CHAPITRE IIL
Objections qu'on peut faire contre ce qui a été dit de la créance des Orientaux sur la nécessité du baptême.
On objectera contre ce qui a été établi ci dessus loucnant la créance des Orientaux sur la nécessite
absolue du baptême , les léinoignages de quelques auteurs ou de voyageurs, surtout de Tlion»as à Jésu, qui, parlant des Cophtes ou Égyptiens, dit qu'ils ne reconnaissent pas ce sacroineiilcoinine valide, s'il est administré par un autre que par un prêtre, et dans l'églisCj quand même celui ijui doit être baptisé serait dans un pressant péril do mort, ou si c'est avant le quaMiitièmo jour; et que cette coutume s'observe avec une telle rigueur, particulièrement dans la Tiicbaïde, qu'on y laisse mourir les enfants sans baptême ( Tliomas à Jésu, liv. 7, c. 5). Wanslèbe (Descript, d'Egypte) en dit presque autant , et il ajoute qu'en cas d'une extrême nécessité, ils font des onctions de l'huile sainte sur les enfants au lieu de baptême.
L'autorité de Thomas à Jésu est très-médiocre, et celle de Wanslèbe encore plus. On ne doit pas s'éKinner que dans un pays où les clnéliens gémissent depuis tant de siècles sons la tyrannie des barliares, il se soit introduit plusieurs abus. Ils se répandent avec le temps dans les églises les plus llorissantes, si la vigilance des pasteurs n'en arrête le progrès : à plus forte raison ils peuvent se glisser [•armi ces peuples. Mais il est certain que si cet abus a eu lieu quelque part, c'était contre les ordonnances des patriarches et les canons reçus dans l'église cophte que nous avons rapportés , et qui sont communs à toutes les communions orientales. C'est sur de pareilles règles qu'on doit juger de la foi et de la discipline des églises, non pas sur ce que des prêtres et des laïques ignorants peuvent pratiquer au contraire.
On cite aussi la relation de Zagazabo, prêtre éthiopien venu en Portugal, tirée des conversations qu'eut avec lui Damien de Goez, qui la publia en latin. Zagazabo disait que les enfants des chrétiens étaient sanctifiés dans le ventre de leurs mères par l'Euchairislîe qu'elles recevaient, ce qui les rendait dertiicliréliens (Demnrib. JElhiop.). C'était là une pensée pieuse de cet Éthiopien, qui n'empêchait pas que les canoivs des anciens conciles toucha.'it la nécessité du baplêtne et les constitutions patriarcales ne fuèsent reçues dans cette église; et elles se trouvent dans la collection faite par ordre du roi Zara-Jaeob, qui est authentique parmi les Éthiopiens (in Bibl. n;edic.).l)e jjUis, comme il a été dit ailleurs, l'église d'Ethiopie est dans une telle dépci;dancc de celle des jàcobites d'Alexandrie, que lorsqu'on trouve quelque pratique ou opinion contraire parmi les Élhiopieas, on les doit U'garder comme une erreur ou comme un abus. Or on a assez prouvé que l'église d'Alexandrie croyait la nécessi'.c absolue du baptême, pour laisser hors ùc doute (pie celle d'Ethiopie la doit crinie pareitlenienl. Quand même les Élhiopicné auraient cru cninmuuément cette sanciilicalion des enfants dts ctirétieiis, tine pareille erreur n'a rien de corfi^ hdni avec rctpihion des protestants, qui aKfibuent cette sanctification à la foi des parents, et à l'alliance (ïàiis laquelle les etifams doivent être compris. Au contraire elle détruit entièrement l'opinion des cal-
vinisles sur l'Euebaristie, comme on l'a fait voir ailleurs (plus haut, dans ce même vol., l"part.).
Il Cbl pareillement faux que les Copines regardent comme nul le baptême qui n'e.t pas admiidstré par un prêtre ; il en est le ministre ordinaire ; mais ils reconnaissent qu'en cas de nécessité chacun peut l'administrer. On trouve dans les Vies des palriarcheg d'Alexandrie, écrites par Sévère, évêque d'Ascbmonin, qu'une femme chrétienne étant sur mer, dans une grande tempête, phtngea dans la mer, de peur qu'ils ne mourussent sans baptême, doux de ses enfants qui étaient avec elle : qu'ensuite elle les présenta à Pierrc-le-Martyr pour être biptisés avec d'autres ; mais que l'eau (jiii était dans les fonts baptismaux s'endurcit, et qu'on connut par ce miracle qu'ils étaient véritablement baptisés. On trouve cette histoire citée eu quelques collections de canons, comme une preuve qu'il ne faut pas réitérer le baptême, quand il aurait été administré par un laïque, et même par une femme. Mais il n'y a pas un seul canon ancien ou du UK-yen âge par lequel il soit ordonné qu'en pareil cas on doive le réitérer.
