‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 193 sur 323 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I Dessein général de cet ouvrage.

On a marqué dans la préface du quatrième volume (voy. ci-dessus, 1" partie de ce vol.) le dessein qu'on avait eu de prouver le consentement général de tous les chrétiens d'Orient sur les points controversés entre les catholiques et les protestants, aussi lien que sur le mystère de rEucbarislie, et que, comme on ne l'aurait pu faire sans trop grossir le volume, on avait réservé à traiter à part cette matière. C'est ce que nous lâcherons de faire en ce volume avec ajlanl d'exactilude qu'il sera possible, et au moins ce sera avec

toute la- sincérité (pi'on doit apporter lorsqu'on traite des mystères sacrés de la religion.

Ce travail élait d'autant plus nécessaire , que personne ne l'a encore entrepris ; ou si quelques auteurs ont parlé de la créance et de la discipline des Grecs et des. Orientaux sur les sacrements, ils l'ont fait avec beaucoup de négligence, la plupart sans avoir connu le3 jvres ecclésiastiques , ni ceux des ihéologiens grecs et orientaux; d'autres sans aucuns principes de théologie et sans coimaissance de l'antiquité ; ce qui a fait qu'ils ont condamné trof) facilement ce qu'ils n'entendaient pas ; qu'ils ont attribué à ces chrétiens des hérésies loules nouvelles , ce qui les a rendus plus

éloignés de la réunion , et mis nos ihéologiens el nos missionnaires hors d'élal de la procurer, puisque la plupart n'ont combattu que des chimères ; et ce qui était encore plus dangereux , ils ont condamné des pratiques autorisées par l'usage de l'ancienne Église, el par conséquent à couvert de louie censure.

Les protestants n'ont pas presque touché à cotle matière, non seulement parce que nous n'en trouvons pas un seul qui l'ail entendue , mais aussi parce que les auteurs catholiques leur fournissaient plus d'autorités qu'il n'clait nécessaire pour établir que les Uricntaux ne pouvaient servir à confirmer par leurs téisioignages la doctrine el la discipline des sacrejnents rcçnes parmi nous, tant on supposait qu'ils élaieni éloignes de l'Église catholique sur ces articles. Le plus, co.î.ni.; il y a eu très-peu cie prolestants qui bk'il bien enlendu la discipline ecclési.'Slique, lorsqu'ils ont fait quelques objections tirées de celle des Orientaux, ce n'a élc qu'en suivant le jugement qu'en avaient fait les aiUcuis catlioliques dont nous venons de parler. Ceux qui ont poussé la critique plus loin, comme ont lait queiques modernes, sont tombés encore dans de plus grandes absurdités, par exemple, ceux qui ont voulu déterminer la créance des Grecs selon la fausse Confession de Cyrille Lucar , cl ceiIe des autres Orientaux sur des récits de voyageurs ignorants ou pré cnus, ou bien sur des critiques absurdes de Uottinger et de ses semblables.

Dans le premier volume de ta PerpéhiUé, les auleui-s avaient dit quelque chose touchant la conformité de la créance des Grecs et des Orientaux sur les sacrements, sur la hiérarchie, et sur d'autres poiiils que les protestants ont pris pour prétexte de leur séparation. Mais comme celte matière ne regardait pas précisément la question principale qu'ils trailaienî, ils ne s'étendirent pas sur les preuves de celte conionniié, qui même alors n'étaient jias faciles à trouver, lieu d'auteurs ayant écrit sur ce sujet, et même d'une manière très-imparfaite; et c'esl ce qui nous reste présentement à éclaircir.

La seule discipline des églises grecques et orientales étant examinée sans préveiUion pouvait suffire pour faire coimaîlre aux protestants la diirérence entière qu'il y avait entre ces communions séparées et les églises prétendues réforuié-îs. Mais les premiers réforriialcurs, comme on l'a fait voir ailleurs, n'y firent d'abord aucune réflexion ; ils raisonuèrcnt sur les sacrements chacun selon les principes qu'ils avaient iiiiagiiiés : et comme ces principes étaient faux, il ne f.iut pas s'étonner si ce qu'ils ont établi sur de pareils fondements est également faux el insoutenable.

