CHAPITRE IV
Sentiments des Grecs louchant les sacrements, depuis
que Cyrille Lucar fut patriarche de Conslau'inople.
On a parlé fort en détail dans le tome précédei'.t (ci-dessus dan3 ce vol.) de tout ce qui regardait Cyrille Lucar, et de tout ce qui avait rapport à sa Confession, publiée d'abord en lain en 1G2!), puis eu grec avec la traduction latine, à Genève, en 1C53.Sion veut croire Iloltinger, et ceux qui avaient parlé avant lui de cet apostat, il avait déjà commencé à coniiaître leurs opinions, et môme il les avait embrassées pendant son séjour en Transylvanie et en Litbuanie, quoique, dans ce temps-là même , il publiât à Tergovvisl en 1G16 des articles contraires à ceux de sa Conl'essiun. Mais s'il avait déjà renoncé à la créance commune de son église , il dissimula ses soiilimenls , qui éiaient fort éloignes de ceux de Mélècc, patriarche d'Alexandrie, auquel il succéda , et qui lui auraient certainement fermé l'entrée aux dignitc's ecclésiastiques. Quelques opinions qu'il eût dans le cœur, ce prétendu déienseur de la vérité, ce saint martyr, ce grand génie, comme l'cnt appelé ses panégyristes, !ie les fil pas paraître à l'égard des Grecs. C'est ce qui a été suffisamment éclairci par les Grecs niénics dans le synode de Jénisalem, et par Dosiiliée dans l'édition plus ample qu'il fil faire quelques aimées après des décrets de celte assemblée, et en même temps de ce que contenaient les préliminaires pour faire voir la fausseté de tout ce que les calvi:iistes avaiep.l avancé sur la personne cl sur la Confession de Cyrille. On y a ajouté dans la Défense de /a Per/)^to'<e (ci-dessous), et dani le vol, ■i (ci-dessus, dans ce même tome), un si grand nombre d'éclaircissements et de réflexions, qu'on ne croit pas qu'il soit nécessaire d'en faire d'autres sur cet .article.
11 est vrai, comme on l'a marqué, que Cyrille lâchait sous main de répandre ses erreurs, quoiqu'il ne paraisse pas qu'il eût fait beaucoup de disciples; et ou ne peut faire aucun fond sur ce qvi'il disait ou écri- Tait eu particulier; puisque, comme on l'a fait voir
D'ORIENT SUR LES SACREMENTS. hiS
ircs-clairement, la fausseté de la plupart des iVsîs contenus dans ses lettres est démontrée évidenunent par d'auîres faits certains et incontestables, soutenus du témoignage de toute la Grèce. Sou commerce avec les Hollandais, surtout avec le ministre Léger, le rendait un peu sus!)ect ; mais pas assez pour le convaincre; et dans ces pays où les infidèles sont les maîtres, le commerce avec des personnes de diflerentes religions étant presque inévitable , peut êlre regardé comme indllférent , sans produire aucun soupçon. Aussi on remarque que lu familiarité que Etienne Gerlach, ministre luthérien qui servait auprès du baron de Ungnadc, ambassadeur de l'empereur, eul avec le patriarche Jéréuiie, ni les lettres qu'il écrivit, et celles qu'il reçut dt s protestants de Tubingue, de Chytréiis et de qnebiues autres, ne le firent Jamais soupçonner d'approuver les erreurs de ceux dont il aimait les personnes. Mélèce Piga, palriarclie d'Alexandrie, se condiiisit de la même manière à l'égard de George Douza, et encore i)lusà l'égard d'Edouard ISarlon, ambassadeur d'Aiigleterre , avec lequel il fut tort lié pendant la vacance du siège de Conslanlinople, lorsque iMélèce en eut l'administration. Cyrille ne fut pas tout à-fait de même, mais il détruisait les soupçons par ses jiarjures; du reste, il laissait trop de liberté aux Grecs de fréquenter Léger et d'autres qui les [louvaient séduire. 11 fallut cipendant prévenir le péril dont il était menacé, en paraissant trop abandonner la doctrine de son église, et en ne la défendant |)as conlre Léger, qui dogmatisait autant qu'il lui éiail possible parmi les ignorants.
