CHAPITRE \III
Examen de quelques autres objections contre la créance des Grecs louchant les sept sacrements.
Allalius , dont les travaux méritent assurément beaucoup de louanges, et qui a rendu de grands services à l'Église, mais qui a souvent jugé avec trop de prévention de la discipline orientale, se forme une objection que nous examinerons la première. C'est
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que S. Denis qu'il suppose être l'Ar^opagite, ayant traité exprès des sacrements dans son livre de la Hiérarchie ecclésiastique, n'a pas parlé de quelques-uns, et qu'il a, ce semble, mis au nombre des sacrements la profession monastique, et quelques autres cérémonies qui no sont pas de ce genre, comme les prières pour les morts, il vient d'abord dans l'esprit que celle difficulté ne mérite pas qu'on s'y arrête ; parce que depuis qu'Allatius publia son livre du Consentement des églises, de très -habiles théologiens ont tellement éclairci la question qui regarde les ouvrages de S. Denis, que personne n'oserait plus les citer. Mais cette réponse serait inutile, non seulement parce que les Grecs et tous les Orientaux les considèrent e:icore comme ayant été composés par ce disciple des apôtres; mais aussi parce que, quoiqu'ils ne soient pas de lui, on ne peut pas douter néanmoins que leur antiquité ne soit au moins du sixième siècle, parce qu'ils furent cités en 533, dans une conférence tenueà Constantinople entre les catholiques et les monophysilcs sévériens, et reçus depuis :omme tels. (Tom. 4 Conc, p. 1763.)
C'est en elfet cette autorité qu'ont les œuvres de S. Denis, qui a lait que quelques Grecs modernes, entre autres un religieux nommé Job, dont on ne sait pas l'âge, et Théodore Studite dans une lettre citée par Allatius, ne comptent que six mystères ou sacrements, dont les deux derniers sont la profession de la vie monastique et les cérémonies qui se font pour les fidèles trépassés; le dernier cile S. Denis. Arcudius avait vu ce traité de Job, et en forme une objection d'autant plus forte, que d'autres assez modernes, comme Damascène Studite dans ses homélies, semblent aussi meure la profession monastique au nombre des sacrements; mais comme il ne parle pas de la pénitence, Arcudius (de Conc, 1. 1 ) croit qu'il l'a comprise sous ce nom comme plus parfait, et qui signifie l'action la plus solennelle de la pénitence.
Il n'est pas nécessaire de chercher des moyens de concilier S. Denis avec les autres Grecs, (lui le citent tous, sans qu'aucun se soit aperçu de la difficulté for- " mée par Allatius. Ils ont apparemment compris que cet auteur n'avait aucun dessein d'expliquer tous les sacrements de rÉglise, mais seulement les fonctions liièrarchiques. S'il parle du baptême sans parler de la confirmation, c'est que dans l'église grecque il est toujours joint à la chrismation; et quoique selon le rit grec elle se lasse par les prêtres, cependant le chrême n'est consacré que par les évoques ; ce qui fait que, par rapport à cette cérémonie, le baptême est regardé comme une fonciion liiérarchique. Il en est i peu prés de même de la profession religieuse, puisqu'elle ' s'est souvent faite entre les mains des évêques, qui sont les premiers ministres de tous les sacrements, et nécessaires pour la seule ordination.
De plus, comme il a été remarqué ci-devant, le mot de /xuîTv-piov employé dans les livres de la Hiérarchie ecclésiastique, n'a pas une signification si restreinte que celui de sacrement, pour signifier ceux de la nou-
velle loi. Si ces ailleurs qui onl cm suivre l'aulorilC lie S. Denis Tonl eiilendu aulremonl, ils se sonl trompés, cl leur aulorilé csl fort inlérieurc à celle de Siméon di! Tlicssaloniqnc, puisqu'il est suivi par lous les Grecs en ce (jn'il dit des sacrements, el que les autres sonl pew connus, outre qu'ils onl parlé plnlôl en orateurs qu'en ilié()lo!;iens. 11 fournit luiniénie une répouse à ce qu'on objecte du moine Job, qui met la profession monastique parmi les s.icremenls ; car il dit ( c. 52, p. 70 ^ que datis la pénitence est compris le trcs-siiint habit des moines, qu'on appelle aussi angélicjue, parce qu'il imite la cliustelé, la pauvreté, les Injmnes, tes prières, l'obéissance et la pureté des anges. On l'appelle aussi l'habit de pénitence, parce qu'il est lugubre, humble el simj.le, etc., ce qu'il ex|ilique assez au long dans tout le cliapitre 52 de S(ui ouvrage.
