CHAPITRE lY
Suite de l'examen des objections de M. Smith touchant le défaut de publication delà Confession de Cyrille^ marquée par le synode de Jérusalem.
Le livre de M. Smith, et particulièrement en ce qui regarde la vie et le martyre de Cyrille Lucar, est assez court ; cependant quoiqu'un pareil ouvrage n'admette guère des déclamations, elles y sont aussi fréquentes que les bonnes raisons y sont rares. C'est aussi par un pareil tour qu'il croit répondre à un argument aussi solide que celui de Dosithée, rapporté dans les chapitres précédents. Ce patriarche à la tête de son synode soutenait, comme il l'a fait depuis dans son Enchiridion, que la Confession de Cyrille n'avait jamais élé publiée dans l'église d'Orient, ni avouée publiquement par celui dentelle portait le nom. Cela paraît siimpertinent et si pitoyable à M. Smith, qu'il ne daigne pas, dit-il y répondre. II est pressé par les homélies qu'on lui cite, et qui détruisent cette Confession ; il répond qu'on a pu les altérer. Enfin comme ce ne sont pas là des raisons ni des réponses, lorsqu'on croit qu'il en va donner de bonnes ou de mauvaises, les figures de rhétorique viennent au secours.
Voici donc comme il s'y prend : Qui ne s étonnera pas, dit-il, de celte effronterie? Comme si des choses qui se sont passées devant mille et mille témoins durant plusieurs années n'étaient que des songes et des impostures (1). C'est un des plus grands défauts dans un discours sérieux , soit pour accuser, soit pour défendre, que de dire avec beaucoup d'ostentation et avec em-
(I) At ad vecordiam hancquis.non obstupescit, quasi res coram mille millenis lestibus per piures aunos transactœ mera csgent sonrnia et impostur»,
LIV. IX. CONFESSION DE CYRILLE, S\ PUBLICATION ET SA RECONNAISSANCE. 546
faussaires ot d'imposteurs, que de nier publiquement
phase ce que notre adversaire peut rétorquer avec autant et plus de raison contre nous. Si on mettait CCS paroles dans la bouche de Dosithée et des autres Grecs qui ont soutenu, et qui soutiennent encore, que jamais Cyrille n'a publié sa Confession dans les églises
Iqui lui étaient soumises, et qu'il n'est jamais convenu devant son clergé qu'elle fût de lui, la figure aurait encore plus de force. Il est donc incompréhensible que M. Smith ait cru en pouvoir tirer quelque avantage. On demeure d'accord qu'il faut avoir perdu l'esprit pour traiter de songes et de fables ce qui s'est passé devant mille et mille témoins : mais on lui demandera en même temps s'il en a pu citer, non pas des milliers , mais un seul irréprochable , qui confirmât les fables inventées par les calvinistes touchant la Confession de Cyrille, et s'il en a pu trouver un seul qui dise le contraire de ce que les Grecs ont assuré dans le synode de Jérusalem et partout ailleurs.
Il ne s'agit pas de la pièce en elle-même, ni si elle est orthodoxe selon les Grecs; ils n'ont jamais varié sur ce sujet, et ils assurent tous qu'elle est hérétique; mais il s'agit de la publication et de la reconnaissance qu'il prétend que Cyrille en a faite. Quand il la donna d'abord en latin , le fit-il devant plusieurs témoins, puisqu'on n'en peut pas nommer un seul? Trouve-t-on quelque acte par lequel il paraisse qu'il la fit traduire pour la communiquer à ceux qui n'entendaient pas le latin? S'il y a eu des témoins , il n'y en a pas eu d'autres que M, Ilaga et son ministre, et ce ne sont pas des milliers de témoins. Lorsqu'il l'eut mise en grec, et qu'elle eut été envoyée à Genève pour y être imprimée, ce ne fut pas après l'avoir communiquée à son synode , ni même avec d'autres évêques ; elle ne fut, comme on a dit plusieurs fois, ni enregistrée ni contre-signée ; ce fut une copie toute de sa main. M. Smith dira-t-il que cela fut fait devant des milliers de témoins, puisque toute l'assurance que purent donner les Genevois qu'elle était de Cyrille , fut de faire dire par l'imprimeur, que M. Ilaga assurait qu'il avait reçu l'original de la main de l'auteur, ce que cet ambassadeur n'a osé certifier par aucun acte public ? Il faut donc pour composer ces milliers de témoins faire passer pour tels Rivet et tous les autres ministres calvinistes, qui, sur le témoignage de M. Haga et de Léger, ont assuré que Cyrille avait publié cette Confession ; qu'il avait déclaré courageusement qu'il la reconnaissait pour véritable , et comme son ouvrage ; qu'on y joigne Ilottinger et tous les Suisses, enfin ceux qui ont cru de même ce que M. Claude a écrit; on aura des milliers de personnes grossièrement abusées, mais pas un seul témoin. Car de tout ce grand nombre il n'y a eu que M. Haga et le minisire Léger qui aient pu témoigner que Cyrille leur a mis entre les mains sa Confession, ce qu'on croit présentement sans difficulté. Mais lorsqu'il niait publiquement , et prenant Dieu à témoin , qu'elle fût de lui, était-on obligé de les croire, et même trouve-on qu'ils se missent en peine de se justifier d'une accusation qui leur devait être fort sensible, puisque c'était les traiter de
ce qu on avait mis sur leur parole dans la préface de l'édition de Genève?