On ne sait que coiifusémenl ce qui se passa de ce temps-là, et à quelle occasion les Grecs entrèrent en dispute avec Léger; ce que nous ne saurions pas mémo sans la lettre de Nectariiis, patriarche de Jérusalem aux religieux du Munt-Sina. 11 paraît par ce qu'elle contient, que ce fut après qneles cliapitres, c'est-à-dire, la Conlossion de Cyrille, commencèrent à paraître, non pas qu'il les avouât, mais parce qu'ilg portaient son nom. Ce fui alors que George Coressius fut appelé de Cliio par le synode de Constantinople, ce qui diùl s'entendre par le clergé de la grande église, et les métropolilains ou évêques qui se trouvèrent présents, el qu'il eut plusieurs conférences avec Léger, qu'il mit par écrit. Cyrille, alors patriarche, ne s'oi)posa pas à cette résolution, qui fut prise môme de son consentement; mais il se contenta de déchirer Coressius par toute sorte de calomnies et d'injures grossières dans les lettres à Léger, où il représentait ce Grec comme un ignorant et un adversaire fort méprisable. C'est ce qu'on trouve dans les lettres écrites de Rhodes par cet apostat , durant son exil, que les Genevois avaient tenues cachées avec beaucoup de prudence, et qui ne pouvaient être publiées que par un homme du caractère de l'auteur des Monuments authentiques. Car elles ne sont qu'un tissu de faussetés si grossières, qu'il est difficile de comprendre que personne ait jamais pu croire qu'on en pût tirer aucun avantage , sinon de faire connaître
EPu Ê iUi TÈ .DE LA FOI SUR LES SACREMENTS.
Cyrille pour ce qu'il éiail, c'est-à-dire pour un ignorant, lin imposteur et un calomniateur. On peut voir sur CCS articles la Défense de la Perpétuilé , où ils ont été suffisamment éclaireis.
Il résulte seulement de plusieurs endroits de ces lettres, que Cyrille avait connaissance de ces disputes ihéologiques de Coressius contre Léger : surtout par un endroit de la lettre dixième , où il mande que ce Grec l'a prié de saluer Léger de sa part, l'appelant ouvaywvKTT/îî de Cyrille ; parce qu'en effet ceux qui connaissaient ce malheureux apostat savaient bien que Léger était son bras droit , et celui qui lui fournissait ses courtes lumières sur la controverse. On voit aussi par une autre lettre, que Léger avait Aiit un traité contre la transsubstantiation ; et c'était apparemment pour répondre aux arguments de Coressius , qui , comme le marque Nectarius, avait fortement soutenu cet article, aussi bien que les autres, contre les arguments de ce ministre. 11 aurait été de la bonne foi de publier les lettres que Léger avait écrites à Cyrille en réponse de celles qui ont été imprimées : car il est impossible qu'on n'y eût reconnu que les Grecs , par une délibération synodale, avaient député un théologien pour soutenir la créance de leur église contre les calvinistes. De là il s'ensuivait, par une conséquence nécessaire, que ce qu'on avait fait dire par l'imprimeur de Genève dans la préface de la Confession de Cyrille était entièrement faux , puisqu'il n'était pas possible qu'i/ n'y eût presque pas un Grec qui ne fût prêt de risquer ses biens el sa vie , même quelqtie chose de plus , pour soutenir cette Confession , s'il était vrai que l'église de Constaiilinople l'eût combattue par la bouche d'un de ses théologiens. Or ce fiiit est incontestable , puisqu'il est prouvé par le témoignage de Nectarius, de Dosithée el de tous les Grecs qui ont fait l'éloge de Coressius sur ce qu'il avait soutenu la vérité contre ce ministre.
Ces mêmes Grecs nous apprennent que Coressius laissa les conférences qu'il avait mises par écrit à l'église de Conslantinople, et qu'étant retourné à Chio il composa plusieurs traités sur les saints mystères, sur la transsubstantiation, et sur divers autres points de controverse contre les calvinistes, et Nectarius témoigne qu'il les avait eus de Chio. Jusqu'à présent il n'a rien paru de ces ouvrages lliéologiques , quoiqu'on apprenne qu'une partie a été imprimée en Moldavie. Ainsi on ne les a pu citer contre les Calvinistes; mais on a seulement cité l'auteur, sur le témoignage de ses compatriotes, comme un défenseur zélé el oilhodoxe de l'ancienne doctrine , et comme un véritable Grec nullement latinisé. Les Anglais l'ont rccoimu pour tel, puisqu'ils firent imprimer son traité contre les Latins sur la procession du Saint- Esprit, avec quelques autres semblables, au commencement du siècle dernier. Cependant l'auteur des Monuments n'a pas eu de honte de le représenter comme un pensionnaire de la cour de Rome ; ce qu'il a fait avec si peu de jugement, qu'il a employé, pour le décrier, les injures que Jean Matthieu CaryophvUe
et Allalius ont répandues contre ce Grec sans aucun fondement ; puisque pour être schismatique, on n'est pas pour cela ni méprisable,ni indigne de toute créance, encore moins un épicurien et un athée , comme le veut faire croire Cyrille , le plus méchant de tous les hommes et son ennemi déclaré.