A cette occasion il ne sera pas inutile de faire une remarque sur les canons qui se trouvent dans les églises orientales ; et elle est d'autant plus nécessaire que celle matière n'a jamais été éclaircie. il y en a de plusieurs sortes : les premiers sont ceux de l'ancienne Église, des conciles généraux et particuliers, qui se trouvent insérés dans le code de 1 Eglise universelle; à quoi il faut ajouter les Canons des ai'.ôtres, et quelqitis autres formés des Constitutions aposl(diqii('S, auxquels ils donnent divers titres. Ils ont ensuite plusieurs constitutions des patriarches, qui ordinairement ont été faites dans des synodes. Les Malioniflans ont rarement permis que les patriarches en assemblassent d'extraordinaires, suivant les besoins de leurs églises ; mais à chaque élection des patriarches jacobites d'Alexandrie et d'Antioehe, de même que dans celles des nestoricns, les évêques avaient permission de s'assembler; c'était pour élire un successeur au dernier mort; et, avant que de le sacrer, ou en même temps que se faisaient les cérémonies du sacre, ils examinaient synodalemenl ce qui avait rapport aux affaires de l'église , et ils dressaient de nouvelles ordonnances jjour l'él'ormer les abus et pour rétablir la discipline. Le nouveau pairiarclic était oijiigé de les confirmer, et de promettre qu'il les observerait. C'e.^l ce qui a produit dans le moyen âge plusieurs conslilulions synodales, et elles ont une grande autorité daiis les églises où elles ont été faites.
Les cuiions du troisième genre sont moins aulhenliquis, et ils se subdivisent en deux espèces différentes ; car il y en a qui, étant drcssé-s par (pielquos évoques qui avaient eu une gr;mde réputation dans lem'j églises, pour leur oajiacilé, ont acquis autant de forc^ que de véritables canons, et sont souvent cités coiruns sels. Ainsi parnu lesCiophtos, les réponses canoniques de Vincent^ évêquedelvcii, qui est rancicnnc Coptos,
celles d'AlIianase, évêque de Cus, de Sévère, évèque d'Asclirnoiiiii , el diverses autres foiil autorllé, de iiième que parmi les jacobitcs Syriens, celles de Jacques d"Édesse. do Denis Barsalibi, évê-jne d'Aniid, de Grégoire Ai^ulfarage. cl de ([uelques-uns plus anciens doiil ils raiiporleut les décisions.
Enfin il se irouvo dans les manuscrits plusieurs règles de discipline , souvent sans nom d'autour, ou avec des litres supposés , qui n'ont d'aulorilé qu'autant qu'elles sont conformes aux premières , qui s'accordent touiivjn avec les anciennes règles de l'Église, au liea que les autres s'en écartent quelquefois.
Il se trouvera donc des canons ou des réponses canoniques qui déclarent nul le baplême administré par un laïque ou par une femme, et qui ordonnent que celui qui sera ainsi baptisé le sera de nouveau, de nième que s'il ne l'avaii pas été. Mais ce ne sera pas de ces canons de la première ou de la seconde classe, ce sera de ceux de la dernière. Ce qui a Irompé ceux qui ont ré.iigé ces décisions est qu'ils onl trouvé plusicms canons anciens el du moyen âge, par lesquels il est défendu aux laïques et aux femmes de baptiser, ce qui osl conforme à la discipline de tous les siècles. L'Église laiine et l'éijlise grecque ont les mêmes canons, mais ils cxcej.tenl les cas de nécessité absolue, de même que font le> Orientaux, el c'est à quoi les auteurs de ces canons de la dernière espèce n'ont pas fait atlenlion.