Allatius prétend que les auteurs qui onl mis la profession monastique au nombre dos sacrements ont donné lieu à d'autres erreurs, puisqu'il se trouve que quelques-uns l'ont comparée au baptême. 11 cile sur cela Théodore Sludite dans sou Testament, Nil-le- Jeune, el mêmeSiméon de Tiiessalonique. Mais il est aisé de comprendre que toules ces expressions sont iiiélaplioriques, comme celles de Siméon, quand il dit que celui qui fait cette profession reçoit vn second baptême, qu'il est purgé de lous ses péchés, et qu'il est fait enfant de lumière. On entend facilement qu'il n'a voulu rien dire autre chose, sinon que celui qui par ses dérèglements avait perdu l'innocence baptismale, expiait ses péchés par la pénitence, principalenienl par celle à laquelle il s'ciigageait en cud)rassanl la vie monastique C'est dans le même sens que la pénitence est appelée aussi un nouveau baptême, un baptême de larmes ; mais cela ne signifie pas qu'on allribuc à la péuiteuce, même considérée comme sacrement, une véritable régénération.
Ce que remarque ensuite Allatius, comme une preuve qu'il joint à divers extraits qu'il rapporte de celle ressemblance trop exagérée par les Grecs entre la profession monastapie et le baplême , est (lue les Grecs changent de nom husqu'ils prennent l'habit de religion ; qu'ils le faisaient (1) pour l'égaler au baptême en changeant de nom comme dans une nouvelle régénération , afin d'y renoncer comme à tout le reste, ce qui pourrait signilier qu'ils renonceraient ?ussi à leur baptême, il ne faut pas s'éionner si les Grecs sont si opiniâtres dans le schisme, puisque rien ne les éloigne davantage (jue des censures aussi ir.jusles de leurs céiémonies les plus indillërenles, et qui sonl conformes aux pratiques de l'Église latine. Si quelqu'un voulait se donner la peine de ramasser tout ce lui se trouve dans les livres des religieux, particulièrement des meudiauls louehanl la sainteté de leur habit, cl toutes les signilieaiions mystiques que lui donnent des écrivains trcs-res|)eclables , pour ne pas
(1) Et ut maçiis ac magis divino lavacro oxa^qnarenl, quasi in uovâ regeuerali.mc numina eiiam immulabani, ut quemadmodùm aliis, ita nomini insj renuntiareni (AlUa., col. 12G9).
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parler de ceux qui , par trop de zèle pour leur iiisîitul, ont im peu outré la matière , tout ce que les Grecs onl dit de plus fort sur l'habit monastique n'eu approcherait pas. On ne trouvera pas qu'ils aient promis le salut éternel à tous ceux qui le prendraient, même sans faire aucunes œuvres de pénitence presciiies par la règle; qu'ils aient étendu cette promesse jusqu'à ceux (|ui sans prendre cet liabil eu porteraient quelque petite marque ; ce que néanmoins plusieurs religieux ont dit parmi nous dans des temps d'ignorance, ce qui avait introduit divers abus aux(|uels on a remédié. On ne les a pas pour cela traités d'hérétiques, et on n'a trouvé (jue des coniroversites pitoyables qui aient osé attribuer à l'Église catholique les pensées de quelques particuliers. A plus forte raison, Allatius ne devait pas imputer aux Grecs ime hérésie aussi grossière que celle d'égaler la profession monastique au baptême, el cela sur des prpuves aussi faibles et aussi équivoques que celles qu'il produit, puisqu'il n'y a rien dans les paroles de Sinié(ni de Tiiessalonique qui puisse recevoir un mauvais sens; d'autant plus qu'il s'explique tiès-clairement sur le baplême, el qu'en parlant de la pénitence il dit que la profession monastique en est une partie ou une espèce.
