CHAPITRE XIIÎ
Réflexions sur la doctrine et la discipline des Grecs et des. Orientaux touchant ta confirmation.
Comme le dessein de cet ouvrage n'est pas de faire des dissertations ihéobigiques sur les ariicles que nous examinons, ni d'en i)rouver la vciité contre les protestants, ce qui a été fait suffisamment par de très-habiles théologiens, nous n'entrerons point dans plusieurs questions qui regardent la confirmation , parce qu'elles n'ont aucun rapport à notre sujet. Il nous suffit d'avoir prouvé que les Grecs et tous les autres chrétiens croient comme nous sept sacrements de la nouvelle loi ; qu'ils comptent dans ce nombre celui delà confirmation; et qu'ils appuient cette créance sur des principes lîès-cerlains, dont le principal est, que l'onction sacrée est à l'égard des nouveaux baptisés ce qu'était dans la naissance de l'Église l'imposition des mains des apôtres; qu'on reçoit dans ce sacrement la grâce du Saint-Esprit d'une autre manière, et par des" cérémonies diflërentes ; et que si les effets n'en sont pas sensibles cl miraculeux comme autrefois , ils n'en sont pas moins véritables.
Les protestants font sur cela des objections très-i'rivoles, car il y en a eu plusieurs qui ont entrepris de prouver que les Grecs ne croient pas ce sacrement ; et voici à peu près comme ils s'y prennent : Premièrement, en raisonnant sur les principes du ministre Daillé, qui est leur oracle, ils disent que la confirmation n'a pas été connue dans les premiers siècles comme sacrement, et se servant de tous leurs lieux gonmuias p-r lesquels ils ont renversé la doclripç (|es
sacrcmenb., ils croicnl prouver que la o-onfirmalioi! ne peut pas êlre un sacrement, parce que leurs définirions et leurs axiomes lliéologiques ne lui peuvent convenir. Secondement, ils ramassent des témoignages de nos auteurs qui accusent les Grecs de n'avoir pas la confirnialion, ou qui condamnent les rites suivant lesquels elle est administrée dans la Grèce et dans tout l'Ori-nl. C'est à ces deux chefs que se réduisent presque toutes les objections des prolestants.
On leur répond d'abord que c'est fort inutilement qu'ils se fatiguent à tourner en diverses manières les arguments de Daillé, pour prouver qu'on ne connaissait p.is la confirmation dans les premiers siècles, puisque dès qu'on est convenu, comme il en faut nécessairement convenir, que l'onction sacrée faite au front des nouveaux buplisés était ét;d)lie avant le concile de Nicce, son antiquité est 'suffisamment prouvée; et depuis ce temps-là elle a certainement été pratiquée dans toutes les églises. Au moins la discipline constante des ncstoriens et des jncobites, qui la conservent depuis ce temps-là de même que les orthodoxes, la mat à couvert de tout soupçon de nouveauté, et on ne croit pas que, si on excepte des sociniens et des libertins sans religion, personne s'imagine qïie les ministres et les premiers réformateurs aient inieux su ce que les disciples des apôtres avaient pratiqué que ne le savaient les évoques assemblés à Nicée.
Les Grecs et les Orientaux ont de plus une preuve dont nous ne faisons pas d'usage , parce que nous en avons de plus certaines, et elle consiste en ce qu'ils leçnivent les canons des apôtres, les consiilulions de S. Clément, et les ouvrages attribués à S. Denis, comme étant vériiablensent des auteurs auxquels on les attribue. S'ils sont mauvais critiques, ils ne se trompent pas néanmoins en ce qu'ils croient trouver dans les canons des apôtres et dans les constitutions la forme ancienne de la discipline d'Orient. Pour les arguments théologiques, les Grecs ont assez fait voir l'.ar la plume du patriarche Jérémie combien ils les méprisaient; Syrigus ensuite a montré la fniblesbC de ceux des calvinistes, et s'en est moqué. Si ceux-ci prétendent que c'est faute de capacité, et parce qu'ils n'en ont pas compris la force , cela importe peu, car il s'agit d'une question purement de fait : c'est de savoir si les Grecs et les Orientaux ont de temps inuiiémurial l'usage de la chrismation des nouveaux baptisés, et il.^ l'ont certainement. Ensuite s'ils croient <[m cette cérémonie produise une grâce sjiéciale, et ilb le croient avec la même certitude, de sorte qu'ils la joignent immédiatement au baptême. Enlin ils h trouvent fondée dans l'Écriture sainte, croyant que et lie grâce est le don du Sainl-Esprit que produit la chrismation, comme on le recevait d'abord par l'imposition des mains des apôtres.