Enfin quand cet abus, que Thomas à Jésu relève avec tanl de t-évérité, aurait eu généralement lieu parmi les Copines, il s'ensuivrait que la discipline a élé alléiée par la négligence des prêlres, mais non pas qu'elle supposât une erreur fondamenialc contre la nécessiié du sacrement, send)lable b celle qui fait que les calvinistes négligent de radm-msVîcr à leurs enfants en péril de mort. Car ceux-ci ne croient pas que pour cda les cnfanls soient exclus du royaume de Dieu, c'est-à-dire, du royaume des cicux; et les Orientaux le croient. 11 n'y a point de punition pour un ministre par la négligence duquel un cnfint meurt sans bajiléme, ni pour les parents; el les Orientaux les punissent sévèrement. On ne trouve rien de prescrit parmi les calvinistes qui doive êlre observé lorsque ce niallidiir arrive; el les Orientaux, outre les précautions établies par les canons généraux et particuliers, pour empêcher autant qu'il est |)ossibIe que les enfants ne meurent sans baplême, ont poussé ce soin quelquefois ?u-delà des bornes. C'esl ce qui engage à un éclaircissement sur ce qu'ont écrit quelques auteurs, qii'ils suppléaient le baplême en ces occasionslà en Caisant des onctions sm- ronfanl mort sans avoir élé baptisé; et Wanslèbe assure qu'il l'avait vu pratiquer en Egypte, quoiqu'il y ait des raisons assez ("(u les pouj croire qu'il s'est Irompé en cela, comme en plusieurs autres points, faute d'avoir su la discipline ecclésiastique.
11 est certain par les preuves qui ont été rapportées 01 -devant que les Cophles , aussi bien nou les autres
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chrétiens orientaux, croient la nécessité absolue du baplême; qu'ils en regardent l'omission ou te délai comme un péclié qui est puni par une pÂnitcoce rigoureuse; qu'ils punissent encore plus sévèrement ceux qui laissent mourir un enlant sans baplême, et que la raison de celle sévérité est qu'ils croient que cet enfant périt élernellemenl. Ces propositions sont incontestables , cl si les témoignages des auteurs qui ont été cités ne suffisaient pas, il ne serait pas dinicile d'en produire un bien plus grand nombre. Or ce» points de doctrine et de discipline sont directement opposés à ce que Thomas à Jésu et Wanslèbe oiH rapporté. Ce sera donc , s'ils ont dit vrai , que la discipline a élé changée , ou qu'il s'esi introduit un abus contraire aux règles anciennes, et même à celles qui ont élé toujours pratiquées dans les églises dont ils parlent. Nous avons des constitution.s patriarcales du treizième el du quatorzième siècle, qui sont entièrement conformes aux plus anciennes, et nous n'eu connaissons aucune qui ait établi le moindre cliangement. Il faut donc que ce qu'on peut avoir introduit au préjudice de l'usage primiiif fondé sur les lois ecclésiastiques , qui n'ont jamais élé abrogées, soit un abus dont on ne doit pas tirer de conséquence.
On reconnaîtra le fondement de celle conjecture par un passage d'une collection assez récente de plusieurs points de discipline qui regardent le baptême. Voici les paroles : S'il arrive que peitdonl que le prclre baptise un enfant, il le laisse tomber ilcms les fonts baptismaux, en sorte que Cenfanl soit suffoqué, il ne fera pas sur lui l'onction en forme de croix avec le sainl chrême, el il ne lui donnera pas la communion du saint corps et du sang précieux, mais il l'enveloppera dans la robe qu'on donne aux enfants lorsqu'on les lève des fonts baptismaux. Il ne le lavera pas, mais il priera pour lui comme on prie pour les autres fidèles; les parents de l'enfant jeûneront pour lui rigoureusement durant quinze jours, sans manger rien de gras et sans boire de vin ; mais ils recevront tous les jours la communion du saint corps de Nôtre-Seigneur, et ils feront des aumônes selon leurs facultés, afin de suppléer ce qui manquait à leur enfant, qui nu pus obtenu la perfection du baptême. Car , par leur foi. Dieu achèvera la perfection du baptême de l'enfant, il le revêtira du Saint- Esprit, el il suppléera ce qui y manquait faute d'avoir reçu l'onction du sainl chrême. Le prêtre. Auquel un pareil malheur est arrivé, doit jeûner quinze jours, s'abstenant de toute chose grasse et sans boire de vin; el il pleurera son péché, afin que Dieu lui pardonne les autres dont il est coupable , el ne permette pas qu'il tombe dans un pareil mallieur. Si l'enfant meurt dans le temps qu'on lui administre le baplême, le prêtre fera sur luil'onclion avec l'huile , mais il ne le plongera pas dans les fonli baptismaux ; il ne le lavera pas, il l'enveloppera seulement de la robe ordinaire; il récitera des psaumes pour lui , on Censevelira, et on fera pour lui l'office le troisième jour, et on offrira pour lui le sacrifice dans la foi de ses parents.