Ces milliers de témoins se réduisent donc à un seul, et même , comme il a été remarqué , ce seul témoin, qui est M. Haga et son ministre , qui ne doivent être comptés que pour un, ne disent rien, sinon que Cyrille avait donné cette Confession et qu'il en était l'auteur; mais ils ne détruisent pas ce que les Grecs disent, et qu'ils prouvent, que jamais elle n'a été communiquée ni publiée dans les formes. Un fait de cette nature ne se prouve pas par témoins , mais par des actes, et la dispute était finie , si on eût pu produire un extrait authentique du codex ou registre de la grande église, par lequel il parût que la Confession y avait été insérée. 11 fallait aussi produire une copie authentique, contre-signée par quelque officier de l'église de Constantinople, dans laquelle la Confession fût transcrite, et que, selon la coutume, il y eût au bas une attestation de l'enregistrement. S'il y avait eu une assemblée des métropolitains, des évêques et des autres du clergé , auxquels Cyrille l'eût communiquée, et qu'il leur eût demandé leur consentement et leur approbation, ils l'auraient donnée en la souscrivant de même qu'ils firent à l'égard des décrets des deux synodes qui la condamnèrent, et le tout aurait été enregistré comme il le devait être, à peine de nullité. C'était de tels actes qu'il fallait produire ; les calvinistes n'en peuvent alléguer aucun, et les Grecs, après avoir consulté les registres de leur église, assurent que jamais il ne s'y est trouvé rien de semblable. Ce défaut ne peut être suppléé par cent mille témoins, qui ne seraient pas seulement écoutés quand ils diraient le contraire , surtout dans un fait dont la fausseté se découvre par la nature même de la chose. Car il n'est pas possible que dans le même registre on trouve insérée une Confession qui est condamnée comme hérétique et blasphématoire avec les décrets synodaux qui la condamnent. Si elle y avait été mise par surprise, elle en aurait été ôtée, et les Grecs eu auraieiU eu quelque mémoire, au lieu qu'il ne s'en trouve pas la moindre mention.
M. Smith n'oppose rien à ces raisons, qui sont démonstratives, sinon d'abord celle-ci , que Cyrille n'a pas eu honte d'avoir publié sa Confession, parce qu'il l'a reconnue et soutenue jusqu'à la mort, et sur cela il Iiiit le portrait du monde le plus ridicule des dispositions de ce malheureux apostat : Sine omni tnelu, imà von sine quàpiam modcslâ exultatione , et placido gesticnlis animi sensu , paroles si élégantes, qu'il est difficile d'en comprendre le sens, et encore moins de les traduire. S'il n'avait aucune crainte de se déclarer calviniste , pourquoi fut-il si longtemps à produire cette Confession, puisqu'il ne la donna qu'au bout do quelques années après avoir été éclairé parce ministre Transylvain, qui le convertit sur le culte des images? ce qui ne l'empêcha pas de fulminer tous les ans les anatlièmes contenus dans le Triodion contre les iconoclastes. Pourquoi la donna-t-il d'abord en latin?
