‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 176 sur 323 · LIV. X. EXAMEN DE LA SUPPOSITION · texte numérisé non relu

LIV. X. EXAMEN DE LA SUPPOSITION

sihle, qui est, qu'en même lemps que la nouveoiue a été iiiU'odiiile dans les églises d'Orient , ceux qui y ont travaillé ont corrompu les ouvrages des anciens l'oies reçus dans l'église grecque, dont il y avait dos iraddclions en syriaque et eu arabe , pour y semer le dojîme de la réalité, pour mettre le corps et le sang de JéstisChiisl en divers endroits, où, dans les originaux, il y avait «îi/i'/ypcs , oblalion, sacrés dons et autres mots semblables : ce qui ne s'observe pas scr,Icment dans plusieurs homélies de S. Jean Chrysostôme, dans hs catéclièses de S. Cyrille de Jérusalem , et dans '.es traductions sypiaques et arabes des canons, mais géifJralement en tout ce qui serait capable de porter les lecteurs à un sens éloigné de la réalité ; 5° si cela doit être jugé impossible, puisqu'on sait qu'alors les plus habiles théologiens parmi les Latins u'avaitMii (pi'ime légère connaissance des auteurs grecs, qu'à peine Irouve-t-on dans les histoires de ces temps-là deux ou trois hommes qui eussent i>u traduire du grec, encore moins du syriaque, qui n'était jilus vulgaire depuis près de trois cents ans; que le peu de livres qui furent apportés du Levant en Europe pciulani les croisades étaient des traités de philosophie, de médeciiie ou de mathématiques, que quelques-uns traduisirent sur les versions arabes, ne se trouvant presque personne qui pût traduire les originaux grecs; qui [sourra s'imaginer qu'il y ait eu dans ces temps d'ignorance uu assez grand nombre de Latins versés dans la lecture des Pères grecs qui n'étaient pas connus en Europe, et assez savants en arabe et en syriaque pour pouvoir examiner tous les livres des chrétiens orientaux écrits dans ces deux langues, et y insérer la doctrine inconnue de la présence réelle, sans que les autres s'en apcrçiis'^cnl, ou sans qu'ils osassent s'y opposer, comme on doit supposer qu'ils firent sur ce qui regardait les autres dogmes, puisqu'on les trouve en leur entier dans tous les livres des jacobitesetdes iiestoriens ? Comment s'estil pu faire (pie ceux qui avaient travaillé à un ouvrage si utile à l'Église, ne s'en fussent pas fait honneur quelque part, ou que les Orientaux n'aient pas laissé quelque plainte de celle violence? 6° C'est encore une supposition très-absurde de s'imaginer que s'il y avait eu parmi les ecclésiastiques qui suivirent les croisés des hommes assez habiles pour exécuter cette réforme générale de tous les livres de religion, ils eussent eu la liberté de le faire. Car le pouvoir absolu des chrétiens latins ne s'est jamais étendu que dans la Palestine, à Antioche, et dans quelques villes de Syrie. Mais en Egypte, où était la résidence du patriarche cophte d'Alexandrie, chef de la secte des jacobitcs, ou il y avait un grand nombre d'évèques et de religieux fort attachés à leur religion, les Francs ne pouvaient pas avoir celte autorité, non plus que dans un grand nombre d'églisesjacobitcs ou nesloriennes de Syrie et de Mésopotamie, où ils n'ont pas été les maîtres, et où même on ne les fréquentait pas sans péril ; puisqu'on voit dans l'Histoire des Patriarches d'Aletandrie que Cyiiilc, fils de Laklak, qui nvatt