C'es4 Kur c«ae discipline ou quelque coutume sem-
blaMe, qti'on n pu croire que l 's Cophios croyaient siipplôor le haplèiite par tics onclii'ns, ol r'esl ce que noiis nvDiis à examiner. Dnns le premier article de celte ciiiisliiiiiion on réponse anonyme, i! n'y a rien qni pnisso appuyer l'opinion que nous combattons, i car ii s';igit d'nn cnfanl qn'on laisse lomlier dans les foîts ) Icin-. d'e.in, avant in'il ail roçn la cin-ismalion, qui étant a:lminisliée en Orient en mêm(> temp'^ que /o b.i|i!cme, est reg.rdée comni:î en laisanl nue partie. Or il est certain (pi'on m; ''administre ipi'après le^ trois immersions, etjiar conséipienl après que renfant est baptisé. Il «si donc (léfindn. selon les paroles qui ont ! été rapportées, de doinier la ciirismaiion et l'Encliaî rislie à celui qui nienrt an milieu de la cérémonie du baptême, lacjuelle n'était pas accomplie, selon l'idée commune de ceux qui ne dislinL'uaierd pas ce qui était essentiel, de ce qui n'appartenait pas au sacrement, : mais qui en était la perleclion ou consommation, c'est- I à-dire les deux sacrements de cnniirmation et de l'Eucharistie qu'on donnait aux nouveaux baptisés. Ainsi, P'jr celte même constitution, il n'y avait pas de doute sur le bapiênie de renfant mort avant que d'avoir reçu la confirmation et rEucliarislie, puiS(|n'on priait, pour lui comme pour les autres fidèles. Mais on regardait comme une faute la négli[,'ence du prêtre, ou de ceux qui avaient été cause de la mort de l'enfiint et de ce qu'il n'avait pas reçu la confirmation et la sainte Eucliarislie. Cette pi ivation n'était pas regardée cojnme capable d'exclure les enfants de la vie éternelle , puisqu'on faisait pour eux les prières ordinaires, ainsi que pour les autres fidèles, c'est à-dire (ja'ils étaient roliardés comme étant morts dans la communion de l'Église. Mais les laisser mourir privés de la grâce qu(î produisent les deux sacrements, qu'ils ne pouvaient recevoir par la faute d'antrui, paraissait un péclié r|ui méritait une rude pénitence.
Ainsi ce premier article de disci|iline n'a rien qui lavorise l'accusation de Tbomas à Jésu et de Wanslèbe contre les Copliies ; l'autre ne peut être excu-é de superstition, ou au moins davoir donne lieu à en introduire une contraire à l'ancienne disciidine , et à celle de l'église coplite; car (|uiconque soit l'auteur des décisions qui ont été rapportées, il ne peut avoir tionvé aucun canon qui permette de faire l'onction de l'huile des catéchumènes sur un enfant mort. Il est encore directement contraire à la discipline de tous les temps et de tons les pays de faire les prières ecclésiasiiiiues, et d'offrir le sacrifice pour ceux qui sont morts sans baptême, pinsi|u'ou ne l'offrait pas pour les catéchumènes, an rang desquels il Sfinblait qu'on 1 s voulait mettre par cettre première onction. Il semble donc que cette nouvelle pratique a été mise en usage sans «ucune autorité des patriarches pour la consolation des parents, en leur faisant espérer que leurs prières, leurs jeûnes et d'autres bonnes œuvres pourraient contribuer au saint de ces enfants. Si cet abus s'est introduit de telle manière qu'il soit aussi commun que l'assure Wanslèbe, il ne faut pas s'en étonner, puisque l'igaoïance et la barbarie en ont produit bien
d'autres. Mais il ne faut pas le regarder comme un point de disci|>line de l'église conlite, puisqu'il n'y est pas moi s eonlnire qu'à celle des é..;lis 'S grecque et latine. Enfin au milieu de cette superstition, il est facile de voir qu'elle n'est fondée que sur l'opinioa d' la néeessitédn baptême, puisque jamais les calvinistes ne se sont mis en peine de suppléer à ce défaut.