‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 206 sur 323 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Que tous les chrétiens orientaux croient la nécessité absolue du baptême, comme elle est enseignée dans VÉglise catholique. \

La créance de la nécessité absolue du baptême , I n'est pas moins reçue dans toutes les communions orientales, orthodoxes, scbismatiqnes ou hérétiques, que parmi 1 s Grecs. Il n'y a jamais eu surcei article aucune disp.fte entre les différentes sectes qui ont partagé l'Orient : et c'est ce que remarquent les théologiens melchiles , jacobiles et nestoriens , qui ont écrit des hérésies. Paul de Séide, Pierre de Melicha , Ebnassal , Abulbircat et les autres , disent que tous les chrélieus s'accordent sur ce qui concerne le baptême. Tous ont toujours entendu les paroles de Jésus-Christ, nisi quis renatus fnerit ex aquâ et Spiritu sancto non potest introire in regnuni Dei , de même que les Grecs et les Latins. La distinction du royaume de Dieu, et du royaume des deux leur est inconnue ; de sorte que , comme il a été observé que plusieurs Grecs anciens el modernes citent indifféremment ces paroles de Jésns-Chrisi selon les deux différentes leçons, les Orienlanx les citent de même. C'est ce qu'on entendra mieux par les passages de leurs théologiens.

Ebnassal , théologien jacobite des plus fameux parmi les Égyptiens , dans son ouvrage qui a pour lilre, Abrégé des principes ou des fondements de ta foi ( part. 2, chap. 24, MS. arab.), en parle de cette manière : Le biptême est un précepte général pour tous let fidèles, donné à tous, Itommes et femmes , grands el petits ; car cest la régénération spirituelle , sans laquelle aucun chrétien 7i entrera dans te royaume de Dieu, et sans laquelle même on ne peut être chrétien , puisque le Seigneur a dit à Nicodème : i Si quelqu'un n'est pas régénéré de l'eau , i etc. Un antre de même surnom, frère du premier, el qui a fait une collection de canons en arabe fort connue et estiuiée, dans le chapitre % dit la même chose , citant les paroles de S. Jean , que Denis Barsalibi , les commentaires arabes et antres , ex|)liquent de la nécessité du baptême.

Ferge-allah Echmimi, c'est-h-dire natif de la ville d'Echmim ou Ikmim en Thébaïde, plus ancien que les deux auteurs précédents, a fait aussi une collection de canons ass'z ample, et autant exacte qu'on la peut faire siu- des traductions arabes. Pans le chapitre 5, il parle ainsi du baptême : Le baptême est nécessaire à un cliacun, N otre-Seigneur Jésus-Christ ayakl dit: € Si quelqu'un ne renaît pas de l'eau et de l'es» prit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. C'est ce qui nous oblige à apporter un grand soin poî^ te recevoir ; et lorsqu'il arrive que quelqu'un est en yiril de mort, et quon ne le peut di/j'érer, c'est alors qu'il faut faire tous ses efforts a/in de l'obtenir. Noug pcu'

Tilt LIV. II. DU BAPTÊME ET

vous le différer quelquefois, lorsque les enfants sont dans une santé parfaite, et qu'elle liesl troublée par aucun accident de maladie ; car alors la coutume est ouVh attende quarante jours à baptiser les vnfants vlà>^i, et quatre vingts pour l'autre sexe. Mais s'il survient quelque maladie ou qu'on en ail le moindre indice , il faut proniptement baptiser les enfants, de peur qu'il n'arrive quelque chose de pis. Le canon , c'osl-àdire, la discipline ecclésiastique ordonne qu'on diffère te baptême jusqu'à ce que ta mrre soit purifiée dn tang de ses couches. Mais si l'enfant est en péril, il faut qu'il soit porté à l'église par une autre que par sa mère, et le baptiser avant qu'il meure, quand il mourrait

