CHAPITRE VU
Examen des objections que les prolestants, et même quelques catholiques, ont faites touchant la créance des Grecs sur les sept sacrements.
Nous joignons ensemble les objections des proleslanls et celles de quelques calboliques louchant la doctrine établie dans les chapitres précédents, parce qu'elles viennent d'une même source; car les protestants , lorsqu'ils ont commencé à vouloir prouver que les Grecs n'avaient pas les mêmes senlimenis que nous sur les sacrements , n'ont employé que des témoignages tirés d'auteurs catholiques , anciens ou modernes , dont la faiblesse est préseniement trop connue, de sorte qu'ils n'ont aucune autorité. L'auimosité réciproque entre les théologiens de l'une et de l'autre église, a donné lieu à se reprocher de pari et d'autre beaucoup d'erreurs et d'abus, même dans les choses les plus innocentes, parce que les Latins n'entendaient pas les rites des Grecs, ni les Grecs ceux des Latins; outre que ceux-ci, ne connaissant point d'autre théologie que celle de l'école , ni d'antre discipline que celle de leur temps , ont condamné trop facilement des pratiques et des cérémonies sacrées que l'antiquité mettait hors de tout soupçon. Il est inutile d'examiner ce que les plus anciens , comme Énée, évêque de Paris , Ratramne , Anselme de Haversberg et le cardinal Humbert ont écrit contre les Grecs, car la matière n'était pas alors assez éclaircie, ce qui rend ces auteurs excusables ; et même ils ne les ont pas attaqués sur les points dont ceux qui les ont suivis ont fait des erreurs capitales. Mais ceux qui ne méritent aucune excuse sont les modernes, qui, ayant pu consulter les livres ecclésiastiques des Grecs, ont avancé, sans les examiner, des accusations insoutenables, comme Guy-le-Carme, Praicolus et quelques autres, parmi lesquels celui qui, avec raison, a perdu toute créance parmi les savants, est Antoine Caucus, archevêque de Corfou.
Il accuse les Grecs de ne pas avoir les sacrements de la confirmation et de l'extrême-onction, et cette accusation n'est fondée que sur ce que ces deux sacrements sont administrés et célébrés selon la discipline particulière de l'église grecque , qui n'en aurait aucun si on les examinait tous par ce principe de di- ▼ersilé des cérémonies; mais elle ne fait aucun préjudice à l'intégrité des sacrements, ce qu'on examinera en particulier en parlant de chacun.
De plus, il y a une réponse fort simple à cette accusation, et elle consiste en ce qu'il est inutile de prétendre prouver que les Grecs n'ont pas les sept sacrements reçus dans l'Église catholique, après tant de preuves authentiques qu'on a du contraire ; car Siméon do Thessaloniijue, qui vivait avant le concile de Florence, s'est expliqué si clairement sur ce sujet, (lue les Grecs des temps suivants jusqu'au nôtre se sont servis de son autorité pour fermer la bouche aux luthériens, et surtout aux calvinistes. Le patriarche Jérémie, qui a cité son témoignage, suit sa doc-
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trine en tout ; les autres que nous avons cités parlent encore plus clairement, et tous ont condamné Cyrille, qui prétendait, selon la Confession de Genève, réduire les sacrements à deux. Enfin les Eucologes font foi que les Grecs ont les offices de tous les sacrements. Tout ce qu'on pourrait donc opposer à des preuves si claires et si démonstratives, est qu'ils ont, à la vérité, certaines cérémonies qui ont quelque rapport à ce qui est regardé comme sacrement dans l'Église romaine, mais que, par plusieurs défauts essenliels, elles ne sont pas des sacrements; ce qui est entièrement changer la question. Car, quand cela serait vrai , ce serait une erreur ou un abus dans la discipline , mais qiii n'empêcherait pas que les Grecs ne crussent que ces mêmes cérémonies sont des signes sacrés d'institution divine, qui confèrent une grâce particulière à ceux qui les reçoivent dignement, et par conséquent ils croiraient sept sacrements.