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sous les successeurs de Saladin, fut accubé par son clergé d'avoir trop de familiarité avec eux ; 7" il y a encore une remarque à faire sur l'absm-dité de cette pensée, et c'est que dans ces livres, où la doctrine catholique sur l'Eucharistie est si clairement établie, il se trouve divers passages d'auteurs que les jacobites regardent connne des Pères et des docteurs de leui église, et qui onl été frappés d'anathcmes par les catholiques. Tels sont Sévère d'Antiochc, Philoxène de liiérapolis el quelques autres, ainsi que Théodore, Diodore, Narsès parmi les nestoriens. Si ces réformateurs de livres orietitaux les connaissaient pour hérétiques, ils se sont acquittés fort mal de cette réforme; s'ils leur étaient inconnus, de pareils hommes n'étaient guère capables de faire un changement eutiw dans un si grand nombre d'églises. Nous savons bien qu'on trouve dans les Chaînes grecques des citations d'Apollinaire, de Sévère d'Antiochc, de Théodore de Mopsueste et de divers autres, pi)ur ne point parler d'Origène. Mais cette comparaison ne détruit pas ce que nous avons rapporté : car ils y sont cités comme des auteurs qui ont expliqué heureusement, el selon l'esprit de l'Église, des passages de la sainte Écriture, et non pas comme des docteurs, encore moins comme des saints; au lieu que c'est en celte qualité qu'ils sont allégués par leurs sectateurs. Trouvera-t-on dans toute l'Ilisloire ecclésiastique aucun exemple d'une pareille dissimulation? Et quelqu'un entreprendra-t-il de persuader que les papes eussent cru avancer beaucoup les intérêts de l'Église, abandonnant son ancienne doctrine contre les décisions des conciles généraux, pour canoniser des hérétiques, et tolérer les erreurs les plus grossières, pourvu qu'on reçût la foi de la présence réelle ? 8° C'est encore une supposition très-absurde que celle qu'on doit nécessairement faire, en admettant la possibilité de ce changement, et qui est, qu'il se soit fait sans qu'il y ait eu rien de changé dans les cérémonies, ce qui n'est jamais arrivé. Les prolestants l'ont assez prouvé parleur conduite; puisqu'inconlinent ils abolirent la messe et tous les rites, aussi bien que les prières les plus solennelles, dont l'usage était aussi ancien que l'Église, jugeant que cela ne pouvait s'accorder avec leur nouvelle religion- Quoiqu'ils soient partagés en beaucoup de sectes, et qu'ils aient eu beaucoup d'opinions contraires les unes aux autres touchant l'Eucharistie, ils se sont tous accordés sur la suppression de la messe et de toutes les prières qui signifient le changement des dons proposés, ainsi que de toutes les marques du culte direct pour l'Eucharislie. Les protestants ne peuvent dire que la discipline des Orientaux pour célébrer les saints mystères ne soit pas plus ancienne que les croisades. S'ils le disaient, on leur Aumeiail la bouche par le jugemetit de deux di s plus savants hommes qu'ils aient eus parmi eux, Joseph Scaliger el M. de Saumaise, <pii ont jugé les Liturgies cophtes fort anciennes, el même plus que les {grecques, telles que iiousles-avons.préseHieîiiient.Or "nous croyons avoir montré, par des preuves incon^

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f.-slables, que les prières de ces Lilurgies elles ccrérnoiiies qui les accoir.p:ignciil, iiepouvaieiil avoir lieu en aucune éçjlise où l'on n'aurait pas cru la présence réelle ; et nous ne croyons pas que ce qui en a été dit ci dessus reçoive la moindie atteinte par les fausses interprétations de M. de Saumaise,el par le vain raisonnement d'Aubertin sur la forme des paroles de Jésus Christ , telle qu'elle est dans la Liturgie étliiopicnr.e.

Supposons cependant ce qui doit être nécessairement supposé, qui est, qu'en inlroduisanl parmi les Orienlaux la doctrine de la présence réelle, on leur a en même temps apiiris à adorer l'Eucharistie, à la considérer comme le véritable corps de Jésus-Christ, et à pratiquer tout ce qui est une suite de celle créance : on doit présumer que ceux qui ont en la principale part à celte nouveauté leur auront donné les mêmes prières et les mêmes cérémonies que celles de l'Église romaine. Cela n'est pas une supposition en l'air, c'est une consé(iuence nécessaire, eu égard à ces icmps-là; puisqu'on reconnaît par le léuKiignage de tous les auteurs cl des plus fameux lliéoiogicns, qu'alors on ne connaissait aucune autre discipline que celle qui se pratiquait dans nos églises, et que toute autre était suspecte. Il n'est donc pas possible que les Lalins aient enseigné aux Orienlaux ce qu'eux-mêmes ne pratiquaient point, ce qu'ils ne connaissaient pas, et que souvent ils ont condamné.