Les conférences dont il a été parlé ci-dessus doivent avoir été tenues avant 1635, c'est-à-dire peu après qu'il se fut répandu des copies imprimées de la Confession de Cyrille, que les Grecs ne croyaient pas être de lui, parce qu'il la désavouait avec serment, et qu'on lui voyait prêcher , enseigner et pratiquer tout le contraire. La preuve que nous avons de cette date des conférences avec Léger est qu'en 1653 Grégoire protosyncelle, disciple de Coressius, publia son Abrégé des divins mystères, composé sous la direction de son maître , des écrits duquel il reconnaît qu'il avait tiré tout son ouvrage. 11 est dédié aux archevêques , évêques, prêtres et autres de l'église grecque, el l'épître dédicaloire marque assez clairement qu'il fut composé dans le temps qu'elle était agilée par les troubles que causait la mauvaise doctrine de Cyrille, que néanmoins il ne nomme pas. Mais il le désigne, et ceux qui pouvaient être dans les mêmes sentiments, d'(uie manière trop claire pour permettre de douter qu'il ne pensât pas à les attaquer. D'un autre côté , dit-il , nous voyons ceux qui étaient parties et membres de notre église, qui de propos délibéré sont devenus des membres séparés et pourris, qai tàclienl à nous entraîner dans le précipice de l'hérésie, dam lequel ils se sont jetés eux seuls, el ils sont tombés dans l'enfer. Nous voyons d'ailleurs des astres spirituels qui tombent du ciel de l'Eylise de Jésus-Christ, comme JMcifer, ayant abandonné la foi dans laquelle ils avaient été instruits, le baptême qu'ils avaient reçu, la prédication par laquelle ils avaient été enseignés , et les canons des saints conciles des Pères qu'ils avaient reçus : ainsi ils sont tombés dans les ténèbres de l'infidélité.
Il déplore ensuite les malîieurs où est plongée l'église grecque; ])uis il dit que ne la pouvant délivrer de la tyrannie, n'ayant point de biens pour la secourir, et ne sachant quel conseil lui donner, il a cm devoir entreprendre la composition de ce petit livre , qui pouvait être fort utile dans les temps présents, à cause des dogmes qui y étaient exposés , selon qu'il les avait reçus de la miséricorde de Dieu , par le moyen du trèsdocte Georges Coressius , grand théologien et excellent médecin. Parmi les louanges qu'il lui donne d'être le plus grand théologien qui soit parmi les Grecs, il le loue de ce que par les lumières de sa théologie il chasse les ténèbres el dissipe les nuages de la mauvaise doctrine , ayant de vive voix et par écrit attaqué et vaincu ceux qui, comme des bêtes sauvages, étaient au milieu du troupeau de Jésus-Christ; que souvent il avait été martyr par la disposition oit il était pour la défense de la vérité; et qu'il avait soutenu plusieurs combats lorsque le temps le demandait, pour maintenir la bonne doc Irine.
On reconnaît facilement que cet éloge a rapport b
6$i LIV. I. CROYANCE DKS ÉGLISES
ce que Coressins fit, dans le lomps que Cyrille clicrcliail à répniuiie sccrèlemeiit le caivinisiue parmi les Grecs : ol i;i iiiaiiièie dont il parle de lui dans ses lettres à Lé.^or fait assez voir combien Coressins lui était suspect; ce qui fait juger qu'il eut beaucoup à souffrir durant (ju'il eut à vivre sous un tel palriarclie. Ce «lui est à remarquer, et ce qui nous a engagé à faire celle digression, est que celle déclaration vigoureuse de Grégoire prolosyncelic et Coressius, S0!i approbateur, s'est faite du vivant de Cyrille, sans qu'il ait osé la coniredire. 11 paraît niéntc quelque cbose de plus hardi, en ce qu'assurant dans l'approbation (jue le livre contient des dogmes Irès-vrais et
Ortliodoxes, riy,y.aT« à//,0;ij /.vi Ttàvu i/JoZo^y. cuvi;(îtv lè lit'jJviz!J.iio/, il ajoute, quand même (jucl(in''un des ^laUtdes ironverait amer ce qui esl doux , xac eïtw twv
xa/xvovTWv TziAfit e.hv.1 tÔ ^Sù cïsiÛki Çu//êaiv3. On peut
donc juger par ces circonslances, que l'église grec(iuc n'a pas manipié en celte occasion de défenseurs de son ancienne doctrine; que Cyrille n'élail pas le maître de la lui faire changer, cl qu'il n'avait pas un si grand nombre de sectateurs qu'il fil croire aux Hollandais; puisque Coressius ne parla pas coninie particulier, m. lis comme étant cli;irgé p.iraulorilé publique de l'examen de ce livre, ([ui depuis a élé généralement approuvé par tous les Grecs.