La première source de leurs erreurs est, qu'ils ont !aii une définition des sacrements inconnue à toute l'Église ancieuiie, lorsqu'ils les ont regardés comme des sceaux de la foi, et des signes qui l'excitaient, n'y reconnaissant point cette efficace que l'école appelle €x opère operalo, cl (jui .signifie une production réelle et véritable de la grâce, lors(pie les sacrements sont reçus avec les dispositions nécessaires. La seconde

est, qu'ils ont établi que tout sacrement devait, non seulement être d'institution divine, ce que nous reconnaissons, mais qu'il devait être expressément marqué dans la sainte Éc.'-iture, parce qu'ils rejettent l'autorité de la tradition. Enfin une troisième source d'erreur qui lésa menés fort loin est, qu'au lieu de distinguer dans la doctrine des sacrements ce qui a été universellement cru el reçu dans toute l'Église, et qui par conséquent n'a point varié, ils ont voulu faire passer les opinions nées dans l'école connne des articles de la foi catholique, et les ont ainsi combattues.

Cependant il était de la bonne foi de distinguer deux choses aussi différentes que la doctrine certaine et invariable de l'Église, et les différentes manières de l'expliquer qui se sont inlroduiles depuis que Guillaume d'Auxerre commença de se servir des termes de matière cl de forme, ainsi que d'autres semblabies employés dans la philosophie d'Arislote. Cette manière assez conforme an génie du siècle rendait certaines vérités plus sensibles, el n'avait en elle-même rien de mauvais; mais les questions subtiles qu'elle fit naître occupèrent un peu trop les théologiens de ce temps-là, en sorte qu'ils n'y ajoutèrent pas, comme on a lait depuis, l'étude de la discipline, dont l'autorité est non seulement grande, mais décisive en ce qui regarde les sr,cremcnts. Car comme il est assuré que l'Église ne peut errer dans la foi, il est également certain qu'on ne peut soupçonner sans impiété que les rites et les prières dont clic s'est universellement servie dans la célébralion des sacrcnients, puissent contenir ou autoriser aucune erreur. C'est donc en joignant le dogme avec la discipline qu'on peut se former une idée juste et solide delà doctrine des sacremejils ; et lorsque d'habiles tiiéologiens l'ont examinée de cette manière, comme plusieurs ont fait de nos jours, ils n'ont pas condamné d'erreur ou d'abus ce qui n'était pas entièrement conforme à la pratique de l'Église latine, ainsi qu'avaient fait dans le temps d'ignorance, ceux qui avaient établi des systèmes de doctrine sans consulter la tradition.

Les prolestants ont donc rejeté comme des superstitions el des inventions humaines cinq sacrements que l'Église catholique pratiquait dès les premiers siècles, sur ce seul fondement qu'on ne trouvait dans l'Écriture que le baplême et l'Eucharistie. Nos théologiens n'ont pas manqué de preuves pour établir l'ancicnne doctrine, pour justifier la pralitiuc constante de l'Église, et pour renverser toutes les objections des prolcstants. Maison ne s'était [ji-csquepas encore servi de l'argumenl tiré du consentement de l'église grecque cl de tous les chrétiens orientaux, que nous tâcherons de mettre dans tout son jour, parce qu'il abrège toutes les voies de discussioîi, qui sont trèslongues dans une malièrc aussi vaste que celle des sacrements, cl que la méthode de prescription est plus courte, à la portée de tout le monde, et moins exposée aux chicanes par lesiiuclles les ennemis de la vérité iravaillcnl à l'obscurcir. Nous aliachanl donc à

cette méihodc, do laquelle les plus célèbres défenseurs de ia foi cliréiiennc se sont servis dès les premiers siècles de l'Église, nous ne Irouvcrons pas do grandes difficultés à prouver que les sacrements reçus et pratiqués dans l'Église catliolique ont clé connus et pratiqués dans les premiers temps, et conservés jusqu'à nous sans inlerrupticn ; et que non seulement les Grecs orthodoxes ou schismatiqucs mais toutes les comuiuiiions orientales ont conservé la même doctrine et la même pratique.