11 reste à savoir, supposant ces premières vérités qu'ils tiennent comme certaines, si les Grecs des uerniers temps jugent que celle ccréinoiào soil un sa( rc-
Di: LA CONFIRMATION. 794
ment, de la manière dont ils savent que l'entendent les catholiques, qui leur est connue il y a pl-is de cinq cents ans. Or il e^t hors de doute qu'ils n'ont pas fait de diflicullé de mettre la confirmation au nombre des sacrements; témoins ceux qui ont été cités dans le premier livre, dont la plupart ont écrit avant le concile de Florence; et ceux qui ont vécu depuis cent cinquante ans se sont encore expliqués plus clairement. Il est donc inutile de prétendre leur prouver qu'ils ne croient pas un article sur lequel ils ont déclaré et déclarent tous les jours qu'ils le croient, et qu'ils condamnent ceux qui ont enseigné le contraire, comme ils ont condamné pour ce sujet Cyrille Lucar et Jean Caryopiiylle.
La seconde manière dont les protestants attaquent les Grecs et les Orientaux n'esl pas meilleure , et elle ne sert qu'à faire voir l'ignorance et la mauvaise foi de ceux qui s'en servent ; car les catholiques ont assez fait voir qu'on ne devait pas ajouter foi à tous ces faiseurs de catalogues d'iiérésie, surtout à Guy le- Carme, Caucus, Pratéolus, même à d'autres plus considérables. On voit qu'ils disent que les Orientaux n'ont point la confirmation; le croira-t-on au préjudice des Eucologes anciens et modernes , manuscrits et imprimés; des offices syriaques , coph les , éihiojùens , arméniens , cl de toute sorte de langues? Mais ces rites n'ont pas paru sulfisanls à plusieurs théologiens; ils les ont condamnés, et quelques-uns les ont supprimés ou altérés. Ou en convient, mais ce sont des particuliers qui en ont ainsi jugé au préjudice du jugement que les conciles tenus avec les Grecs, les papes et les plus savants hommes en ont porté. Quand ces riles auraient été condamnés, les Orientaux séparés de l'Église romaine ne déférent pas à ses décisions , et elles ne les empêcheraient pas de croire ce qu'ils croient , ni de dire ce qu'ils ont déclaré tant de fois si clairement, qu'ils avaient sept sacrements, cl que le second était le mijrou, , L'Église occidentale a été en conmvunion penJant j'IUiieurs siècles avec celles d'Orient , quoique les cé-< ré.iionies avec lesip.Klles ce sacrement était adminislié fussent différentes. Chacun est demeuré dans la tradition de son église , et cela n'a pas troublé l'unité. On a depuis disputé avec chaleur ; mais dans les conciles tenus pour procurer l'union , et en dernier lieu à celui de Florence , il n'a rien été décidé contre le rit oriental par rapj)Oil à la confirmation. C'est co que les protestants ne peuvent ignorer, ni que les of- (ices du mijron qui sont imprimés dans rCucologe , dans le Rituel de Sévère, dans celui du baptême d s Élhiopiens, et dans quelques autres (sans parler des manuscrits) contiennent, selon la plus exacte lliéolo-? gie , les prières et les cérémonies nécessaires po;ir la confirmation. Pourquoi donc veulent-ils que nous déférions à l'autorité de quelques particuliers nullemeul instruits de ces matières , plutôt qu'aux originaux mènies, et au témoignage de personnes plus habiles qui réfutent ces premiers?