Ce n'est pas là tout ; non seulement ceux qui pourraient avoir introduit co changement dans la doctrine et dans la discipline ne connaissaient pas celle que nous trouvons praiiipiée en Orient plusieurs siècles avant les croisades, mais les théologiens latins en condamnèrent la plus grande partie , dès qu'ils en eurent connaissance par les disputes qu'il y eut dans la suite. Car quelques-uns accusèrent les Grecs d'honorer le pain et le vin avant la consécration , et de ne l'adorer pas après ; de ne pas faire l'éiévaiion , parce que ni eux ni les Orienlaux ne la font pas en même temps que les Lalins, mais un peu avant la communion ; de dire l'invocation du S.-Espril après avoir prononcé les paroles de la consécration ; de donner la communion par inlinction aux enfants, et ainsi de divers autres riles inconnus en Occident, et qui sont cependant des suites de la créance de la présence réelle.

On peut juger par ce qui a été rapporté ailleurs touchant deux additions faites à la confession de foi des Cophtcs, un peu avant la communion, qu'il n'élait pas si aisé d'introduire des nouveautés dans ces églises séparées. Un patriarche y ayant ajouté le mot de vivifiant , en parlant du corps de Jésus-Christ , trouva une forte contradiction de la pari des religieux de S. -Maeairc, quoiqu'ils convinssent que la proposition était orthodoxe; de même un autre qui avait joint îi ces paroles : La chair rfeJt'sus-C/in's/, celles-ci: Qu'il a faite une avec sa divinité, parce qu'elles pouvaient avoir un sens approchant de l'hérésiedes apollinarisles. C'cbl donc la supposition du monde la plus téméraire,

TOUC lANï L EUCHARISTIE. ^06

que do s'imaginer que ceux qui étaient si attentifs sur tout ce qui sentait la nouveauté , eussent été insensibles à un changement aussi prodigieux que celui de regarder comme le vrai corps de Jésus-Christ ce qui n'était peu d'années auparavant regardé que comme du pain.

Dès qu'on suppose que la foi est changée , on ne peut pas être longtemps sans (|uo les rites ne changent pareillement ; et lors(iu'on remarque ceux qui naissent de la présence réelle déjà établis dans une église, on peut conclure que la créance qui les produit y était déjà connue. Personne ne s'avise d'adorer ce qu'il croit n'être que du pain ; mais dès qu'il croit que ce qu'il voit n'est plus du pain, mais le corps de Jésus-Clirist, il l'adore sans diflicuUé. Or tous les rites que nous avons tirés des livres orientaux par rapport à l'adoralion et au culte religieux de l'Eucharistie étaient pratiqués par les chrétiens orientaux longtemps avant les croisades ; et par conséquent elles ne peuvent avoir servi à faire recevoir une créance qui y était déjà reçue, comme ila étéprou\é d'une manière fort claire.

Enfin, pour peu qu'on fasse réflexion à l'opiniâtreté avec laquelle les Égyptiens attachés à Dioscore soutinrent sa cause dans le concile de Calcédoine; que l'aulorilé de Marcien et des empereurs suivants ne put les réduire; que, nonobstant la rigueur des lois publiées contre eux, ils continuèrent à élire des patriarches de leur secte; qu'ils demeurèrent maîtres de la plupart des monastères ; qu'aussitôt que les Mahomélans se présentèrent devant Alexandrie ils so soumirent à eux, et par leur moyen ils chassèrent les orthodoxes de toutes les églises, et môme de la ville ; qu'ils les rendirent suspects aux infidèles par leurs calomnies ; que durant près de cent ans ils exercèrent contre eux toute sorte de violences et de cruautés, on ne croira pas aisément que des peuples de ce caractère, que les anciens ont toujours dépeints comme turbulents et sédilieux, pussent sans aucune contestation recevoir un nouveau dogme, plus difficilo à croire que tous ceux pour lesquels ils se porlèreul aux dernières extrémités.

Mais il est inutile de deviner sur de pareilles matières, lorsqu'on n'a pas la moindre preuve à alléguer , car les calvinistes n'en ont aucune. 11 faut examiner ensuite si l'Église romaine a fait par le moyen des missionnaires ce qu'on ne voit pas qu'elle ait fait par les croisades.

C[IAPITRE IV.

Qu'on ne peut prouver que la créance de la présence réelle ail été portée au Levant par tes missionnaires de rEglise latine.