Nous en lirerons doiic ce qui |)Ourra être utile à éclaircir la maiiére des sacrements, parce (pfelle est ilrailée avec assez d'exactitude; puisqu'alors on con- I uaissait mieux qu'auparavant les opinions des calvinistes. Voici ses paroles, pour léponse à la question : Qu'est-ce que le sacrement ?
C'est, dit-il (c. 4), une iiislhution divine et sainte, qui se fait par le ministère du prêtre, et qui par des choses matérielles, corporelles et sensibles, signifie et manifeste la giàce spirituelle que Dieu nous communique par le moyen du sacrement, lorsque tious le recevons dignement. On excepte le baptême , parce quen cas de nécessité il peut être donné par un laïque, et même par une nourrice. On dit quil esl d'institution divine, parce que l'esprit humain ne l'a pus inventé, mais ISotre-Seignt'ur Jésus-Clirist, la sagesse et la puissance infinie de Dieu ; et que c'est lui qui l'a donné immédiatement à ses diseiples. Ainsi il leur a donné le baptême en disant : Si quebiu'uvi n'est régénéré de l'eau cl dc-l'cspiil, il n'entrera pas dans le royaume des cieux ; de même la mainte communion , de laquelle il a dit : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, vous n'aurez pas la vie en vous-mêmes ; la confession ou la pénitence. Eiisui!e il a donné les autres sacrements à toute son Église par ses discifiles, afin de nous communiquer la grâce de la passion glorieuse qu'il a soufferte pour nous. Le sacrement esl une chose sainte, non seulement oarce qu'en lui même il esl saint , c'est-à dire consacré ï Dieu, qui seul est saint de sa nature, mais aussi parce ]u'il sanctifie ceux qui le reçoivent dignement. Jl esl hiit avec des choses matérielles, afin que par reur mouen lous puissions recevoir, étant matériels comme nous wmmes , la grâce toute svirituelle que Dieu nous corn-
P. »E LA F. ni.
mimique par chaque sacrement de l'Eglise; parce que ce n'est pus seulement un signe matériel qui signifie la grâce divine qu'il nous procure, comme étaient la ciT" concision et les autres sicremenis de l'ancienne loi; mais c'est un instrument effectif, par lequel Dieu nous la communique
Le sacrement se fait par les choses, par les paroles et par le niinislpre du prêtre, et nous devons savoir que ces trois choses sont nécessaires pour son accomplissement : des choses déterminées , des paroles et le prêtre; à moins qu'il ne fut fait par un ange. Mais les choses et les paroles sotit nécessu rcs comme parties instrumentales du sacrement , quoique les paroles soient aussi les causes efficientes ; et pour cette raison les choses sont appelées matières du sacrement. Quoique queliues-uns prétendent que les paroles du prêtre sont comme la forme , cependant cette opinion n'est pas bonne , parce que la forme doit toujours subsister, cl les paroles du prêtre ne subsistent pas toujours. C'est pourquoi il semble qu'il est plus à propos de dire que la forme du sacrement esl la grâce qui vient de Dieu.
Le prêtre est le ministre, et il est obligé, lorsqu'il célèbre les sacrements, d'avoir la pensée cl l'intention de faire tout ce que fait l Église, selon que Jésus Christ et les apôtres l'ont ordonné. Que s'il manque quelqu'une de ces trois choses, il n'g a point de sacrement. El après avoir expliqué que ceux qui reçoivent indignement les sacrements n'en reçoivent aucuiie-gàce , il exa> mine ce que les théologiens disrnl louei/ant la définition du sacrement. Voici ses paroles:
// est bon de savoir aussi qu'il y a quelque différence entre les nouveaux théologiens qu'on appelle scolasliques, touchant la définition de sacrement : car qudqnes-uns le définissent en disant que c'est un signe sensible d'une grâce invisible ; d'autres que le sacrement est ensemble visible et invisible; d'autres que c'est une grâce invisible dans un signe sensible, qui conduit C'iomme an royaume des deux. Il esl aussi nécessaire de savoir qu'il y a une différence entre les sacrements de l'ancien et du nouveau, Testament, en ce que pour les premiers il n'était pas besoin des paroles du prêtre pour les accomplir, et qu'il faut aes paroles pour accomplir les derniers.
