CHAPITRE \L
liéflexions sur l' histoire de Cijrille Lucar.
Après avoir éclairci le plus exactement qu'il nous a été possible l'histoire de Cyrille Lucar, et celle de la Confession qui porte son nom , il ne sera pas inutile d'ajouter à ces éclaircissements quelques réflexions très-importantes , qui naissent de la matière même.
On remarquera d'abord qu'on a tout sujet de s'étonner des triomphes que firent les calvinistes dès qu'ils eurent la première copie latine de cette Confession , qui augmentèrent encore lorsqu'ils l'eu? en" reçue en grec, el qu'ils la firent imprimer à Ge;;ève, Il paraît dans la préface de celle édition un air de confiance telle que peut être celle de personnes qui croient avoir trouvé une pièce décisive dans quelque grande affaire. On fait valoir l'autorilé de celle-ci, par
665 LIV. IX. CONFESSION DE CYRILLE, S.\ les louanges qu'on donne à Tauleur et par le icmoi- I gnage de M. Haga , et on exliorle le lecleur à se servir de ce petit flambeau pour la recherche de la vérité, et pour dissiper les ténèbres du mensonge. Rivet fut ensuite un des premiers qui , sur les lettres du ministre Léger et les récils de M. Ilaga , conimença le roman que nous avons réfuté. Ilottiiiger enchérit pardessus lui , ayant publié une dissertation assez ample en 1652 sur les mêmes mémoires : M. Claude le copia, et M. Smilli a achevé , ayant entrepris par deux ou trois écrits latins ou anglais de soutenir la vérité de la Confession de Cyrille, et de montrer qu'il devait être considéré comme un saint et comme un martyr.
Il paraît assez surprenant que ceux dans la religion desquels on fait si peu de cas des véritables martyrs, qu'un de leurs fameux écrivains n'a pas eu lionte d'écrire pour prouver que le nombre en avait été fort petit dans la primitive église ; qui se plaignent amèrement, comme d'une barbarie peu chrétienne , de ce que les ennemis de Cyrille voulurent déterrer son corps et le jeter dans la mer, quoique leurs premiers zélés aient brûlé et jelé au vent les reliques sacrées de S. Irénée, de S. Martin et de tant d'autres; il paraît, dis-je, surprenant qu'ils se soient donné tant de peine pour faire un martyr d'un homme qui n'a rendu son nom célèbre qu'en donnant aux Hollandais «ne Confession toute calviniste. C'est donc uniquement pour lui acquérir de l'autorité, qu'ils ont accablé de louanges celui qui en était l'auteur ; et si on en cherche la raison, il n'y a que celle-ci : c'est que, nonobstant le mépris qu'ils font du consentement des églises orientales avec lÉi^lise catholique et de l'argument que nos tliéologiens en ont tiré, les conséquences en sont si fortes pour renverser le système de la religion protestante, qu'ils ont toujours fait ce qu'ils ont pu afin de lier quelque société avec ces églises séparées.
Les Bohémiens l'avaient tenté inutilement , et quoique la négociation se terminât à recevoir une lettre de pure civilité, en réponse à la leur, de quelques évoques etofliciersde l'église dcConsianlinople, le siège vacant, elle a été iniprimée plusieurs fois comnic la preuve d'une communion (jui ne fut jamais. Môme environ cent cinquante ans après, les calvinistes de la grande Pologne la citèrent à Mélèce, patriarche d'Alexandrie, comme de Nicomède, patriarche de Constantinople, quoiqu'il n'y en ait eu aucun de ce nom : mais parce que ces savants hommes avaient fait de la 'ville de Niconiédie, dont le métropolitain avait signé le premier, un Nicomède qni n'était que dans leur imagination. Les protestants de Tubingue avaient eu dans la même vue un commerce de lettres et d'écrits ihéologiques avec Jércmie, patriarche de Conslantinople, dont le succès ne fut pas meilleur. Quelques années après, les calvinistes de la grande Pologne dont nous venons de parler, ne trouvèrent pas plus de disposition de la part de Mélèce, patriarche d'Alexandrie, à les recevoir, quoiqu'il fût grand ennemi des Lalius. Les autres calvinistes ont eu néanmoins
la hardiesse et la mauvaise foi de représenter Mélèce ( comme s'il eût été dans les mêmes sentiments que Cyrille, qu'il avait élevé, et qui lui succéda, quoiqu'ils ne pussent ignorer que Mélèce eût écrit très-fortement pour soutenir la présence réelle et la transsubstantiation.
S'il demeura toujours fermement attaché à la doctrine de son église, Cyrille ne l'imita pas. Dès qu'il connut les calvinistes, il lia amitié avec eux ; et ce fut, si on les veut croire, dans le voyage qu'il fit en Transylvanie qu'il commença à comiaîlre leur doctrine. Il ne la professa pas néanmoins pul)liqueu)ent, ni avant son élévation au patriarcat d'Alexandrie, ni même lorsqu'il fut parvenu à celui de Conslantinople. Il passa sept ou huit ans à les amuser par ses discours et par les lettres qu'il écrivait en Hollande, en Angleterre et à Genève, remplies de zèle pour la doctrine des calvinistes, sans néanmoins en donner le moindre témoignage dans le public. Enfin comme il avait besoin d'argent, et qu'ils lui en prêtaient pour se maintenir et pour se rétablir, il fallut les contenter en leur donnant en 1629 la Confession latine, et la grecque trois ans après. Il les leur donna informes , sans légalisation, sans signatures d'évêques, et il ne laissa pas de continuer à célébrer la Liturgie et les autres sacrements, mais surtout à exercer de la manière la plus violente le pouvoir patriarcal, nonobstant l'égalité des prêtres, qu'il enseignait dans sa Confession. On ne trouvera pas facilement de raison vraisemblable d'une complaisance si extraordinaire, et qui allait jusqu'à la complicité de ses sacrilèges continuels et de ses parjures, sinon l'avantage que les calvinistes se proposaient d'avoir un. patriarche de Conslantinople approbateur de leur créance.
- C'est aussi ce qui les a rendus si faciles à recevoir les témoignages les plus méprisables de vagabonds ignorants, comme de prétendus archevêques de Tibéiiadc et de Samos, et à faire valoir des lettres d'un M. Basire, de M. Woodroff, enfin à tout croire sans examen, sur la sainteté de Cyrille et sur l'autorité que devait avoir sa Confession. Ils sont donc obligés d'avouer que le consenle.ment des églises séparées est d'une grande autorité dans les disputes sur la religion, puisqu'ils ont recherché avec tant de soin et tant de patience, et même qu'ils font tant valoir tout ce qui peut leur être favorable en ce genre, et qu'ils combattent depuis plus de soixante-dix ans pour soutenir cette Conlession, tout informe qu'elle soit. ] qui au plus ne peut passer que pour témoignage î seul homme. Puis donc qu'ils se soril donné
peine pour la défendre, nonobstant les déf? '' , .