Les luthériens ont avoué de bonne foi que les Grecs croyaient sept sacrements. Septem Sacramenta fuciunt, et talibus astruendis Palrum suorum teslinionia , aÙTo)£Çci, proférant : ce sont les paroles de Crusius, qui l'a aussi marqué dans les notes marginales des Réponses de Jérémie, comme d'autres l'ont reconnu. 11 est inutile de disputer, comme a fait un d'eux, pour tâcher de montrer , par la différence qu'il y a entre les rites de la confirmation et de l'extrême-onction pratiqués par les Grecs, et entre ceux de l'Église latine, que ce n'est pas la même chose; et il est ridicule de se servir, comme il fait, d'un argument aussi faux et aussi frivole que celui-ci : Mystère, fj.w:ripiov, ne signifie pas, dit-il, ce qu'on entend par le mot de sacrement; mais il le signifie si bien , qu'il n'y a pas d'autre mot en usage dans la langue grecque vulgaire et littérale pour le signifier; ils n'appellent pas autrement le baptême ni l'Eucharistie; que s'il est employé en d'autres sens, cela n'empêche pas que celuilà ne soit déterminé par l'usage de toute l'église grecque au même sens que le mot de sacramentum parmi les Latins, quoiqu'ils s'en servent aussi dans un sens plus étendu, comme sacramentum régis abscondere bonum est , Tob. 12, 7; Nescierunt sacramenta Dei, Sap. 2, 22 ; Super sacramenta islo ; sacramentum hoc revelutum est. Dan. 2, 18, 30; Nolnm vobis fncio sacramentum, Eph. 1,9; Nolum tnihi factum est sacramentum ; dispensatio sacramenli absconditi, ib. 3, 9; sacramentum septem stellarum , Apoc. 1 , 20 ; sacramenlum mulieris , ib. 17, 2. On serait ridicule de vouloir tirer de ces passages que, quoique dans l'Église romaine, on cette version est authentique, on appelle sacrements certains signes qui produisent la grâce , ils ne le sont pas néanmoins, parce que ce mot signifie autre chose en latin , et dans le style ecclésiastique.
Ces mêmes luthériens, particulièrement ceux qui ont écrit depuis que l'ouvrage d'AUalius a paru, aussi bien que l'EucoIoge du Père Goar, n'ayant connaissance d'aucuns auteurs grecs que de ceux qu'ils trouvent cités par ces savants hommes, cherchent à lotir-
Wl LIV. I. CROYANCE DES ÉGLISES
ner en eent manières les passages qu'ils y trouvent, pour prouver qu'au moins les Grecs ne connaissaient pas sept sacrements avant le dixième siècle. Et quoique les bons luthériens n'aient pas une déférence entière aux lumières des calvinistes , cependant l'autorité du ministre Daillé, qui l'a ainsi avancé, leur parait si grande, qu'ils l'opposent aux Grecs aussi bien qu^iux catholiques. Fehlavius va encoie plus loin; , car il prétend que les Grecs, au treizième siècle, prirent beaucoup de rites nouveaux des Latins, pendant que ceux-ci étaient maîtres de Constaniinople, et que c'est d'eux qu'ils ont appris l'exiréme-onction et la doctrine des sept sacrements.
La première objection est fondée sur un argument négatif, duquel, comme les théologiens savent, l'aulojilé a des bornes , et sur lequel on se trompe souvent, particulièrement lorsqu'il s'agit de faits, puisque la découverte d'une seule pièce a souvent détruit un grand nombre de raisonnements et de conjectures qui n'avaient d'autre fondement que des arguments négatifs. Mais sans entrer dans cette discussion , on n'a qu'à demander aux protestants qu'ils marquent par des preuves positives le temps et les circonstances de ces nouveautés introduites dans l'église grecque. S'ils n'en peuvent marquer l'origine, comme ïs ne le peuvent pas certainement, ce qu'ils appellent abus et nouveautés doit être regardé comme étant de tradition apostolique, suivant la règle certaine établie par S. Basile, par S. Augustin , par Vincent de Lérins, et par tous les Pères; et c'est aussi ce que les Grecs disent touchant la doctrine et la prati(}ue des sacrements. S'ils ne peuvent marquer le temps de ce changement qu'ils supposent, et qu'on reconnaisse que toutes les communions séparées de l'Église romaine ont les mêmes pratiques , il faut de toute nécessité qu'elles soient plus anciennes que les sciiismes des nestoricns et des jacobites, et par conséquent qu'elles aient été en usage dans toutes les églises avant que ces hérétiques s'en fussent séparés.
Or il est certain qu'avant le concile de Florence les Grecs avaient sept sacrements, ainsi qu'on le prouve par Siméon de Thessalonique. On ne dira pas qu'il a été l'inventeur de cette opinion , puisqu'il n'est que témoin de la doctrine et de la discipline de son église, et que l'autorité qu'il a acquise parmi les siens est de l'avoir fidèlement représentée dans ses écrits. 11 se trouve des auteurs plus anciens qui font mention de ces mêmes sacrements, et dans tant de conférences, de conciles et de négociations entre les Latins et les Grecs pour tâcher de terminer le schisme, on ne leur a jamais reproché qu'ils n'eussent pas sept sacrements; enfin, au concile de Florence il ne fut pas parlé de celle question , et l'acte de réunion n'en fait pas la moindre mention.
