‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 218 sur 323 · CHAPITRE IH · texte numérisé non relu

CHAPITRE IH

Que les auteurs grecs cités et publiés par les protestant*

parleni de même.

Il n'y a pas de différence sur ce sujet entre ceuj qui ont écrit dans l'église grecque, et ceux dont les protestants ont publié les ouvrages dans la pensée d"y trouver quelque conformité avec leurs opinions. Un des principaux est Cbristophe Angélus, qui, étant en Angleterre au commencement du dernier siècle, fit un traité de l'état où étaient alors les églises grecques , que Fehlavius, ministre de Daniziek, avait fait imprimer d'abord ave'i une simule traduction et ensuite

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avec un ample commentaire. On voit que ce Grec reconnaît la confession des pécliés, rimposiliou des péiiilcnces ou peines canoniques et l'absoluiion donnée par le prêtre, comme étant les parties essentielles de la pénitence ; en un mot, il donne comme la créance et la pratique de son é^^lise , tout ce que Syrigus et la Confession orthodoxe disent sur ce sujet. Il ne pouvait pas déguiser un fait aussi public que celui-là ; et, quoiqu'il paraisse en plusieurs endroits de cet ouvrage qu'il n'a pas tout dit, et qu'il a ménagé les protestants parmi lesquels il écrivait, on ne peut néanmoins l'accuser d'avoir trahi la vérité comme Cyrille, et d'avoir poussé la hardiesse jusqu'à faire entendre que les Grecs ne connaissaient pas le sacrement de pénitence, lien est de même d'une Confession de foi iml'riniée à llclmslad, sous le nom de Métrophane Critopulc , qui semble approcher davantage du luthéranisme, et qui cependant marque la même foi et la même discipline.

Felilavius , et plusieurs ministres de la confession d'Augsbourg qu'il cite dans son commentaire, lâchent inutilement d'obscurcir cette matière ; et, ne pouvant contester des témoignages aussi formels que ceux de ces auteurs qu'ils ont publiés euxmêmes, joints à d'autres dont l'autorité est plus certaine, rapportés par le P. Goar et par divers écrivains catholi([ues, ils veulent les commettre les nns avec les autres. 11 y en a qui disent que les Grecs ne se confessent que rarement ; Angélus dit que iv/ulcTspoi, les plus nobles, les plus considérables, ne le font que quatre fois l'an; d'autres, parmi lesquels est Arcndius (1. A, c. 2), que les prêtres ne se confessent presque jamais ; que, suivant divers témoignages, les Grecs communément ne confessent pas tous leurs péchés, parce qu'on leur donne l'absolution de ceux qu'ils ont oubliés ou de ceux que la honte les a empêchés de confesser, en quoi même ils trouvent matière de les louer, et d'accuser les catholiques de ce que les confesseurs et ceux qui ont traité la théologie morale apprennent beaucoup d'obscénités égales à celles qu'on trouve dans les livres les plus abominables des païens.

On a déjà remarqué ailleurs qu'on ne devait pas juger de la créance et de la discipline des Grecs pir les témoignages de certains auteurs décriés avec raison parmi les savants, à cause de leur ignorance et de leur mauvaise foi, comme Caucus, Guy-le-Carme et ceux qui les ont copiés. C'est par les théologiens approuvés dans l'église grecque qu'on peut juger de ce qu'elle enseigne, et par les offices et les formules de confession et d'absolution on reconnaît leur discipline. Or nous avons établi par des preuves incontestables que les Grecs enseignent qu'on ne peut obtenir la rémission des péchés commis après le baptême que par la pénitence, et qu'une de ses principales parties est la confession. Si donc il y a parmi eux des hommes qui la négligent, il s'ensuit qu'il y a dans l'église grecque, comme partout ailleurs, de mauvais chrétiens, et oui manquent à ce qui est prescrit par

sa discipline. Mais l'Eucologe ordonne que tout prêtre qui veut célébrer la messe se confesser^ s'il a q\iclque péché sur sa conscience, comme rofficc de la communion ordonne la môme chose à tous ceux qui en veulent approcher, et cela suffit.

L'autorité d'Angélus est très-peu considérable, et il est ridicule de vouloir appuyer sur son témoignage une aussi grande absurdi/é, que de dire que la confession est pour les gens de qualité ; et encore i)lus de lui faire dire ce qu'il ne dit point. Voici ses paroles : Les nobles parmi les Grecs ont coutume de participci au corps et au sang de Jésus-Clirist une, deux, trois ou quatre fois tannée. Cependant ils confessent auparavant leurs péchés au meufj.xri/.b^, c'est ainsi (jn''on appelle un prêtre qui a reçu de l'évêque le pouvoir de confesser. Jl est difficile de comprendre que Voel y ait p» voirie sens qu'il leur attribue. Angélus, dit-il, décrit dans le cliap. 22 la manière dont se fait la confession parmi les Grecs, mais il en restreint l'usage aux nobles. Si le baron de Herbeistein a trouvé qu'en Moscovie le peuple croit que la confession n'est que pour eux, cela n'a aucun rapport aux Grecs, et il y a beaucoup de raison de douter de la vérité d'une pareille observation. S'il pouvait y avoir sur cela quelque doute dans le temps qu'il écrivait, il n'y en a plus présentement, puisque la Confession orthodoxe, qui détruit une erreur si grossièie, n'est pas moins reçue par les Moscovites que par les Grecs,