Pourquoi lorsqu'il la nul en grec, ne la mit-il pas dans la forme qu'il savait bien êlre nécessaire , afin de trouver créance parmi ceux de sa nation ?
Il parut assez qu'il n'élail pas exempt de crainte , puisqu'il prit tant de précautions afin qu'on ne pût le convaincre d'en êlre l'auteur, et qu'il la désavoua tant de fois, ce que Syrigus , Parlhcniiis de Burse et plusieurs autres qui l'avaient vu ont assuré, et ils sont plus croyables que 31. Ilagn et le ministic Léger. Que signifie cette joie modeste, et cette douce satisfaction de lui-même, après avoir publié cette Confession , puisqu'on démontre qu'elle n'a jamais été publiée que par l'impression de Genève? S'il était aussi content qu'on nous le veut persuader de cet ouvrage , pourquoi ne voulut-il pas le légaliser lorsqu'il en l'ut pressé par les lettres de Diodati ? Ou peut donc juger si ce que dit M. Smitli est une réponse , et s'il satisfait à la moindre des difficultés qu'il était obligé de résoudre. Il ne fallait pas perdre du temps et des paroles à décrire l'intrépidité et la satisfaction qu'eut Cyrille quand il eut publié sa Confession , il fallait prouver qu'elle eût été publiée dans les églises de Grèce, et non pas à Genève ni chez l'ambassadeur de Hollande, et c'est ce que M. Smith n'a pas fait, et ce que ni lui ni personne ne saurait faire.
Mais il /'a défendue jusryw'à la mort , et il aurait été bien malheureux si , pouvant éviter tous les maux qu'il a soufferts en désavouant un ouvrage supposé, il a mieux aimé noircir sa réputation d'un crime auquel il n'avait point de part, cl mourir par la main du bourreau. Ce sont là encore des déclamations propres à tromper des igtîorauts disposés à croire aveuglément tout ce que disent les ministres. Car elles tendent à faire croire que Cyrille n'a souffert la mort que parce qu'il n'a pas voulu désavouer sa Confession, en quoi il y a deux faussetés insigiics remarquées par les Grecs. Car premièrement il n'a jamais été accusé juridiqueiîient et dans les formes canoniques d'avoir fait cette Confession , ni d'avoir renoncé à la foi de son église pour professer le calvinisme. Il en était accusé seciètcnient , les soupçons étaient violents et presque convaincants; mais il n'y avait pas de preuves suffisantes contre lui, et il niait tout. Quoique la plupart des Grecs souhaitassent sa déposition, parce qu'ils étaient persuadés qu'il était hérétique , jamais ce motif ne fut allégué ; mais ses concussions , les violences et la tyrannie avec laquelle il gouvernait l'église grecque.
Il ne se trouvera donc jamais qu'il eût pu éviter l'exil, la déposition et la mort en désavouant sa Confession, puisqu'il n'y eut sur ce sujet aucun jugement canonique, et qu'il fut traité connne il avait traité les autres, étant chassé par l'autorité absolue des Turcs. Les Grecs témoignent tous que non seulement il la désavoua plusieurs fois, mais encore qu'il confirma ce désaveu par plusieurs serments , qu'on doit regarder comme autant de parjures. La seule fermeté qu'il eut , fut qu'étant prijssé de la réfuter ou de la condamner par écrit, ji .'excusa de le faire, ce qui nug-
TOUCÎIANT L'EUCH.\RISTIE.
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menla les soupçons qu'on avait déjà contre lui. Do plus , sa conduite , les sacrements qu'il célébrait , l'exercice de sa puissance patriarcale étaient un désaveu formel et continuel de sa Confession, plus significatif et moins équivoque que tout ce qu'il avait pu dire en secret à ses confidents. Les Turcs le firent mourir, non pas comme calviniste, mais comme séditieux. Ce fut peut-être une colomnle, et cela ne fait rien au sujet ; mais c'est une imagination que de supposer que le calvinisme et la Confession entrassent dans les motifs que les Turcs eurent pour le condamner à mort.