On peut voir par les deux dissertations de Holsiô-
PERPÉTUITÉ DE L.\ FOI SUR LES SACUEMENTS. 796
coiinaissail le mijron , et s'il le regardait coiniiie une siipersiilion, ou comme une cérémonie sacréo, qui
nius sur U confirnialion, imprimées à Rome p;»r les boins du cnrdiiial François Barberiii , alors prélcl de la congrégation ds propaijandâ Fide , et qui élail de louies les autres congrégations , qu'on ne croyait pas à Rome que la confirmation des Grecs fût nulle et abusive , puisque ces dissertations furent faites pour empêcher divers changements proposés par des nsissionuaires [teu savants et fort scrupuleux, pour élablir en Orient juhqu'aux moindres cérémonies qui sont présentement en usage parmi nous, et encore plus hardis pour cond.uuuer celles de rancienne Église qu'ils ne connaissaient point. Arcudius et AUa'ius ont justifié les Grecs suflisaniuionl; M. Ilabcrl, le P. Slrniond, le P. Morin, et tous les plus grmids hommes du dernier siècle onl été dans les mêmes sentiments. Ce sont eux qu'il faut suivre , et non pas des ignorants, desquels llohtéuius a dit avec beaucoup de raison : Qu'on devait imputer le schisme déplorable qui a divisé depuis si longtemps les églises d'Orient et d'Occident, à ceux principalement qui, oubliant la charité chrétienne, veulent, par une démantjfiiison de disputer, mettre en question toutes les choses
qui se font selon un rit différent parmi les aU'lres
Tels étaient ceux qui donnèrent dans la Bulgarie la confirmation à ceux qiti ravaient reçue avec le baptême par les prêtres grecs (1). Ce fut une des phiintes que lil Plioùus contre les Latins dans sa lettre circulaire aux p.itriarclies d'Orient , et elle était fondée en raisou , comme le marque Ilolslénius. C'est ce que fout encore présentement ceux qui croient que la moindre divcrsilé dans les rites renverse la religion, et par conséquent on les doit regarder comme indignes de toute créance sur de pareilles matières.
!a'S protestants doivent er core moins citer leurs au'.eui's (|ui onl écrit sur les religions d'Orient , puisqi:e ceux qui ont traité ce sujet plus exactement , coinnie Edouard Brérewond , n'ont fait que copier indi!:éremnieut ce qu'ils ont liouvé dans les nôtres. Les ;iutres qui onl voulu faire les Orientaux protestants sont si décriés, qu'on ose presque plus les citer, p;iisqu'on les voit tous les jo^irs réfulés p;ir d'autres plus sincères. On nous citera peut-être M. Ludo:f, qui assure que les Éthiopiens n'ont pas la conlirmalion, c'est-à-dire qui confirme ce que Zagazabo, prêtre de cette même nation , peu instruit de 1.1 reiigion de son pays, et qui ne trouvait pas de t;raadcs lumières à Lisbonne sur des matières qui y tiaient fort inconnues , en a dit dans sa relation , que d'autres ont copiée. M. Ludolf y ajoute le témoignage de son Éthiopien, auquel il faisait dire tout ce qu'il vouliit, en lui proposant des questions captieuses et inintelligibles. Mais il n'avait qu'à lui demander s'il
(l) [^uctuosum schisma qund Orienlis et Occidentis cfclesias dudum disjnnxil illis potissiuiùm impulandum est qui, chrislianà cbaritate posi!i:i!)ità , disputandi pruriiu oninia in quiKStionem et conlroversiam addi'xernnl ciuai diverso rilu apud partem adversam
ai,'uiiiur llolst., Diss. », p. \ Inter cas nna est
clirisin;i!io!.is siiccid Malis iiiiprobalio , cjusdcmtnic Iteralio aj.ud liulgaros P 15,
produisait une nouvelle grâce dans ceux qui avaient été baptisés. On ne peut pas douter que cet Abyssin n'eût répondu que c'était une partie du baptême , et il aurait cité l'office qui se trouve en la lar.gue ancienne du pays, conforme à celai de l'église d'Alexan drie ; il aurait dit que le mgron n'était consacré que par le patriarche d'Alexandrie , qui en envoyait e:i Ethiopie tous les sept ans. M. Ludolf ne pouvait pas ignorer cet office, dont la traduction est imprimée il y a plus de cent soixante ans, et dont l'original est Cii plusieurs bibliothèques; il y aurait trouvé la matière et la forme de la confirmation semblables à celles des Grecs et des jacobitcs égyptiens; mais il n'eu a pas fait la moindre mention.