dans une heure // faut donc que les fidèles aient un

grand soin de faire recevoir le baptême à leurs enfants , de crainte que la mort ne les prévienne, et que Dieu ne perde les itns et les autres. Car puisque la loi et le juçjement des sages ordonnent que celui qui a offensé son prochain souffre ta même peine, celui qui est cause par sa négligence que son fils est mort sans baptême , et quî de celte manière lui a fermé l'entrée du royaume des deux, doit être privé de la sainte Eucharistie , qui est le gage du royaume éternel. Si un enfant meurt avant le quarantième jour, si c'est un mâle, ou avant le quatrevingtième , si c'est une femelle, sans qu'il ait paru le moindre signe de maladie , quoique les parents soient innocents de ce péché, ils doivent néanmoins faire pénitence de leurs autres péchés ; car s'ils n'en avaient pas commis de très griefs, Dieu ne les aurait pas abandonnés de telle manière que leur enfant fût mort sans baptême. S'il y a eu quelque indice de maladie, ils doivent être séparés de la communion à cause de ce péché , soit qu'ils y soient tombés par ignorance, soient qu'ils l'aient commis par désobéissance. S'ils ont différé le baptême au-delà des quarante ou des quatre-vingts jours, et que l'enfant meure sans baptême, il faut mettre les parents en pénitence ; soit que l'enfant se porte bien , soit qu'il se trouve malade, et on ne doit pas les excuser sur leur ignorance. S'ils font voir qu'ils ont fait ce qui dépendait d'eux afin que l'enfant fût baptisé, mais (ju'ils ont trouvé quelque empêchement, par exemple que le prêtre était malade, qu'il a refusé de baptiser l'enfant ou qu'il l'a négligé, lorsque le confesseur aura tout examiné , il leur imposera une pénitence proportionnée à la faute, de peur que Dieu ne le condamne à cette occasion .

On trouve la même discipline établie dans une collection de diverses constitutions ecclésiasti pies, sous le lilrc de Canons impériaux, qui est dans les manuscrits arabes des jacobiles et des melcliiies après les canons de Nicée. Il y est marqué que quand il n'y a aucun péril, le baptême de l'enfant sera remis jusqu'à ce que lu mère $oit purifiée ou relevée de couches : mais que s'il y a le moindre péril, on le porte aussitôt à l'église; et les paroles de Jésus-Ciirist pour la nécessité du baptême sont citées.

Dans uu traité fait en forme de réponses canoniques par Jean, patriarclie jacobite d'Alexandrie, sur Ui question proposée louchant ce qui arrive aux <^n)es

lorsqu'elles se séiiarent de leurs corps, il répond que celle d'un chrétien l'st d'abord présentée à Jésus Christ ; mais que celle d'un homme qui meurt sans être baptisé , est précipitée par les angrs dans les peines éternelles. On demande ensuite, si cela arrive à ceux qui étant morts sans baptême ont fait plusieurs jeûnes, prières el aumônes. Quand même, dit le patriarche, ils surpasseraient Jérémie par l'assiduité de leurs prières. Job par leurs aumônes. Moïse par leurs jeûnes, et Abraham par leur hospitalité, ils seront précipités dans l'enfer. (MS. arab.)

Un auteur égyptien qui peut avoir vécu dans le dixième siècle, a composé uu calécbi.^mc en loraie do dialogue enlre le maître et le disciple. Celui-ci demande pourquoi le baptême est appelé régénération. Le niaîli e répond : Comme tout homme qui naît ressemble à son père selon la nature et selon la substance, et que la racine de lu première naissance corporelle est la concupiscence , il est certain que l'enfant qui naît est coupable de mort, étant semblable à son père selon la natare, et imitant ses actions corporelles, qui sont la concupiscence de la chair, et l'appétit du boire, du manger, du sommeil, des plaisirs charnels et autres semblables. L'esprit ne s'approche point de cette concupiscence, et il ne l'aime point. Dieu nous a donné une vie contraire à cette autre vie corporelle et animale, et son origine ne se tire pas de celte passagère concupiscence , ou de sa source corrompue qui parle aux plaisirs de la chair; mais elle vient de Dieu le Père , dans le Saint-Esprit, par Jésus-Christ , Fils uniijne du Père ; c'est l'ouvrage de la sainte Trinité, et c'est la régénération ( MS. arab. )

