CHAPITRE V
Que les chrétiens orientaux ont la même créance que les Grecs et les Latins touchant la pénitence et la confession sacramentelle.
Après avoir exposé la créance et la discipline des Grecs touchant la pénitence, il faut expliquer ce que croient les Orientaux, c'est-à-dire les Syriens nesloriens, jacobiles ou melchites, les Cophtes, les Éthiopiens, les Arméniens, et les autres communions séparées de l'Église. Comme la matière est fort obscure, et que jusqu'à présent elle n'a pas été suffisamment éclaircie, les protestants, qui n'ont jamais fait de grandes découvertes sur les antiquités ecclésiastiques, et encore moins sur celles d'Orient, n'ont eu rien de nouveau à dire pour ce qui regardait la pénitence par rapport aux chrétiens de ces pays-là.
Le savant et laborieux P. Morin, qui, dans son traité des ordinations a donné plusieurs offices d'ordination des Syriens jacobiles , nestoriens et orthodoxes, outre ceux des Grecs qui n'avaient pas encore paru, ne découvrit rien de pareil sur la pénitence. Ainsi il s'est trouvé de grandes difficultés à surmonter pour connaître quelle était la véritable doctrine de ces églises séparées, d'autant plus qu'on voyait par l'histoire et par les témoignages de plusieurs auteurs dignes de foi, que non seulement la discipline avait fort varié, mais que parmi les jacobiles (lu patriarcat d'Alexandrie, et les Éthiopiens
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qui en dépendent, même dans les Indes parmi les nestoriens, la confession avait été abolie. On n'avait point d'offices pour la réconciliation des pénitents ; aucuns canons pénitentiaux, ni d'autres semblables traités, sans le secours desquels il était impossible de former un système exact de la foi et de la discipline de ces églises éloignées. Mais comme nous avons eu le bonheur de trouver les secours nécessaires pour expliquer la plus grande partie de ces difficultés ; c'est ce que nous tâcherons de faire avec toute la sincérité possible, déclarant que nous n'emploierons pour cela que des preuves originales.
Avant que de proposer ce que les Orientaux croient sur la puissance de remettre les péchés conservée dans l'Église , il est nécessaire de marquer ce qu'ils savent communément touchant les anciennes hérésies qui ont attaqué cctic doctrine. D'abord il faut supposer comme certain que la plus ancienne secte qui subsiste dans le Levant étant celle des nestoriens , tout ce que les Orientaux ont de plus ancien dans leurs livres ne remonte pas plus haut que le siècle de Nestorius. Il était déjà arrivé du changement dans la discipline de la pénitence sous Nectarius. Tout ce qu'ils en connaissent donc de plus ancien , est qu'on s'adressait au prêtre autorisé par l'évêque pour recevoir les confessions des pénitents; qu'il leur prescrivait des peines salutaires conformément aux canons; qu'après qu'ils les avaient accomplies ils recevaient l'absolution, et qu'ils étaient alors rétablis dans la participation de l'Eucharistie, dont ils avaient été privés. Telle a été aussi presque toujours la forme de leur pénitence , comme nous Is ferons voir dans la suite.
Ils savent par les catalogues des hérésies que les monf^anistes n'admetlaient pas les pécheurs à la pénitence ; mais ils ignorent tout le reste de l'histoire de ces hérétiques. Ils ont un peu plus de connaissance de celle des novatiens ; mais n'ayant jamais presque vu les livres latins, ils en sont demeurés à ce qu'ils en ont trouvé dans Eusèbe, et dans les historiens Grecs, de sorte qu'à leur exemple ils confondent Novat et Novalien ; ce qu'ont fait Albufarage, Elmacin et quelques autres. Néanmoins Sévère, évêque d'Aschmonin, dans l'Histoire des patriarches d'Alexandrie , les a distingués , quoique le nom de Novatien soit extrêmement défiguré , ce qui est fort ordinaire , particulièrement dans les livres arabes. Mais quoiqu'ils sachenl très-peu l'histoire de ces hérétiques , il les condamnent, parce que dans les collections de canons syriaques et arabes , ceux de Nicée et des autres conciles contre les ca</jari s'y trouvent insérés, et ils savent que leur hérésie consistait en ce qu'ils refusaient de recevoir ceux qui avaient succombé dans la persécution , et qu'ils ne reconnaissaient pas la puissance de l'Église pour remettre les péchés. On lit dans la Vie d'Alexandre XIX , patriarche d'Alexandrie , qu'en refusant de recevoir Arius , il s'en excusa sur la défcD-^c expresse que lui en avait fait Pierre-le-Martyr, son prédécesseur, ajoutant ces paroles ( llist. Pair. Alex.