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liels de formalité qui la rendent inutik , ^ , ^
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"^lirntpeuvenl rien dire poi- établir l'autorité de
la Confession de Cyrille, qu^-o convienne encore plus à celles qu'ils rojei lent. IV^^^ V'^'^'^'^''''' ''''''''''
PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHAÎÎT L'EUCHARISTIE
Pelaient aussi. Il doit être écoulé sur la créance des Grecs; les autres doivent l'être encore davantage, non seulement parce qu'ils sont en plus grand nombre, mais parce que tous les Grecs ont confirmé leurs témoignages, au lieu qu'ils oui condamné la Confession de Cyrdle. Si les calvinistes ont prétendu prouver (et il paraît assez qu'ils le prétendaient) qu'elle prouve que l'église grecque était dans les mêmes senliinents, ils se soi.l fort Irompés. conmie on l'a fait voir suflisammenl; mais puisqu'ils se sont mis en preuves, ils sont convenus que cela servait à la dispute. 11 faut donc qu'ils conviennent pareillement que puisqu'ils n'en ont point d'autres que celle pièce fausse et informe, et qu'ils ne peuvent la justifier ni donner d'alleinle à celles qui la détruisent, la question est décidée en faveur des catholiques.
La seconde réflexion est qu'on ne peut excuser de mauvaise foi Hollingor, le ministre Claude, ni ceux qu; les ont suivis, suivant la manière dont ils ont parlé de tout ce qui a lapporl à l'iiisloire de Cyrille et de sa Confession. Car ils donnent à entendre que ce n'est que contre les calholiques qu'ils ont à les défendre, et cependant ils n'ont pas moinsàcombaltreles Grecs et les proieslants de la confession d'Augsbourg. Rivei, qui se mil des premiers sur les rangs, ne pouvait ignorer que le patriarche Jérémie avait été dans des seniimenis directement opposés à ceux de la Confession de (Cyrille ; il soutint néanmoins, avec la plus grande hardiesse, qu'elle était celle de toute l'église grecque, llottinger alla encore plus loin; et quoiqu'Auberlin se fût contenté de dire modestement que Cyrille était revenu de l'ancienne doctrine, ce (pii comprenait un aveu formel de la nouveauté de celle qu'il exposait dans sa Confession, M. Claude la cita, avec son air ordinaire de confiaiicc, comme une preuve certaine de la conformité de la créance des Grecs avec celle des calvini.«.tes. Enfin ce qui est le plus surprenant, M. Smilli, qni,ayaiil fait (juelque séjour à Constanlinople, devait avoir appris qu'on n'y coimaissail Cyrille et sa Confession que pour les charger d'analhèmes, au lieu de dclroisiper les ignorants que M. Claude avait tron)pés, les a confirmés dans leur erreur.
ils diront peut-être que M. ( laudc a répondu aux objections tirées des lénioiguages des Grecs, et que s'il manquait quelipie chose à ses réponses, M. Smith, témoin oculaire, M. Wootlroiïet M. Basire y ont sup; pléé abondamment. On croit avoir démontré que tout ■•e qu'ils ont dit pour justifier Cyrille était une suite faussetés insoutenables, déclarées telles par des ,. ' "ches, des synodes, des actes solcuDels et des
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nrimés par les Grecs mêmes. On ne peut pas
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que toute personne raisorm.ible accorde
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vuustes qui ne peuvent avoir vu ce
qoi n'a jamais éte^^^i^e^i ^^^e [.référés aux déclara-
ti.;ns solennelles et .uérécs de toute la Grèce depuis
^o.xanle-dix ans. Ils a,,i,,,„t ^vec M. Claude que
lous les Grecs cités pax is catholiques étaient latini-
*6b, Cl on a vu de quelle m,.ière il l'a prouvé, puis-
qu'il n'en a eu aucune autre preuve sinon qu'ils croyaient la transsubstantiation ; ce qui est une pétition de principe très-grossièie. Enfin on doit remarquer que nonobstant les éloges de M. (Claude répandus dans les livres de ceux qui ont écrit après lui, toutes les parties de son système ont été abandonnées; puis que les plus habiles honami^s de sa communion reconnaissent que les synodes contre Cyrille, qu'il avait traités comme des pièces supposées, sont incontestables, et que les Grecs croient la présence réelle et la transsubstantiation. Le synode de Jérusalem était faux selon d'autres : on ne peut plus le dire depuis que Dosilhéc, patriarche de Jérusalem, (jui en fut l'àine et le président, l'a fait imprimer en Moldavie sous UJie autre forme, en l'augmentant d'un très-grand nombre de passages de pères et d'auieurs ecclésiastiques grecs, pour pniuvcr la présence réelle et la transsubstantiation. Mélèce Syrigus était un misérable inconnu : on a aussi imprimé chez les Grecs sa Réfrtalion de Cyrille traduite en langue vidgaire. On ne s'étonne pas que les calvinistes ne répondiint rien à ces preuves de lait : ceux qui passent pour savants parmi eux ne le sont pas en ces matières. Mais la bonne foi demandait (ju'ils cessassent de rebaltre des objections fondées sur des faussetés qui sautent aux yeux, ei qu'ils avouassent que M. Claude avait élé trompé grossièrement par ceux qui lui avaient fourni des mémoires.
La sincérité que des chrétiens doivent avoir, surtout lors(|u'il s'agit des vérités de la religion, demandait aussi ([u'ils reconnussent que les théologiens de la confession d'Augsbourg n'avaient pas jugé autrement de la Confession de Cyrille que les catiioli(iues. Elle avait été attaquée publiquement en diverses llicses soutenues dans les universités d'Allemagne, cl par d'autres écrits. On y avait remarijué l'esprit ei les propres paroles de la confession de Genève: on avait prouvé clairement que les Grecs éiaient fort éloi;:nés de cette doctrine, parlicnlièrcmenl sur la matière de la grâce, et que la simple ouverture de leurs livres d'église fournissait une conviction niaiiifosle d(! l'iiiiposlure de Cyrille. llottinger ayant élé attaiiué par Fehlavius, luthérien de Dantzick, avait été obligé par les fortes raisons de son adversaire à se réduire à uii>« défa te aussi fausse que tout ce qu'il avait avancé, et qui élait (ju'aii moins on ne pouvait nier que l'église grec(|ue, du vivant de Cyrille, n'eût une créance cou forme à sa Confession. Fehlavius a confondu d'une telle manière ce téméraire écrivain, que personne nn l'a osé réfuter. Qu'on lise tout ce que M. Clai de a écrit et tout ce que ses admirateurs ont ajouté pour sa défense, on n'y trouvera pas la moindre menticin de ces écrits des luthériens. Au contraire la diàpule est traitée de telle manière, que les lecteurs peu in struils croient que tous les protestants, de quelque commur.ion qu'ils aient élé, n ont pas eu d'auires sentiments sur Cyrille et sur sa Confession que ceux de Genève; et même M. Claude n'a eu d'auire preuve pour traiter de papiste caché Guillaume Forbés, évc-
que d'Edimbourg , que parce qu'il avait écrit que la créance des Grecs n'y était pas conlonne. Que les calvinistes juslifienl donc la mauvaise loi de leurs dc-cteurs sur cet article trés-considérable, car on ne ■voit pas qu'ils en aient fait aucune menlion.