Après cela M. Smith tire une conséquence que d'autres ont aussi tirée , de ce que les Grecs ont déclaié plusieurs fois qu'ils n'avaient connu Cyrille que comme orthodoxe , et qui tend à faire croire qu'ils ont ainsi approuvé sa Confession. Cela pourrait avoir quelque vraisemblance, si en même temps :Js l'avaient approuvée, au lieu qu'on ne |)eut pas douter qu'ils ne l'aient condamnée, et qu'ils ne la condamnent encore. Ainsi cette prétendue justification qu'ils l'ont de Cyrille, n'est que dans la supposition qu'il n'en était pas l'auteur, et elle ne regarde proprement que la profession extérieure de la religion grecque, dans laquelle ils l'avaient toujours vu vivre. 11 est aisé de reconnaître que tout ce qu'on lit sur ce sujet dans le synode de Jérusalem ne signifie pas autre chose , et il serait inutile de s'étendre sur cet article.
M. Smith avoue que la dernière objection , qui est que Cyrille n'a pas communiqué sa Confession à son clergé , a quelque vraisemblance , et que c'est aussi sur quoi Grolius insiste assez fortement. Mais il fallait plutôt convenir de bonne foi que c'est une raison sans réplique, et qui renverse tout le système fabuleux des calvinistes sur toute cette matière. Car il s'ensuit que Cyrille était coupable d'une imposture pleine de calomnie et d'impiété ; puisque dans l'exorde il eut la hardiesse de dire qu'il donnait cette Confession au nom de tous , ce qui était faux dès qu'on reconnaît, 1° qu'il ne l'avait pas coinmuniquée à son clergé; 2° qu'il ne l'avait jamais donnée dans les formes , ni Ijubliéc ; 5" que les cvêqnes et auti-es de son clergé n'en ayant eu par lui aucune connaissance , ne pouvaient pas l'avoir appiouvée , comme les calvinistes supposent; 4° qu'elle n'est pas la Confession de l'église orientale.
A cela, dit M. Smith, nous trouvons une juste réponse dans les lettres de M. ihuja (1). Il lui fait faire assurément bien des personnages, dont aucun ne lui convenait. On remarque que cette Confession n'a rien • qui ressemble à la doctrine communément reçue dans { l'égiisc grecque, assez connue d'ailleurs, et ce fut la ' première raison de la croire fausse, cela regardait les théologiens. On fait paraître M. Ilaga qui assure qu'elle est véritable , et qui leur impose silence. Oa cita des Grecs qui la rejetaient , et qui niaient avec raison que leur église crût rien de semblable ; cola
(1) Justam responsioniin suppcditant e«dern 1 Llerx' Cornclii D. de Uaga, p. 118.
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les louchait pariiculièrement , et ils devaient être crus sur leurs propres affaires. M. Haga a dit le contraire, il le faut croire, il en sait plus (lu'eux. On objecte que cette pièce était informe, qu'elle n'était pas dans les registres, qu'aucun officier ne l'avait contrcsi,!.;iiée , et on marque en délai! tous les déiauls rapp.iités ci-dessus. M. Haga supplée à loul, car on ne piiiivait pas nier qu'elle ne fût dénuée de tous ces caractères d'aullienlicilé. Le voilà donc théologien, censeur d'une Confession de fui , plus Grec que les Grecs mèines ; il renferme en lui tous les pouvoirs et toutes les fonctions des évc(pies et des officiers de la grande <• 'sc; enfin des lettres qu'il écrit à Genève, et qui i, ;il jamais été produites que par extrait, donnent la fdiiiic et l'authenlicilé à une pièce qui n'en avait p<,int.
Mais le dernier personnage est encore plus ridicule. Lfs calvinistes ne peuvent nier que la Confession n'ait été faite , comme leur reprochait Grolius , sans [..Uiarches, sans métropolitains et sans évoques. M. Smilh l'avoue et il appelle à son secours M. Haga, qi'.i doit, selon lui, tenir lieu d'un synode d'évéqucs, ci suppléer encore à ce défaut si essentiel, que c'est en cela seul que consiste la différence totale d'une pièce authentique, et qui devait faire foi par toute la tC!je,ou d'une furtive et supposée qui devait être traitée avec mépris et rejetée avec horreur. Car les ai'.ircs conditions peuvent quelquefois être omises et suppléées dans la suite, comme l'enregistrement , qui ne se fait pas toujours dans le même temps ; l'absence ou la mort d'un officier de l'église peut empêcher qu'il ne transcrive un acte ; les changements fréquents de patriarches , et les troubles si ordinaires parmi le clergé de Conslanlinople peuvent faire qu'un registre ne se trouve plus. Mais il est impossible qu'une Confession de foi à laquelle toute une église a intérêt puisse être certifiée comme véritable, lorsqu'aucun de ceux qui y tiennent les premières places n'en a ouï parler, et qu'elle n'a pas été examinée synodalemenl. Il n'y a personne qui ne soit frappé d'une objection de celte importance. ?*!. Smilh avoue qu'elle a quelque vraisemblance, et c'est ainsi qu'il appelle ce que Grolius et les luthériens, aussi bien que les catholiques, prétendent être une démonstration évidente de la fourbe criminelle de Cyrille, et de la fausseté de sa Confession. Mais M. Haga nous fournit une juste réponse, m M. Smilh.