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p. SI) ) : Quoique Jésus-Christ au ordonné quon n'enipê- Ames , nos corps et chat aucun de ceux qui croient en lui d'entrer dans r Église. Mais quand quelqu'un a péché, nous le séparons de la communion jusqu'à ce qu'il ait fait pénitence ; et quand Jésus-Christ l'a reçu , nous le recevons.
Les épîtres canoniques de S. Grégoire Tliaumaturge, de S. Basile, et toutes les autres qui font le fondement de la discipline ancienne sur la pénitence sont dans leurs collections; elles ont servi à former plusieurs autres canons pénitentiaux , conformes à la discipline moderne , et c'est tout ce que les Orientaux en ont tiré. Car il paraît par leurs traductions qu'ils n'ont pas entendu les termes des différents degrés de la pénitence , qui dans le temps de leur première séparation , n'étaient déjà plus en usage. Pour la discipline d'Occident , ils n'en ont pas eu la moindre connaissance, et il est inutile de clierclier dans ce qui nous reste de livres orientaux des éclaircissements sur l'ancienne discipline des premiers siècles en ce qui concerne la pénitence , car ils n'en ont pas la moindre notion. Cela n'empêche pas qu'ils n'aient une idée fort juste et conforme à la règle de la foi touchant ce sacrement , ce que nous ferons voir par des preuves fort claires et fort certaines.
Le premier fondement de la doctrine orthodoxe sur la pénitence est d'entendre les paroles que Jésus- Christ dit à S. Pierre , qu'il lui donnerait les clés du ciel , et la puissance de lier et de délier , et à tous les apôtres , lorsqu'il leur dit : Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à tous ceux à qui vous les remettrez, du pouvoir que les évêques et les prêtres ont reçu des successeurs des apôtres pour exercer ce ministère sacré. Or, tous les commentateurs de l'Écriture sainte que nous avons en syriaque et en arabe , ne donnent point d'autre sens à ces paroles ; les théologiens s'en servent pour prouver que les évêques et les prêtres ont la même autorité , et les explications forcées (pie les réformateurs ont introduites sont inconnues dans tout l'Orient. C'est dans le sens unique qu'a connu l'église grecque et latine, comme nos théologiens l'ont assez prouvé par S. Cyprien, par S. Augustin , par S. Jean Chrysostôme et par le consentement général de tous les Pères , qu'on voit ces paroles employées dans une des premières oraisons de l'ancienne Liturgie du patriarcat d'Alexandrie , dont les Cophtes se servent encore , et à laquelle ils ont donné le titre de Liturgie de S. Basile : Seigneur Je' sus-Christ , Fils de Dieu le Père qui avez rompu tous les iiens de nos péchés par votre passion salutaire et vivi- ^anle , qui en soufflant dans la face de vos saints apôtres et disciples leur avez dit : « Recevez le S.-Esprit; ceux à qui vous remettrez les péchés , ils leur seront remis , et ceux auxquels vous les retiendrez , ils leur seront retenus ; ) vous , Seigneur, qui par vos saints apôtres avez élu ceux qui devaient toujours exercer le sacerdoce dans votre sainte Église, remettre les péchés, lier et délier tous les liens de l'iniquité, etc. Dans une autre oraison , qui est ime forme d'absolution générale avant la communion : Seigneur tout-puissant , qui guérissez nos
esprits ; qui avez dit à S. Pierre noire père par la bouche de votre Fils unique Notre- Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ : « Vous êtes Pierre , et sur cette pierre j'édifierai mon Église , contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront point ; je vous donnerai tes clés du royaume des deux , et ce que vous lierez sur la terre, sera lié dans les deux, ce que vous délierez sur la terre , sera délié dans les deux, i Faites. Seigneur, que mes pères et mes frères soient absous de ma bouche par votre Saint-Esprit. Sévère d'Aschmonin , citant et expli(iuant ces paroles : Le prêtre , dil-il , prie Dieu , qui est véritable dans ses promesses , que.par l'autorité qu'il a donnée à ses disciples de lier et de délier tous les liens des péchés , il les pardonne à ceux sur lesquels cette absolution est prononrcée.