Ils disent aussi qu'il y a une grande différence entre le mijron des Orientaux et la confirmation des Latins , sur ce que parmi ceux-ci l'évêque seul administre ce s:icrement , et qu'en Orient les prêtres le donnent avec le baptême. Mais la seu'e dissertation de iloMé.iius suffit pour réfuter toutes les conséquences qu'on voudrait tirer de cette variété de discipline, sur laquelle il n'y avait eu aucune contestation avant Photius , qui même ne fait pas un crime aux Lutins d.e ce qu'ils réservaient celte fonction aux évèques , mais de ce qu'ils avaient, contre l'usage ancien, léiléré ce sacrement en Bulgarie à l'égard de ceux qui l'avaient reçu par les prêtres. D'autres théologiens ont suffisamment éclairci cet article, sur leipiel il n'y eut aucune dispute dans le concile de Florence, l'archevêque de iMitylène ayant répondu aux questions qui lui furent faites d'une manière qui satisfit le pape et tout le concile. Car on ne demanda pas aux Grecs s'ils reconnaissaient pour un vrai sacrement de l'église le mgron ou la confirmation , mais pourquoi il était administré par les prêlres et non par Ils évoques. Les Grecs répondirent, que ici avait été l'usage de l'église orientale de toute anU(iuité , et ils n'eun-nl pas de peine à le prouver. Si quelijues particuliers en ont jugé autrement , jusqu'à donner aux Grecs, lorsqu'ils se réunissaient à l'ég'ise, la confirmation sous condition , leur autorité n'est pas supérieure à celle de l'Église universelle, qui n'a jamais ord(Uïné rien de semblable; mais la réitérera l'égard de ceux qui, ayant renoncé au schisme, l'ont reçue suivant le rit oriental, c'est ce qu'il ne serait pas aisé de justifier.
Arcudius , quoiqu'il ail reconnu que la confirmation, célébrée en la manière et avec les paroles dont l'église grecque se sert, est un véritable sacrement, comme il le prouve par le témoignage du patriarche Jéiémie, fait une difficulté sur ce que dans les Réponses aux luthériens , ce patriarche semble se contredire, en ce qu'ayant dit que ce sacrement et les quatre autres rejetés par les prolesiants, sont établis par la sainte Écriture, il convient ensuite qu'elle n'en parle pas, et qu'ils ne sont fondés que sur la tradition de l'Église On a déjàexprnpié celle difficulté ea
parlant des Sacremenls en génénl , et o;i croit avoir lail voir que lorsque Jéréinie a dit qwc l'Église, îiapé- Cw^- , a donné les sacrements , cela ne signifie pas qiftlle les ail institues, mais qu'elle a prescrit aux lidèles les cérémonies selon qu'elle les avait reçues dos apôtres, qui les avaient apprises de Jcsus-Clirist.
On doit entendre de même ce qui est dit dans les doux Réponses de Jéréniie louchant le sacirement de confirmation. 1! ne faut pas supposer si faciiemeal qu*iin auteur se conircdisc dans une même page, et certainement il ne se contredit point. I! dit que la confirmation a été instituée par Jésus-Clirist , et que si la sainte Écriture ne lait pas niention expresse du nnjron, il a i:éaninoins été donné par tradition, et cela par les disciples du Verbe. Il ne dit donc pas que Jésus Christ ne Ta p s institué, puisqu'il assure le contraire ; mais, quoique rÉcrilure n'en fasse pas une mention expresse , les apôlres l'ont donné par tradition , ce qui suppose nécessairement qu'ils l'avaient reçu de Jésus Clinst. Jércmie le prouve par l'aulorilé de S. Denis. On convient que celle preuve n'était pas démonstrative à l'égard des luthériens, mais elle était certaine dans l'esprit de celui qui croyait comme Jéréinie , comme Si/'iéon de Thesoalonique , et tous les Grecs, que cet auteur était disciple de S. Paul. Jéréniie ne nie donc pas que Jé^us-Christ ail, institué les sacremenls et la confirmation comme les qua(re autres, mais avouant que l'Écriluie n'en l'ait pas mention, il répond qu'on en est assuré par le témoignage des disciples de Jésus-Chrisl qui les ont donnés à l'Église.