On attend après des paroles si pleines de confiance qu'il va produire un témoignage solennel de cet ambassadeur, par lequel il certifie que le révérendissimc patriarche Cyrille, à tel jour de tel mois et de telle année, en ici lieu, a assemblé tels et tels métropolitains et évêquesj avec tels officiers de la grande église; qu'il a fait lire publiquement dans l'assemblée la Confession qui porte son nom, et que tous l'ont approuvée d'un consentement unanime, comme exposant fidèlement la créance de l'église grecque, répandue par tout l'Orient. C'était ce que devait témoigner M. Ilaga, et ce ^u'il n'a pas fait, parce qu'il était apparemment assez
homme d'honneur, pour ne pas vouloir attester une fausseté dont la conviction eût élé manifeste. Il est donc constant qu'il n'a pas donné de pareil acte; s'il l'avait fait, il se serait couvert de confusion, et les Grecs n'y auraient pas eu plus d'égard (juc les catholiques ; car il n'avait pas plus de droit à certifier ce qui s'était passé dans l'église grecque, que le patriarche de Conslanlinople en aurait eu de certifier aux états-généraux, qu'on avait prêché chez cet ambassadeur une doctrine contraire à celle du synode de Dordrecht , qui était alors à la mode.
On aurait pu aussi tourner le certificat d'une autre manière , en faisant dire à cet ambassadeur que Cyrille, voulant assembler son synode, selon la coutume, pour y publier sa Confession avec le consentement de son clergé, n'avait pu le faire , à cause de divers empêchements légitimes, et que, pour suppléer à ce défaut, il l'avait communiquée à plusieurs métropolitains et évêques, qui l'avaient pareillement approuvée; et comme des approbations verbales ne suffisent pas en pareilles matières, ils l'avaient signée, et qu'il avait vu les signatures. Un pareil acte aurait eu plus d'autorité en ces pays-ci , quoiqu'il eût pu être sujet à contestation, puisque ce n'est pas une fonction d'ambassadeur que de certifier des faits purement ecclésiastiques , mais il pouvait légaliser et certifier des actes qui lui auraient élé représentés, et il n'a jamais clé fait mention d'aucun acte semblable, souscrit pai ceux qui représentent l'assemblée synodale du patriarche de Constaulinople.
Ce qui est donc le plus extraordinaire et sans exemple, est qu'on prétende établir des faits aussi importants sur des lettres missives de M. Haga, qui même n'ont jamais été produites, mais citées en termes généraux par l'imprimeur de Genève, par Hollinger et par M Smilh. Déplus c'est qu'elles ne contiennent rien de ce que nous venons de marquer, quoiqu'absolument nécessaire, afin qu'il fût vrai de dire que Cyrille avait communiqué sa Confession à son clergé dans une assemblée synodale. Car tout ce qu'elles disent est, que M. Haga assurait sur sa parole, comme le sachant bien, qu'à peine on aurait pu trouver un des métropolitains ou des prélats de l'église grecque, qui étaient alors en assez grand nombre à Conslanlinople, qui ne fût prêt de sacrifier sa vie el ses biens pour la défense de Cyrille cl de sa Confession (1).