Mais, dit Fehlavius, il ne faut pas juger de la doctrine des Grecs par ce qui se passa au concile de Florence (1) ; on en convient, et dans tout cet ouvrage
(i) Ex unione Florentine , vanum estdogmata
Ecd«si« Grxcse arbilrari.
nous ne citons pas un seul auteur qui n^ait été engagé dans le schisme , et par conséquent qui n'ait renoncé à l'union faite à Florence. De plus , elle n'a rien de commun avec la matière dont il est question, puisque dans l'acte de réunion il n'est pas parlé des sacrements, et que le décret pour les Arméniens , dans lequel ce que l'Église romaine en croit estex|iliqué plus en détail, ne fut fait qu'après le départ des Grecs, qui ne le souscrivirent pas ; il ne leur fut pas envoyé, et ils n'en eurent aucune connaissance. Ils le connaissaient si peu, que depuis leur retour en Grèce, plusieurs ayant attaqué la définition ou acte de Réunion, et l'ayant réfuté article par article, entre autres Jean Eugénicus , nomophylax de l'église de Constaniinople, il ne s'en trouve aucun qui ait attaqué l'autre décret. On ne fera jamais croire à personne que quand on parle de la créance des Grecs qui composent l'église séparée de l'Église latine , on prétend se servir du témoignage de ceux qui y sont réunis, à moins qu'on ne les cite pour établir des faits indépendants des dogmes contestés ; car alors on peut les citer, de même que nous avons cité les témoignages de plusieurs proleslanls qui ont écrit tout le contraire de ce que M. Claude , M. Smith et d'autres avaient dit touchant les Orientaux.
Pour ce qui regarde la dernière objection de Fehlavius touchant le changement arrivé pendant que les Latins étaient maîtres de Constaniinople, on croit l'avoir réfutée d'une manière qui ne laisse aucune réplique , puisque jamais la haine ne fut plus grande qu'en ce temps-là même : car les Latins traitèrent les Grèce, dont ils avaient éprouvé la perfidie en plusieurs rencontres, avec trop de dureté pour être en étal d'acquérir créance parmi les ecclésiastiques et les peuples, jusqu'à changer leur religion et leur discipline , pour prendre celle de leurs ennemis déclarés qu'ils regardaient comme hérétiques. Si cela était arrivé, il en resterait quelque vestiige dans les historiens de ces lemps-là. Que les protestants nous en produisent un seul qui appuie d'aussi vaines conjectures, et qu'ils nous montrent que Syropule lui-même , dont ils font tant d'estime (et il ne faut pas s'en étonner, puisqu'ils admirent la capacité et la doctrine de son traducteur, le plus ignorant et le plus infidèle qui lut jamais), ait marqué qu'on ait proposé aux Grecs aucun article qui concernât la doctrine des sept sacrements. Il n'est pas moins important que les protestants nous expliquent comment les Latins ont pu insinuer et établir ensuite dans toute l'église grecque une discipline qu'ils ne connaissaient point , et que la plupart de leurs théologiens ont attaquée comme défectueuse dans la matière et dans la forme; car c'est le jugement qu'ont fait plusieurs de ceux qui ont écrit contre les Grecs, de celle qui regarde la confirmation et l'extrême-onction ; cuire qu'il y en a eu un assez grand nombre qui n'ont pas jugé plus favorablement de leurs ordinations. Quand on introduit quelques nouveautés dans la religion , c'est ce que ceux qui
veillent innover croient et pratiquent. Les missionnnires iniins prèclienl et enseignent la doclrine et la discipline de l'Église romaine; les anciens nesloriens ont prêclié le nestorianisme dans les Indes . el ils y ont i)orié les cérémonies qui éiaient en usage parmi eux, de même t(ue les jacobiies d'Alexandrie onl fait en Nubie et en Élliiopie. Ici on veut que les Latins aient appris une créance el des cérémonies qu'ils ne connaissaient point el qu'ils ont souvent condamnées, aux Grecs, qui en avaient d'aulres longtemps auparavant , semblables à celles qui subsistent encore présenlemenl parmi eux.