Telle est la doctrine touchant les sacrenu'nlscn général, enseignée par Grégoire proUisynccile , qu'il avait apprise de Coressius, son maître, cl sur laquelle on peut faire deux remarques. La preniièrc esl qu'il enseigne tout ce que les catholiques croient lonc;;arit les sacrements, ei qu'il coiidanme ce que Cyrille et les calvinistes disaient de coniraire. L'aulre esl (jne ces Grecs ayant ( onnu la théologie des scolasliques, ne la suivaient pas absolumenl en tout, puisque con-i venant dans le fond de ce que nous appelons nialièrc et forme, ils donnent néanmoins un autre sens à ce dernier mot , ce qui fait voir qu'ils n'ont pas co;)ié aveuglément tout ce qti'ils ont trouvé dans les livres des liicolngiens latins, conmie les calvinistes voudraient le faire croire. Quand cela serait , on n'en pourrait tirer aucune conséquence cnutrc les Grecs» ai contre les Latins, puisque la nouvelle manièrt (Vinyl-denxJ
685 PERPÉTDiTÊ DE LA FOI
d'expliquer un dogme ne prouve pas qu'il y ait de nouveauté, sinon dans l'expression. Ainsi les premiers scolastiques, qui ont parlé de matière et de forme, n'ont rien dit que ce que les anciens Pères entendaient par verbtim el elementum. El lorsque Coressius el Grégoire disei'.t que la forme, ùooi, est la grâce de Dieu, ils ne disent rien de conlraire à ce qu'enseigne TEglise romaine, qui reconnaît que ce qui profUiil !e sacrement el sanctifie la matière, ou le signe, est la grâce de Dieu, parce que le mot de sISo,- est alors pris dans un aulre sens plus conforme à la philosophie d'Arislote, dont il est lire. Cela fait voir que les Grecs n'ont pas pris des Latins leur théologie sur les sacrements.
Mais quand ils en auraient pris quelque chose , comme on ne pcul pas douter que toutes les cérémonies sacrées que les Grecs appellent sacrements aussi bien que nous , ne soient plus anciennes que la théologie gcolaslique, il ne s'ensuivrait pas de là que parce qu'ils ont reçu de nouvelles expressions qui leur ont paru justes et tliéologiques, ils aient reçu de nouveaux dogmes, ils ont reconnu la vérité de notre commune créance, dans des termes qui ne leur étaient pas familiers, et c'est là lout : au lieu que, quelque lour que les luthériens elles calvinistes aient doimé à leurs nouvelles définitions el à leurs nouveaux systèmes louchant les sacrements, les Grecs les ont toujours rejelés et condamnés , parce qu'ils n'y reconnaissaient pas la doctrine ni la discipline de l'Église.
Telle élail la disposition de la plus considérable par-. tic de l'église grecque du vivant de Cyrille, et dans le temps même auquel parut sa Confession ; car on peut appeler la plus considérahlo partie, et même lout le corps de l'église grccqn ', ceux auxquels Grégoire dédia son ouvrage, approuvé par Coressius, après l'examen qu'il eu avait fait, suivant le pouvoir qu'ils lui avaient doimé. Celle exposition de leur foi ne fut pas donnée en secret à des calvinislcs, ni imprimée par eux dans la capitale do leur secte, sur une simple copie, non légalisée el dénuée de toutes les formalités requises pour les écrits donnés par les palriarches. Ce fut à Venise , où chacun sail (jue les Grecs scliismaiiques ont une enlièrc liberté pour ce qui regarde leur religion , el où tous leurs livres ecclésiastiques ont élé imprimés depuis près de deux cents ans ; en sorte que ce qui s'imprimerait à Conslanlinople sous les yeux des palriarches n'aurailpas plus d'autorité. Cyrille n'a jamais osé, quoiqu'il ail survécu près de trois ans, censurer le livre, ni accuser l'auteur ou l'approbateur, i.onobslant la haine qu'il avait contre celui-ci, dont les lellrcs écrites à Léger portent tant de preuves. Aucun métropolitain , évêque ou particulier, n'a accusé l'un ou l'autre d'avoir enseigné une doctrine contraire à celle de l'église grecque ; au lieu que tous s'élevèrent contre la Confession de Cyrille , quoique revêtu de la dignité pairiarcale. Depuis ce temps-là , tous ont condamné sa Confession, et tous ont loué Touvrage de Grégoire : il n'en faut donc point chercher d'autre raison, sinon que celui-ci parlait conlor-
mément à la créance de son église, et que l'autre l'a-* vait entièrement abandonnée.