0)\ demandera à toute personne raisonnable , si cela signifie que Cyrille ait assemblé son synode dans les fornîcs, cl qu'il y ait fait approuver sa Confession par les évêques on corps, ce qui était nécessaire à prouver. Il résulterait seulement de ce fait, s'il élail véritable, que les métropolitains et les évêques qui se trouvaient à Conslanlinople de ce temps-là, per^
(I)Vix ac ne vix quidem aliqucm islhoc tcmpore, è melropolilis c?eterisque aniislitibus grcTca? ecclesiae qui nmlli el fréquentes Constantinopoli aderant reperiri potuisse, quin se fortunas, vitam, et quidquid vilà cliarius haberi possit pro Cyrillo inquc ejusdem Confcssione luendà, si opus foreL prodigere aperio ore piolessus fuerit. . •
PERPÉTUITÉ DE L.\ FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE
suadcs en particulier par leur palriarclic, avaient témoigné qu'ils étaient prêts de soutenir celle Confession"; cl c'est ce que peuvent signifier les paroles qui se trouvent dans la lettre du moine Arsénius, dont il a déjà été parlé lorsqu'il dit que Cyrille avait assemblé un synode de brigands semblables à lui, où il l'avait fait (ippronver. Mais comme Syrigus, qui ayant été chargé par son église de la réfuter, et qui était mieux instruit que personne, non seulement ne parle point de ce synode, mais qu'il assure ainsi que celui de Jérusalem, qu'elle ne fut pas communiquée aux évêques, cela paraît beaucoup plus vraisemblable. Car outre les raisons marquées ailleurs, dont une des principales est qu'il n'est fait aucune mention de telles assemblées dans les sentences prononcées contre Cyrille , ni dans les écrits par lesquels les Grecs ont combattu sa doctrine, il n'en est pas non plus parlé dans les lettres qu'on a imprimées de lui, ni dans celles qui n'ont pas élé publiées, ni apparemment dans celles de M. Haga et du ministre Léger, puisque ceux qui les ont vues ne le marquent pas.
On reconnaît donc que le raisonnement de M. Smith est faux, puisque ce n'est pas prouver qu'une exposition de foi a élé reçue synodalement, que de dire qu'un grand nombre d'évêques étaient prêts de tout sacrifier pour la soutenir. Il ne s'agit pas d'une approbation tacite ou verbale, car elles ne peuvent donner d'aulorité à un pareil acte, mais d'une approbation solennelle et dans les formes, qui ne peut se faire que par des évêques légitimement assemblés, de la même manière que firent Cyr.lle de Berroée et Parlhenius-Ie- \ieux lors(iu'ils la condamnèrent. C'est ce que Cyrille n'a pas fait, du propre aveu de ses apologistes, qui avouent par conséquent que lorsqu'il donna sa Confession au nom de toute l'église grecque, il se rendit coupable d'une fausseté et d'une imposture qu'on ne peut justifier; et la pièce n'ayant point d'autre fondement que la fausseté cl l'imposiurc ne peut être regardée comme authentique. Quand donc ce qu'on avance si hardiment sur la parole de M. Haga serait véritable, on ne pourrait en tirer d'autres conséquences, sinon que Cyrille avait parlé en particulier à plusieurs évêques, ce qui est conforme à ce qui est rapporté en divers mémoires, desquels on apprend qu'il se donna assez de mouvement pour corrompre ceux qui lui paraissaient disposés à embrasser ses 1 nouveautés. Ils s'accordent avec le récit d'Arsénius, en ' ce qu'ils disent que Cyrille s'était engage à introduire ,..' le calvinisme dans l'église grecque, et que les HoUan- '^ dais lui devaient fournir l'argent dont il aurait besoin '. pour se maintenir dans la possession du patriarcat. H f est donc assez vraisemblable que pour abuser M. K Haga, qui, dans toute celle histoire, paraît avoir été «n homme fort crédule, il lui fit croire qu'il avait engagé dans ses sentiments plusieurs métropolitains et évêques, ce que l'aulre crut, et le manda aux Genevois et non pas à ses supérieurs; car ils ne l'avaient pas envoyé dans le Levant pour convertir les Grecs, mais pour établir leur commerce.