On dira peut-être que c'est une absolution générale, qui, se prononçant sur tous les assistants au commencement de la Liturgie et avant la participation des mystères, ne peut passer pour une absolution sacramentelle. Il y aura lieu de parler plus amplement de cette question ; mais nous citons présentement ces paroles uniquement pour faire connaître que les Cophtes entendent celles de Jésus-Christ qui y sont comprises dans le sens que leur donnent les catholiques et à la lettre : car ce qui est employé dans les prières publiques de l'Église, qui sont entendues par le peuple, ne peut être pris que dans le sens le plus simple et le plus littéral, suivant lequel on connaît par cette prière que tous entendaient dans ces paroles de Jésus-Christ l'institution de ce que nous appeloms le sacrement de pénitence.
C'est aussi ce que les théologiens et les canonistes expliquentclairement. Denis Barsalibi, sur ces paroles : Quœcumque ligaverilis , dit : Quiconque est lié par l'évêque ou par le prêtre est lié" dans le ciel ; ce qui est confirmé par le commentaire arabe tiré de S. Jean Chrysostôme par l'auteur des Questions et des Réponses canoniques , qui prouve par ce même endroit que les ministres sacrés ne doivent user de cette puissance que suivant les règles prescrites par les apôtres inspirés par Jésus-Christ , afin de ne pas délier ce que Pierre a lié, aussi bien que les autres apôtres ; car, dit-il, ce qu'ils ont lié ne peut être délié par leurs successeurs , qui ne sont que serviteurs et ministres de l'autorité divine qui a été confiée aux premiers par ces paroles : < Quœcumque solveritis, j etc. L'auteur du traité de la Préparation à la communion dit sur ce sujet : Le Père a donné au Fils toute puissance pour juger ; le Fils l'a donnée aux prêtres , qui sont ses vicaires sur la terre , afin qWik exercent ce jugement à l'égard des pécheurs , et qu'ils les délivrent ainsi du jugement éternel. Celui qui est assez hardi pour se juger lui-même sans le prêtre s'arroge un jugement qui ne lui appartient pas ni à aucune créature ; mais à Jésus-Christ, seul Fils de Dieu, et à ses vicaires, auxquels il l'a donné en leur disant : « Recevez le Saint- Esprit, etc. ; celui que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, t 11 lie, poursuit-il, par le canon de ta pénitence ; il les délie lorsque , l'ayant accomplie , ils m
rendent dignes de l'absolution. Celle même doctrine esl enseignée parEclmiinii, les deux Ebnassai, Abulfarage et aulros canonisles, et dans divers Irailés anonymes toucliaiil la préparation à la communion.
La preuve la plus certaine qu'on puisse avoir de celle créance établie parmi les Orientaux est ce qu'ils enseignent ensuite louchant la nécessité de la confession auriculaire, sans laquelle ils ôlenl toute espérance de !a rémission des péchés. Nous savons que Thomas à Jésu et plusieurs autres auteurs ont écrit que la confession n'était pas reçue parmi les Orientaux; et qu'en cela ils ne les ont pas accusés faussement, puisqu'on effet quelques patriarches jacobites d'Alexandrie l'ont voulu abroger , et qu'il y a eu sur cela des variations dans cette église, que nous expliquerons à part, à cause qu'on ne le pourrait faire en peu de mots. Mais comme on sait le commencement de cette innovation ; qu'elle n'a jamais été universellement reçue; qu'elle a été attaquée par plusieurs théologiens fameux de la même communion , ce sera sur ce qui a été cru et observé de tout temps que nous exposerons la créance et la discipline des églises dont il s'agit, ne disant rien qui ne soit appuyé sur des autorités incontestables.
On doit mcllre au nombre de ces pièces qui font autorité divers traités arabes et syriaques pour la préparation à la communion , la plupart sans nom d'auteur, mais tirés des anciens Pères, et ordinairement des ouvrages de Sévère d'Aschmonin, qui vivait dans le neuvième siècle, et de Denis Barsalibi, qui vivait dans le douzième , l'un et l'autre jacobites et d'une grande répulation, le premier parmi les Cophtcs , le second parmi les Syriens. Ils considèrent d'autant plus ces traités, que quelques-uns, étant composés en forme d'homélies, étaient lus publiquement dans les églises. Ce qu'on y doit principalement observer est que les passages de l'Écriture sainte dont nous nous servons, aussi bien que les Grecs, pour prouver la nécessité de la confession, enlre autres celui deTÉpître de S. Jacques, y sont interprétés à la lettre et dans le sens des catholiques. Ils posent ensuite pour fondement de la nécessité de la confession, que les prêtres ne peuvent exercer le ministère de lier et de délier les pécheurs, si ceux-ci ne confessent exactement tous leurs péchés ; de sorte qu'il n'y a rien dans les décrets et dans les canons du concile de Trente, sur la pénitence, qui ne se trouve dans ces traités.