Alin que dans ce qu'a écrit ce patriarche il y eût de la contradiction, il faudrait qu'il fût convenu de ce principe des protestant-;, que Jésus-Clirist n'a rien dit !»i élahli pour la conduite de son Église que ce qui se tiouve manjué dans le nouveau Testament; or il le combat partout. Il suppose donc qu'il y a des cérémonies d'institution divine qui ne sont pas marquées dans rÉcrilure; il ne dit pas que les apôtres les aieat instituées, ni que ce soit l'Église , mais que nous les avons reçues par elle , qui les avait reçues des apôtres : c'est là le véritable sens de Jérémie, fort opposé à celui que lui attribue Arcudius. Pour les paroles qui se trouvent dans la seconde Réponse, ils'agissaii du chicnie, qui est la matière de ce Sacrement ; et comme les luthériens lui avaient objecté qu'en plusieurs baptêmes dont il était fait mention d.uisl Écriture, il n'était point parlé du chrême, il répond qu'il ne faut pas s'en étonner, parce que Œylisfl de Jésus-Clirisl faisant des progrès , et s'avançanl })iir sa ijràce sur les paroles sacrées, comme sur des fondaiients, a inventé plusieurs choses qui avaient rapport aux cérémonies extérieures (I).
La raison expliquée par Siméon de Thessalonique et d'autres est fondée sur ce qu'ils disent ipie le Saint-Esprit se donnait autrefois aux nouveaux bap •
(l) U yàp r«0 XpiîToy È/xÀ»;cîa t»j x«P'ti aùrsO itps- •t«»T6/.tgaT0 : Re&p. "1, p- -:0.
lises par l'imposition des mains des npôtrcs , et qu'à Il place de Cette cérémonie l'onction a été introduite dès la naissance de l'Église. Ce sont donc les cérémonies ([ue rÉgli>e a établies de nouveau , cl non pas le sacrement. Ce sciilimtnt n'est pas particulier aux Grecs, c'est celui de plusieurs théologiens catholiques, qui, recevant les décisions du concile de Trenle touchant rinstitution immédiate des sacremenls par Jésus-Clirist, conviennent néanmoins que l'ondJon, les paroles et les autres cérémonies sacrées ont été enseignées à l'Église par les apôlres el par leurs disciples, sans qu'il y ait de contradiction dans cette doctrine. Car on ne trouve pas que l'onction ait été praliquce dans les temps apostoliques ; el lorsque Arcudius a entrepris de le prouver par le passage du premier chapitre de l'Épîtreaux Éphésiens, in quo si- (jn:ili esiis Spirilu promissionis sanclo qui est pignus Itœrcdilalis nostrœ , il ne satisfait pas à la diflicuUc. S: Tiiomas lui-même dit (jue Jésus-Christ a institué ce sacrement, ?;o« exhibeudo,sed proniiilendo. D'autres scolastiiiues plus anciens ont été plus loin , en soutenant que les apôtres l'avaient institué , ce que les Grecs ne disent pas; mais ils conviennent avec nos meilleurs théologiens, reconnaissant qu'il est d'institution divine, quoique nous l'ayons reçu par los apôtres.
Lorsqu'ils prêchaient aux peuples la nécessité du baptême el le précepte de Jésus-Clirist touchant l'Eucharistic , on recevait leur témoignage, quoiqu'il n'y eût encore rien d'écrit. L'Église l'a toujours reçu de même, et c'est sur celle autorité qu'elle a établi toutes ces cérémonies sacrées. C'est là le fondement des ai'.ôtres et des prophètes, mais dont Jésus Christ est la pierre angulaire , et l'Église a toujours cru l'écouter et lui obéir lorsqu'elle a écoulé ses disciples. C'est sur cela que les Grecs établissent l'onction , qu'ils praiiquenl pour la confirmation , au lieu de l'impositio:» des mains, qui était seule en usage du temps des apôtres. Ils la prouvent par S. Denis; mais ils ne font que ce que les anciens théologiens latins el plusieurs modernes ont fait , el même ils ont cité des pièces dont l'autorité était encore moindre, telles que les fausses décréialesdu pape Eusèbe, de Fabien, cl d'autres semblables. Le consentement universel de toute l'Église, attesté par Tertullien, par S. Cyprien, et par les canons des premiers conciles, est d'une plus grande autorité.