C'est ici le second moyen par lequel les protestants supposent que la créance de la présence réelle s'est introduite dans les églises orientales. Mais quand on vient à examiner le temps et les circonstances d'un si grand changement, ils n'ont pas plus de preuves à

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c:i donner que de laulre moyen , qui est celui des croisades. Lorsqu'ils exagèrent le zèle des papes à envoyer des missionnaires parloul, pour attirer à la communion de rÉglise catholique les chrétiens qui en étaient séparés par riiérésic et par le sciiisme, ils font l'éloge des catholiques. Mais ils se rendent ridicules lorsqu'ils représentent les papes et les missionnaires comme occupés uniquement du dessein de répandre partout la doctrine de la présence réelle, de même que si on était orthodoxe en croyant cet article seul , et que les autres fussent indifTcrenls, jusqu'à celui de la supériorité du p spe qui devait toucher la cour de Rome, et qu'elle n'a jamais oublié.

Voici donc l'idée qu'on doit avoir de ces missionnaires, selon le système des protestants. Ce devait être des hommes étrangers qui ne parlaient d'abord qiie par interprètes , et qui disaient aux Grecs , aux Syriens, aux Arméniens, auxCophtes, aux Éthiopiens , aux Moscovites , et enfin à tous les chrétiens : Mes frères, nous savons bien que vous avez di/férentes opinions qui ne s'accordent pas avec notre créance : vous êtes les uns ncsloricns, qui dites analhhne à ceux que nous regardons comme des saints, et au concile d'Éplièse , que nous recevons avec respect ; vous honorez Nestorius et d'autres que nous croyons en enfer. Vous, jacobiles , vous en dites à peu près autant du concile de Calcédoine et de S. Léon; mais n'importe, ce sont là des bagatelles : croyez seulement que l'oblation qui est faite dans la Liturgie est véritablement le corps et le sang de Jésus-Christ , et nous serons contents de vous. Ceux qui auraient pirlé de celle manière auraient été traités comme des fous , et avec raison : et chacun peut juger si des évoques et des prêtres qui auraient eu la moindre connaissance de la religion se seraient rendus à des prédications aussi ridicules , fitites par (les étrangers qui étaient regardés comme des hérétiques. Croira-t-on que personne parmi eux n'ait voulu disputer avec ces nouveaux docteurs, ou qu'il ne l'ait pu faire? Il ne reste donc que la voie sr^crèle d'insinuation ; c'est-à-dire, que ces missionnaires sccrèlement et sans bruit aient catéchisé un nombre infini de Cophtes , de Syriens, d'Éthiopiens, et que, durant un assez long espace de temps, il ne se soit trouvé personne qui ail ouvert les yeux à ces pauvres ignorants, pour les empêcher d'être séduits par les prédicateurs de la présence réelle.

Si , comme les protestants l'avouent, les rites sacrés que l'Église romaine pratique et divers points de discipline louchant le respect dû au Saini-Sacrement sont les suites de la présence réelle, et qu'on les trouve dans les églises orientales , ce qui est hors de toute conlestation.il faut qu'ils ne soient pas plus anciens que ce prétendu changement. Il est néanmoins incontestable que tous ces rites et h discipline qui sont en usage parmi les Cophtes et les Syriens ont une antiquité beaucoup plus grande que toutes les époques de changement établies par Aubertin et par ses disciples ; puisque dans le douzième siècle on voit que les religieux de S.-Macairc , qui faisaient le

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corps le plus considérable de l'église cophlc , alléguaient l'ancien usage pour s'opposer à quelques additions faites à la confession de foi sur rEucharistie, qui se disait et se dit encore avant la communion. Mais si ces rites sont nés de l'opinion de la présence réelle, et qu'elle soit si récente parmi eux , nous er. verrions l'origine et l'établissement dans leurs histoires, comme nous y trouvons sous quels patriarches, et à quelle occasion, le mot de vivifiant, et ces paroles , sans confusion , sans niélant/e et sans altération, furent ajoutées.

Il faudrait aussi que les auteurs de semblables paradoxes rendissent raison de ce que parmi ces cérémonies et ces prières il y en a que les Latins ne connaissent point, surtout qui étaient absolument inconnues aux théologiens de ce lemps-là, comme est l'invocalion du S. - Esprit sur les dons proposés , même après la prononciation des paroles sacramentelles de Notre-Seigneur. Car les Orientaux , principalement les Cophtes, croient qu'alors seiiiemcnl la consécration est achevée : ce qui démontre qu'ils croient un changement réel, et non pas métaphorique, puisqu'il n'y a point de moment déterminé à cchii-ci , et qu'il y en a un pour l'autre. 11 faut donc convenir que les missionnaires latins ne peuvent pas leur avoir appris ce qui non seulement n'est pas cru dans l'Église latine, mais ce que plusieurs scolastiques regardent comme une hérésie.