Nous avons de pareils reproches à leur faire sur la dissimulation de plusieurs faits importants qui regardaient la personne et la Confession de Cyrille, qu'ils ne pouvaient pas ignorer, et qui servant à faire connaître son caractère, et la manière dont M. Haga et son ministre étaient parvenus à obtenir cette Confession, nietlaicnt les théologiens en état d'en pouvoir juger plus sainement que des louanges vaines et outrées qui même se sont trouvées fausses. Il fallait fuarquer que plusieurs années avant qu'il eût donné sa Confession, il avait dit et écrit à divers calvinistes tout ce qui pouvait leur persuader qu'il embrassait leur créance, et que, nonobstant ces déclarations, il avait continué de vivre dans la communion de l'église grecque, et de faire toutes les fonctions saccrdotak's et épiscopales ; qu'il avait fait la même chose après avoir donné sa Confession par écrit, en sorte que ce mystère n'était connu que d'un très-petit nombre de personnes, et presque par aucun Grec ; que d'abord il ne donna cotte déclaration de sa foi qu'en latin ; qu'il se passa encore trois ans avant qu'il l'eût donnée en grec ; qu'elle n'était pas dans la forme ordinaire des lettres patriarcales, et ainsi du reste. 11 est vrai que dans la préface de Genève, on a marqué que cette Confession avait excité beaucoup de contradictions contre Cyrille; mais ce n'est que pour le représenter ensuite comme un généreux confesseur de la vérité, qui la soutient en présence de l'ambassadeur de France, de ceux de Raguse et de tous les Grecs, fait qu'ils ont nié jusqu'à présent.
En faisant un simple récit des principales cirtonstances qui viennent d'être rapportées, il n'y a point de lecteur, à moins qu'il ne soit prévenu jusqu'à l'excès , dans l'esprit duquel il ne naisse quelijue soupçon contre un homme capable de professer en secret une religion, et d'en pratiquer une autre en public. On cherche à savoir quelles pouvaient être les raisons d'une dissimulation criminelle qu'on ne peut juslilier sous aucun prétexte, comme aussi pourquoi un confesseur aussi hardi n'a pas le courage de donner sa Confession dans les formes. Les calvinistes ont passé tout cela sous silence, en sorte que des ignorants et même ceux qui ne sont pas regardés comme tels, ne peuvent s'empêcher de croire que cette Confession a été publiée à Constantiuople, avec autant d'éclat qu'elle l'ut ensuite imprimée à Genève. En quelle conscience a-t-on pu dissimuler le scandale qu'elle causa dans la Grèce , et dans les pays soumis au patriarche de Constantino|)le , quoique Cyrille avouât lui-même dans ses lettres qu'on le traitait comme hérétique, et que d'autres calvinistes qui étaient diins le pays en ce temps-là témoignassent qu'il était haï extrêmement de tous les évèques? Au lieu de cette vérité que ces fréquentes dépositions
cl sa condamnation après sa mort confirment sufQsamment, on fait dire à M. Haga, en parole d'ambassadeur, qu'à peine se trouvait-il un seul évêque qui ne fût prêt de risquer ses biens et sa vie pour la défense de Cyrille et de sa Confession.
Ponvait-on ignorer àConstantinople, chez une personne publique comme un ambassadeur, que Cyrille avaitévilé le jugement canonique que demandaient plusieurs métropolitains, en désavouant sa Confession avec serment? Les catholiques n'ont pas inventé un fait attesté par tous les Grecs, et qui était si connu, qu'il parut suffisant pour adoucir dans le synode sous Par- Ihénius le-Vieux la s<<ntence de son prédécesseur , en restreignant les anathèmcs à la Confession et épargnant la mémoire de Cyrille. Si ceux qui ont composé le roman ont ignoré ce qui était public dans toute la ville de Constantiuople, ils ne sont croyables sur rien; s'ils l'ont su et qu'ils l'aient dissimulé, ils ne peuvent être justifiés d'une pareille dissimulation, par laquelle i'is couvrent l'impiété et l'irréligion de celui qu'ils veulent faire passer pour un saint.
Ils ont donné au public cette Confession comme élant celle de l'église orientale, et comme donnée au nom généralement de tous les Grecs. Était-on alors assez ignorant à Genève , pour croire que les Grecs crussent ce qu'on leur attribuait si faussement ? Mais au moins M. Haga et son ministre n'ignoraient pas que rien n'était plus iaux. De quel front a-l-oii donc laissé passer une telle extravagance, qui révolta d'abord tout ce qu'il y avait de savants en Europe ? Cela seul sullisait pour faire connaître que Cyrille était un menteur et un impos.teur, et ceux qui ont loué et approuvé son imposture ne sont pas moins coupables que lui. Ces mêmes personnes ne pouvaient pas ignorer que l'église de (^onstaniinople choisit George* Coressius pour soutenir rancienne doctrine , peut-être parce que Cyrille travaillait sous main à insinuer le calvinisme , ou que Léger avait essayé de pervertir quelques Grecs. Nous n'avons pu jusqu'à présent bien démêler quelle fut l'occasion de cette dispute de Coressius contre Léger : mais Neclarius, patriarche de Jérusalem, assure qu'elle l'ut mise par écrit, et que ce théologien grec composa ensuite plusieurs traités contre les calvinistes. Ils ont eu grand soin de citer ce ministre et des lettres frivoles; mais on ne voit pas qu'ils aient jamais parlé de cette dispute , dont les copies doivent avoir été conservées aussi bien que tant d'autres |«piers imililes. On a donc tout sujet de juger qu'ils n'eu ont tait aucune mention, parce qu'il en résultait que, puisque l'église de Constantiuople avait député son théologien pour disputer avec Léger, elle était fort éloignée de la loi exprimée dans la Confession de Cyrille.
On apprend par des lettres de Venise que les Grecs ont fait imprimer les ouvrages de Coressius en Vahichie ou en Moldavie, comme ils en ont déjà imprimé divers autres ; et si on en peut avoir des copies, il y a tout sujet de croire que ces écrits ne serviront pas médiocrement à découvrir plusieurs secrets, que iÇ
ministre Léger et ceux qui ont eu ses papiers ont caciiés avec grand soin. Car il était contre la bonne foi de publier la Confession que Cyrille avait donnée comme contenant la créance de l'église grecque , et de dire dans la préface et ailleurs qu'il l'avait reconnue publiquement, pendant que cette même e'glise avait fait combattre en dispute réglée la doctrine qui y était contenue. On a eu soin longtemps après de publier des lettres pleines d'injures et de calomnies contre Coressius , et quoique ceux qui les ont produites rejettent presque toujours le témoignage d'Allatius, ils l'ont fait valoir pour rendre ce Grec plus méprisable, sans faire réflexion que les injures dont il le charge font voir le tort qu'ils ont de le représenter comme un Grec latinisé : d'autant plus que Léger et ceux qui ont eu ses papiers ne le disent point. Cependant ils devaient expliquer comment il se pouvait faire que Cyrille, zélé, comme ils nous le représentent, pour la doctrine exposée dans sa Confession, regardât cette dispute avec tant d'indifférence qu'il autorisât Coressius à la soutenir, et à combattre, ainsi qu'il fit par ses écrits, la créance avouée et publiée par son patriarche ; que le clergé grec, où à peine, disent-ils, il se trouvait un évêque ou d'autre personne considérable qui ne lût prêt de mourir pour cette même Confession, exhortât un théologien à la détruire ; que ses écrits A-isent approuvés de tout le monde ; que Grégoire prolosyncelle, son disciple, en publiât un abrégé, qui fut imprimé et reçu avec une approbation générale du vivant de Cyrille sans qu'il y fît la moindre opposition. Cependant Coressius traitait comme hérétique Léger, que Cyrille dans ses lettres disait être un vase du S.-Esprit, et il chargeait d'anatlièmes le très-saint docteur Jean Calvin, que l'autre disait être dans le ciel. Pourquoi ne nous cxplique-t-on pas ces énigmes, et comment Iloltinger, qui établit tout son récit sur les lellrcs de M. Haga et sur les papiers de Léger, a-t-il osé dire (et même ce n'a été que quand il s'est vu fortement réfuté par Fehlavius) que la Confession exposait au moins la créance de l'église grecque du vivant de Cyrille? Ce n'était pas assurément celle de Coressius, puisqu'il la réfuta publiquement, ni celle du clergé de Constanlinople qui lui donna cette commission , ni peut-être celle de Cyrille qui avait confirmé par son autorité le choix qu'avait fait son église. Si M. Léger n'a rien laissé par écrit touchant un fait si important, il ne peut être justifié d'avoir agi de très-mauvaise foi : si on a supprimé ce qu'il en avait écrit , le même reproche tombe sur ceux qui ont eu part à celte suppression. Nous sommes aussi en droit de leur demander pourquoi Coressius écrivant contre la 'primauté du pape, et même contre la doctrine de la procession du Saint-Esprit reçue dans l'Église latine, que les protestants reçoivent pareillement, a paru un si véritable théologien grec, que ses ouvrages ont été imprimés à Londres avec éloge : et que quand il a soutenu la présence réelle, la transsubstantiation et les autres articles opposés à h Confession de Cyrille,
il est devenu un papiste outré, un disciple des jésuites, un émissaire de la cour de Rome, un épicurien, et un homme sans religion.
