‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 178 sur 323 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Exemples de quelques cliangemenls connus par riiistoiie pour la réunion des églises orientales, sur lesquels on peut juger si le changement que les protestants supposent était possible, ou même vraisemblable. On ne peut mieux éclaircir ce qui regarde le ( han-

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gemeiil qu'on suppose pouvoir être arrivé dans les églises orientales qu'en examinant ce que nous savons par l'iiistoire touchant les réunions de quelques églises avec d'autres, les conversions des peuples, les réformes qui peuvent avoir éié faites, et pareils faits historiques, qui ont été suivis de l'éiablissement d'une nouvelle doctrine, et qui ont changé la face de ces pays-là par rapport à la religion.

Un des principaux événements qui soit marqué da:is les histoires des guerres d'oulre-mer, par rapport aux conversions et aux réunions , est celle des maronites établis dans le Mont-Liban. Eulychius, patriarche orthodoxe d'Alexandrie, et tous les auteurs jacobiles témoignent que ces peuples étaient engagés dans l'hérésie des monolhélites ; et Guillaume, archevêque de Tyr, rapporte qu'ils l'abjurèrent et se réunirent à l'Église catholique sous Aimeric, troisième patriarche latin d'Antiochc. Les auteurs conlemporains , ceux qui ont écrit touchant les hérésies, et même Makrizi, mahomélan, qui avait lu les livres des chréliens d'Egypte avec exactitude, marquent pre^qiie dans le même temps (pi'ils avaient depuis peu embrassé la religion des Fiancs , c'est-à-dire des Latins. On sait assez que les isiaronites modernes ont regardé cetîe histoire de leur conversion connue une fable, prétendant qu'on ne doit i)as ajouter foi à Guillaume de Tvr, qui avait élé trompé par Eulychius, ni aux jacobites, parce qn'ds élaient leurs ennemis ; que leur nation maronite a, dès les temps des premiers schismes, conservé la foi orthodoxe, et que les religieux du monastère de S.-Maron , presqu'en même temps que commença l'hérésie des monophysiles, se signalèrent par leur zèle contre ces héréiiques, maintinrent la foi orthodoxe, et la conservèrenijusiiu'à ces derniers temps. Ils allèguent, pour soutenir celle opinion , quelques auteurs , assez peu connus aux autres Orientaux , et dont par conséquent l'autorité n'est pas comparable à celle de Guillaume de Tyr. Nous avons ailleurs examiné celte question ; et, parlant selon l'opinion comnmne, on ne peut guère douter que les maronites ne fussent autrefois monothéliles; mais selon leurs auteurs mêmes on ne peut disconvenir qu'ils ne se soient réunis à l'Église romaine, et qu'ils n'eu aient élé séparés. Voyons donc de quelle manière ceux qui présidaient à l'église latine de Syrie du temps que les Francs régnaient en Jérusalem, conduisireutcette réforme.

Il paraît qu'on ne changea rien dans leur culte extérieur, si ce n'est qu'ils prirent l'usage des azymes, que l'Église néanmoins n'a point exigé des Orientaux qui rentraient dans sa communion. Pour le reste l'instruction fut si jiiédiocre, que, quand Grégoire XII! y envoya une célèbre mission, on les trouva devenus jacobites. Toutes les Liturgies dont ils se servaient , et qui ont élé imprimées à Rome avec diverses corrections, élaient les mêmes que celles de ces hérétiques, et il est échappé à la diligence de ceux qui les firent imprimer plusieurs fautes considérables sur ce sujet. Il paraît donc qu'ils avaient été si mal caléchi-

ses, qu'ils ne purent se garantir de tomber dans une err«ur pire que celle qui avait été abjurée par leurs ancêtres ; et s'ils avaient reçu des Latins l'opinion de la présence réelle , ils la devaient perdre encore plutôt que la doctrine qui leur avait été enseignée touchant le mystère de rincarnalion. lis l'ont donc conservée parce qu'elle était de tout temps dans leurs églises, et lorsqu'ils se trouvèrent réunis à la communion des jacobiles , ils ne changèrent pas d'opinion sur l'Eucliarislie, comme ils n'en avaient pas changé en se réunissant à l'Église romaine, parce que les jacobites aussi bien qu'eux croyaient ce que nous croyons.