11 y a encore plus de mauvaise foi à citer Jérémie, patriarche de Constanlinople, comme s'il avait enseigné que rénumération de tous les péchés n'était pas nécessaire, puisqu'il enseigne précisément le contraire. Il faut ensuite, dit-il, que celui qui se confesse, autant qu'il le peut et qu'il s'en souvient, déclare et confesse en détail (xar B7Soi)ses péchés, avec un cœur contrit et humilié. Il est vrai qu'il dit ensuite : Si le pénitent omet à confesser quelques péchés par oubli ou par honte, noiis prions Dieu plein de bonté et de miséricorde de les lui remettre pareillement, et nous avons une ferme confiance qu'il en obtiendra le pardon. En cela, il a avancé une opinion particulière, dont il serait fort difficile de trouver des preuves dans les autres théologiens et canonistes grecs. Ils disent à la vérité que Dieu pardonne les péchés qui peuvent avoir été oubliés sans qu'il y ait de faute de la part du pénitent; c'est ce que tous les théologiens croient pareillement, et ce qui entre en quelque manière dans les péchés d'ignorance. Mais à l'égard de ceux que le pénitent omettrait de déclarer par une mauvaise honte, l'église grecque n'enseigne rien de semblable.

Pour éclaircir celte matière, il est à propos de remarquer que la confession se fait parmi les Grecs et parmi les autres chrétiens orientaux, autrement que dans l'église latine, selon la discipline présente. Car notre usage est que celui qui se confesse déclare ses péchés, et le prêtre les écoule. Les confesseurs grecs et orientaux (1), après les premières prières et béncdic-

(1) Pœnit. Nesteutaiet al. apud Morin. Barsa liW,

lions , s'asseyeiU et font asseoir le péifSenl auprès (reiix, puis ils rinterrogcnt sur lous les péchés qu'il peut avoir commis, ce qui se fait selon plusieurs formules que nous trouvons tant imprimées que manuscrites. Le père Morin a donné au public celles de Jean-le-Jeùneur, où on voit toutes ses interrogations. 1 II se peut donc faire que le confesseur oublie à interroger le pénitent sur quelques articles , et que celuici, dans le trouble que cause la confusion de s'accuser lui-même, oublie ou ne dise pas certains péchés dont on ne lui parle point. En cela le prêtre miinque à son devoir, aussi bien que le pénitent. Mais on ne voit dans les livres pénilenliaux aucune absolution dans laquelle il soit fait mention des péchés celés au confesseur par mauvaise honte.

On n'en peut citer de semblable que celle que le P. Morin a donnée de Germain, évoque d'Amalhonle; et même elle ne peut passer pour une absolution sacranicnielle, puisque c'est plutôt une formule d'indulgence telle qu'il s'en est introduit dans les derniers temps , outre qu'elle ne marque pas une vcrilahle absolution de ces péchés celés par mauvaise honte, puisque les propres paroles sont : Si par oubli ou par honte il n'a pas confessé quelques péchés , pardonnez-le lui , ô Seigneur miséricordieux (1), Or elles n'ont rien qui ait rapport à l'absolution et à ce qui passe ordinairement pour forme de ce sacrement parmi les Grecs. C'est une manière d'indulgence et de bénédiction , qui n'a rien de commun avec les prières sacramentelles, et par cette raison les conséquences qu'on prétendrait en tirer sont entièrement fausses.

On a des preuves incontestables que les Grecs confessent tons leurs péchés de la manière qui a été dite, en répondant aux interrogations du confesseur. 11 n'y a qu'à jeter les yeux sur celles qui sont marquées dans le Pénitentiel de Jean-le-Jeùneur, pour voir qu'ils n'ometlent rien de ce qui varie les circonstances des péchés; ce qui fait voir combien ils sont éloignés do ce que les luthériens enseignent sur la confession. Ceux-ci la croient utile, et les Grecs la croient nécessaire. Les Uilhéricns disent qu'il n'est pas besoin d'énoncer en détail tous les péchés; et les Grecs recommandent d'abord à celui qui s'approche de la confession qu'il n'omette rien ; et il le faut bien, puisque les pénitences varient selon les circonstances des péchés, ainsi qu'on voit par les Pénitenliaux. Si Jérémie avait dit autre chose, il se serait certainement trompé.