Lor.-qu'ou clierclie la vérité de l)onnc foi dans des questigns tliéologiques, il faut convenir des fermes, particulièrement des définitions qui ont été reçues de lout temps parmi les chrétiens, cl ne prétendre pas en faire de nouvelles, ni croire qu'on raisonne conséqiiemment sur celte matière, quand on raisonne sur des principes ou faux, ou conleslés, ou inconnus à ceux que l'Église a toujours respectés comme ses maîtres et comme les dispensateurs des myslèros de Dieu.- C'est ce que les premiers réformateurs n'ont point fait , mais au lieu de reconnaître qu'en tous les siècles l'Église a pratiqué diverses cérémonies sacrées accompagnées de prières, et qu'on a toujours cru que ces signes extérieurs joints aux paroles ou aux prières produisaient certaines grâces, et que ces mêmes signes ont été appelés sacrements, on reconnaît d'abord que la définition qu'ils en ont voulu donner, et l'idée qu'ils eut formée des sacrements de la nouvelle loi, sont entièrement éloignées de la doctrine de l'ancienne Église, il ne faut donc pas s'étonner si ayant une idée aussi fausse des sacrements, ils ne les ont pas reconnus dans ce que pratiquait l'Église de laquelle ils se sont séijarés, puisque même, comme a remarqué Syrigus, les définitions qu'ils en donnent ne conviennent pas au baptême ni à l'Eucharistie, qu'ils reconnaissent néanmoins comme de véritables sacrements. On les avait toujours considérés comme des sources de grâce que Jésus-Christ nous avait méritée par sa passio!), ou, suivant la pensée de S. Augustin, comme étant sortis du côté de Jésus-Christ, lorsqu'il avait été ouvert. Jamais on n'avait dit qu'ils n'étaient que des sceaux pour exciter notre foi, et pour nous confirmer les promesses de Dieu. On ne s'élait pas non plus servi de diverses autres définitions bizarres, inventées il mesure que les réformateurs en ont eu besoin ; et tous convenaient que les sacrements étaient des signes sacrés d'institution divhie, qui produisaient efficacement la grâce dans ceux qui les recevaient dignement.

Ceux qui ont lès premiers défendu l'Église contre les nouveautés de la réforme , Érasme , George Cassaiidre, le cardinal Osius et divers aiilres, ré|io:i daient fort simplement, et néanmoins d'une manière convaincante, à lout ce qu'on objeclait contre la doc™ Irine et la pratique des cailiuli(iues, qu'ils avaient pour eux toute l'anliquilé ; que dès le temps des apolres on avait imposé les mains aux nouveaux baptisés pour leur donner le Saint-Esprit, ce qui était le fondement du sacrement de conlirmalion ; que ceux qui avaient

commis de grands péclics après le baplême étaient reirancliés de la communion des saints mystères, et qu'ils n'y étaient reçus qu'après une sévère pénitence, qui finissait par l'absolution donnée par les évêques ou i)ar les prêtres, en vertu de la puissance de lier cl de délier que Jésus-Christ avait dunnée à ses apôlres; que jamais personne n'avait entrepris de prêcher la parole de Dieu, d'exercer celte puissance de lier et de délier, d'offrir rEueharistie, dadiniiiistrer le baptême, ni de faiic aucune autre fonction semblable , sinon ceux qui avaient été ordonnés par des évêques, qui eux-mêmes avaient reçu l'ordination par le minislèro de ceux qui avaient été ordonnés par les apôtres ou par leuis disciples; que la pratique de l'onction à l'égard des malades avait été regardée comme d'institution apostolique. Enfin que les chrétiens n'entraient dans l'état du mariage qu'avec le consentement et la bénédiction des supérieurs ecclésiastiques. Voilà ce qu'on lépondait aux premiers réformateurs, conformément à ce que nous enseigne toute l'antiquité.

La pratique des cérémonies qui accompagnaient ces aclions sacrées était constante; ainsi on ne pouvait nier que ce qui regard;;it les signes extérieurs, ou ce qu'on a depuis ajipclé ia matière du sacrement, ne iîubien prouvé. Il en était de même de la forme, j)uisque les anciens Pères la désignent souvent sous le nom de prière, même dans les sacrements qui ont des paroles plus délerminées, essentielles et nécessaires, comme le baptême et l'Eucharistie. Car connue elles élaient toujours accompagnées de prières , sous le nom de prières on comprenait ce que les théologiens ont nommé dans la suite formes sacramentelles. Ainsi S. Augustin a dit que le corps de Jésus Christ élait consacré par la prière mystique; et longtemps après en trouve que le canon de la messe était appelé la prière catholique. Ainsi, par les expressions conformes de lous les Pères, on reconnaît la forme des sacrements aussi bien que le signe ou la matière.