Dans un des plus anciens de ceux qui contiennent des instruciions pour préparer à la communion , on trouve ces paroles : La sainte Eucharistie est un remède salutaire contre les maladies des péchés , contre la mauvaise disposition intérieure de l'âme, et contre ta mort même. Le prêtre est te médecin qui administre ce remède, et il ne le donne pas à celui qui n'est pas préparé et disposé à le recevoir. La confession doit précéder la participation à l'Eucharistie; car le médecin qui a soin d\in malade, et qui te fait sans intérêt, avant de lui donner un remède, ne se contente pas d'observer extérieuremeni la maladie; maii il çxamine ki urinçs,
SUR LES SACREMENTS. m
afin de reconnaître plus sûrement la qualité et les cir constances du mal. De même celui qui esl malade de la. maladie du péché, doit déclarer au prêtre tous ses pé-\ chés secrets, semblables aux urines qui sortent du corps, d'un malade, et toutes ses mauvaises pensées les plus cachées, afin que le prêtre lui ordonne le bain , ou quelque autre remède convenable à la maladie et au tempérament; après quoi il lui ordonne une médecine saintaire, qui rétablisse sa santé et lui rende ses forces ; et. cette médecine est la sainte Eucharistie. Celui qui la n çoil autrement fuit comme un malade qui prendrait un remède contre l'avis du médecin , ce qui non seulement lui serait inutile pour sa guérison, mais augmenterait son mal et pourrait lui causer la mort. Dans un autre traité sur le même sujet : Personne ne peut obtenir la rémission de ses péchés, s'il ne les déclare avec leurs circonstances, pour recevoir ensuite l'absolution dont il a besoin, et qu'autrement il ne doit pas recevoir. Dans un autre : Jésus-Christ a donné aux prêtres la puissimce de lier les pécheurs par le canon pénitentiel, et par la même puissance, les prêtres leur donnent Cubsolution de leurs péchés. Car après ffu'ils les ont liés par le canon {c est-à-dire, par l'imposition do la pénitence), si les pécheurs obéissent aux commandements des prêtres en accomplissant la pénitence qui leur a été imposée , ils se rendent dignes d'obtenir de Dieu la rémission de leurs péchés. Que s'ils n'ont pas été liés par le canon, ou qu'ils n'aient pas obéi aux prêtres en l'accomplissa^it , ceux-ci n'ont pas le pouvoir de les absoudre. Car les prêtres ne sont pas dieux, pour avoir droit de remettre les péchés selon leur fantaisie , et comme il leur plaît. Mais Dieu leur a donné le pouvoir d'absoudre seulement ceux qui auront été obéissants , en recevant et en accomplissant la pénitence canonique par laquelle ils avaient été liés.
11 y a dans divers manuscrils assez anciens une homélie pour l'usage des églises jacobites sur la confession, qu'il faudrait transcrire entièrement, si on voulait rapporter tout ce qui s'y lit de conforme avec la doctrine catholique. Nous en choisirons quelques endroits. Il est dit dans les saintes Écritures que quiconque a péché et commis des crimes, comme ceux de la chair, qui a volé, qui a fait tort à son prochain , doit confesser ses péchés et faire pénitence; alors Dieu lui en accordera le pardon. Dieu, qui est clément et miséricordieux, nous R envotjé son Christ, qui a pris un corps comme les nôtres, et iious a enseigné la confession, que nous ferions les uns aux autres. Ne rougissons donc point lorsque noits notis confesserons. Il vaut mieux, en se confessant à un homme, nous faire un chemin vers le paradis, que de souffrir une ignominie publique au jour du jugement , lorsque toutes tes
créatures paraîtront devant le tribunal de Dieu Mes
Yeres , les prêtres saints , nmîtres de la doctrine et des lois, ont reçu de Noire-Seigneur Jésus-Christ ta puissance de lier et de délier; Pierre, prince des disciples, avait renié Jésus-Christ dans le temps de sa passion, et après qu'il eut confessé son péché, il fut établi le fondement de l'Église.... La confession, mes frères, vous conduira à la, vie, et vous délivrera des miières élçrnelUs;