CHAPITRE IV
De la matière du baptême selon les Grecs et les On.enluux.
C'est m\Q vérité si connue, que la matière du baptême est de l'eau naturelle , qu'à rcxception de quelques anciens liéréli(ines (pii avaient innové sur cet article, tous les clnéliens en sont demeui es d'accord. C'est ce que marquent tous les auteurs ecclésiastiques, et dans les derniers te.ppsSiméon de Thessaloniqiie, le pitriarclicJérémie, Gabriel h^ Philadelphie, et ce qu'ex|)lique en détail Grégoire protosyncelle. La matière du sacrement de baptême, dit il, est l' eaiinulurelle et simple qui ne doit être mêlée avec aucune autre eau artificielle, 7ii avec aucun aromate , selon que Jésus-CInist notre Seifjmur Ca ordonné ,en disant : « Si quelqu'un n'esi pas régénéié de l'eau et de l'Esprit, il n'entrera pis dans le royaume des cieux. » Il cite ensiiiie plusieurs passages de l'Écriture sainte, où il est fcit mention de l'eau du baptême, et il rend outre cela diverses raisons jiourquoi d'auties liqueurs , comme le vin , l'huile , le laii , ne répondent pas à l'intention de Jésus-Christ, et ne signifient pas l'eilet iuiérieur du sacrement, (|ni est de laver l'Ame de la souillure du péché, conune l'eau lave les ordures du corps.
Syrigus non seulement établit, suivant la doctrine de tous les autres théologiens , que l'eau est ht matière nécessaire du baptême, mai il re|)rochc fortement aux calvinistes qu'ils dé! misent ce sacrement en plusieurs u aniêres , entre autres en ce qu'ils disent que l'eau n'est pas nécessaire, et qu'à son défaut on peut se servir de vin , de lait, de miel et de toute autre matière liquide. C'est uiie découverte qu'on doit à nèze, etqi:i est une conséquence aussi conforme aux principes des calvinistes, fpi'elle est contraire à la pratique et à la doctrine de toute rÉylise orientale et occidentale, (pn)iq(ie pareille précanimn soii fort inutile parmi ceux qui ne croient pas la nécessité absolue du baptême.
Toutes les ég'iscs conviennent donc que la matière essentielle du baptême est Peau naturelle, et il ne se trouve aucune variété sur ce sujet. Cependant quelq-\es auteurs ont écrit (jue les jacobtes , et particidièremenl les Ciqdnes manpiaient les enfants avec \u) ferciiaiul, elqwecela leur tenait lieu de baptême. On ne s'éloimera pas que Rernard de Luxembourg et d'autres , qui vivaient dans les temps d'ignorance , aient écrit de pareilles absurdités , ni que Thomas à Jésu les ait ce iées ; mais il est surprenant que Jean Érouite et Gabriel Sionile aient écrit que les Cophtes voyant qu'il est dit dans l'Évangile, il vous baptisern
PERPÉTUITR DE L\ FOI SLR LES SACREMENTS.
dans le Sainl-Esprit et par le feu, croyaient que Teau élémentaire ne suffisait pas , et que par cette raison ils inar:;iiaieiit sur !e front , sur les joues ou sur les tempos des enfants, le signe de la croix avec un fer ciiaud. Comme on trouve la même chose en d'autreG auteurs qui les ontco|^és, il est bon de dire ce qu'il y a de véritable sur ce sujet.
Rien n'est plus ordinaire parmi les cliréliens orientaux , que d'avoir sur les bras , ou on quoique antre partie du corps , le signe de la croix marq\ié avec un for chaud, et souvent d'une manière p:\rliculiere, qui se pratique encore tous les jours à l'égard de ceux qui font le pèlerinage de la Terre-Sainte, quoique Latins. Ils ont pris cette coutume des Orientaux , qui, pir ce moyeu conservaient un témoignage qu'ils |)ortaient avec eux de celte œuvre de piété, également estimée en Orient et en Occident. L'origine, aulant qu'on peut en jogor, vient de ce que les Mahométans , parliculièreinent depuis les guerres d'outre-mer, ont souvent obligé les dirélicns à porter des marques extérieures de leur religion, ce qui a été ordonné par de bons et par de mauvais princes. Les premiers le faisaient afin que les chrétiens, étant connus par des marques extérieures, ne fussent pas exposés aux insultes des Maiiomélans, et les cvèques n'en étaient pas fâchés , parce que celle distinction empêchait le trop libre coenmerce des chrétiens avec les infidèles , qui ne servait souvent qu'à fiiire des renégats. Ces marques étaient une croix qu'on portait au cou ou sur ses habits; la l'orme et la couleur singulière des bonnets et des vestes , outre quelques autres semblables. Elles varièrent selon la far.laisic des princes, surtout en Egypte, où, depuis l'an tlOl, Amer, calife fatimide, homme superstitieux jusqu'à la folie, et mauvais mahoméian, ne laissa pas de persécuter les chrcliens à cette occasion, les o'niigeant de porter des croix d'une pesanieur extraordinaire. La marque de distinction qui a moins varié a été la ceinture portée par-dessus la veste extérieure , et même elle devint une pratique de piété. Sévère, é^êiine d'Aschmouin, qui vivait dans le neuvième siècle , en a expliqué les significations mystiques dans son traité de lu Pàque , et dasis celui des Exercices dts chréiicits. On ajouta ensuite des prières pour donner la ceinture, parce qu'elle passa pour une marque cerlaine de la profession du christianisme.