Quand aussi les protestants prétendent tirer une preuve de ce que les Grecs n'entrent pas dans un si grand détail des péché-s, d'où on conclut qu'ils ne demandent pas qu'on les confesse tous, on. voit que ceux qui raisonnent ainsi n'ont pas examiné les livres les plus communs. Le seul Pénitentiel de Jean-lc-Jeûneur fait le dénombrement d'une grande quantité de péchés

Opusc. de recip. Pœnit. MS. Syr. Pœniienliale Tripolit. Syr. MS,

T'y.ûTa (7uvxeop;^<jai aùr^ l\z^ii.oo-, Q%b^. Gcmxan. Avp, Mor. fie Pœn. 159.

de la chair, qu'on ne lit qu'avec peine. Il en est de môme de divers Nomocanons et de Pénitentiaux grecs et latins, où des âmes innocentes trouvent des choses qui les font rougir; de même qu'il s'en trouve dans Yves de Chartres , dans Réginon , dans Burchard et dans tous les livres semblables, faits pour interroger les péuilenls et pour marquer les peines canoniques , qui ne sont plus observées. On ne peut faire usage de pareils Pénitentiaux où il n'y a aucun sacrement de pénitence, et il ne s'en trouve pas un seul (|ue les jîïjDleslants aient fait pour leurs églises : mais puisqu'ils ne peuvent nier que les Grecs obligent ceux qui confessent leurs péchés à des prières , à des jeûnes, des prosternemenis, des pèlerinages et à des aumônes, il faut avouer en même temps que leur discipline est aussi conforme à celle de l'ancienne Église, qu'éloignée de tout ce que la réforme a introduit de nouveautés.

On n'examinera pas en détail ce que Véjélius, Voet et quelques autres ont écrit sur cette matière, quoique sans aucun système réglé : car tantôt ils prétendent trouver de la conformité entre les Grecs et eux, par des arguments aussi faibles que ceux qui ont été rapportés; tantôt ils leur reprochent des erreurs, mettant en ce nombre des objections d'Arcudius, et de quelques autres écrivains, sur des points de discipline qui peuvent être agités entre les Grecs et les Latins; dispute dans laquelle on n'écoutera jamais les auteurs que ces prolestants nous citent. Il y en a, disent-ils, qui doutent que les Grecs donnent validcment l'absolution, parce qu'ils diffèrent peu de ceux qui croient que ce sacrement est in'ilitué par la rémission de la veine et non de la coulpe. Quels théologiens peuvent être ceux a qui il est veim une pensée aussi étonnante et aussi éloignée des sentiments de l'église grecque, qui enseigne que par le ministère des prêtres les pécliés sont véritablement pardonnes? La coulpe est donc effacée, et en môme lemps le pénitent est délivré de la juste crainte des peines de l'enfer, qu'il avait méritées par ses péchés. On ne trouvera j;«niais dans les écrits de leurs théologiens une pareille distinction. Si on entend par peine les pénitences canoniques, ils n'en ab- .solvent pas, puisqu'à l'exceplion des moribonds, le confesseur grec les impose, et n'absout pas son pénitent qu'elles ne soient accomplies ou changées en d'autres œuvres, si le pénitent ne peut pas les soutenir par la faiblesse de son tempérament, ou par quelqu'aulre empêchement raisonnable. Si c'est les peines du purgatoire , les Grecs ne le croient pas comme nous. C'est donc abuser de la bonne foi publique que de citer de pareils auteurs. Métrophane Ci^Jopule qu'ils ont tant vanté, condamna avec les autres évoques, en 1(558, la Confession de Cyrille Lucar; ce qu'Angélus dit la détruit enlièrement, et Jérémie l'avait déjà fait d'une manière décisive. Si ces théologiens protestants n'ont pas connu d'autres auteurs, c'est leur faute ; car l'Eucologe et d'autres livres d'autorité publique les auraient pu instruire suffisamment.

Nous finirons ce chapitre par une remarque né

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cessaire, en avertissant les lecteurs de ne pas jtiger des citations des auteurs grecs ecclésiastiques par les versions des proieslanls qui sont souvent inintelligibles. E7iiTt>iov, traduit par muleta ou piacularc supplicium, comme Ta traduit celui qui a fait la version de la Confession orthodoxe ; /aetocvoik, par résipiscence; 7rvÊu//«Twô?, par spirituel ; cène T^our la communion ou la Liturgie, sont un langage qu'ils entendent, mais que les autres irenleiuienl point. Uy a plus de douze cents ans qu'on a des mots propres que chacun entend ; qu'ils s'en servent s'ils veulent être entendus. On ose assurer qu'ils ne le sont pas même par ceux de leur propre communion , à moins qu'ils n'aient étudié h matière dans les originaux ; ce que non seulement les jeunes gens ne font pas souvent , parce qu'ils ne lisent que les livres de leurs professeurs ; mais ceux-ci mêmes, et ces grands auteurs qu'on voit partout cités avec tant d'éloges, font assez connaître qu'ils n'ont lu que des controversites et des extraits qui ne sont pas toujours fidèles. On donnera quelques preuves de ce peu de fidélité et d'exactitude.

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