On dit aussi que les Grecs ne croient pas que les sacrenienls,à l'exception du baptême et de l'Eucbarislie, soient d'institution divine. 0:i cite sur cela le patriarche Jéi émie , Grégoire proiosyncelle et quelques autres, parce qn'ils ont dii que Jésus Christ avait institué quelques uns des sicrements,coniine le baptême et l'Eucharislie, par lui-même, el les autres par le minisière de ses disciples. A llatius, défendant les Grecs contre les calonmies de Caucus , convient que telle est l'opinion de ces deux théologiens, et les explications qu'il donne, afin d'iulerpréter les passages qu'il rapporte, couNiennent si peu et embrassent tant de nouvelles diflicullés,(|u'il est inutile de les rapporter, elencore plus de les réfuter. L'auteur de l'Histoirede la créance des nalionsdu Levant va encore plus loin, disant que les Grecs sont dans celle persuasion ,quHl n'y a froprcmenl que le baptême el l'Eucharistie qui aient été institués par Noire-Seigneur, el que les autres ont été institués pur l'Église; sur quoi il elle le patriarche Jérémie, doni nous examinerons les paroles ci-après.
Allalins el lui devaient se souvenir que Jérémie , ■ après Siméon de Thessalonique , avait dit , en termes formels, que tous les sacrements avaient élé institués par Jésus-Clirist ; et Arcudius blâme Siméon de ce .qu'il avait porté celle pensée jusqu'à établir une proposition qu'il réfute, et qui est que Jésus-Christ avait par hii-niême reçu ou célébré tous les sacrements ; Jérémie et la plupart des autres Grecs l'ont néanmoins adoptée. Le sens véritable de celte proposition est que tout ce que lÉglise regarde et pratique comme des sacrements de la loi évangélique.est fondé sur le précepte et sur l'inslilulion do Jésus-Christ , soit qu'il ait ordoimé la chose par lui-même, soit qu'il l'ail fait par le ministère des apôtres. Ceux qui entendent ses paroles imp à la lettre, contre l'intention de l'auteur, qui paraît assez dans toute la snile du discours , n'ont pas fait réflexion que Jérémie, (|ui les cite et qui en rapporte la substance, se contredirait lui-même, s'il disait que les cinq sacrements rejetés par les proleslanls ne sont pas institués par Jésus-Christ ; car il dit formellement le contraire dans sa première réponse , et les paroles qu'on cite sont tirées delà seconde, dans laquelle il avait à combattre ce que les ihéulogiens de Wiiicmberg avaient dit dans leur premier écrit pour justifier l'erreur des prolestanls, qui ne reconnaissent .pour sacrements que le baptême et l'Eucharistie , «oninie seuls institués par Jwus-Cbrjsi , suivant leur
nouvelle théologie , fort opposée à celle de Tanciennô Église et à celle des Grecs. Car ils ont toujours cru qu'il y avait plusieurs choses enseignées ou ordonnée» par Jésus-Christ, qui pour n'être pas écrites dans l'Évangile, n'en avaient pas moins d'autorité , parce qu'elles avaient élé enseignées par les apôtres , qui les avaient reçues de leur niaîlie. Jérémie répond donc à ces luthériens , et après avoir expliqué la doctrine des sejtt sacrements en détail , il ajoute que si It baptême el la divine communion sont les principaux sacrements , et sans lesquels il est impossible d'être sauvé , cependant l'Eglise nous a donné les autres par sa tradi' lion , jusqu'au nombre de sept. Voici la traduction de Criisins : Etiamsi enim cœteris sacramentis poliora sunt, et sine iis sains nulle modo conlingit , baptisma el divina communio ; altnmen et reliqua quœ cum his septenarium numerum implent , tradila sunl ab Ecclesià.
Jérémie prétend dcmc que les deux sacrements du baptême el de la divine communh)n , sont xuptûrepa , poliora, prœslantiora , ou, connue nous avons traduit, les principaux ; car c'est à quoi la suite sendjle entièrement déterminer, puisque la raison qu'il en donne est que sans eux il est impossible d'être sauvé. C'est donc en cela qu'ils sont xvpiiiztpx , par leur nécessité pour le salut, et non pas à cause de la raison alléguée par les luthériens , que les premiers étalent insiilués par Jésus-Christ, et ks autres non. De ceux ci Jéréuiie dit que l'Église nous a aussi donné les autres par sa tradition, car c'est ainsi (pi'il faut traduire TtapéSwxc, et, par ces paroles, il n'exclut pas les deux premiers, pour les distinguer de ceux que les protestants rejettent comme si l'Église ne les avait pas transmis par sa tradition aussi bien que les cinq autres. Car c'est le sens nécessaire de ces motsà),/àxai tkOtoc itapéSwxev, le xai faisant voir que Tiaplôw/r; comprend les premiers comme les derniers.