Cependant quoique l'histoire mahomélane fournisse un très-grand nombre d'exemples de ce que les califes, les sultans et les vizirs ont oi donné à l'égard des cliréliens, pour les obliger à porter des marques qui les distinguassent, on ne trouve pas qu'on les ait jamais conlrainis à se marquer d'un fer chaud. Celle marque a donc une autre origine, et c'est apparemment celle-ci : Les chrétiens étaient exposes à toute sorte de vexations, dont celle qui les touchait davantage était renlèvement de leurs enfants, tyrannie qu'ils souffrent encore en Turquie, pour les élever malgré eux dans la religion niahomclane. Un moyeu t6x de les délivrer de ce péril élait de les i^iaïquer
dès l'enfance d'une manière qui empêchât les infidèles de les enlever, et le signe de la croix qu'on leur imprimait en quelque endroit du front ou ailleurs, était la plus certaine. C'est ce qui peut avoir introduit cet usage, principalement en Egypte, où il y avait plus à souffrir pour les chrétiens que dans les autres pays; car un sult;m ou un seigneur mahoraétan n'aurait pas voulu avoir devant les yeux un esclave qui eût porté sur son front le signe de notre salut.
Telle est, autant que nous en pouvons juger, l'origine de cette coutume de mar(|uer les enfants avec un fer cliaud ; mais nous n'avons pas trouvé jusqu""» présent le moindre vestige de religion, ou même d'abus et de superstition, qui pût doimer lieu de croire que les Cophtes pratiquassent cela comme une cérémonie qui fit partie du sacrement de bapiéme, ou qui y eût aucun rapport. U y a des prières dans leurs rituels pour donner la ceinture; il y en a pour des actions de piété moindres que cellc-l.à, et même pour d'autres entièrement indifférentes, telles que plusieurs qui sont conservées dans les anciens Sacramentels; car les premiers chrétiens avaient cetle religieuse pratiqise , d'employer les bénédictions et les actions de grâces en toute occasion, afin de ne se servir de ce que Dieu nous a donné pour laconservalion de iiolre vie, qu'après avoir reconnu cpie nous le tenons de sa bonté, et après lui avoir demandé la grâce d'en f;iire un bon usage. Nous ne trouvons ici rien de semblable, et nous n'avons jamais vu aucun canon ni office du baplême, dans lequel il fût fait la moindre mention de cetle pratique. Grégoire Abnlfarage dans son abrégé de la foi expliiiue plusieurs sortes de baptême, et il ne parle point de celui du feu, sinon pour lui donner un sens mystique.
Ce n'est donc pas aux Orientaux qu'il finit attribuer une faute aussi grossière, quoiqu'elle ail été appuyée sur le témoignage de deux maronites savants : c'est à nos anciens auteurs des juels ils l'avaient prise. Car on la trouve rapportée i)ar Jacques de Vilry (1) : Plusieurs d'eux avant le baptême marquetU leurs enfants avec un fer cliaud, leur imprimant une marque svr le front, ou sur les deux joues, ou aux tempes en forme de croix, croyant qu'ils sont expics par ce feu matériel, à cause qu'il est dit de Jésus-Chrisl dans CÈvangile de S. Mullhieu : (Il vous baptisera par le Suint-Esprit et par /eft'M.t II compte celte erreur au nombre de celles des jacobiles, en quoi il a été suivi par quelques contemporains, qui ne doivent avoir aucune autorité sur ees sortes de matières, puisque la plus grande partie de ce qu'ils ont écrit sur les opinions des chrétiens orientaux se trouve entièrement faux.
(1) Plures eorum ante baptismum parvnlos suos cum ferro calido adurenles et signantes in froniibus imprimunl cauterium. Alii aulem ii modum crucis iii ambabus genis seu lemporibus, infantes suos consignant, perverse puiautes eos per ignem materialem expiari, eô quôd in Evangelio IJ-Matthnei scriplum sit ijuôd 13. Joanues Baptisia de Chrislo dixeril : « lp»e vos baptiza!)it in Spiritu sanclo et igné.» Hist. HierO' solym., c. 75.