Amrou, nestoricn, établit aussi la nécessité du baplcme dans le chapitre 3 de son traité (.MS. arab. Bib. coll. Sé^uicr Yalic). I! dit que c'est la première entrée à la foi, le plus grand de tous les dons que Dieu nous ait faits, le principal et le plus considérable précepte de la nouvelle loi , par lequel il nous est ordonné , en vertu d'une loi universelle, et qui s'étend à tous, sans exception, que nous nous revêtions de la pureté du baptême par l'eau et par l'esprit, dans les maisons de Dieu au nom de Jésus-Christ. Car, coiitinue-t-il, lorsque Dieu forma le premier homme de terre mêlée d'eau, il lui inspira le souffle de vie, et il devint un homme parfait et vivant par l'eau el par l'esprit. L'homme est pareillement formé dans le ventre Je sa mère d'une humeur aqueuse condensée, et par la puissauce de Dieu, l'esprit descend sur aii pour l'aniineti. Comme donc la première vie d'Adam et la première création de l'homme ont été faites par l'eau et par l'esprit, sa naissance sainte a été de même dans la fin des temps, par le nom de Jésus-Christ, qui a dit dans son Évangile : « Celui (|ui ne renaîtra pas de l'eau et de l'esprit n'entrera pas dans le royaume dos eieux. » Élie, métropolitain de Jérusalem, el depuis catholique on patriarche des nesloriins, établit la même doctiine dans son Exposition de la foi. Mais rien ne la confirme davantage que la discipline praliijnée dans touti s les églises d'Orient. L'usage général est de ne pas adrniiiislrer le ba|itème , sinon avec loutes les cérémonies el les prières marquées dans les oflices, qui &out U)H toQ-

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giies, d'autant plus qu'on célcl)ro en liicasc tcmj;s la Liturgie. Il csl ordonné par les canons des jacobites syriens, que si un enfant présenté au baplêmc se trouve en péril, on se serve d'un oriice plus court composé par Jacques d'Édessc, et même qu'on oirietle tout ce qui n'est pas absolument nécessaire pour l'inlégiilé du sacrement. C'est ce qui est marqué dans une collection de canons aral)es de la même église. Siunenfiml nouveliement né csl en péril, il faut le baptiser à r heure même, omellant toutes les cérémonies qui s'observent ordinairement, et la Liturgie; et même il n'est pas nécessaire que le prêtre soit à jeun. Michel, évoque de Meliclia en Égjiite, rapporte la même discipline, comme étant colle de l'egiise coplite, dans ses Réponses canoniques, articles 35 et 36. Elle est aussi expliquée par le pâiriarcbe d'Alexandrie, Cyinllc, fils de Laklak, danS une constitution synodale, publiée l'an 9j6des Martyrs, de Jésus-Christ 1240 : Parce que, dit-il, le baptême est absolument nécessaire à toute sorte de personnes, mâles ou femelles , grands ou peliis , le Seigneur ayant dit : I Si quelqu'un ne renaît de l'eau cl du S;unt- Esprit, il n'entrera pas dans le royaume de Dicti. > Sans le baptême, dit Abuscbnli, auteur d'un traité de la Science ecclésiastique, les enfants sont exclus dû royaume de Dieu , et leurs âmes sont avec les diables dans le fond des abîmes de l'enfer sous le feu élémentaire. (Nomocan. Syr. Coll. can. MS. arab)