Tous les récits des calvinistes qui ont rapport à l'histoire de Cyrille, le représentent comme un des grands hommes que l'église grecque ait eus depui» plusieurs siècles pour sa science et pour sa vertu, et 1| on ne trouve rien sur les autres que des calomnies , des injures ou des marques de mépris; outre qu'il y en a plusieurs que les témoins oculaires des calvinistes ne semblent pas même avoir connus. Nous avons prouvé très-clairement son ignorance : sa Confession n'est pas une fort grande preuve de sa capacité, d'autant plus qu'il n'est pas difficile de reconnaîlre qu'il l'avait plutôt copiée et traduite que composée; et tous les passages dont elle a été accompagnée dans les dernières éditions n'étaient pas de lui, mais les collections que Léger avait tirées des lieux communs de controverse. Cyrille a vécu tout comme les autres, occupé dans toutes sortes de mauvaises intrigues, cherchant à amasser de l'argent pour satisfaire à son ambition, simoniaque autant ou plus que personne ; et le seul bien qu'on en ait dit est qu'il était assez charitable envers les pauvres. De plus ses actions parlaient, et on n'y remarque rieu qui le distingue de ceux que lui et ses panégyristes représentent comme des hommes abominables. La différence qu'il y a est que les Grecs parlent avec éloge de ceux qui le condamnèrent, parbiculièremeut sur la foi , dont il s'agissait uniquement , assurant qu'ils étaient orthodoxes ; et cette louange n'a été donnée à Cyrille que par ceux qui ont supposé qu'il a'était pas auteur de la Confession qui porte son nom. Ainsi tout son mérite est fondé parmi ses panégyristes sur ce qu'il en est l'auteur, et sur toutes les faussetés qu'il leur avait dites, et qu'ils crurent trop légèrement ; de sorte qu'il est aisé de reconnaître que tout ce qu'ils ont dit de lui et des autres n'a été que sur son témoignage, ce qui n'est pas moins injuste que ridicule. Le grand éloge, et qui comprend tous les autres, est que Cyrille a été martyr de la foi orthodoxe, c'est-à-dire de la créance de Genève. Les calvinistes ne peuvent pas citer un seul Grec qui l'ait dit, même parmi ceux qui ont été le plus animés contre Cyrille de Berroée, et qui l'ont accusé de lui avoir procuré la mort. Ce Nathanaël Conopius , qui devait traduire les Institutions de Calvin cri grec vulgaire, selon ce que dit Hottinger, et qui par conséquent ne devait pas oublier cette circonstance, n'en fait pas la moindre mention, non plus que ceux qui regardèrent celte triste fin comme un juste châtiment de ses crimes. C'est donc imposer au public que d'avancer des faits de cette nature sans aucunes preuves.
Les synodes tenus après la mort de Cyrille sont tellement connus de tous les Grecs, qu'il n'y en a pas eu un seul qui les ait révoqués en doute ; ils sont dans les registres de la grande église, et ils ont élé tenus avec tomes les formalités requises. Les luthéi iens les reçurent comme des témoignages incontestables des
véritables sentiments de l'église grecque. Les calvinistes n'ont pu les attaquer que par des objections si frivoles, qu'ils auraient dû en avoir de la conlusion. En quelle conscience ont-ils donc pu les traiter comme des actes supposés, faits par des Grecs latinisés, puisqu'on y trouve tous les dogmes de l'église grecque schismalique, et que les principaux évéques et autres qui s'y sont trouvés, ont été connus et sont cités tous les jours comme zélés défenseurs de sa doctrine?
Enfin, pour finir ce qui a rapport à M. Haga et à Léger, qui sont les seuls témoins de toute l'histoire, on demande à toute personne raisonnable comment ils pouvaient accorder celte grande piété qu'ils attribuent à Cyrille, et celle qu'on dit qu'ils avaient, avec quelque chose d'aussi affreux que de donner une profession de foi par écrit, et d'en professer une autre en public. Ils ne pouvaient ignorer que Cyrille après sa Confession avait vécu comme auparavant, et les fondions publiques qu'il faisait dans son église étaient des preuves plus fortes de sa créance que celles qu'il avait données par écrit et en secret. Il parlait dans ses lettres de l'Eucharistie comme aurait fait un calviniste impudent et libertin; il ne laissait pas de l'adorer et de la faire adorer aux autres en célébrant la Liturgie. C'est là un point auquel les calvinistes ne touchent pas ; mais élevant jusqu'au ciel sa fermeté à confesser leur foi, ils donnent à penser à des ignorants qu'aussitôt qu'il eut donné sa Confession il alla recevoir la cène chez M. Haga, il renonça aux superstitions des Grecs , et qu'il réforma leur église à peu près comme ils ont réformé la nôtre. Que les admirateurs de ce malheureux conviennent que s'ils l'avaient représenté tel qu'il était, ou même qu'ils eussent dit seulement que, pour ne pas scandaliser les faibles et pour gagner plus facilement les Grecs à l'Évangile, il continuait de pratiquer ce qui était en tisage parmi eux ; qu'il entendait avec édification les prêches de M. Léger, mais que cela ne l'empêchait pas dédire la messe, même de prêcher quelquefois le contraire de sa Confession, il n'y aurait eu personne qui n'eût d'abord conçu de l'horreur pour le saint autant que pour ses panégyristes. Ce n'a donc été que pour cacher ce portrait affreux, mais véritable, qu'on en a fait un tout différent d'un des plus méchants lionaues et des plus grands fourbes qui ait jamais été, qui a été frappé d'analhèmes par ceux qui le connaissaient bien, qui n'a été excusé que par ceux qu'il avait Li'ompcs en désavouant cette Confession qui l'a fait canoniser à Genève, et qui lui a si bien tenu lieu de tout mérite, qu'on y a cru qu'elle suffisait pour couvrir l'hypocrisie, le parjure, la simonie, l'imposlui c, enfin l'exercice d'une religion tout opposée, et des pratiques qu'oa condamne dans les catholiques comme idolâtrie.
Continuation des mêmes réflexions, qui regardent particulièrement les ouvrages de ceux qui ont enlrepris dans ces derniers temps de justifier Cyrille et sa Confession.