Donc, puisque les Grecs et les Oiieniaux reçoivent tout ce que les anciens Pères enseignent touchant la confirmation ; qu'ils croient , selon la doctrine des nièines saints, qu'elle donne le Saint-Esprit, c'est-àdire une grâce sanctifiante pour fortifier les nouveaux baptisés dans la foi; que cette grâce qui se donnait pai l'imposition des mains est indépendante des effets miraculeux, nécessaires dans le commencement d.i christianisme ; que l'onction établie à la place de l'imposition des mains produit la même grâce; qu'ayant connu la créance el la discipline des Latins , ils ont déclaré jusqu'à nos jours qu'ils reconnaissaienl le
myron comme un sacremen
t de l'Éa
qu'ils oui
799 PtUPÉTUlTÉ DE L.\ FOI
coiulaniné comme Iiércliiiiies ceux qui enseignaient le coulraire, on ne peut douter qu'en ce point, comme dons la plupart des autres qui ont servi de prétexte au schisme des proieslants, les Grecs et tous les Jrienlaux ne s'accordent avec rÉglise romaine sur ce qu'il y a d'essentiel dans ce sacrement.
Il serait inutile de s'arrêter à l'examen de ce que divers luthériens ont écrit de nos jours sur la matière que nous traitons. C'est principalement dans certains ouvrages assez fréquents en Allemagne , qui sont par manière des thèses, ou (ï Exercitalions historico-lliéolofjiques pleines de citations , dans lesquelles cependant il est fort rare de trouver rien d'original. Telle est celle d'Llie Véjélius, touchant l'église grecque d'aujourd'hui, opposée à ce qu'en ont écrit Arcudius, Allatius et Nihiisius. 11 est cependant à remarquer que dans cet ouvrage, et dans des notes très-amples de Fchlavius, ministre de Dantzick, sur Christophe Angélus, qui avait donné une relation ahrégée de l'étal de l'église grecque, et dans la plupart des autres, il ne se trouve pas un seul auteur grec cité , sinon ceux dont les témoignages ont été rapportés par ceux (|u'on entreprend de réfuter. Tout le reste consiste en raisonnements ou en lieux communs cent fois réfutés, et qui ne servent de rien dans les questions piiroment de fait. Daillé , disent-ils, a prouvé que ce n'est que depuis la fin du dixième siècle qu'on connaît le sacrement de confirmalion , mais les Grecs, comme nous avons vu , prétendent que l'onction du chrême sur les nouveau-haptisés est dès les temps apostoliques, sur quoi ils citent les livres de la Hiérarchie ecclésiastique. On convient qu'ils n'ont pas «•elle antiquité; mais ils furent cités dans le sixième siècle à la conférence tenue à Conslanlinople entre les sévériens et les catholiques, par consécpient l'onction éti'it établie plusde400ans avant la date de Daillé. Mais que diront les protestants à l'ci^ard du témoignage de S. Cyprien, de S. Corneille pape, du coiicile de Laodicée, et de tant d'autres , sinon des choses frivoles, et qui se détruisent par les preuves certaines que r.ous avons d'un usage beaucoup plus ancien de ce sacrement dans les Rituels.
11 est assez facile d'éclaircir si les Grecs ont entendu ces canons et ces passages autrement que nous ne les entendons, puisqu'il n'y a qu'à ouvrir les Eucologes et les canonistes , pour voir qu'il n'y a eu sur cela aucune contrariété de sentiment entre les deux églises. Quand après cela Fehlavius , suivant la doctrine de ses maîtres , qui peuvent avoir eu une grande réputation parmi les luthériens, mais qui ne paraissent pas la mériter, piiis(iu'ils ne disent rien de nouveau, se jette dans les lieux communs, et qu'il dit que les Grecs ont pris leurs rites des Latins au treizième siècle, il avance la proposition du monde la lilus absurde.Commc nous en avons fait voir la fausseté dans le dernier livre du vol. préc. (ci-dessus, dans ce lonic), nous ne nous y arrêterons pas d'avantage. Car au moins les protestants ne peuvent pas nier qu'avant \fi coiicile do Florenco, Siuiéon de Thessaloniquc a
SUR LES SACRE.MEMS. 80l)
enseigné une la confirmation était un sacrement, et ce n'est pas une opinion particulière , ni qui fût nouvelle , car il en parle comme d'une discipline établie de tout temps parmi les Grecs, citant S. Denis, les constitutions apostoliques et les canons de Laodicéc, de même que Matthieu Blastarés. On peut juger du peu de sûreté qu'il y a dans la critique de Daillé, qui met ces deux auteurs vers le dixième siècle , quoique celui-ci ait écrit en 1311 , et l'autre près de cent ans plus tard. Depuis le conc:lc on ne peut pis dire que les Grecs aient pris ce sacrement des Laiins, puisque par les actes mêmes, il paraît qu'on leur denianila un éclaircissement qu'ils donnèrent , touchant leur coutume de faire adnùnistrer la chrismation par les prêtres; et il n'y eut aucun article sur ce sujet inséré dans la définition synodale.