Ce n'est pas qu'à proprement parler on doive penser que les maronites se soient réunis formellement aux jacobites, car il ne s'en voit aucune preuve dans l'histoire. Mais il paraît plus vraisemblable que parmi ce petit pou|)le, qui se trouva abandonné après la ruine du royaume de Jérusalem, des prêtres et desévéques jacobiles y introduisirent les livres et quelques erreurs de leur secte. '

Le second exemple, et qui est fort considérable, est celui des Arméniens de Quelques provinces, auxquels on envoya des missions dans ces temps-là , particulièrement de dominicains qui réduisirent à la foi «a-r Ibolique un grand nombre d'hérétiques de cette nation, ils y furent envoyés pendant que Léon et Ilaiton régnaient en Arménie, et on sait les commencements et le progrès de cette mission ; car ceux qui se réunirent reçurent, suivant l'us.ige de ces temps-là, plusieurs rites nouveaux, plus conformes à ceux de l'Église roniaise que n'élaient les leurs, et ces Arméniens Bout demeurés distingués des autres, sans qu'il y ait eu aucun mélange. On sait cependant que la plus considérable partie de celte nation est jacobile : et ce n'est pas un fait obscur, que ce nombre qui s'en est séparé l'a fait par la prédication et par l'instruction des dominicains, qui n'ont plus permis qu'ils eussent de communion avec les hérétiques, comme les maronites n'en ont plus eu avec les jacobiles. Il n'y a pas eu là decliarigement insensible; il est très-connu, on en sait les causes, le temps et les circonstances, et c'est aussi ce qu'on voit par l'histoire sur tous les autres changements arrivés en Orient.

Un des plus considérables est celui de l'église de Séleucie ou Clésipho-nte, appelée ensuite Modain, qui était autrefois la métropole de Perse , et qui a donné tant d'illiistres marlyrsdans les persccuiions d'isdcgerde et du grand Cosrocs, dont Socrale et Sozomène ont parlé f(irt a» long dans leurs histoires. Celte église dès le septième siècle se trouva toute ncstorienne, et même la palri;)rcale de tout le ncslorianisme. Mais on sait la manière et les raisons de ce changcmen(, el c'est par riiisloire. Elle nous apprend que les nestoriens éianl dépouillés de leurs églises et proscrits par les lois impériales qui se trouvent encore dans le code, se retirèrent la plupart en Mésopotamie, où ils trouvèrent une glande protection auprès des derniers rois de Perse, I articulièrement auprès de Cosrocs Nuschiruan, sous lequel naquit Mahomet, qtii leur donna una entière li-

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berté , et persécula en leur faveur les orthodoxes. Ainsi ils s'emparèrent facilement des fimeuscs écoles de Nisibe et d'Édessc , qui donnaient des évoques et des prèlres à toute la Mésopotamie, el ils en chassèrent les autres. Ils occupèrent les principaux sièges, et surtout celui de Modain , oij les nestoriens seuls avaient le libre exercice du christianisme. Les Mahométans au bout de quelques années s'étant rendus maîtres du pays, leur confirmèrent par d'amples ) riviléges toute l'autorité qu'ils avaient usurpée sur les aulres chrétiens, mcleiiitcs ou jacobiles ; et ce ne fut qu'après un grand nombre d'années que ceux-ci obtinrent la liberté d'avoir leurs évèques, et de ne plus dépendre des nestoriens. 11 n'est donc pas difficile de comprendre que, dans des pays ravagés pendant plusieurs siècles par des barbares, des nestoriens soutenus par l'auiorilédes infidèles, aient pu répandre leur hérésie ; et cependant ils n'ont pu y éteindre entièrement la vérilé; puisqu'après plus de Irois cents ans, les orthodoxes aussi bien que les jacobiles qui s'y étaient maintenus au milieu des persécutions, se rétablirent, et y sont encore aeluellement. On demanderait aux proiestanis qu'ils dissent quelque raison vraisemblable de la différence qu'il y a entre les dogmes qui regardent le mystère de l'incarnation el celui de la présence réelle, pour faire croire que celui-ci ait pu être introduit sans (y\e personne s'y opposât , et sans qu'on revînt jamais à l'ancienne doctrine, au . lieu que les aulres n'ont jamais pu tellement prévaloir, qu'ils aient entièrement étouffé les hérésies contraires.