Les réflexions précédentes regardaient principalement ceux qui ont les premiers donné la Confession de Cyrille, et qui, pour acquérir de l'autorité à la pièce, n'ont rien omis de tout ce qui pouvait relever le mérite de l'auteur. On a fait voir qu'ils ont manqué presque partout à la bonne foi, qu'ils ont déguisé la vérité, et que s'ils pouvaient être excusés, ce serait en disant qu'ils ont été trompés, s'il n'était pas clair qu'ils ont voulu l'être, quoiqu'il ne soit pas aisé de montrer qu'ils n'ont pas voulu tromper les autres. Les synodes qui avaient condamné Cyrille et sa Confession, les écrits des Grecs pour la réfuter, la doc. trine contraire établie dans toutes leurs églises et confirmée par la discipline qui s'y observe, devaient ouvrir les yeux aux plus opiniâtres, et leur faire avouer que cet homme qu'on leur prêchait comme un saint avait été un imposteur. Mais la prévention a été si forte qu'on a vu, non pas M. Claude et M. Spau- , heim seulement (car ils croyaient qu'il n'y avait per- / ^sonne qui pût résister à de grands auteurs tels que I Rivet et Hottinger), mais des hommes qui avaient fait le voyage de Constantinople, entreprendre de confirmer, comme témoins oculaires, ce que les premiers avaient dit de plus faux et de plus absurde.
Quand M. Claude commença à écrire, il y avait déjà plusieurs années que de savants luthériens ^ avaient prouvé que la Confession de Cyrille ne pou- " vait être regardée comme celle de l'église grecque. Cela ne l'empêcha pas néanmoins de s'en servir comme d'une preuve démonstrative que la créance des Grecs était conforme à celle qu'il soutenait. Ceux qui n'auraient pas lu ses livrespourraient croire qu'il réfuta les arguments de ces luthériens, aussi bien que ceux des catholiques ; il n'en fit pas la moindre mention. On lui avait opposé les synodes qui la condamnèrent, que ces mêmes protestants, meilleurs critiques que lui, avaient reconnus comme incontestables ; il les rejeta comme supposés, et comme l'effet d'une cabale de ces faux Grecs appelés )arijc>fpi-jei. On peut bien juger que ce fut sans preuves, puisqu'il n'y eut jamais de pareille fausseté. Il affirmait donc avec hauteur ce qui était absolument faux, comme il le devait savoir dès qu'il entreprenait d'écrire sur cette matière, ou ce qu'il ne savait que très-confusément : telle était la bonne foi de ce héros des calvinistes. M. Smith vint ensuite, et parce qu'il revenait de Constantinople, il crut qu'on le croirait sur sa parole dans tout ce qu'il dit de Cyrille. 11 a donc fait un abrégé de tout le roman d'Hottinger, et on n'y trouve pas la moindre circonstance qui ne soit copiée de cet auteur: aucun témoignage de Grecs, mais de fréquentes citations de M. Haga et deLéger; rien d'original, des bévues énormes, aucune connaissance des ouvrages des Grecs
PERPÉTUITÉ DE I.A FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE
les plus célèbres, et des inscriplions en faux contre les pièces les plus certaines, comme on l'a prouvé d'une manière sans réplique. Voilà encore un des témoins de la sainteté et du martyre de Cyrille ; c'est un témoin oculaire : il n'est pas permis, ce semble, de contester son témoignage. Il en paraît un autre sur la scène de M. Claude, qui lui persuade qu'en signe de communion de Tcglise grecque avec l'anglicane, le patriarche de Cou-tanlinople lui imposa les mains, et lui donna pouvoir de prêcher; ensuite de quoi il prêcha parmi les Grecs le changement de vertu, et 'fiit admiré. On a fait voir la fausselé de cette fable en "toutes ses parties, puisque jamais autre que ce M. Basire n'a parlé de cette prétendue communion, qui n'a point été; qu'on n'impose pas les mains pour donner permission de prêclier ; qu'on ne prêche presque jiiniais parn)i les Grecs; et qu'il ne pouvait pas prêcher plus de dix ans auparavant, ce que M. Claude avait inventé sur les principes d'Aubertin. C'est là encore un des grands arguments des calvinistes, pour soutenir que la Confession de Cyrille est reçue parmi les Grecs.
Telles sont à peu près toutes leurs preuves, et même ce sont là les plus fortes, puisque les autres sont si pitoyables, qu'il n'y a eu que la prévention aveugle pour M. Claude qui les ait pu faire passer, et son autorité ne les a pas rendues meilleures. Mais quelles étaient ces preuves? C'était quelque fausselé grossière, comme par exemple lorsqu'il traita le livre de Gabriel de Philadelphie d'ouvrage supposé ; quand il parla de la Confession orthodoxe comme d'une pièce faite par des Grecs dévoués à la cour de Rome; sa définition d'un Grec latinisé, et ses jugements sur les auteurs grecs dont on lui objectait les passages. Enfin on remarque partout le caractère d'un homme qui ne cherchait pas la vérité, mais qui la fuyait. Ceux qui l'auraient cherchée de bonne foi auraient bientôt reconnu que tout ce qu'on pouvait tirer de vrai de l'histoire de Cyrille et de sa Confession était qu'un patriarche de Couslanlinople avait embrassé la créance des calvinistes. Il n'y avait en cela rien d'extraordinaire, et d'autres qui avaient occupé la même pbice étaient tombés dans l'hérésie. Mais comme, lorsque Nesiorius publia la sienne, on n'accusa pas toute l'église grecque de l'avoir embrassée, ni celle d'Alexandrie d'avoir suivi les opinions nouvelles de Dioscore, à plus forte raison il n'était pas permis d'ad3p',er les imaginations de Rivet, de Hottinger et de leurs copistes, en attribuant à toute la Grèce clirétiennc une exposition de foi dont elle avait à peine ouï parler. Cependant Nestorius et Dioscore avaient un grand nombre de sectateurs qui subsistent encore en Orient ; au lieu qu'il était certain que Cyrille n'en avait aucun ; puisque lorsque sa doctiine fut examinée, peu de temps après sa mort, il ne se trouva pas un seul évéqne qui entreprît de la défendre, ni même assez de sectateurs pour composer, non pas l'cglisc grecque, mais une paroisse. S'il y en avait eu, on les aurait connus, et depuis tant d'années il w ■iO
trouve que Théophile Corydale et Jean Caryophylle qui aient soutenu quelque chose de semblable, encore nel'ont-ils fait qu'en caclietle. Le dernier, qui fit plus de bruit, se rétracta diverses fois, et il fut condanuié par une sentence synodale qui a été imprimée depuis peu.
Si donc les catholiques ont tout sujet de reprocher aux calvinistes la hardiesse et la témérité de leurs écrivains, en ce qu'ils ont avancé des faussetés palpables, dont ils ont voulu tirer des conséquences encore plus fausses, ils ont autant de raison de se plaindre de ce qu'on ne voit pas que les ministres se rétractent de rien, même sur des faits publics et incontestables. Car on ne peut nier que tout ce que M. Claude a écrit louchant l'église grecque est une conviction continuelle de son ignorance prodigieuse sur une matière qu'il devait savoir, puisqu'il en voulait écrire. La préventicm de ceux de sa secte a néanmoins tellement prévalu, qu'on le loue encore tous les jours comme ayant remportée la plus belle victoire que ministre ait jmmais remportée sur les catholiques. On ne peut pas cependant étendre cette louange aux choses qu'il a écrites touchant les Grecs et les Orientaux, puisqu'on l'a abandonné sur divers points essentiels qui faisaient le fondement de tout sou système. Il a traité les synodes contre Cyrille de prétendus synodes, et de pièces supposées; M. Allix, plus savant que lui, a reconnu qu'on ne pouvait contester leur autorité. Cela seul renverse tout l'édifice de M, Claude ; car dès que ces synodes sont véritables, la Confession de Cyrille n'est plus celle de ré^:ilise grecque , et la Conlession orthodoxe qui lut dressée au synode de Jassi est une exposition fidèle de la foi des Grecs, dès que ce synode est véritable. D'autres font le même aveu sur le synode de Jérusalem, ce qui enferme l'approbation de tous les actes' produits par les auteurs de la Perpétuité. Il s'ensuit d6nc que tout ce que M. Claude a écrit sur celte matière est faux , et que les Grecs croient la présence réelle et la transsubstantiation , ce que plusieurs savants hommes parmi les protestants avouent de bonne foi. Où est donc celle de ce ministre qui, sans preuves, sans raisons et sans autorités, a sou» tenti jusqu'à la fin ce que ceux mêmes de sa communion ont reconnu être faux et insoutenable?
