‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 227 sur 323 · LIV. 111. DE LA · texte numérisé non relu

LIV. 111. DE LA

fums sur le feu, et confessant ses péchés sur la fumée. C'est ce que Maulioub, fils do Conslanlin , dit être pratiqué par les Éthiopiens ; et ce qui paraît plus extraordinaire, les Portugais trouvèrent la même superstition parmi les nestoriens de Malabar, selon le témoignage de Fauteur de la Vie d'Alexis de Ménesès. Outre les preuves que nous avons rapportées , et qui sont inconleslables , Ethmimi et les deux Ebnassal , Michel , patriarche jacobile d'Antioche , l'auteur de la Science ecclésiastique, témoignent, non pas à la vérité que tous les Cophtcs , mais plusieurs d'entre eux ne confessaient point leurs péchés ; et l'un des deux ajoute que quelques patriarches avaient défendu la confession , à cause qu'on ne trouvait pas facilement des prêtres qui eussent les qualités nécessaires pour écouter les pénitents , et la leur rendre utile ; enfin il dit très-clairement qu'il y en avait plusieurs , du nombre desquels il se met , qui la croyaient si nécessaire, que sans elle, et le reste de la pénitence canonique , ils n'espéraient pas qu'on pût obtenir la rémission des péchés.

Il est vrai que ces auteurs, qui étaient dans la communion de l'église cophte , et Michel d'Antioche , uni de même avec les patriarches d'Alexandrie, les ménagent, OHoiau'ils déclament forlcment contre cet abus. Mais dans le temps même qu'il commença à s'iiilroduire, il s'éleva un religieux prêtre, nommé Marc, lils d'Elkonbar, qui poussa beaucoup plus loin le zèle de l'ancienne discipline. 11 prêcha donc publiquement que tout homme coupable iL péchés capitaux ne pouvait, sans commettre un sacrilège, approcher de l'Eucharistie, s'il ne les avait confessés au prêtre pénitencier, et sans avoir iiccontpli la pénitence imposée selon les canons ; et que celui qui mourait sans s'être confessé, mourait dans son ]:cché, et allait droit en enfer. Comme il était savant , cl qu'il expliquait l'Écriture en langue arabe à ses aiidileurs, d'abord littéralement, et ensuite par des homélies fort louchâmes, il fut suivi d'un très-grand nombre de Copiites, qui allèreiit se confesser à lui , reçurent les pénitences qu'il leur prescrivit, et abandonnèrent la confession sur l'encensoir. Il prêcha de même contre d'autres abus, et le concours fut si grand, que le patriarche Marc l'ayant d'abord menacé , puis excommunié , puis lui ayant pardonné , fulmina enfin une dernière sentence d'analhème contre lui , parce qu'il reconnnençait toujours à prêcher la confession et la pénitence. Cette histoire n'est touchée qu'en peu de mois dans la Chronique orientale; mais elle est écrite assez au long par un auteur jacobite, nommé Abuselah, Arménien, qui accuse le prêtre Mare de plusieurs crimes avant qu'il fût élevé au sacerdoce, de l'hérésie des irithéiles et de quelques autres; enfin i! dit qu'il se fit melchile, c'est-à-dire orthodoxe, et qu'il lit profession de croire deux natures en Jésus-Christ; ce qui fait voir l'animosité avec laquelle cet auteur attaque celui qui défendait la vérité.

11 est inulile de faire un examen plus particulier de ce qui regardait personnellement Marc, fils d'Elkonjbar. Ce qui a rappori à noire matière est qu'il se

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trouva en Egypte un homme assez courageux pour s'opposer seul aux nouveautés de deux patriarches, et pour ramener les peuples à l'ancien usage ; qu'il fut suivi d'un irès-graud nombre d'autres , et qu'il leur persuada de renoncer à la superstition de l'encensoir, à confesser leurs péchés, et à subir la pénitence. Mais il ne fui pas le seul, puisque Ebnassal le canoniste, et son frère le théologien, qui vivaient dans le siècle suivant , réfutèrent solidement les raisons ridicules du métropolitain de Damiette, montrant qu'elles étaient contraires à l'Écriture sainte et à la tradition de toute l'Église, ce qu'a fait aussi Echmimi dans sa Collection. Ebnassal témoigne en même temps que plusieurs de ceux qui étaient dans la communion de l'église cophte condamnaient cet abus comme pernicieux, et conduisant à la damnation. Michel, patriarche d'Antioche, semble avoir eu toujours en vue de le combattre , quoiqu'il s'abstienne de nommer les auteurs, à cause de l'union ancienne qui était entre les jacobites d'Antioche et ceux d'Alexandrie. Nonobstant l'autorité des deux patriarches, Jean et Marc, qui avaient aboli la pénitence canonique, Ebnassal, Echmimi et les autres collecteurs ou abréviateurs de canons , faisant mention des constitutions synodales de leurs successeurs, ne parlent pas de celle-ci, ce qui fait connaître qu'elles n'étaient pas généralement reçues. L'auteur de la Science ecclésiastique, qui a vécu depuis, établit la nécessité absolue de la confession ; et ce qui est décisif, celui qui a recueilli les homélies pour les dimanches et les fêtes de toute l'année, qui était cophte et jacobile, en parle si souvent , qu'on ne peut presque douter que son dessein n'ait été de détruire une erreur aussi grossière, et dont les effets étaient si si pernicieux. Cela fait juger que les jacobites d'Alexandrie ne .s'y sont jamais tous laissés entraîner, et qu'il y en a toujours eu un très-grand nombre qui ont maintenu l'ancienne discipline : car ceux qui parlent avec le plus de fureur contre Marc , fils d'Elkonbar, avouent qu'il laissa tant de disciples , que lorsqu'il mourut il y avait plus de six mille religieux qui conservaient sa doctrine, et qui exhortaient à la confession. 11 n'en fallait pas une si grande multitude pour conserver la bonne doctrine , surtout lorsqu'elle était soutenue par un patriarche aussi respecté parmi les jacobites qu'était Michel d'Antioche, qui, nonobstant le ménagement qu'il eut pour ceux d'Alexandrie en ne les nommant pas, ne craignit point de dire que ceux qui détournaient de la confession étaient de fauj, pasteurs, des loups couverts de peaux de brebis, prédits par l'Apôtre; qiïil fallait fuir et ne pas écouter leur voix, comme étant contraire à celle du souverain Pasteur y el à celle de ses disciples.