Cela est néanmoins arrivé en quel(]ues pays, mais jamais insensiblement et sans qu'on en ait su les causes prochaineset certaines. La Nubie, qu'on croit avoir été autrefois soumise aux anciens rois d'Élhiojjie, avait élé , comme les aulres provinces dépendantes du patriarcat d'Alexandrie, dans la créance commune de l'Église , sans être infectée de l'hérésie des jacobites sectateurs de Dioscore. Après que les Arabes eurent conquis 1 Égyple , et que les patriarches iiérétiqucs furent rétablis dans Alexandrie , ils s'emparèrent de toute l'autorilc , et il restait à peine des prêtres pour admin-istrer les sacrements aux orthodoxes. Ils n'avaient ni patriarche ni évèques , et ainsi ils n'en pouvaient ordonner pour envoyer en Nubie. Los jacobites y en envoyèrent qui y portèrent leur hérésie ; el il n'est pas mal-aisé de comprendre que de tels peuples enlrar-senl dans la doctrine que prêchaient leurs pasteurs. Voilà comme la Nubie devint jacobile , et l'Ethiopie l'est devenue de la même manière.

Celait un ancien usage que les patriarches d'Alexandrie ordonnassent un métropolilain et des évèques pour ce pays-là , qui éiail dans une entière dépendance de leur siège, depuis que S. Alhanase y avait fait annoncer l'Évangile par Enimenlius , (lu'il avait ensuite ordonné évêque. La vacance de près de cent ans , pendant lesquels il n'y eut point de patriarche orthodoxe à Alexandrie, fit que les jacobites y envoyèrent des prèlres el des évèques , ce qui a conti-

COo LIV. X. EXAMEN DE LA SUPPOSITION

mié jusqu'à noire temps. On voit donc la raison pour laquelle toiile i'Éiliiopie est devenue jacobile; et ce (hnngemenl ne s'est pas fait sans qu'on en sache le temps et l'origine.

Il en est de même de ces chrétiens nesioriens qui iont encore dans le Malabar. On ne peut déterminer sur aucune preuve liislorique qui soit de ([uelque autorité, si, comme les auteurs portugais prétendent, suivant la tradition du pays, la foi clirélicnne y a été portée par S. Thomas ou par ses premiers disciples. Quand cela serait, il est indubitable que , longtemps avant que les Portugais arrivassent dans le pays, tout ce qu'il y avait do chrétiens étaient nestoriens ; et comme ils faisaient l'office en syriaque , c'était une preuve démonstrative qu'ils avaient été gouvernés par des ecclésiastiques venus do Syrie et nestoriens; puisqu'eiix seuls de tous les chrétiens orientaux avaient partout établi l'usage de la langue syriaque , dans les provinces où elle était entièrement inconnue. Quoi qu'il on soit, il est aisé de comprendre qu'un petit nombre de chrétiens , qui durant plusieurs siècles n'ont de prêtres et d'évêques , sinon des nesioriens , le deviennent pareillement. Ils sont comme ceux qui ont reçu la première prédication par les hérétiques , ainsi qu'étaient un grand nombre de Turcs et de Tarlares , qui se trouvaient déjà nestoriens , lorsque Ginghiz-Chan établit le grand empire des Mogols. Ung-Chan , qu'il défit, et qui était le souverain de ces hordes ou tribus très-nombreuses de Tarlares orien- I taux qui ravagèrent toute l'Asie, était nestoricn, selon ' le témoignage de la plupart des auteurs persans et arabes , qui confirment ce qu'en ont écrit Marco Piilo , et ceux qui avaient pénétré avant lui dans la liaule Tartarie ; Jean de Piano Carpini , Guillaume de llubruquis , Jean de Mandeville et divers autres , qui trouvèrent des nestoriens en tous ces pays-là, et même dans~ la Chine. Car l'inscription chinoise el syriaque découverte eu 1625 dans la province de Xcnsi , fait voir que, dès le huiliènie siècle , des cliorévêqu(>s, des prêtres et des diacres avaient été envoyés de Syrie par le catholique Ilananjcchua ; et . puisqu'ils avaient mission du patriarche des nestoriens , ils ne pouvaient être ni orthodoxes ni jacobites ; outre que l'usage du syriaque en un pays si éloigné était une )iiarque certaine du nestorianisme.