Depuis ce temps-là a-t-on trouvé un seul Grec digne de foi, qui ail retranché la confirmation du nombre des sacrements, comme a fait Cyrille Lucar? Clirystophe Angélus n'en a pas parlé, mais il esl aisé de reconnaître qu'il a affecté de ne pas s'expliquer sur ce point comme sur beaucoup d'autres. De plus, quelle pouvait être l'autorité d'un particulier écrivant parmi les protestants? Elle ne balancera pas celle de Jérémie, des synodes de 1638, de lGi2 et de IGDO, ni celle du synode de Jérusalem, de la confession orthodoxe, de Grégoire protosyncelle , de Syrigus.et de tous les autres que nous avons cités, et dont nous avons établi l'autorité par des preuves incontestables. Enfin M. Smith , qui ne doit pas être suspect aux protestants, décrivant l'oncîion des nou-( veau- baptisés, ajoute que c'est dans ce rit seul que consiste la coiifirmalion parmi les Grecs; et ii remarque avec raison que quJques zélés, trop alluchés aux rites lalins, avaient pris de là occasion de dire que les Grecs n'avaient plus la confirnuition (1)11 reconnaît donc qu'ils ont ce Sacrement; et puisqu'ils conviennent avec l'Église romaine qu'il est d'institution divine et de tradition apostolique, il faut en môme temps reconnaître qu'ils le considèrent comme un sacrement cvangélique.
C'est ce que les prolestants anglais n'accordent pas néanmoms, quoique leurs meilleurs théologiens aient écrit contre les calvinistes presbytériens, pour maintenir la discipline de l'église anglicaiie, qui [sratique une cérémonie qui s'appelle confirmation, et qui n'est ni celle de l'ancienne Église ni celle de l'église d'Orient. Elle consiste dans l'imposition des mains de Tévêque, après un renouvellement de profession defoi.qui ne se faisait pas dans les premiers siècles ; au moins il n'y eu a pas le moindre vestige dans l'antiquiié. Ou ne peut pas dire qu'en cette cérémonie on donne , ni qu'on reçoive le Saint-Esprit, puisque la grâce gratuite, suivie de dons miraculeux , n'y est plus , et que les
(1) Hoc unico ritu sacramentum Confirmationis
apud Gr;«cos constat -Hue cavillandi causain ze-
Iota; quidam Lalinis rilibus addictissiini arripuêio Grxcis non auipliùssuperesseConfirmaiionem. Smith., de ceci. Crœc- Statu liod., ». Si c< 83 edit. 1698.