C'est donc entièrement corrompre le sens de Jérémie, que de traduire Trapf Swxcv par instituer, comme a fait l'auteur de l'Histoire critique ; car quand ce mot pourrait quelquefois être pris dans ce sens , ce n'est pas en cet endroit-ci, puisque Jérémie, conformément à Siméon de Thessalonique, qu'il cite, dit que tous les sacrements ont élé institués par J ésus-Clirisl, et que tous se trouvent marqués dans la sainte Écriture , quoiqu'il avoue que le chrême ou mtjron vient de tradition apostolique, conlirniée par S. Denis.
On a une preuve certaine de celte opinion commune des Grecs, dans ce que Siméon de Thessalonique a entrepris de prouver , que Jésus-Christ a reçu tous
les sacrements : On o Xpt5Td,-Tà ^.wsrvipta xocl t'u iu.v-
rà-j eSiÇaro. Jérémie, Gabriel de Philadelphie, Syrigus et la plupart des Grecs modernes ont adopté cette pensée, qui absolument n'est pas selon l'exacte théologie ; mais elle ne méritait pas d'être réfutée aussi sérieusement qu'elle l'a élé par Arcudius, de même que si elle contenait plusieurs erreurs capitales. Siméon Thessalon., dit- il (I. 1, c. 5), ut osiendal Clirislwn Dominum esse auclorem sacramenlorum multis verbis satis pivlixè, incomptè, frigide, xowoir^iMrtH Mti
705 LIV. I. CROYANCE DES ÉGLrSES D'
iniSxvtii, conatur probareClirislum Domimim snscepisse oiiinia sncranienla ; quo vitio ex parle laborol Gabriel PliiUidelpIiiensis, eadetn à Simeotie midualus. Il devait d'abord excuser l'inleiUioii des Gn-cs qu'il attaque, puisqu'ils prouvent une vérité calhdlique qu'il soutient lui-même. S'ils la sonlieunenl par de nsauvaises raisons, il eu fallait donner de meilleures, el la plupart ne sont pas si frivoles ni si ridicides que le. prétend Arcudius, comme nous es|)érons le faire voir en parlant de chaque sacrement en particulier, puisque si on en excepte quelques pensées singulières, (pii néanmoins ne peuvent être attaquées, sinon parce qu'elles sont plutôt conformes au sens mystique et allégorique qu'au sens littéral, les autres sont très- Ihéologiques De plus, il csl fort important de remarquer qu'en examinant les écrits des Grecs du moyeu et du dernitT âge, ainsi que ceux des Orientaux on ne doit pas exaniiner tout ce (|ui n'est pas dans la dernière exactitude de la théologie ou de l'histoire, selon les règles sévères de la critique ; car il y a telles fables desquelles on tire de grandes vérités. Ainsi les histoires des nestoriens, par le«<pielles ils préli'ndent tirer la succession de leurs catholiiues ou patriarches de l'apôtre S. Thadée, comme fondateur do leur siège, prouvent qu'ils ne croyaient pas qu'on put en soutenir l'autorité, et s'exem|)tcr du soupçon de schisme, si on ne prouvait une succession apustidique. Tous les Orientaux ont une tradition ancienne, suivant laquelle ils croient qu'après la descente du Saint-Esprit, les apôtres, assemblés dans le cénacle de Sion, ré.^lérenl tout ce qui regardait l'administration des sacrements, ctles cérémonies selon (pi'elles sont pratifjuées dans l'Orient. 11 n'y a rien dans les monunicnis les plus certains de l'histoire ccclésiasiique (jui puisse confirmer celte tradition, ni empèi:her qu'elle ne soit regardée conime fabuleuse. Mais elle enlermeune vérité très-essentielle, qui est que les Orieniaux regardent toutes leurs cérémonies sacrées comme éiant instituées ou réglées par les apôtres ou par leurs successeurs. Il en e>t ainsi de plusieurs antres traditions dont il sera parlé en traitant de chaque sacrement en particulier.