On dira peut-être qu'il avait si bien établi ce qu'il a dit touchant la créance des Grecs, (jue de petites objections tirées de témoignages de Grecs ssispccts et corrompus par argent n'y pouvaient donner aucune atteinte, puisqu'il s'est vanté plusieurs fois modestement à sa manière qu'il avait démontré que les Grec? et toutes les communions séparées de Tf^glise romaine ne connaissaient ni la présence réelle ni la transsubstantiation, ni l'adoration du Saint-Sacrement. Il est vrai qu'il a dit qu'il croyait l'avoir démontré ; mais peut-on dire qu'il l'ait fait? car voici en quoi consistent ses prétendues démonstrations : il a pris d'Aubertin tout ce que ce laborieux ministre avait ramassé pour expliquer en un sens métaphorique les expressions les plus littérales et les plus claires des
anciens auteurs grecs. On n'exoinine pas s'il a mis ces explications forcées en une telle évidence qu'elles ne puissent être contestées. Les auteurs de la Perpétuité ont assez fait voir la fausseié et la faiblesse de tout ce qu'il a écrit sur ce sujet. On dira qu'ils sont prévenus par les préjugés de leur religion; mais les luthériens ne rejettent-ils pas ces interprétations des Pères, de même que font les catholiques? Les Grecs en conviennent si peu, qu'ils se servent de tous les passages contestés, pour prouver que la présence réelle et la Iranssubstanlialion ont toujours été crues dans leur église; et par conséquent M. (Uande n'a rien démontré à l'égard des uns ni des autres. Quand il aurait réussi dans son dessein , il aurait prouvé qu'autrefois les Grecs avaient été dans les seniimenls qu'il leur attribuait ; mais non pas qu'ils les eussent présentement, puisqu'ils entendent ces passages dans un sens entièrement opposé.
C'est néanmoins de celte prétendue démonstration quedépend celle qu'il croit aussi avoir faite sur la créance des Grecs; et la liaison consiste en ce que, comme la Confession de Cyrille est conforme à la doctrine du sens métaphorique qu'il a attribuée aux anciens, elle doit être aussi la règle et l'exposition sincère de la créance des modernes. S'il avait prouvé qu'elle devait êlre telle, il faudrait encore prouver qu'elle l'est véritablement. Il a donc raisonné connue celui qui prouverait que les calvinistes croient la présence réelle parce que l'Église romaine la croyait lorsiju'ils s'en sont séparés, avec cette différence, que ce dernier fait est certainement vrai, et (pie l'autre ne l'est pas. Par conséquent il a encore moins prouvé ce qu'il attribue aux Grecs modernes , puisque ceux-ci soutiennent que jamais ils n'ont varié sur la créance de l'Eucharislie, et que leurs anciens ont cru ce qu'euxniénies croient encore : qu'ils se sont élevés contre la Confession de Cyrille , et qu'ils l'ont condamnée comme hérétique. Il en naît encore une autre source de ces arguments , qu'il répète partout , qui est de traiter comme faux Grecs et latinisés tous ceux qui ont rejeté la Confession de Cyrille , ce qui enferme un grand nombre d'.ibsnrdités do:it il ne veut p;\s prendre connaissance. C'en est une de voir un ministre qu on reconnaît n'avoir pas la moindre teinture de tout ce qui a rapport à l'église grecque, et qui veut apprendre aux Grecs qui sont les orthodoxes parmi eux, et ceux qui ne le sont pas. Ce n'en est pas une moindre que d'établir comme une maxime certaine qu'un vrai Grec est celui qui croit la Confession de Cyrille, et qui* tous les autres sont latinisés. Car il s'ensuit que l'église grecque était réduiie à Cyrille seid, dont même les calvinistes ne sont pas trop assurés, puisqu'il a désavoué publiquement tout ce qu'il leur avait dit sans témoins, et que, preuves pour preuves, celles que plusieurs Grecs ont alléguées pour montrer (lu'il n'avait pas été calviniste sont plus fortes que celles dont on s'est servi pour établir le contraire Oi! a remarqué ailleurs les autres absurdités qui suivent nécessairement du système de M. Claude
sur la Confession de Cyrille ; les auteurs de la Perpétuité el le P. Paris en ont relevé plusieurs; il n'a répondu à aucune de ces objeciions; ceux qui l'onî copié les ont dissimulées , ou bien ils y ont fait ilos réponses encore plus f:\ibles. Peut on dire qu'iU aicoi cherché la vérité de bonne foi ?
Ou nous dira peut-être que si M. Claude n'a pa.î satisfait à ces difficultés, d'autres l'ont fait sufllsani ment, et surtout M. Smith, témoin oculaire, (]ni ayant fait un séjour considérable à Constantinople . a eu le moyen de s'éclaircir de la créance des Grecs et de tout ce qui avait rapport à la Confession et à l'hisîoire de Cyrille Lucar ; qu'il a confirmé tout ce que les Genevois, Rivet et Holtinger en avaient écrit, et(|u'après un tel témoignage il n'était plus permis, d'en douter. Il est vrai qu'on nous oppose souvent une pareille autorité, mais elle est tous les jours détruite, non par les Grecs seuls, mais [lar le lénioignuge de voyageurs sans lettres qui disent ce qu'ils ont appris sur les lieux et ce qu'ils ont vu , et qr.i avouent quc; leurs habiles théologiens qui ont voulu faire les Grecs calvinistes ont eu de mauvais mémoires. On a déjà foit voir ailleurs que des témoins oculaires , comme M. Smith, doivent être crus autant (pi'ils te mérilenl , par les preuves (ju'ils apportent , et jamais homnie n'en a moins donné de nouvelles que celui-là ; tout son système est celui de M. Claude, inconnu cerlan nement à toute la Grèce. Ses preuves roulent sur les lettres du ministre Léger et de M. Ilaga ; il avoue même qu'il n'a pas eu d'autres mémoires que ceux de Holtinger : et, parce que depuis l'impression de son ouvrage on avait produit un grand nombre d'actes et de livres nouveaux qui faisaient voir la fausseté de tout ce qu'il avait écrit, c'est sur cela que les calvinistes nous renvoient à M. Smith.