Ainsi ce fait roule entièrement sur la parole de cet ambassadeur, qui devait en donner quelques preuves, ou marquer au moins de bonne foi que Cyrille l'en avait assuré. C'est ce qu'on a tout sujet de croire, parce qu'il se trouve dans ses lettres quelque chose de semblable, puisqu'il y parle de certains Grecs comme disposés à embrasser la doctrine de Genève. Au moins il est très-certain que ce qu'assure M. Haga est entièrement faux, et par conséquent qu'il ne le pouvait pas savoir aussi certainement qu'on le lui fait dire. Il en devait donner quelques preuves, car il ne lui appartenait pas, ni comme personne publique, ni comme parliculier, de porter témoignage de la foi des métropolitains et des évêques, encore moins comme calviniste. S'il avait dit quelque chose de semblable du vicaire patriarcal et des religieux qui étaient alors à Constantinople, il se serait rendu ridicule. Car chacun lui aurait pu dire : // ne vous appartient pas, monsieur, de calomnier ceux que vous ne connaissez point, en répandant qu'ils approuvent une Confession qu'ils condamnent comme hérétique. Vous savez assez tous les démêlés qu'elle a suscités contre fauteur, et la guerre ouverte qui est entre nous à cette occasion. Mais quand il ntj aurait d'autre preuve de l'horreur que nous en avons, ne savez-vous pas que nous célébrons tous les jours la messe dans nos églises, et que nous pratiquons le contraire de la créance que vous nous imputez sur le faux récit de quelque imposteur?
C'était cependant la même chose : car M. Haga ou ne voyait et n'entendait que par les yeux cl les oreilles de Cyrille, ou il devait savoir que la plus grande partie du clergé grec était soulevée contre lui à cause de sa Confession, quoiqu'il l'eût désavouée publiquement, et que tous célébraient les sacrements, la Liturgie, et le reste du service de l'église grecque comuic à l'ordinaire; de so*te que si ces évêques grecs étaient persuadés de tout ce que contenait la Confession, comme on le prétend sur le témoignage de M. Haga, il faut encore supposer qu'ils faisaient tous, comme Cyrille, profession et exercice d'une religion qu'ils condamnaient dans le cœur comme superstitieuse et idoiâ- Iriquc. Or quoique ce malheureux apostat l'ait fait, ce mépris prodigieux des mystères les plus saints, et une hypocrisie aussi criminelle, ne sont pas des crimes si conmmns qu'on les puisse allribuer sans preuve à tout le clergé d'une é;;lise patriarcale.
Les Grecs disent cependant tout le contraire. Si on prélend rejeter leur témoignage, parce qu'ils étaient ennemis de Cyrille, M. Haga était son ami. Si on dit qu'ils étaient dévoués à la cour de Rome, et qu'ils trahissaient la ■foi de leur église, on dit la fausseté du monde la plus absurde, ce qu'on a prouvé ci-devant par des raisons sans réplique, que les Grecs confirment encore tous les jours. Mais les calvinistes n'étaient-ils pas aussi suspects dans une afi'aire toute de religion? La différence qu'il y a entre ces deux affirmations contraires, est que M. Haga ou ceux qui l'ont fait parler, assurent un fait inouï cl inconnu à toute i'eglisc grecque, sans preuve et sans vraisemblance j
ail lieu que les Grecs ne disent que ce qui csl conforme à i'Iiisldiic de ce lemps-là, et qui se trouve appuyé du téirioignige do. Syriijiis, de Neclarius, de Dosilliée, de !*aiiaioiii, et en un mot de (ouïe la Grèce.