Quoique l'éclaircissement de la difliculié, tel que nous l'avons donné, paraisse plus simple et plus naturel que ceux d'Allaiius, on peut néanmoins lire ce qu'il en écrit assez au long, sur quoi nous ne croyons pas devoir nous étendre davantage; car cette objection formée à l'égard des Grecs peut être considérée en deux manières, c'est-à-dire, ou comme étant proposée par les catholiques, ou comme faite par les prolestants. A l'égard de ceux-ci, ce que nous avons à prouver est que les Grecs croient sejit sacrements proprement dits; et comme il n'est pas possible de douter, après les témoignages de quairc synodes, de la Confession orthodoxe, et de tous leurs théologiens qui ont écrit depuis plus de deux cents ans, que telle ne soit la créance conmiime de l'église grecque, il est inutile que les prolestants se fatiguent à prouver qu'elle en ait une contraire. Il faudrait donc qu'ils
prouvassent qu'elle a changé, cl c est ce qu'ils peuvent encore moins prouver, surtout après qu'on a lait voir dans le volume précédent (ci-dessus, liv. 10), que ce lieu commim du changement introduit par les missions el par les guerres d'outre mer, était une imagination qui n'avait pas le moindre fondement dans rhisloire. S'il y a des contestations entre les théologiens cailioliques et les Grecs louchant la doctrine des sacrements, cela ne regarde pas les protestants.
Or ces contestations avec les catholiques sont encore de deux sortes, car, on elles regardent quelque décision de toute l'Église, qui ne puisse s'accorder avec la créance et la discipline des Grecs, ou elles onl rapport à des disputes et des jugements particuliers de théologiens. On ne trouve aucune décision de l'Église contre les Grecs, par rapport à la doctrine des sept sacrements, dans tout ce qui s'est fait poiu" la réunifui des schismaliqnes ; cl dans le coiicile de Florence il n'en fut pas fait la moindre mention. Au contraire, depuis ce temps-là, Léon X et Clément Vllont publié des brefs, renouvelés par Urbain VIII, qui ordonnent que les Grecs ne seront point troubles dans l'exercice de leur dise plino et dans la prati(|ue de leurs l'iles. Si quelq\ies synodes parlicidiers tenus de notre temps dans les dincèses où il y a des Grecs ont parlé autrement, leur autorité n'e-l pas assez considérable pour faire de nouvelles lois dans rÉglise.
Celle des théologiens particuliers est encore moindie, on, pour mieux dire, ils n'en onl aucune pour condamner ce que l'Église n'a pas condanmé. Suivant la véritable el ancienne ihéobtuie explicpiée par le concile de Trente (sess. 7. c. \), Jésus-Christ a institué les sacrements de la nouvelle loi; et les Grecs recoimaissciil celle vérité, que les protestants combatteni. Or ce qui la détruit entièrement, n'est pas de dire que rÉglise les a reçus des apôtres, qui lui avaient enseigné te qu'ils avaient ajipris de Jésus Christ pour être établi dans son Église; c'est de dire que les sacrements sont des inventions b-miaines, qui n'ont aucun fondement dans la parole de Dieu ni dans les promesses de Jésus Christ, comme prétendent les protestants. Quand donc les Grecs assurent qiie tons les sacrements sont établis par l'Écriture sainte, et que Jésu>-Christ les a institués, comme disent Siméon de Thessaloniqne, Jérémie et tous les autres, ils reconnaissent la principale el la plus importante vérité de la doctrine catholique sur les sacrements; el ils l'expliquent lorsqu'ils disent que l'Église naplôuze, a donné, ce qui ne se trouvait pas marqué si précisément dans l'Écriture, mais qu'elle a\ail reçu des apôtres, comme ministres de Jésus-Christ et dispensateurs des mystères de Dieu.
