‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 172 sur 323 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Examen particulier de la possibilité ou impossibilité de

ce changement.

Celte question , par rapport à l'Église latine et à réglise grecque, a été traitée si exactement par les autours de la Perpétuité de la (ci, qu'il est dilTicile de rien ajouter à ce qu'ils ont écrit dans le premier volume, et à ce que le P. Paris, chanoine régulier, théologien d'un mérite dislhigué, a écrit touchant les Grecs dans son ouvrage intitulé Créance de l'église grecque. M. Claude, disent ses disciples et ses admirateurs, leur a répondu, et il est vrai qu'il a fait de gros volumes appelés Réponses à la Perpétuité. Mais on ne comprend pas facilement si c'est répondre à des objections très-solides , que de n'y opposer rien , sinon des faussetés énormes, des sophismes et des raisonnements très-absurdes, sans apporter aucunes preuves de fait, dans une dispute qui roule toute sur des faits ; de s'applaudir à chaque page , et d'avoir compassion de la mauvaise foi et de l'ignorance de ses adversaires; de dissimuler les preuves les plus convaincantes, et d'en faire valoir de si frivoles, qu'il fallait être aussi hardi qu'était l'auteur pour les oser proposer, el plus Ignorant qu'on ne saurait dire pour les approuver. On en pourrait fournir un grand nombre d'exemples ; el on se contentera d'en produire quelques-uns des plus remarquables.

M. Claude, dans sa première réponse, avait nié hardiment que les Grecs crussent la transsnbslantialion. On lui avait cité le témoignage de Gabriel de Philadelphie. Il ne balance point, il nie que l'ouvrage qu'on lui alléguait soit au monde , parce que le cardinal du Perron ne l'a pas cité en grec; détaiie admirable pour un homme qui à peine le savait lire. Un antre aurait cru qu'il était du respect dû au public, et même de sa propre réputation, de s'informer de quelqu'un plus savant que lui, ou d'un biblioliiécaire, s'il y avait eu un trailé des Sacrements de Gabriel de Piiiladelphie imprimé à Venise : il en aurait été bientôt éclaire! . Mais ces puérilités ne sont que pour des hommes d'énidillan : un grand théologien, comme lui, trouvait tout auus sa tête. Voilà donc les pic-

mières démarches avec lesquelles il s'est opposé aux catholiques. Après cela , il a fallu que Gabriel fût un Grec latinisé: et quand on l'a confondu, en lui citant les traités de ce même auteur contre la primauté du pape, contre la procession du Saint-Esprit du Père et du Fils, et contre les autres dogmes de l'Église romaine , imprimés en Angleterre par les protestants , il a pris une autre route; mais sans se rétracter d'erreurs aussi grossières , qui ôtent toute créance à un homme qu'on voit décider hardiment sur une matière, sans connaître ni les livres, ni les auteurs. Gabriel et son ouvrage ont donc cessé d'être un fantôme ; mais M. Claude ne se souvenant plus qu'd avait rejeté l'un comme latinisé , et l'autre comme un écrit supposé , s'étonne qu'on ail pu s'imaginer que Gabriel enseignât la transsubstantiation. Il se servait néanmoins du propre mot que Cyrille Lucar avait condamné et rejeté, et les Grecs n'en connaissent point d'autre pour signifier ce changement. Cela n'a pas embarrassé M. Claude; il est convenu de bonne foi que Gabriel enseignait la métousiose, mais non pas la tratissubstantiation, qui est comme si quelqu'im prétendait qu'un homme accusé d'arlanisme se serait justifié en disant qu'il croyait Yhotnoousion , et non pas la con^ substantialité. C'est là ce que les adniiialeurs de M. Claude appellent répondre, et même répondre irès" solidement.

On avait cité des témoignages d'auteurs jacobiles, pour montrer qu'ils croient la présence réelle. Erreur grossière, dit-il, car tes jacobiles sont eutijcliiens, et les eulychiens ne croient pas que Jésus-Ctirist eût un véritable corps. Cependan; ce n'est pas là la créance qu'ont eue les anciens eulychiens; et les jacobites le sont si peu, qu'ils disent anaihème à Eutychès, à Apollinaire et à tous ceux qui ont nié la vérilé d.i corps de Jésus -Christ.