SOI LIV. m. DE î
I rou- înnts ne rcconnaissen! poiiil de grâce spéciale, produite par rimpositioii des m.iins, qui puisse être considérée comme gnice sacrameiUelle. Car, siiivaiit la déîiiiition des sacrements dont les proleslanls conviennent généralement , la confirmation ne !e peut êlro; et le dooleur llammond, qui a défendu celle de réglise anglicane contre le ministre Daillé, n'en disconvient pas. li dit, suivant ses prii'.cipes, que l'imposition des mains des évêques sur les nouveaux l)apiisés est dans rÉcriture, et cela est vrai; mais < 'était pour recevoir le Saint-Esprit. Les calvinistes n'entendent plus ce langage; puisqu'il n'y a plus de ij;iàces visibles, comme celle qui se manifestait par le don des langues et d'autres signes miraculeux. Cependant la coutume de l'ancienne Église a clé de donner le Saint-Esprit, même depuis que les miracles cul cessé; l'église anglicane prétend l'imiter, et c'est sur cela que le docl( ur llammond cite plusieurs passages. C'est donc par la tradition que celte cérémonie doit être soutenue, puisqu'on ne la piut prouver par la sainte Écriture seule; il faut, pour pouvoir s'en servir, reconnaître l'autorité de la tradition , et cette reconnaissance est contraire aux principes fondamentaux de la réforme. Quand on s'appuie de la tradition, il la f.iut prendre entière sans la diviser, et c'est ce que l'église anglicane ne fait pa?; car celle qui est communément reçue par les Grecs el par les Latins a établi la cbrismation à Ij place de l'imposition des mains dès les premiers siècles de l'Église ; c'est donc abandonner la tradition, que de reiiancber une cérémonie reçue dès les premiers siècles en Orient comme en Occident. Les calvinistes suivent mieux les principes de la réforme, en retranchant, aussi l'imposition des mains, parce qu'ils prétendent qu'elle ns produit aucune grâce, ni sanctifiante, ni gratuite. L'église anglicane est louable par le respect qu'elle a eu pour l'antiquité, en conservant une partie de cette cérémonie; mais aucune église particulière n'avait droit de supprimer l'onction , puisque le docteur llammond lui-même prouve par les témoignages de plusieurs Pères qu'elle était en usage dès les premiers siècles ; de sorte qu'il ne la condamne pas, comme font les calvinistes, convenant qu'elle pt^'ut être pratiquée, de même qu'elle l'a été autrefois, et qu'elle l'est encore par les Grecs et par tous les chrétiens orientaux. Il convient donc, selon
les principes de l'égl'.se anglicane, que cotte cérémonie îi'a ri^n de mauvais ; d'oi'i il s'ensuit qu'elle n'était pas du nombre de celles qui dussent être supprimées, par une raison aus^i faible que celle de s'attaclier À une plus grande simplicité. Les calvinistes, et particulièrement ceux d'Angleterre el d'Ecosse, ont porté les conséquences de ce principe si loin , qu'ils n'onl conservé aucn:ie des anciennes cérémonies , prétendant qu'elles n "étaient pas mieux autorisées que cellelà. C'est une contestation (jui les regarde, et à laquelle les catholiques n'ont point intérêt. Il nous sulfii de savoir que nous praliciuons une cérémonie sacrée , observée dans toute l'Église dès les premiers siècles, conservée de même dans toutes celles d'Orient unies ou séparées, reconnue pour très-ancienne , et autorisée par les témoignages de tous les saints Pères, ce que les prole.stants anglais avouent pareillement.
Nous n'examinerons pas plusieurs questions que fait Arcudius, particulièrement ce qu'il a écrit contre l'erreur qu'il attribue aux Grecs, de réitérer la confirmation. Celui qu'il allaiiue est le moine Job, dont il a [larlé ci-devant, el qui était un lliéologien fort méprisable ; mais cependant ni lui, ni Cabasilis, ni Jean Nallianaèl qu'il cite, ne disent pas ce qu'il prélCiid. Us marquent simplement que les hérétiques qui revieiment à l'Église, el qu'on ne rebapûse point, reçoivent l'onction du clirême, ce qui est établi par les canons les plus anciens. Le chrome s'appelle iJ.vpoj, cl les Grecs donnent ce nom au sacrement de confirmation. Cependant ils établissent une différence totale entre la chrismalion des béréliques ou des apostats pour les réconcilier à l'Église, et celle des nouveaux baptisés, les céi émonies el les prières étant fort différentes. Ainsi tout roule sur une équivoque, qui n'a jamais trompé que des ignorants, ou ceux qui ont cherché à condamner toutes les pratiques qui ne sont pas en usage dans l'Église latine.
On peut voir ce que les continuateurs de Bollandus ont dit sur la confirmation, dans une dissertation sur l'église cophle , qui est assez conforme à ce que nous avons observé sur ce sujet Ils marquent qu'en 1703 le patriarche des Coplitcs Jean fil la bénédiction du chrême, qui avait clé interrompue durant deux cents ans, et qu'cm le renouvelait en y metlanl dç l'huile nouvelle. C'est un fait dont nous ne pouvons donns^r aucun éclaircissement.