H n'y a point de sacrement, même les deux que les protestants reçoivent comme marqués dans l'Écrilure, à l'instilntion duquel les apôtres n'aient eu ainsi paît. jésus-Chrisl, par exemple, avait institué l'Eucharislie,il avait pris du pain, cl, l'ayanl rompu, il avait dit à ses apôtres : Prenez, mangez, ceci est mon corpt;
707 PERPÉTUITÉ DE LA POl
ensuite le calice, etc. ; puis il leur dit : Faite» ceci en mémoire de moi. Dans le commencement du christianisme, ces paroles de Jésus-Christ, ce qu'il avait fait en insinuant l'Eucharistie, et le précepte de faire la même chose en mémoire de lui n'étaient pas en écrit. Les apôtres en furent témoins, non seulement à l'égard des Juifs et des gentils qui embrassèrent la foi , mais à l'égard des autres disciples, et de ceux qui avaient cru sur la prédication et les miracles deNotre- Seigneur. De même, pour le baptême, il avait dit à ses apôtres: A//ez, instruisez toutes les nations , les baptitanl au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur enseignant d'observer tout ce que je vous ai ordonné. Les premiers chrétiens crurent donc ce que leur dirent les apôtres, tant pour recevoir le baptême, que pour célébrer la mémoire de Jésus-Christ dans l'Eucliaristie. C'était Jésus-Christ qui avait institué ces deux sacrements ; mais ceux qui n'avaient pas é;é avec lui ne le savaient pas, et ne pouvaient pas l'avoir appris dans les Évangiles, qui n'étaient pas encore écrits, lis reçurent donc cette instruction des apôtres , et non seulement de ceux qui avaient été présents, et qui avaient entendu les paroles de Jésus-Christ, mais de ceux qui ne les avaient apprises que des apôtres. S. Paul dit : J'ai appris du Seigneur ce que je vous ai enseigné. 11 n'avait néanmoins pas vu Jésus-Christ sur la terre, mais seulement dans l'apparition miraculeuse sur le chemin de Damas, et c'était une voie extraordinaire, qui ne lui donnait d'autorité ni de mission qu'après que les apôtres , et ceux qui étaient les colonnes de l'Église, lui eurent donné société dans le collège apostolique. 11 dit aux Corinthiens, «n leur reprochant les abus qui s'étaient déjà introduits parmi eux dans la célébration de l'Eucharistie , qu'il avait appris du Seigneur ce qu'il leur avait donné par ses instructions, îrapiSuxa, ce qu'il avait établi parmi eux, et il les rappelle à cette première institution qui n'était pas encore écrite. C'était donc sur ce que S. Paul avait établi parmi eux, et sur ce que les autres apôtres avaient de même établi en d'autres églises, sur leur témoignage et sur leur tradition, que fut d'abord réglée la forme de célébrer le sacrement de l'Eucha-' ristie, et non pas sur la parole de Dieu, que les évangélisies n'avaient pas alors mise par écrit. On ne dira pas cependant que les apôtres aient institué l'Eucharistie, ni le baptême, ni que quand S. Pierre dit aux Juifs qui se convertirent à sa première prédication : Que chacun de vous soit baptisé, il institua ce sacrement. 11 rendit témoignage de ce que Jésus-Christ lui avait dit et aux autres disciples avant que de monter au ciel; en même temps il leur prescrivit la forme de célébrer ces sacrements, que Jésus-Christ avait ordonnée, mais dont TÉcriture ne fait pas mention. Il est certain, selon la doctrine des Pères, des Grecs et des Orientaux , que ce que les apôtres étaient à l'égard des premiers fidèles, leurs disciples le furent à l'égard de ceux à qui l'Évangile fut annoncé hors de la Judée, et jusqu'aux extrémités de la terre. Plusieurs de ceux-ci n'avaient pas vu Jésus-Christ ; on
les crevait néanmoins, parce qu'ils avaient appris ce qu'ils prêchaient des apôtres, qui Pavaient reçu de la bouche de leur divin Maître. On a cru de même les premiers évoques, que les apôtres ou leurs successeurs avaient établis en chaque pays ; et leur témoignage a été reçu comme celui des apôtres. Enûn le consentement de l'Église universelle a eu toujours la même autorité, suivant cette parole de S. Augustin (1), que les choses que nous conservons comme reçues par tradition , quoiqu'elles ne soient pas écrites , et qui sont observées dans toute la terre, doivent être considérées comme ayant été recommandées et ordonnées par les apôtres, ou par les conciles généraux, dont l'autorité est très-salutaire à CÉglise. On ne peut donc douter que ce que l'Église observe partout, et ce qu'elle a observé de toute antiquité, ne vienne certainement de la tradition des apôtres : et ce que les églises ont reçu par ce canal sacré, n'a jamais été distingué de ce qu'elles avaient appris par la sainte Écriture; d'autant plus que la prédication avait précédé la composition des livres sacrés du nouveau Testament, et qu'on a toujours été persuadé que les apôtres ou leurs disciples n'avaient pas tout écrit. C'est ce que S. Jean Chrysostôme remarque sur le verset 15 du chapitre 2 de la seconde Épîlre aux Thessaloniciens : Itaque, fratres, state et tenete traditiones quas didicistis, sive per sermonem , sire per Epislolam nostram. Il est évident par ces paroles, dit-il, que les apôtres n'ont pas tout enseigné par leurs lettres, mais plusieurs choses aussi sans être écrites; et les unes et les antres méritent la même créance : c'est pourquoi nous croyons que la tradition de l'Église mérite toute créance. C'est une tradition, n'en demandez pas davantage.
