseur dans le siège patriarcal , qui , ayant abdiqué , avait assisté et souscrit à ce synode, écrivit la lettre, imprimée depuis peu, aux religieux du Mont-Sina, dans laquelle , après avoir réfuté les calomnies du niiuisire Claude contre les Grecs, il rejette la Confession de Cyrille, et assure que c'est dans les décrets et les auteurs que nous avons nommés, qu'il faut apprendre la créance de l'église grecque.
IX. Dosiibée fit imprimer en 1682 le traité de Neclarius contre la prim .uté du pape, dans lequel il enseigne la iranshubslanliation et d'autres articles condaiwiés par Cyrille.
X. L'année suivante le même Dosiibée fit imprimer, en Moldavie, les œuvres de Siméon deTbessalonique, que les Grecs estiment autant qu'aucun ibéologieu des derniers temps. On n'y trouve rien qui puisse s'accorder avec la Confession de Cyrille.
XI. Jean Caryopbylle ayant , au bout de quarantequatre ans, renouvelé les erreurs qu'il avait élé obligé de condamner, fut cité devant Calllnique , patriarche de Conslanlinople, en 1691 , et ses écrits , dans lesquels, conformément à la doctrine de Cyrille, il rejetait la transsubstantiation, furent condamnés par une sentence synodale publiée aussi depuis peu.
XII. Enfin Dosiibée, qui se trouva présent à ce synode , réfuta aussi Caryophylle par un écrit particulier ; et pour montrer que l'église grecque n'avait pas varia depuis le synode de Jérusalem , il fit imprimer en 1090 à Bucharest en V;ilacbie , l'écrit qui fut appnouvé synodalemenl sous le litre de : Bouclier de la foi orthodoxe, en lui donnant celui ^ EnchAridion ou de Manuel, y ajoutant plusieurs passages et autorités dont il fortifie tout ce qu'il avait dit contre Cyrille el sa Confession.
XUl. Nous ne parlons pas des oarliculiers qui peuvent avoir écrit .sur la même matière , et dont les livres ne nous sont pas encore connus ; mais on en a
imprimé quelques-uns en Moldavie et en Valaebie , conformes à ceux-là dans les arlicles de l'Encbarislie , des sept sacrements , et des autres rejelés par la Confession de Cyrille et reçus dans l'église grecque On ne doit pas oublier ce qu'en a écrit Panaiolti dans sa lettre à M. de Nointel , ainsi que quelques autres dont les paroles sont rapportées dans la Perpétuité de la foi.
On demande à toute personne non préoccupée si le témoignage obscur cl embarrassé de M. Ilaga , celui de Léger , les brutalités de Hottingcr et la doucereuse témérité de M. Claude, peuvent donner la moindre atteinte à de telles preuves , qui sont d'autant plus authentiques que les catholiques n'ont eu aucune part à tous ces actes, excepté au synode de Jérusalem ; et ce fut même seulement en proposant les questions au patriarche Dosithèe, el le laissant faire. Que si ce seul motif a pu paraître suffisant , non pas à celui qui l'a fait imprimer il y a deux ans avec des commentaires dont on croit avoir assez découvert l'ignorance , la fausseté et le ridicule, mais à des calvinistes plus sérieux , pour rendre ce synode suspect , Dosithèe y a remédié en le faisant imprimer lui-même, sous le titre nouveau de Manuel contre les luthériens et tes calvinistes.
Il faut aussi remarquer que la Confession de Cirylle fut contredite et attaquée par les Grecs dès qu'ils en eurent connaissance ; qu'aussitôt qu'ils furent délivrés de cet apostat, ils la condamnèrent dans la forme la plus solennelle , el que ces censures et ce qui a été écrit pour les défendre conformément à la doctrine qu'elles exposent, n'ont pas reçu la moindre atteinte depuis soixante-dix ans; mais qu'au contraire elles sont encore considérées comme la règle unique de la foi parmi les Grecs.