On peut encore moins douter que l'ancienne Église ne fût persuadée que ses prières, jointes à l'usage de la malièi'e conforniémc.it à l'instilution divine reçue desapôlreg, produisaient leur effet, qui élait d'attirer la grâce de Dieu sur les fidèles. Car on n'aurait pas reproché à Novalieii qu'il n'avait pas reçu la perfection du baplènie , si on n'avait pas cru que la cluisniation et l'imposition des mains sur les nouveaux baptisés conféraient une grâce spéciale et distinguée de celle du baplême; on n'aurait pas ordonné la même cérémonie à l'égard de ceux qui avaient été baptisés hors de l'Église par des hérétiques. Aucun orthodoxe n'a jamais douté qu'un pécheur repentant, et qui avait ;iccon!pli la pénitence qui lui élait imposée , ne reçût avec l'absolution des prêtres , et par l'exercice de la l)uissance des clés, la rémission de ses péchés et par conséquent la grâce sacramentelle. Il en est de même de l'ordination , puisqu'on reconnaît d'une manière incontestable que jamais l'Église n'a cru qu'un laïque pût laire c^' q^;e faisait un prêtre ou un évéque, mais

que la doclrine constante de tous les chrétiens a été., que par l'iniposition des mains des évêques successeurs des apôtres, on recevait le Saint-Esprit, et la puissance nécessaire pour toutes les fonctions du sacerdoce de la nouvelle loi. Ainsi on reconnaît en cela que toute l'antiquité a cru que par les signes sacrés ou cérémonies de l'ordination, et les autres dont nous venons de parler, les clirétiens recevaient une grâce, et c'est la grâce sacramentelle.

Après avoir reconnu cette vérité, qui ne peut être contestée que par des ignorants qui n'auraient pas la moindre connaissance de l'ancienne Église, il était inutile d'aller clierciier dans la théologie moderne des difficultés frivoles et captieuses pour attaquer celte doctrine , et renverser en même temps l'ordre et la discipline qui subsistaient depuis quatorze siècles. Les théologiens ont traité celle matière avec moins de simplicité que les anciens Pères ; ils l'ont examinée suivant les principes do la philosophie d'Arislole, qui régnait de leur temps, mais ils ne se sont pas écartés de ces principes certains, et leur nombre ni leur autorité n'ont pas assez prévalu pour faire entrer dans les décisions que l'Église a faites dans le concile de Trente aucune opinion particulière qui donnât la moindre atteinte à la doctrine ancienne de tous les siècles.

Les protestants l'ayant une fois abandonnée , sont tombés dans de grands inconvénients, car ils ont élé obligés d'établir de nouveaux principes inconnus jusqu'alors à toute l'Église. 1" Que tout sacrement devait élre marqué expressément et en détail dans la sainte Écriture. 2" Que la tradition ne devait être comptée pour rien , mais que sur cet article, ainsi que sur tous les autres , il la fallait rejeter comme une invention humaine. 5° Que les sacrements ne produisaient aucune grâce , sinon en ce qu'ils excitaient la foi , et en ce qu'ils étaient des sceaux des promesses de Dien, de sorte que toul leur effet dépendait de la foi de ceux qui les recevaient. 4° Que toutes les cérémonies qui étaient en usage pour la célébration des sacrements étaient des nouveautés inventées dans l'Église romaine.

Ces principes, entièrement faux, ont produit de nouvelles erreurs , qui en naissaient nécessairement , car l'ancienne Église avait toujours cru la nécessité absolue du baplême, et les protestants ont renversé cet article. Suivant leur définition des sacrements, le baplême ne devait pas cire donné aux enfants, et il ne leur pouvait servir de rien , puisqu'ils n'étaient pas capables de faire des actes de foi , dont ce sacrement sérail le sceau. Cependant ils n'ont pas osé refuser de le donner aux enfants, contre les principes fondamentaux de la réforme, et on sait combien cela a produit de disputes parmi eux. Les anabaptistes et plusieurs sociiiiens plus hardis se sont fait rebaptiser, et ils ont vebaj)tisé les autres. Ealin les calvinistes ont laissé mourir plusieurs enfants sans baptême , ce que l'ancienne Église a toujours eu en horreur. Ils se sont contredits eux-mêmes, en conservant la coutume do

PERPÉTUITÉ DE LA FOI SUR LES SACREMENTS

baptiser les enfants , quoiqu'elle ne soit fondée que sur la tradition; et à l'égard de la supposition qu'ils font que les rites sacrés des sacrements qu'ils ont supprimés avaient été inventés dans l'Église romaine, rien n'est plus capable de les confondre que la pratique conslanlc de semblables cérémonies dans les églises grecques , et dans toutes les communions qui subsistent en Orient.