11 s'ensuit donc que lorsqu'il s'agit des sacrements et des autres pratiques religieuses que toutes les églises ont conservées jusqu'à nous, ce qui a été établi par les apôtres doit être considéré comme ayant été institué par Jésus-Christ, et publié par les apôtres ; que ce que toutes les églises conservent comme l'ayant reçu des apôtres a été institué par Jésus-Christ, et par conséquent les sacrements que l'Église reconnaît comme tels , quand on ne les trouverait pas marqués dans l'Écriture sainte. Ainsi il ne faut pas , comme plusieurs théologiens ont fait, recevoir si facilement cette distinction, que les protestants ont inventée pour fondement de leurs nouveautés, de ce qui a été institué par Jésus-Christ, et de ce qui a été institué par les apôtres et par l'Église. Jésus-Christ seul a institué les sacrements, parce que comme Homme-Dieu il av:iit ce pouvoir, qui ne peut convenir à aucune créature. Les apôtres ne les ont pas institués, mais ils les ont donnés à l'Église, en l'instruisant de ce que Jésus - Christ avait ordonné; et l'Église n'en a institué aucun, mais elle a conservé ce que les apôtres lui avaient
(I) llla autem quœ non scripla, sed iradita cusiodimns, quae quidem toto terrarum orbe servantur, dalur intelligi vel ab ipsis apostolis vel à plenariis conciliis, quorum est in Ecclesiâ saiuberrima auctorilas, comniendala alque siatuta reiineri. (Aug., ep. U, n. éd.)
enseigné, comme ordonné et institué par Jésus-Clirist. La iironiesse de la grâce sacramentelle vient de lui ; la disposition générale de la discipline vient des apôtres, et la discipline particulière, les prières, les cérémonies ont été ordonnées nar les églises, sans aucune variation dans ce qu'il y a d'essentiel.
Te! a été le sentiment des Grecs, comme on le voit clairement par les paroles de Jérémie et de ceux qui ont écrit après lui, et même longiemps auparavant. Isaac-le-Caiholique, dans son traité contre les Arméniens, après leur avoir reproché plusieurs abus contraires à la tradition de l'Église, dit ces paroles remar(iuables : Si donc vous ne voulez conserver et croire que les choses seules qui ont été enseignées par Jésus- Chrisl, il s'ensuit qu'il faut que vous renonciez aux sacrements des chrétiens, qu'il n'a pas tous donnés ou enseignés par lui-même, mais que dans la suite il a établis tous par ses saints apôtres, par les SS. Pères, et par son Suint-Esprit ; et celui qui ne tes reçoit pas, non seulement n'est pas chrétien, mais plus incrédule que tous les infidèles. Tel a aussi été le sentiment des plus habiles théologiens, et ils conviennent même depuis la décision du concile de Trente, que puiscju'il n'a pas été décidé que tous les sacrements de la nouvelle lui ont été immédiatement institués par Jésus-CLrisl, on disspute encore entre les catholiques, si Jésus-Clirist les a institués tous sept immédiatement et par luimême, ou s'il a donné aux apôtres et à l'Église le pouvoir et le ministère de les instituer. Ce sont les paroles d'Eslius ( in 4, dist. 1, § i6) : Cœteriim ciim non sit à synodo defmitum sacramenla novce legis oninia immédiate à Chrislo institula esse, disputalur adliuc inler catholicos, ^itriim omnia septem Chrisius immédiate et per seipsum instiiueiit, an verb quorumdam insiituendorum ministeritim apostolis vel Ecclesiœ commiserit. Il ne suit pas celte opinion, mais il ne la condamne pas comme contraire à la doctrine du concile de Trente; ce qui devrait servir de règle pour ne pas allribuer aux Grecs ce qu'ils n'ont pas dit, puisque tous conviennent que Jésus-Christ a institué les sept sacrements. Pour s'exprimer, ils se servent du mot de yo,uo9£T£tv, qui signifie proprement inslituer avec une l)uisgance souveraine telle qu'elle est nécessaire pour rinstitutio» des sacrements. Ils emploient aussi celui de TrafaStSévat, qui n'a pas la même force, surtout lorsqu'on parle des apôtres et de l'Église, puisqu'alors il signifie donner, apprendre, transmettre ce qu'on a reçu; et c'estce que les Grecs ont dit des apôlres et tic l'Église, quand on trouve dans leurs écrits TtacsSw-