Il n'y a qu'une observation à faire sur cette autorité qu'on fait tant valoir : c'est qu'on ne trouve rien dans toutes les dissertations de M. Smith qui puisse être considéré comme original, mais que ce sont les imaginations de Rivet, de Holtinger et de M. Claude , appuyées du témoignage d'un homme qui , pour avoir été à Constantinople, n'en est pas revenu plus instruit de tout ce qui regarde l'église grecque que s'il n'était jamais sorti de Genève. On n'y voit aucune citation d'auteurs grecs, aucun acte, aucune lettre de personnes non suspectes, mais des déclamations et des conjectures , dont les principales sont si fausses, qu'il est difficile de comprendre comment l'auteur a pu les hasarder. C'est M. Ilaga , et quelques ambassadeurs d'Angleterre à la Porte, et surtout Léger, de qui on veut que nous apprenions des histoires entièrement inconnues à tous les Grecs, ou qui sont détruites par des actes incontestables. Cyrille est représenté comme un saint et comme un martyr, et ce lémoin oculaire ne peut pas citer un seul Grec qui n'en ait parlé comme d'un hérétique abominable, supposé (ju'il fût auteur de sa Confession. Tous ceux qui l'ont combattue ou condamnée sontde faux Grecs, selon M. Sinitti, quoiqu'il paraisse assez qu'il n'en a connu aucun qua
par ce qu'il en a appris dans les livres des catholiques. Enfin non seulement les Grecs, mais les luthériens disent le contraire de ce qu'il établit comme certain, et il n'en fait pas la moindre mention. Telles sont les armes dont il nous attaque, et depuis plus de vingt ans on ne nous rend pas la justice qui est due à la vérité, en avouant de bonne foi que lui et ceux qu'il a copiés n'avaient pas la moindre connaissance des faits qu'ils affirment non seulement avec assurance, mais avec ostenlation.
Mais que dira-t-on d'un témoin oculaire qui débite hardiment ses soupçons contre le synode de Jérusalem? Et quels soupçons! Qu'en 1671, c'est-à-dire une année auparavant, il rendit visite au patriarche de Jérusalem , dont il ne savait pas le nom , qui ne lui avait rien dit de ce qu'il ferait l'année suivante, mais qui lui avait parlé d'un traité contre la primauté du pape. Voilà une des causes d'inscription en faux contre ce synode ; et dans le temps même qu'il écrivait, ce traité élait imprimé en Moldavie, et on y trouvait la transsubstantiation établie d'une manière incontestable. Le même auteur a pu savoir depuis que le patriarche successeur de celui-là, avait publié, sous le titre d'Enchiridion, les décrets de Jérusalem , avec de très-amples additions pour prouver la présence réelle et la transsubstantiation ; que les synodes contre Cyrille y étaient insérés ; qu'il avait fait imprimer de même la réfutation que Syrigus avait faite de la Confession de ce malheureux ; et U. Smith persévérera à nous assurer qu'elle a été regardée comme orthodoxe, el Cyrille comme un saint et comme un martyr. II faut avoir une autre idée de la sincérité et de la bonne foi que n'en ont tous les autres hommes, pour justifier un pareil procédé.
Il est impossible de nier que tout ce que M.Claude a dit sur les Grecs modernes, sur Cyrille, sur Agapius et sur tous les autres, ne soit entièrement faux. Lui même, qui ne manquait jamais de réponse, n'en a trouvé aucune aux preuves produites dans le dernier vol. de la Perp. et dans la Réponse générale (ci-aprê). On a remarqué ailleurs que ses confrères mêmes l'ont abandonné sur plusieurs articles de son système, qui sont tellement liés les uns avec les autres, qu'on ne peut en reconnaître un faux que tout le reste ne se détruise. Cependant ni M. Smith ni les autres n'en font pas la moindre mention ; ils ne parlent que de ses triomphes, et jamais de ses bévues. Ils font à son égard ce que disent les poètes persans : que guaitcl le prince dit en plein midi qu'il est mîmcil, ii faut montrer avec le doigt la lune et les étoiles. Peut-on faire de semblables reproches aux catholiques? Et des voyageurs sans lettres, mais pleins de sincérité, ne condamnent-ils pas la conduite de leur ministre, avouant que les Grecs ne croient pas ce qu'il leur a imputé?
Ce que M. Claude avait dit sur Cyrille n'était que la preuve de sa proposition générale, que les Grecs et tous les autres chrétiens orientaux, à moins qu'ils ne fussent réunis avec les Latins, ne connaissaient ni la
présence réelle, ni la transsubstantiation, ni l'adoration de l'Eucharistie. Ainsi comme c'était une de ses principales preuves, ceux qui avaient entrepris de le défendre ne pouvaient, sans pécher contre la vérité, ne pas avouer qu'il fallait chercher d'autres preuves ; d'autant même que celle-là était autant combattue par les luthériens que par les catholiques. Plusieurs ministres, et M. Smith aussi bien que les autres, ont reconnu avec bien de la peine que les Grecs croyaient la transsubstantiation : comment donc ont-ils pu défendre M. Claude, qui a soutenu le contraire si affirmativement, qu'il a prétendu l'avoir démontré? Car toutes les autres preuves dont il s'est servi consistent en interprétations forcées de passages des Pères; et quand elles seraient vraies, il ne s'ensuivrait pas que les Grecs crussent, du temps de Cyrille, le sens qu'Aubertin et M. Claude leur donnent; puisque les Grecs ne les ont jamais entendus de cette manière. C'est à peu près comme si quelqu'un prétendait avoir prouvé que l'Église romaine est calviniste, parce que ses théologiens citent fréquemment les passages des Pères où ces deux ministres ont prétendu trouver des sens tout contraires à la présence réelle et à la transsubstantiation. Ce n'est donc pas par cet endroit que M. Claude a pu rien prouver, ni par les extraits infidèles qu'il fait des Réponses du patriarche Jérémie, ni par la Confession de Mélrophane, qui est plus luthérienne que calviniste, si elle est véritable; ni par un misérable évêque de Larta, inconnu à toutelaGrèce, ni par les Lettres de M. Basire ou de M. Woodroff : ce n'est que par la Confession de Cyrille. Or elle demeure sans autorité et perd toute créance, dès qu'il est constant que l'auteur a exposé faux ; ce qui • est incontestable, dès qu'il faut convenir que les Grecs ne croyaient rien de semblable, ce que présentement les ministres avouent.