Pour apjiiiquer ce qui vient d'être remarqué à ces églises séparées, soit parle schisme, soit par l'Iiérésie, ou à celles qui, conservant l'unité, onl des cérémonies différentes, on reconnaîtra par la suite de cet ouvrage deux vérités très-importantes , et qui décident la question. La première est, que ces principes sur lesquels roule la doctrine des protestants touchant les sacrements , sont inconnus aux Grecs et à tous les Orientaux; et ceux qui en ont eu connaissance, comme les Grecs des derniers siècles , les ont condamnés comme hérétiques. La seconde est, que les catholiques n'enseignent rien touchant les sacrements , que les Grecs et les Orientaux n'approuvent pareillement.

On y peut ajouter une troisième vérité, qui est, que si les théologiens catholiques qui ont éclairci avec plus de soin les antiquités ecclésiastiques conviennent, selon la doctrine du concile de Trente, que tous les sacrements sont d'inslilulion divine , ils n'entendent pas néanmoins que tout ail été ordonné, jusqu'aux moindres prières et cérémonies, par Jésus-Christ el par les apôtres. Les Grecs, qui ne sont pas si grands critiques, ont tellement cru que les sacrements étaient d'inslilulion divine, qu'ils prétendent que Jésus-Christ lui-même les a institués et la plupart pratiqués , comme l'explique Siméon de Thcssalonique , qui est suivi par tous les autres.

Enfin quand les protestants s'imaginent que c'est un grand argument contre la créance des catholiques touchant le nombre des sacrements, de dire qu'il n'est parlé que de deux, le baplême et l'Eucharistie, dans la sainte Écriture, les Grecs el les Orienlaiix méprisent celle objection j prétendant qu'ils sont tous marqués dans le Nouveau -Testament , et ils entendent comme nous les passages que nos théologiens citent pour prouver que la confirmation , la pénitence , l'ordre , le mariage et l'extrêmc-onction sont des sacrements. On verra même qu'ils ne se contentent pas de tirer cette doclrine des passages ordinairement employés pour la prouver, mais qu'ils la lirenl aussi de plusieurs autres, pris dans le sens allégorique.

On ne peut dire avec le moindre fondement, que les Orientaux aient pris des Lalins ce qui regarde la créance de sept sacrements , non seulement à cause de l'impossibilité de ces changemenis entiers dans la foi et dans la discipline, que les protestants supposent si faciles , et qu'ils n'ont jamais pu prouver , mais encore parce que la discipline des Orientaux prouve le contraire. Celle des Grecs , quoiqu'elle convienne dans ce qu'il y a d'essentiel avec ce'.lc de l'Église romaine, diffère néanmoins en plusieurs points, en sorte même que depuis la rupture de l'union, la variété des

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rites a souvent donné prétexte aux uns et aux autres de se condamner réciproquement. Les Orientaux ortliodoxes, nestoriens ou jacobites, ont suivi les rites de l'église grecque , et ils n'ont par conséquent rien pris des Latins, parmi lesquels on trouve à peine un ancien auteur qui ait entendu la discipline grecque et orientale , en sorte que souvent ils l'ont condamnée faute de l'entendre.

C'est en partie par cette discipline qu'on prouve d'une manière incontestable que les sept sacrements reconnus dans l'Église catbolique sont reçus de même dans l'église grecque, puisque les Eucologes les plus mciens coiiticnnei.t les ofiices de ïa confirmation, de a pénitence, du couronnement ou mariage, et de l'oxlrèrae onction ou £U):l/«icv , aussi bien que ceux du bapième et de l'Euchorislie, de même que ceux de l'ordination se trouvent dans les Pontificaux. 11 esî inutile de contester l'autorité de ces livres, puisqu'elîe est reçue dans toutes les églises ; mais si on voulait la diminuer, en prétendant qu'ils ne sont pas ancie.is, on trouve dans les bibliothèques des manuscrits dont l'antiquité les met à couvert d'une pareille censnre ; d'autant plus que les livres de droit canonique grec, les réponses des patriarches, et divers autres semblables actes , dont plusieurs sont imprimés dans la Collection de Léunclavius, font voir que les Grecs, depuis plusieurs siècles, n'ont pas eu d'autr«i discipline que celle qui est conforme à ces offices.

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