Il n'y a pas moins d'injustice à vouloir chercher des preuves de celle accusation contre les Grecs dans la pratique qu'ils ont de changer de nom lor>.qu'ils entrent en religion, comme s'ils renonçaient à celui qu'ils onl reçu au bapléine. C'est au monde qu'ils renoncent , et non pas au baptême , où l'imposition du nom ne fait pas partie du sacrement, et elle n'a rien de sacré ; même il n'en est fait aucune mention dans les Rituels grecs et orientaux. Comment Allatius pouvail-il ignorer que cet usage est très-ordinaire I)armi nos religieux , doiii plusieurs encore changent de nom lorsqu'ils entrent en religion , sans qu'on les accuse de renoncer à leur baplême, non plus que ceux qui en prennent un second à la confirmation , ou des cardinaux qui, étant élus papes, changent le leur , comme ont fait aussi plusieurs évèques et patriarches en Orient.
C'est avec raison qu'il condamne l'opinion exlravagaute de ceux que réfute Théodore Sudile, qui croyaient qu'un religieux qui prenait l'habit avait, par cette acticm seule, le prixilége de délivrer de l'enfer cent cinquante damnés. Ou ne voit pas que celle erreur fût fort répandue ; et quand qut Iques particuliers l'auraient eue, on ne la peut imputer à l'église grecque. Enfin ce qu'ajoute Allatius, que ceux qui baptisaient les morts pouvaient avoir tiré celle mauvaise pratique de quelque opinion semblable , n'a rien ,!e commun à la matière que nous traitons, et est entièrement insoutenable ; car cet abus , tiré d'un passage de S. Paul mal entendu, est loui diiïéient, et n'a aticim rapport avec celle opinion de l'efficace de la profession monastique jusqu'à sauver les damnés. Il ne faut pas non plus condamner le zèle de quelques Grecs dont il cile les exemples , qui vouluienl mourir dans l'Labil monastique. L'Église a accordé la péniience, et
même la réconciliation aux plus grands pécheurs dans rexiréniilé de leur vie, el leur imposait aiilrefois les peines canoniques, qu'ils étaient obligés d'accomplir s'ils revenaient en sanlé. La profession monastique, qui est un étal de pénitence continuelle, ayant succédé en plusieurs pays à la pénitence publique, a été accordée avec riialiità ceux qui la demandaient, parmi lesquels on trouve des rois et d'autres princes, en Occident comme en Orient. Celait donc une profession publique de pénitence, dans laquelle au moins le malade voulait mourir , eu cas que Dieu ne lui accordât pas la g'iérison, et qu'il était obligé d'accomplir s'il guérissait. Cela ne prouvait pas que ceux qui la faisaient crussent que celle seule priNC d'iiabit remît les péchés comme le baptême, et c'est à quoi les Grecs n'ont jamais pensé. S'ils nous reprocliaient la dévotion qui règne en divers pays, de se faire d niier l'habit monastique après sa moit, ils auraient encore plus de raison que n'en a eu Allatiiis de tirer de leur pratique des conséquences aussi odieuses el aussi contraires à leur doctrine. La seule lettre de Michel Glycas, (ju'il a insëiéoà la lin du même chapitre (col. 1280), suflit pour résoudre tout ce qui pourrait resler de difliculiés, puisqu'il reconnaît que la |)rofession monaslique est un état de |iénitence el un baptême laborieux qui ne 1 eniel pas les péchés, sinon par les bonnes œuvres qui doivent être jiratiquées par ceux qui se consacrent solennellement à Dieu.
Allatius exantine ensuite la diflicullé qu'il s'était formée de ce que , dans le livre de la Hiérarchie ecclësiasti(|ne , les prières el les autres cérémonies qui se pratiquent à l'égard de ceux qui meurent dans la communion de l'Église, sont mises au nombre des mystères, el il en donne quelques raisons peu vraisemblables dans lesquelles il y a jibis de subtilité ([ue de solidité. L'auteur de la Hiérarchie peut avoir appelé mystère cet oKice funèbre, parce qu'il se fait avec plusieurs cérémonies sacrées, et qu'on y célèbre la Lilurt'.ie non seulcii eut une fois, mais plusieurs jours de suite. Mais on ne peut prouver qu'il ail prétendu que ce lui un sacrement évangélique, puisque le mtm de mystère a une signification beaucoup plus étendue, el il n'e^t pas parlé dans tout le livre de celle (iont il est question. Les Grecs, quelque respect qu'ils aient pour cet auteur, n'ont jamais mis celle cérémonie au nombre des sacrements ; cl on ne trouve pas qu'ils aient pensé à cette objection que leur fait Allatius. Il s'ensuiî donc qu'ils l'ont entendu d'une autre manière qu'il ne prétend, et cela suflit ; car il serait inutile de peidre des paroles à prouver que les morts ne sont pas capables de recevoir les sacrements , après les canons des conciles qui délèndenl de leur donner i'Eucharislie el le baptême. Cet abus est condamné par le canon dix-huitième des conciles d'Afrique et le sixième du troisième concile de Carthage; S. Epipliane el S. C.hrysoslôme le condamnent dans les cérinlhiens, les marcionites et d'aulres hérétiques. On ne peut donc pas supposer que les morts fussent plus capables de ce prétendu sacrement inconnu
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h toute l'anlifiuilé, i)iiisqu'ils ne pouvaient recevoir les autres.
