CHAPITRE m
On ne peut prouver quil y ail eu de cliangemenl sans faire plusieurs fausses suppositions.
Afin donc que la domination des Latins en Palestine et en Syrie ait pu introduire du changement dans la doctrine sur rEucliari.--lie, il faut f tire plusieurs suppositionsenlièremcnt impossibles. La première est que les Latins, en instruisant les Orientaux sur la présence réelle et sur la transsubstantiation, crussent que toute la religion calholi(iue était tellement renfermée dans cet article, qu'après cela ils ne se mettaient pas eu peine si leurs prosélytes croyaientou ne croyaient point d'autres vérités capitales. C'est néaiunoins ce qu'il faut nécessairement supposer, quoiqu'on no trouve peut-être auctm exemple de pai'cille conduite en matière de religion ; et que jamais personne n'ait entrepris d'instruire des hérétiques d'une seule vérité , en négligeant toutes les autres ; 2° il faut supposer que toute l'attention des catholiques en tout pays était d'établir la présence réelle ; connue s'il eût été fort nécessaire de prêcher une doctrine qui était reçue partout ; outre que l'héi ésie de Bérenger avait été condamnée il y avait plus de cinquante ans, et n'avait plus presque de sectateurs. Mais comme Auberiin avait besoin de cet empressement pour l'accommoder à sa fable, il suppose sans aucune preuve ce qui ne fut jamais ; 3° i! faut encore supposer que ce changement s'est fait de telle manière, qu'il n'en soit resté aucune mémoire dans les livres des Orientaux , non plus (|ue dans les Grecs et dans les Latins. Et ce qui est encore plus convaincant, on ne peut s'imaginer, sans avoir perdu l'esprit , qu'il faille rapporter au temps des croisades îe commencement d'une nouvelle doctrine sur l'Eucharistie, qui se trouve enseignée dans ces mêmes églises orientales lrès-l<mgtemps auparavant. Car outre Vincent, évêque deKeft, que les Cophtes croient avoir vécu avant le mahoniétisme. Sévère, évêque d'Aschmonin, vivait avant les croisades; et on aura peine à découvrir dans les auteurs latins de pareille antiquité des expressions plus significatives que les sieimes pour la présence réelle. Les commentaires sur les Évangiles en arabe et en syriaque , qui ne sont pas d'iuie moindre antiquité, contiennent plusiem-s passages des saints Pères qui ont rapport à la doctrine de l'Eucharistie , et qui sont tous pris au sens littéral , sans qu'il paraisse le moindre vestige de ces ex|ilicaiions subtiles qu'Aubertin a inventées , ni d'u ne doctrine différente de celle qui est communémenl reçue en Occident : ce qui prouve encore qu'il ne peut Cire arrivé aucun changement; 4° il faut aussi supposer une telle chose également absurde et impos-