11 n'y a aucun autre exemple considérable de changements arrivés dans l'église d'Orient à l'égard de la religion , outre ceux qui ont élé rapportés. Car nous ne parlons pas de ceux qui ont été introduits plutôt par force que par persuasion; et on ne croit pas que personne s'imagine que la doctrine de la présence réelle ait élé introduite de la première manière, puisqu'elle n'a pas élé pratiquée envers les chrétiens des pays dont les Latins étaient les maîlres. Si jamais la puissance souveraine a eu lieu du temps des croisades, c'était lorsque les Latins étaient depuis longtemps maîtres de Jérusalem ; et si l'insinuation pouvait être employée, ce deva t être à l'égard de ceux qui n'étaient sépares que par le schisme , qui même

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n'était pas aussi ouvertement déclaré qu'il l'a éié depuis.

C'était donc avec les melchites, dont il y avait un grand nombre à Jérusalem. Un seul exemple fera voir quelle était la haine de ces chrétiens contre les Latins; et il est rapporté par l'auteur de l'Histoire des patriarches d'Alexandrie, qui était contemporain. 11 dit que lorsque Saladin assiégeait la ville, il avait dans sou camp, el parmi ses domestiques, un chrétien melchite, nonnné Joseph Elbassit, qui avait élé envoyé plusieurs fois dans la ville sous divers prétextes. Enfin lorsque les chrétiens , pressés et sans espérance de secours, étaient à rextrémité, Joseph fut dépêché par Saladin pour leur proposer dos conditions très-dures, qu'ilsrejelcroiit. Mais sous prétexte de celte négociation, il en fu tme autre avec les melchites qui étaient dans la ville, leur promettant toute sorte de bon traitement de la part de son maître, et il les engagea ainsi dans une conspiration, qui obligea les Latins à capituler, de peur d'êlre accablés en même temps par des ennemis domestiques. Ce n'est pas un mahométan qui écrit celte circonstance, c'est un chrétien du pays.