On avait cité M. Claude dès le commencement de la dispute sur la Perpétuité, les décrets des synodes sous Cyrille de Berroèe cl sous Parthénius-le-Vieux ; il les a traités de prétendus synodes ; mais outre que les luthériens les reçoivent comme véritables, il n'a jamais pu dire une raison supportable qui pût les rendre douteux. Sera-ce à Zurich, à Charenton el à Londres, qu'on jugera de pareilles questions, ou à Conslanlinople? On a fait voir que ces acles étaient hors d'alleinte, et que toutes les objections des calvinistes pour les attaquer étaient frivoles et inutiles. Ainsi on se contentera d'ajouter ici que Dosithèe, qui mérite pins de créance que M. Claude et que M. Smith, les a crus si véritables cl d'une si grande aulorité, qu'il les a insérés entiers dans le synode de Jérusalem el ensuite dans son Enchiridion, après les avoir tirés des archives de la grande église. Tout ce que M. Smith a dit de son côté contre Syrigus , la Confession orthodoxe el d'autres pièces, a élé suffisamment réfuté.
Voilà donc celle Confession que Cyrille, par une iniDudence outrée, donna comme celle de toute l'église grecque, comballue d'abord qu'elle paraît, dé.savouée avec serinent par son auteur, fait duquel oa
lie peut douter, p!ii!.qMe tous les Grecs le certifient, Cl qu'en cela ils ne dirent rien qui ne s'accorde avec riiistoire de ce lemps-Ià; condamnée par deux jugement synodaux ; réfutée par un lliéologien qui est cliargé de ce travail pur une délibération publique ; détruite par une Confession toute contraire, que toute réglise d'Orient approuve ; condamnée ensuite par le synode de Jérusalem, sans qu'il y ait eu aucune révotaiion de toutes ces sentences. C'est-là cependant la seule pièce sur laquelle M. Claude et M. Smitli prétendent qu'on doit. juger de la véritable créance des Grecs.
On ne doit pas non plus omettre que les actes et les écrits par lesquels on prouve que celte Confession n'est pas celle de l'église grecque, sont revêtus de toutes les formi's nécessaires ; et on prétendra les détruire par des lettres de M. llaga, ou du ministre Léger, pour établir la vérité d'une pièce informe, comme nous le ferons voir dans la suite ! La vérité n'est pas si longtemps à être éclaircie, et nonobstant l'autorité de Cyrille, on recoimut pres(iue aussitôt ses lourberies. Pourqu li donc depuis si bmglemps ne s'esl-il pas trouvé un Grec qui ait rendu jusiice à re marlyr des calvinistes? Une paraît pas néanmoins qu'il y en ait eu un seul dans la Grèce qui ait enlrcjtris de justifier sa mémoire d'un rcprocbe aussi odieux que celui d'bérésio, pas même ceux qui sont tombés dans les mêmes erreurs, comme Tliéopbile Corydale et Jean Cai7opliyllc. Le vayvode de Moldavie Basile fit imprimer le synode de 1642. Panaiotti a fait imprimer deux fois , à la prière des patriarches , la Confession orlliodoxe; Dosilhée a imprimé les décrets des deux premiers synodes avec ceux de Jérusalem. On ne trouvera pas cependant que jamais les Grecs aient fait imprimer la Confession de Cyrille; c'est donc encore une nouvelle i>reuve qu'elle ne conlicnl pas la véritable créance de l'église grecque.
Nous prions les calvinistes de satisfaire, s'ils le peuvent, à tontes ces preuves par des réponses précises et de fait, sans conjectures, sans raisonnements, d'autant plus qu'ils peuvent assez reconnaître que tous ceux de M. Claude et de M. Smith ne peuvent servir de rien contre le lémoignagc de toule la Grèce. Que si nous avons prouvé, corrune nous croyons l'avoir fait, que la Conlession de Cyrille est •entièrement contraire à ce que croit et praiique l'église oricnlale, on défie ses panégyrislcs de lo justifier d'avoir élé coupable d'une imposture la plus infâme ■et la plus atroce dont il y ait mémoire parmi les liomines.