Un lecteur prévenu et ignorant, comme étaient la plupart de ceux qui ont adiriiré ce ministre, le voyant loué par tous ses confrères, croit naturellement qu'un tel homme ne s'est trompé sur rien ; cependant dans une dispute qui consiste plus en faits qu'en raisonnements, il avance une fausseté si grossière, que ceux mêmes de sa communion ne peuvent la justifier. Le point qui regarde les Grecs est un des plus essentiels de la question touchant la Perpétuité : tout ce que M. Claude a dit sur ce sujet est faux, puisqu'ils croient le contraire de ce qu'il leur attribue; il est donc certain que toutes les victoires s'en vont en fumée, et tout homme qui cherche la vérité ne croit plus celui qui s'est trompé si grossièrement, et qui l'a voulu tromper. Ce n'est pas ainsi que s'y prennent les calvinistes, c'est en cette manière. M. Claude a confondu tous les arguments de ses adversaires; jamais victoire ne fut plus belle, ni plus complète. 11 est pourtant vrai que les Grecs ne croient pas ce qu'il leur a attribué ; qu'ils croient la transsubstantiation et ce qui en est la suite ; ce qui se dit comme si cela n'avait pas une liaison essentielle avec son système; car ce seul aveu signifie que ce vainqueur des catholiques a été
un ignorant, un téméraire ou un imposteur ; ce qui sera vrai nonobstant les vains éloges de ses admirateurs, jusqu'à ce qu'ils aient prouvé que les Grecs croyaient ce que contient la Confession de Cyrille dans le temps que ce ministre écrivait ; et c'est ce que les calvinistes ne feront jamais. Quand même ils voudraient l'entreprendre, ce ne sont pas nos affaires si nous ne voulons, puisqu'avant que la dispute sur la perpétuilé fût commencée , Feiilavius avait réfuté Hottinger sur cet article d'une manière sans réplique. Ils ne peuvent donc rien dire, sinon ce que quelquesuns ont établi sans le prouver, et qui se réduit à deux propositions : l'une, que les Grecs croient la présence réelle et la transsubstantiation, mais que ce n'est pas en la manière dont les catholiques l'enseignent ; l'autre, que cette doctrine leur est venue par les Latins. Quand cela serait vrai, il ne s'ensuivrait pas que M. Claude pût être justifié de témérité, d'ignorance et de mauvaise foi , puisqu'il a soutenu, sans autre autorité que celle de la Confession de Cyrille, tout le contraire de ce que la force de la vérité a fait avouer aux autres. Il n'a point distingué les temps ni parlé de ce prétendu changement de doctrine. On ne lui avait pas opposé dans la Perpétuité le consentement des Grecs latinisés, puisque ce n'était pas de ceux-là qu'il s'agissait. Ainsi supposant même la vérité de ces deux propositions, dont la fausseté est certaine, il sera toujours vrai que ce ministre n'a rien dit sur les Grecs qui ne fût entièrement faux, puisqu'il était fondé s«r son affirmation générale qui n'admettait pas cette distinction.
Mais , comme nous venons de dire , ces deux propositions ne sont pas plus vraies : car les lettres^ imprimées depuis peu, de Mélèce , patriarche d'Alexandrie , et la sentence synodale du patriarche Callinique , ne permettent pas de douter que les Grecs ne croient la transsubstantiation précisément comme nous la croyons. Et , à l'égard de la seconde proposition , tous les ministres auraient bien de la peine à en doimer la moindre preuve, et encore plus à en fixer le temps. Quand même ils l'auraient fixé, ce qu'aucun d'eux n'a pu faire jusqu'à présent , ils n'auraient rien fait, s'ils n'avaient prouvé que ce changement était arrivé avant Cyrille et dans un espace Irès-court , puisque ce devait être depuis la mort de Mélèce.jusqu'à la date de la Confession, ce qui ne va pas à vingt-cinq ans ; ou convenir que leur saint et leur martyr était un imposteur, quand il attribuait à toute l'église grecque qu'elle rejetait la Iranssubslan tiation, puisque non seulement Mélèce, mais Gabriel de Philadelphie , Maximus Margunius , et les autres théologiens l'ont enseignée si clairement. Depuis Cyrille on ne peut supposer qu'il soit arrivé aucun changement; puisque dès qu'il fut mort, et que les Grecs furent en liberté , sa Confession fut condamnée , et l'a toujours été depuis , sans qu'il y ait eu la moindre contradiction à ces censures. Ainsi tout l'avantage que les calvinistes peuvent tirer d'une chicane aussi Doal fondée , est d'amuser ceux qui ont été confirmés
PUBLICATION ET SA RECONNAISSANCE. 582 dans leurs préjugés par les livres de M. Claude ; mais elle n'a pas le moindre effet à l'égard des catholiques, qui savent assez que ce prétendu changement est encore plus difficile à prouver que les autres qu'Auberlin a supposé être arrivés dans l'Église latine et dans l'église grecque.
On peut juger par ces réflexions et par ce qui les a précédées qu'il n'y a peut-être jamais eu de preuve plus vaine et plus frivole que celle que M. Claude a voulu tirer de la Confession de Cyrille , et que la mauvaise foi de ceux qui ont traité tout ce qui a rap.port à cette matière est démontrée d'une manière si convaincante, qu'il n'est pas possible de la justifier; d'autant moins tju'elle est accompagnée de tant d'ignorance, que ceux qui ont avancé tous les paradoxes et toutes les suppositions nécessaires pour soutenir le système de ce ministre prouvent assez qu'ils n'ont pas eu la moindre connaissance de l'église grecque. Us en ont imaginé une qui ne fut jamais que dans l'idée des ministres, qui parlait comme les catholiques , et qui croyait comme les calvinistes ; et cette prétendue conformité supposait de longs et obscurs commentaires, dont le commun des hommes n'est point capable, et qui n'étaient pas moins inconnus aux Grecs qu'aux catholiques. Mais ceux qui les avaient accommodés à leur opinion ne faisaient pas réflexion à la discipline de l'église grecque, qui les détruisait plus nettement que ne pouvaient faire les meilleurs arguments théologiques. Car tout le monde n'est pas capable d'en juger; aa lieu qu'il n'y a point d'homme si grossier qui, voyant les Grers prosternés devant l'Eucharistie , et qui entendant les prières qu'ils disent avant que de recevoir la communion, ne comprenne qu'ils ne peuvent pas être calvinistes. Il comprendra aussi que si Cyrille l'a fait comme les autres après avoir donné sa Confession, non seulement il n'était pas un saint, mais qu'il était un imposteur indigne de toute créance , et un impie abominable.
On ne croit pas que les calvinistes attendent un article particulier pour répondre à l'auteur des Monuments aullienliques , qui ne s'est pas contenté de ramasser les objections les plus triviales , et cent fois réfutées, pour soutenir Cyrille, mais qui a eu la hardiesse de faire imprimer sa Confession sous le titre de Confession des Grecs, qu'elle n'a ni dans l'original , ni dans aucune copie. Ce qui a été dit dans la Défense de la Perpétuité est plus que suffisant pour faire voir aux plus entêtés qu'il ne lui appartenait pas d'écrire sur une matière dont il n'avait pas la première connaissance; et on ne croira pas aisément qu'il ait eu mission pour défendre M. Claude. Platon disait eu
- voyant Diogène qu'il s'imaginait voir Socrate devenu fou. On pourrait dire quelque chose d'approchant de M. Claude et de son disciple. M. Claude a avancé des faussetés aussi grandes que le sieur A. ; mais c'était avec une confiance pleine de compassion pour l'ignorance de ses adversaires ; par exemple , de ce qu'ils ne savaient pas que ceux qui avaient eu pari aux (Jeux
PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE
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synoac-s el à la Confession oiihodoxe étaient des Grecs latinisés ; qu'ils aimaient mieux croire tous les Grecs que M. Basire et M. Woodroff, et ainsi du reste. Les cailioli(|ues, les Grecs, les patriarches, les ambassade\irs n'étaient pas pour cela des perlides , des parjures, des subornateurs de faux témoins, des apostats, des anliciiréiiens, tels que les dépeint un lioinme qui sait faire un seul Parlhénius de quatre; qui fait en-
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trer M, de Nointel dans de mauvaises intrigues • vingt-cinq ans avant qu'il fût arrivé à Constantinoj)ic ; et qui croit que des injurcS, des faussetés et «Us fables mal cousues passeront pour des raisons. Si par liasard il y en a qnelqui^s-unes dans ce piioyable ouvrage, elles sont sunisamment détruites par tout ce qui a été dit dans la suite de ce discours.
LirilE SIXIEME.
DANS LEQUEL ON EXAMINE SI ON PEUT SUPPOSER QU'IL SOIT ARRIVÉ UN CHAN- GEMENT ENTIER DE DOCTRINE SUR LA PRÉSENCE RÉELLE DANS LES ÉGLISES ORIENTALES.