Par cette même raison , ces églises ont imposé de rsdes pénitences aux parents et aux prêtres par la négligence desquels les enfants mouraient sans baptême. Dans une ancienne collection de canons pénilentiaux , § 10, le père et la mère doivent jeûner un an au pain et à Veau, et le reste de leur vie, tons les mercredis et vendredis, ce qui est conlirmé par le canon 30 d'ime autre collection des syriens jacobites. Une autre beaucoup plus récente mitigé cetlc pénitence , ordoimant un jeune rigoureux de sept jours pour les parents, qui seront obligés en même temps de nourrir sept pauvres, après quoi on offrira pour eux le sacrifice. Le prêtre dont la négligence a été cause de ce qu^un enfant est mort sans baptême, fera une pareille pénitence; car, dit le même canon, il a commis un très-grand péché, privant du royaume des deux un chrétien pour lequel Jésus-Christ est mort, Cela est expliqué plus amplement dans des réponses canoniques en ces termes: Les Pères ont dit dans le saint concile (et ils entendent apparciïiuieiit celui de Carlhagc inséré dans leurs colleciions), que si un enfant ne reçoit pas le baptême, il n'est pas délivre de fancicnne malédiction. Le prophète David aynn: dit: « J'ai été conçu dans l'iniquité, et ma nléro .m'a enfanté dans le péclié, > a prouvé en mfnie temps quepersonnc n'était délivré du premier péché d'Adam jusqu'à ce qu'il fût descendu dans la fontaine du baptême; C'> ';ue le patriarche Cyrille dit pareillement. Une preuve certaine qui confirme ce qui a été rapporté des sentiments des Orientaux sur la nécessité absolue du baptême, est qu'ils le, donnent sous condition, lorsqu'il y a sujet de douter qu'il n'ait pas été reçu. C'est la pratique ancienne de l'église grecque;

fondée sur le soixante-quinzième canon du concile do Carthage (in Cod. Gr. et in Arab.) qui ordonne que les enfants seront baptisés, lorsqu'on ne trouvera pas des témoins sûrs qui prouvent qu'ils l'aient éié, cl qu'ils ne pourront répondre eux-mêmes à cause de leur bas âge. Celle discipline est confirmée par le can!)n quaire-vingl-qualrième du concile in Trullû, et par les réponses synodales de Luc, patiiarehe de Constantinople , sous Manuel Comnène (Jnr. Orient. I. 5, p. 220; Blaslar. 1. 8, p. 42). Il y fut résolu que les enfanis des chrétiens qui avaient été enlevés par les Scythes et les Agaréniens, et rachetés par les Grecs, devaient être baptisés, parce qu'on ne savait pas s'ils Tavaicnt été dans leur enfance, qu'ils l'ignoraicnl eux-mêmes , el qu'il ne se trouvait point de témoins qui assurassent le contraire ; qu'à l'égard des enfants qui étaient enlevés de pays infidèles, il les fallait bapliser sans aucune dislinclion, à moins qu'il ne se trouvât des témoignages qu'ils avaient été baptisés depuis leur enlèvement. Les Syriens, mclchiles, ncsloriens ou jacobites, les Cophtes, el généralemeni tous les chrétiens orientaux, ont dans leurs collections ce canon du concile de Carlhagc, qui a parmi eux force de loi. En conséquence, ils baptisent sou9 condition ceux du baptême desquels on n'a aucune cerlilude : et voici ce qui est ordonné sur ce suje» dans le Nomocanoii des Syriens jacobites (Abulfarag. Nomoc. Syr. MS.) : S'il se trouve quelqu'un duquel an ignore s'il est baptisé ou non , il faut que le prêtre If laptise en disant ces paroles : Un tel est baptisé s'il ne l'a pas déjà élé, au nom du Père, et du Fils, el du Saiiil- Esprit. Car S. Cyrille baptisa aitisi deux enfants d'une fenane qui les lui présenta, sans savoir lequel des deux avait été bapli-'é, en disant : Celui qui n'a pas élé baptisé csl baptisé au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Ou pourrait joindre plusieurs autres témoignages à ceux qui viennent d'être rapportés, si leur autorité n'ét;!il pas incontestable, cl confirmée par les offices publics pour l'administration du baplcmë, où les paroles de l'inslilution de ce sacrement sont rapportées selon le sens de l'Éi^lise caliioliquc, pour la nécessité et l'efficace du b.iptême. Il ne faut pas y chercher, non plus que dans les ecrils do leurs ihéologieiis , la diiclrine des calvinistes touchant refTet rétroactif que ces derniers donnent au baptême pour la rémission des péchés commis après l'avoir reçu, ni en ce qu'ils le réduisent à là simple qualité de sceau de la foi, par où ils eu détruisent la nécessité et l'efficace. On n'avait jamais entendu dans l'Église rien de pareil avant les premiers réformateurs; ainsi il n'était pas possible que les Orientaux en eussent la moindre connaissance.

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