^1 peine (fiiil-on dire à M. Ilaga) il se trouvait, vix <c ne vix quidem, un seul viéiropoUtain ou prélat à Constanliitople, oit ils élaîenl alors en grand nombre, qui ne fût prêt de sacrifier sa vie pour la défense de Cyrille et de sa Confession. II n'est pas possible de mettre dans ce nombre Antliiuie, Grégoire d'Amasie, Atlianase, Cyrille de Berroéeel leurs adhérents qui le firent tliasser. On n'y mellra pas non plus Coressius, Grégoire protosynceile et Syrigns, qui, avec l'appro- La;i(in et la coumiission expresse de l'église de Con .lanlinopie, écrivirent tout le contraire de ce que contenait sa Confession. Il faut encore en retranclier tous ceux qui après la mort de Cyrille, et la même amiée, approuvèrent et souscrivirent les anatliènics fulminés contre sa pers(mne et contre sa doctrine dans le synode l;înii sous Cyril'e de Berroée. On trouve qu'il y eut oiiln' lui, Méiropliane et Théophane, palriarclies d'Alexandrie et de Jérusalem, vingl-et-nn mélrojolilains nu évéques, et vingt-trois officiers de la grande église. Cependant on reconnaît que tous étaient du «ombre de ceux qui composent le synode patriarcal. Méirophane avait élé recommandé aux Anglais par Cyiille, comme un liomme bien intcntioiuié pour la bonne doctrine ; et si la Confession imprimée sous son nom est véri labié, ce n'était pas sans fondement. Il ne se trouve néanmoins parmi ces évèques, ni parmi les ofliciers, personne qui ose ouvrir la bouche en faveur de Cyi ille et de sa Confession. Aucun ne prend sa défense; el, quoique les animosilés fussent très-vives entre ses partisans et ses adversaires, pas un seul ecclésiastique n'est déposé à l'occasion d'une doctrine déclarée liéiélique; il ne paraît pas même qu'aucun ail été cité .n celle occasion, ni qu'aucun se soit rétracté, il faut donc (jne ce qu'on allègue sur la foi do M. Ilaga soil faux, ou que dans un esp;Ke aussi c^.urt que celui d'une année, et même pas enlicre, tous aient abandonné Cyrille et sa Confession, quoiqu'il n'y eût aucun risque pour leur vie à la soutenir, mais seulement celui d'être déposés ou excommuniés.
Peu après , lorsque Mélèce Syrigus fut chargé de travailler contre la Confession de Cyrille et de la réfuter, il y eut sur cela une délibération synodale, el personne ne s'y opposa ou ne prit la plume pour défendre celui pour lequel ils étaient tous prêts de mourir. Il en arrivj» de uiême quatre ans après au synode tenn sous Pai tliénius-lt-Vieux, où la mémoire de Cyrille fui éi)argnée, mais sa Confession proscrite avec snaihème, sans que personne s'y opposât. Enfin ce nétaii pas seulement toute la Grèce qui avait en horîcnr la doctrine qui y était exposée, mais les Moldaves, les Valaqnes et les Russiens. qui savaient bien les senlimeuls du clergé patriarcal, s'élevèrent contre celte Confession, et en poursuivirent la condamnation, à quoi ils ne se seraient pas hasardés, et ils n'y auraient ;»as réussi, si la plus grande partie des métro
P. DE LA F. IIÏ.
politains et des évêques l'avaient soutenue, ou simplement approuvée.
Mais afin d'ajouter une preuve d'un autre genre i celles qui ont été rapportées, et qui vaut bien celle» qu'on tire des lettres de M. Ilaga, puisque c'en est une d'un calviniste qui était à Cousianiinople en même temps, nous en rapporterons les paroles. Elle est écrite en 1634 par un nommé M. Cuper, qui semble avoir élé français, mais qui porte avec soi .le caractère de vérité , p;trce qu'il dit sur Cyrille ce qu'on en a imprimé sur le témoignage de M. Léger et de M. Haga, et il joint à sa lettre la copie de celle que Iloltinger a publiée comme un monument précieux, et dont nous parlerons après. Je crois vous avoir viande, (lit ce M. Cuper, depuis près de quatre ans que je suit en ce lieu, comme plusieurs des métropolites, et quasi tous, avaient une haine jurée contre le patriarche Cyrille à cause de sa Confession. Je vous ai aussi remarqué, il y a environ deux ans et demi , comme les susdits mélropolites avaient conjuré contre lui , el comme ils l'allèrent accuser devant le visir, atteint de quatre cas, dont trois sont dignes de mort ; le quatrième était d'être hérétique et luthérien, et vous mandai comme cette accusation pensa coûter la vie aux accusateurs, ce qui fil cesser la persécution, cl non la haine. Voilà un cah initie (|ui dit tout le contraire de ce (in'on fait dire à M. Ilaga : et ce qu'il y a de plus siirprenani, est que ceux qui citent son autorité sur ce paradoxe, ne se souviennent pas que dans la préface de l'édition de Genève, il est marqué (jue chacun savait combien cette Confession avait cxciié de vexations el de persécutions à l'auteur. Par conséquent, il était facile de trouver, non pas un, mais plusieurs métropolitains et évê(|ues qui étaient fort éloignés de donner leurs biens et leurs vies pour soutenir l'auleur et l'ouvrage, puisqu'il ne s'en trouve pas un seul qui l'ait soutenu.