On peut encore moins dire que celle oraison pour invoquer le Saint E?prit, qui , suivant le sens simple et littéral des paroles, signifie un changement réel et actuel du pain et du vin au corps et au sang de Jésus- Christ, leur ait été apprise par les Latins qui ne l'ont pas dans leur Liturgie ; mais elle se trouve dans toutes les grecques, et il n'y en a aucune en Orient qui ne la rapporte.

L'usage des azymes est un sujcl de dispute qui dure depuis plusieurs siècles entre les Grecs cl les Latins : pourquoi ne Irouve-l-on pas le moindre vestige de quelque tentative qu'aient faite ces missionnaires, qui trouvaient les hommes si dociles sur le plus difficile de tous les mystères, afin de les ramener à l'usage ùa l'Église romaine, ou au moins pour leur apprendre que ce n'était pas un article de foi, mais un point de discipline qui ne devait pas rompre l'union entre les églises?

Les minislres suiiposcnt que les livres d'Anasiaso Sinaïte et de S. Jean Dauiascènc ont servi à pervertir tout l'Orient, et à y répaiiire l'opinion de la présence réelle. On trouve bien qu'il est parlé du premier dans les livres des melchites ou orthodoxes, et Eutychius en fait mention dans ses Amiales, parce qu'il était delà même église; mais les autres ne pouvaient pas, sur son autorité, recevoir de nouveaux dogmes, puisqu'ils le regardaient comme liéréliquc.

A l'égard de S. Jean Damascène, que les OricfUaux appelleni, fils de Mansur, on trouve, dans un manuscrit du Vatican, un extrait de ce qu'il a écrit sur Tfaicharisllc, dans son traité de la foi orlhodoxe. Mais comuia

5f.9 PERPÉTUITÉ DE LA FOI

c'est à la suite d'un ouvrage loi t anipb suivant la docliiiie de l'église d'Egypte, il paraît qu'il est cité comme î)lusicurs autres Grecs anciens dont ci rapporte de longs passages. Quoique le lilre semble signifier que l'ouvrage, qui est par questions et par réponses sur l'Eucharistie, est de qiioI(|ue théologien de l'églie cophle, il parait cependant (ju'il est plutôt d'un auteur ntelcliile ou orthodoxe. Car dans la suite il y a un traite contre les azymes et l'usage qu'en font hs Latins, où toutes les objecti )ns des Grecs sont rapiwrtct^, et on sait que cette question n'a jamais presque été traitée entre les Orientaux et les Latins, mais seulement entre ceux-ci et les Grecs. U est dit que cette dispute lut laite à Con:.tanlinople l'an d'.Alcvaudre 1565, et de l'hégire 445, sous Constantia Mononiachus, au nom du patriarche Michel, qui n'ayant pas voulu consentir à ce que proposaient les légats du pape, ceux ci laissèrent sur l'autel de Sainte-Sophie une sentence d'excommunication, et se retirèrent. Ces doux années répondent exactement à celle de Jésus- Christ 1055, cl ce fut alors que Michel Cerularius commença ses disputes contre les Latins; mais ce ne fut que l'année suivante, selon l'opinion commune, que les légats du pape allèrent à Conslantinople. Il ne faut j)as demander une si grande exactitude aux Orientaux : on voit seulement par cette pièce qu'elle avait été traduite pour des melchitesdu rit grec, et prulolre pour ceux du patriarcat d'Anlioche; car quoi(iue tous les Orientaux soient dans les mêmes seniimcnls sur les azymes, ils ne sont pas entrés dans la dispute avec la même chaleur que les Grecs.

Mais quand d'autres auraient traduit en leur langue l'ouvrage de S. Jean Damascène, cela ne prouverait pas qu'ils ont appris de lui la doctrine du changement réel, plutôt que de S. Alhanase, de S. Cyrille de Jérusalem, de S. Grégoire de Nysse et d'autres, dont les témoignages se trouvent cités dans le même traité. De plus il est assez ordinaire aux chrétiens orientaux do tirer des autres, quoique de différentes sectes, ce qm leur paraît hon et exempt de toute erreur. Ainsi Ebnassal, jacobile, dans son traité des Principes de ta foi, cite des passages, non seulement des théologiens melchiles ou orthodoxes, mais d'Israél, évêque de Cascar, nesloricn, qui avait écrit contre les inlidèles; et sans sortir du livre que nous examinons, on y trouve sous le nom d'Euslathius, religieux, dos paroles qui sont de Sévère, évéqne d'Aschmonin, jacobile, et elles sont sous d'autres noms en divers manuscrits, preuve certaine qu'il n'y a eu entre les chrétiens orientaux aucune opinion différente touchant l'Eucharistie.