On a rapporté dans la Perpétuité un grand noinhid de témoignages de Grecs modernes , pour prouver qu'ils recevaient la doctrine de la transsubstanlialion. Tous ces témoignages sont faux ou suspects, dit M. Claude, sans aucune preuve. Qui sont donc ceux que nous devons croire? C'est M. Woodroff, M. Basire. deux ou trois Grecs passant en Angleterre ou en Aile-

5So LIV. X. EXAMEN DE L\ SUPPOSITION

niagiic, quelques voyngeurs et surtout Cyrille Lucnr. C'est de celle ninuière que ce ministre a fait ses réponses ; et c'est ainsi que si on veut croire , non pas les plus méprisables écrivains, mais ceux qui ont eu (li)el([ue nom parmi les calvinistes, M. Claude a remporté la plus belle victoire qu'aucun ministre ait jamais remportée sur les catholiques. Populus me sibilat, at milii plaudo ipse domi. Si au lieu de faire plusieurs volumes , il y avait eu une conférence réglée devant des commissaires , comme fut autrefois colle des catholiques et des donatistcs, ou plus près de nos jours celle de Fontainebleau, il n'y aurait jamais eu de juge assez prévenu , pour prononcer en faveur de M. Claude sur les articles que nous venons de marquer, cl sur plusieurs autres semblables : mais le papier soufîre tout.

Ce ministre a tourné en plusieurs manières le système d'Auberlin sur le changement de doctrine qu'il prétend être arrive dans l'église grecque, par Anaslase Sinaïle et par S. Jean Damascènc; et les auteurs que nous venons de nommer l'ont solidement renversé, ayant fait voir que ce prétendu cliiuigement était cnitèrement inconnu aux Grecs; et ([uc, comme ils avaient toujours parlé uniformément sur les saints mystères, ils avaient cru de tout temps ce qu'ils croyaient encore présentement. C'est ce que Mélèce Syrigus a prouvé assez au long, dans sa réfutation de la Conl'ession de Cyrille Lucar , et ce que l s Grecs ont assez déclaré dans les synodes de 1658 et de 1642, qui ont été reconnus par celui de Jérusalem , et par tous les Grecs comme contenant la foi de leur église sur tous les points contestés avec les calvinistes. Ceux-ci ont atlaqué en dilïérentes occasions le synode de Jérusalem , et la Confession de foi orthodoxe. Mais eiifin la force de la vérité et l'absurdité des objections formées contre des actes aussi aulhenliquos, a tiré de plusieurs habiles protestants un aveu sincère, que M. Smith, M. Allix et quelques autres ont fait, en reconnaissant que les Grecs croyaient la présence réelle et la transsubstantiation; mais que ce néiait (juc par les arlifices des catholiques , qui leur avaient insinué cette nouvelle doctrine.

Ceux qui ont donné ce nouveau tour à la dispute ne sont pas encore entrés en preuves sur celte proposition, et on ne croit pas qu'il leur soit facile de le faire. Mais quand ils renlreprendront, il faut qu'ils reconnaissent d'abord que M. Claude s'est donc trompé, et qu'il a établi sa défense sur une hypothèse toute contraire, et par conséquent très-fausse ; puisqu'il a toujours soutenu, sans jamais se rétracter, que les Grecs ni les comnmnions séparées qui subsistent dans tout l'Orient ne connaissaient ni la réalité, ni la Iranssiibslanliation,ni l'adoration derEuchari^lie. C'est pourquoi il n'a pas enln pris de bâtir un système sur le prétendu changement d'.'S Grecs, encore ujoins sur celui qai doit être arrive parmi les Orientaux. 11 pa rail assez que les calvinistes n'ont pas fait grande atlenlion sur cet article, parce que les caliioliques, avant la dispute loi'.cbanl /(( Perpélii'né , n'avaioni fait pres-

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