Aussi on ne trouvera pas que parmi tant d'erreurs, qu'on a alliibuées aux Grecs , quelque auteur ail fait mention de celle-là; el il est étonnant ^u'Allitius, si versé dans la lecture de leurs livres, en ait pii parler aussi sérieusement qu'il a fait, puisipie ("-ancns même ne la leur a pas objectée. Nous ne croyons pas nous devoir arrêter à ce (|ue dit raulenr des Momtmcntt pour faire valoir le témoignage de ce Vénitien, s'appuyantde l'autorité de l'Histoire cri; ique qu'il a copiée en plusieurs endroits ordinairement sans l'en'.endre. Caucus a dit que les Grecs ne reconnaissaient pas la confirmation el l'exlrême-onction : l'auteur des il/oiminerils conclut de là qu'ils n'ont que deux sacrements, parce que Cyrille l'a dit dans sa Confession. Allatius a réfuté Caucus tics-foriement , et on ne voit pas quelle raison a eu l'auteur de l'Histoire critique (c. 1, p. 10, 20) de le déléiidre, même en rendant Allatius suspect d'avoir cht-iclié à plaire au pape Urbain VIII, qui avait dessein de réunir les Grecs avec l'Église romaine par des voies d'adoucissement, et de n'avoir pas toujours gardé les règles de la modération dans leur défense. Oi verra dans la suite que la plupart des erreurs et des abus (juc Caucus reproche aux Grecs sont fondés sur une grande ignorance de la théologie ancienne el de leur discipline. Allitius a si peu ménagé les Grecs , qu'il leur a reproché beaucoup d'erreurs qu'ils n'oni point, entre autres celles qui regardent la dispute touchant l'invocation du Saint-Esprit , celles que nous venons d'examiner , el quelpics autres. II ne pouvait pas réfuter Caucus pour faire sa cour à Urbain VllI , dans un li\re imprime seulement en 1648, quatre ans après la mort de ce pnpe, qui a toujours en de bons desseins p;iui' favoriser les Giccs; mais personne n'a jamais ouï p;irler de ces voies d'adoucissenunl. Ce n'est pas défemlre Caucus, (pie d'accorder que l.'s Grecs croient qu'une |)arlie des sacrements a été insliluée par l'Église, c'est trahir la vérité ; d'aulanl plus que, comme mus croyons l'avoir montré, Jéiémie n'a rien dit de semblable, el que tous les Grecs disent le contraire. Ce que l'auteur dit aussi, que les Grecs sa sont conformes à la théologie des Latins, de la manière dont il l'expliriue, donne lieu aux proleslanls de croire qu'avec les termes tliéologiques ils ont reçu des dogmes qui leur étaient inconnus, ce que nous avons suflisaminenl réfuté ailleurs. Mais oulre que cela signifie seulement que dans les points sur lesquels nous sommes d'accord, les termes mêmes scolasliques leur ont paru si orthodoxes qu'ils les ont adoplés, il y a de leurs auicurs desquels on ne peut dire li même chose. Car Siméon de Thcssaloni- i que, qui est leur grand théologien, ne s'en sert près j que point, cl les ptroles de Syrigus , rapportée... j ci-dessus, prouvent assez qu'il ne les croyait pas né- j cessaires paur explupier la foi de son église. Que le, I protestants ne prétendent donc pas que ["Histoire critique et d(! semblables traités aient d'autorité parmi nous sur ces matières, sinon à proportion de la solifVingt'lroiê.J
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