Quand néanmoins les Grecs auraient pris leurs sentiments de S. Jean Damascène, son autorité n'eût été d'aucun poids parmi les nestoriens et les jacobiles s'il avait écrit quelque chose de contraire à la créance comnnme, et les missionnaires l'auraient inutilement fait valoir auprès de ceux qui le regardaient comme hérétique. En effet, dans le même manuscrit du Vatican où se trouve cette pièce, il y a en marge des notes d'un jacobile qui le réfute en quelques endroits qui

regardeiit le mystère de l'iacarnalion ; m is il ne s'en trouve aucune sur lu doctrine de l'Eucharistie en la manière qu'elle y est expliquée, preuve lertaine qu'il n'y avait aucune conlesîalion sur cet article.

Ainsi puisqu'il ne se trouve aucune réuiiion publique des jacobites d'Alexandrie avec les Grecs orthodoxes, ni avec les Latins; qu'en celte ville p striarcale il y a eu, depuis le conciîe de Calcédoine, deux patriarches oppo.^és, 'connue il y en a encore deux présentement en Egypte ; qu'il en a été de même dans le patriarcat d'Anlioche et dans tout l'Oiienl; que cette division a subsisté dans Anlioche et dans toute la Palestine, lors même que les Francs y étaient les maîtres, il faut avoir bien mauvaise opini(jn du public pour prétendre persuader, sans preuves, que des religieux, d'autres eccléiiasliques, ou des inc(uinus aient introduit une nouveauté de cette importance sans que personne s'y soit opposé ou même s'en soit aperçu ; qu'ils ont tous cru être dans la foi de leurs pères, et dans celle de toute l'Église, lorsqu'ils reconnaissaient querEucharistie était le véritable corps de Jésus-Christ; «;n'ils ont été persuadés que les paroles des saints Père-, qu'ds trouvaient dans les homélies et dans les catéchèses, ne pouvaient pas être entendues autrement ; que toutes leurs cérémoiiies avaient rapport à ce même sens, et que cependant ils étaient dans une erreur grossière, nouvelle, inconnue à toute l'antiquité, qui leur avait été apportée par des étrangers qu'ils regardaient connue hérétiques.

1! faut aussi remarquer que leurs auteurs anciens et modernes qui explicpient le dogme de l'Eucharistie, quoique dans la substance de la doctrine ils ne s'écartent pas de ce qu'enseigne l'Église catholique, cependant ils le font d'une manière et sur des principes plus conformes à la théologie des Pères grecs qu'à celle de l'école, où il n'est pas ordinaire d'expliquer le changement miraculeux (pii se fait dans l'Eucharistie par le mystère de l'Incarnation, ni de l'attribuer à l'opération toute-puissante du S. -Esprit, descendant sur les dons proposés. Non seidement celte théologie n'est pas celle des scolastiques anciens ou modernes ; mais quelques uns de ces derniers y ont cru voir des conséquences dangereuses, qui détruisaient l'opération du ministre. C'est une remarque des théologiens portugais sur la Liturgie des chrétiens de Malabar, qu'ils corrigèrent par cette raison, très-peu conforme à la doctrine de l'ancienne Église. Donc, puisque la manière d'expliquer le mystère de l'Eucharistie ne vient pas de l'Église latine, ou pour mieux dire de ceux qui passaient alors pour les maîtres des écoles d'Occident, il est impossible (ju'ils aient reçu d'eux la substance du dogme.

Car il faut remar(|uer qu'il n"y a aucune dill'crence entre les auteurs anciens et modernes, dans l'explication qu'ils donnent du mystère de l'Euchaiislie, Sévère, évêque d'Aschmonin, qui a écrit plusieurs traités sur cette matière, parle comme ceux qui l'ont expli(|uée deux ou trois cents ans après lui, et se sert des mêmes pensées cl des mornes expressions qnii

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