Ils avaient si peu de société avec les chrétiens des autres églises, que c'est un des reproches que leur fait Pierre, évêque de Melilia, qu'ils perséculent tous • ceux qui ne sont pas de leur communion. Un peu '• après la conquête de Jérusalem par Godefroy do Bouillon , l'auteur qui a écrit la Vie de Michel , soixantc-huilième patriarche d'Alexandrie, se plaint de la dureté avec laquelle les Francs traitaient les jacobites, et il ajoute : Enfin ils nous traitcnl d'une telle manière, nous autres chrétiens jacobites d'Égtjpte, qu'il ne nous est jilns permis d'aller en dévotion à Jérusalem , in même d'approcher de la ville : on sait assez la haine quils ont contre nous, el qu'ils en ont si mauvaise opinion, qu'ils nous regardent comme des infidèles. A peu près dans ce même temps les jacobites de Jérusalem refusèrent un prêtre envoyé par le patriarche d'Alcxandriç pour être ordonné leur métropolitain, et le patriarche d'Anlioche refusa de l'ordonner, parce qu'il était soupçonné d'avoir embrassé la religion des Latins. Si le commerce continuel que ceux do Jérusalem avaient avec les chrétiens du pays peut donner quelque soupçon de la facilité qu'on suppose à leur inspirer la doctrine de la présence réoUe , il ne peut avoir lieu pour ce qui regarde les Égyptiens. Car ils ne furent jamais sous la puissance des Latins, et la seule expédition que les rois de Jérusalem firent de ce côté-là sous le roi Amaury, ne fut qu'une campagne, à l'occasion des guerres civiles qui étaient entre les visirs Dargam et Chawer, qui se disputaient la première place. Ces visirs sont ceux que nos historiens appellent sultans ou soudans, qui avaient usurpé le gouvernement sur les califes fatiniides. Chiracoua, général des troupes de Noraddiu, sultan de Syrie, était venu au secours du dernier, qui , voulant s'en défaire, demanda secours aux Francs. Le roi Amaury entra en Egypte , assiéga Chiracoua dans Balbaïs ou

Pelusium, et étant allé assiéger Farnia , il mourut de maladie d.ms son camp, et son armée ayant reçu de grandes sommes se retira. Voilà tout le séjour que l»;s Francs ont fait en Egypte; et on ne croit pas que ce fût un moyen propre pour y changer la religion des clirélieiis jacobilcs, non plus que le passage de S. Louis. Si cependant ils ont appris des Latins l'opinion de la présence réelle, il faut que ce soit dans l'une ou dans l'autre d.. ces expéditions, ce qui est absolument impossible, eu égard aux circonstances des temps et à la disposition peu favorable des peuples, qui n'a jamais varié.

On dira pcul-êlre qu'on ne peut nier que les papes, S. Louis et quelques autres, n'aient envoyé des missionnaires en Orient. .Mais ceux qui croient ou tâchent do persuader aux autres qu'il n'y avait (pi'à aller dans ce pays-là pour y faire toute sorte de conversions, ne savent guère l'histoire^ Avant les passages d'outremer, des pèlerins allaient visiter les Saints Lieux, et on n'en trouve pas un seul qui fùl capable de prêcher la foi, encore moins de disputer avec des liéréliqui's, dont à peine ils savaient les noms. Les principales missions furent celles que notre grand roi S. Louis envoya en Tartarie, cl ailleurs où il put, n'ayant rien plus à cœur, comme le marque le sire de Jisinville, que de faire annoncer Jésus-Christ aux Maboinétans. Nous avons les histoires des voyages de quelques-uns des religieux de Saint-Dominique et de Saint-François, qui allèrent en Tarlari;; ; et on reconniiit qu'ils n'y firent rien. Mais ce n'est pas de la conversion des Tartares dont il est question ; c'est de celle des nesloriens, des jacobiles et des melchiies à la créance de la présence réelle, dont on ne peut produire une seule preuve : au lieu que nous avons cité plusieurs passages d'auteurs qui vivaient longtemps avant ces missions, et qui l'enseignent clairement. On a aussi prouvé que la discipline eucharistique est beaucoup plus ancienne non seulement que ces missions, mais que les croisades. Ainsi tout ce qu'on peut tirer par des conjectures vagues de la possibilité du changement par les missionnaires l;itins est entièrement détruit. De plus, pourquoi les protestants supposerontils que dès qu'il est allé des l.,atins dans ces églises séparées de nous, ils aient trouvé partout une obéissance aveugle? Si on trouvait dans quelque bibliothèque une instruction de la religion catholique faite il y a cinq cents ans pour les jacobiles ou pour les nesloriens, et que la présence réelle y fût expliquée, en suivant les principes et la critique de M. Claude, ce serait une démonstration du ch;uigement de doctrine introduit par les émissaires de la cour de Rome. 11 reste cependant un grand nombre de traités contre les Grecs sur les azymes, sur la procession du Sainl- Fsprit et sur les autres articles contestés, qui ne les ont pas empêchés de demeurer fermes et intraitables dans leurs opinions. Les Hollandais firent imprimer, il y a plusieurs années, la confession beigique, le calécliisine et ce qu'ils api)ellent leur Liturgie, en langue grecque vulgaire, dont ils répandirent plusieurs copies

TOIICMANT L'EUCHARISTIE. 608

dans le Levant. On dit que Golius avait fait une pareille traduction en arabe, comme Pocock en a fait une imprimée à Oxford de la Liturgie anglicane.' Dolsciiis avait traduit de même autrefois en grec la Coniession d'Angsbourg, cl celle de Cyrille Lucar fut répandue par touti'Ui Grèce. Les protestants ont-ils fait beaucoup de prosélytes dans le Levant avec ces sortes de livres? Ils savent qu'à peine on les y connaît, el qu'tm Grec si'rait exconunuuié si ou les lui trouvait. Mais ceux mêmes qui ne sont pas catholiques lisent avec édification le livre de l'ImiialioM de Jésus- Christ, traduit en arabe par le P. Célestin de sainte Liduvine, carme déchaussé, frère du même M. Golius, et plusieurs autres livres où est clairement contenue la loi de la présence réelle.

CllAPlTilE VI Des réunions des é(jlis:'s orientales avec l'Église romaine.

Ou pourra aussi alléguer diverses lettres qui marquent la léunion de quelques églises orientales avec celle de Rome, comme ce! les d'Ignace, falriarciie des jacobiles d'An tioche, et d"u!i de lenispiimals appelé Jean,, au pape Innocent IV, cii I-2i7; d'autres de nesloriens rapportées aussi par Wading cl par les continuateurs, de Baronius ; celles qui furoiii présentées à Eugène iV après le concile de Flort née, et »;n(in cellesde Gabriel d'.Mcxandrie à Clément VS I, cl-ihi paUiarciie de* nesloriens à Paul V. Nous examinerons ailleurs ce qui çoi. cerne ces lettres et ces ambassades d'obédience, dont plusieurs ont paru avec raison fort suspectes. Mais pour le rapport qu'elles ont à la question préseule qui est si elles ont produit un changement dans la doctrine de l'Eucharislie, suivant la supposition des ministres, voici ce que nous avons à dire : 1" La plupart de ces lettres sont écrites depuis les premières croisades, avant lesquelles celte créance était déjà établie; 2° que ces lettres el les réunions dont elles parlent soient vraies ou fausses, la chose est égale. Car il est de la dernière ccrtilude qne les églises au nom desquelles elles ont été écrites n'ont point changé ni leur foi ni leur discipline; que les nesloriens sont encore nesloriens, connue ils étaient il y a plus de mille ans; les jacobiles de même sont aussi bons, jacobiles que leurs irédécesseurs; el qne par conséquent ces réunions ont été sans suite, à l'égard des points principaux qui les séparaient de l'Église catholique. 11 faut donc encore supposer, afin que la conséquence que les ministres en prétendent tirer ail quelque vraisemblance, que les réunions n'ont eu aucun effet pour les dogmes principaux de chaque corn* numion, mais (pi'elles en ont eu pour ce qui regardait la foi de la présence réelle; ce qui est une absurdité qui saule aux yeux, et de laquelle on les délie de donner jamais la moindre preuve. A l'égard de ce qui se passa après le concile de Florence, el qui a attiré tant d'éloges à Eugène IV, il y aurait beaucoup de choses à en dire, qui ne conviennent pas à notre question ; mais en un mot, ces réunions n'ont pas produit le moindre changement en toutes ces églises éloignées,

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