Plusieurs voyageurs, et entre autres Vanslèbe , assurent que présentement les Cophtcs ne se confessent point ; d'autres disent qu'ils le font rarement ; d'autres enfin que plusieurs conservent l'usage des autres églises : ce qui paraît d'autant plus vraisemblable, qu'on a des livres écrits en ces derniers temps qui contiennent rollice de la réconciliation des pénitents.

Cette coiitiariéié est bien difiicile à éclaircir, parce que nous n'avons aucune histoire en continuation de l'ancienne, où même il ne se trouve rien touciianl l'abrogation de la confession par les patriarches Jean et Marc, fils de Zaraa ; ce qui peut faire croire que les historiens ne voulaient pas conserver la niémoire.d'uue iniiovaiion si honteuse pour l'églisi; jacobite d'Alexandrie. On peut donc conjecturer que celle diversité de sentiments et de pratique a subsiste depuis le douzième siècle, !cs patriarches postérieurs n'ayant pas eu le courage ou le pouvoir de remédier aux maux qu'avaient laits leurs prédécesseurs.

Si le corps de l'église coplile est demeuré dans celle erreur, on n'a pas besoin de recourir à la tradition de toute l'Église pour en faire voir l'impiété et l'absurdité, puisque les plus habiles théologiens de la même communion ont enseigné tout le contraire de ce que deux patriarches, qui n'avaient rien de recommandable, et que leurs historiens mêmes accusent de plusieurs désordres, ont introduit contre l'exemple des autres chrétiens. Ce ne sont pas des novateurs qui font la tradition, mais ceux qui s'y conforment, comme ont été Michel d'Aniioche, Barsalibi, et les autres que nous avons cités, et qui sont les seuls desquels on peut recevoir le témoignage pour la connaître.

Les protestants ne peuvent tirer aucun avantage d'un pareil abus ; el on ne croit pas qu'il s'en puisse trouver d'assez prévenus pour faire valoir contre les catholiques l'autorité de Michel de Damielte, et de ceux qui l'ont suivi, au préjudice de celle des autres jacobitcs , puisque la pratique do l'encensoir est non seulement inconnue à toute l'antiquité, mais qu'elle est beaucoup plus récente que n'est la confession parmi les Orientaux. 11 fallait qu'elle fût établie longtemps auparaviint lorsque ces deux patriarches l'abrogérenl ; et puisque les ministres ont d'abord supposé qu'elle n'élait connue dans l'Église latine que depuis le concile de Latran, ce qui a été rapporté jusqu'ici suflit pour les confondre, par un nouvel argument tiré de la discipline orientale, qui l'avait autorisée longtemps avant celle époque fabuleuse, et (jui la conserve encore présentement.

Avanlque de finir ce chapitre, nous ajouterons que les Éthiopiens, suivant un passage d'Abusélah qui a été rapporté, avaient la même superstition de l'encensoir; et il y en avait tant d'autres en ce pays-là, qu'il n'y aurait pas lieu de s'en étonner ; d'autant plus que leurs mélropolibins ayant été ordonnés en Egypte, dans le temps que la confession y avait été alnogéc, pouvaient l'y avoir portée. Car Macaire, qu'on supi)Ose être le premier patriarche jacobite d'Alexandrie qui peut avoir donné lieu au changenienl de discipline, parce qu'il abrogea plusieurs rites, ordonna Sévère, métropolitain d'Ethiopie; Michel ordonna Georges; Jean, fils d'Abugaleb, soixantequatorzième d'Alexandrie, ordonna Isaae sous le roi Laiibéla ; et c'est dans cet intervalle de temps, qui comprend près de deux siècles, que la confession sur l'encensoir peut avoir clé introduite. Macr.irc fu; oi-

donné l'an de Jésus-Christ 1183, et on marque le règne de Laiibéla en Ethiopie vers l'an 1210, ou environ ; car on dit qu'il régna quarante ans.

Or nous ne trouvons pas le moindre vestige de cette cérémonie de l'encensoir dans tout ce qui nous reste de monuments ecclésiastiques de ce pays-là. Alvarez, dont le témoignage ne doit pas être méprisé aussi facilement qu'il a paru à quelques modernes, n'en fait pas mention, non plus que les jésuites, sur les mémoires desquels le P. Ballazar Tellez a composé sou Histoire. M. Ludolf, qui avait particulièrement étudié celte matière, ne ra|)porte rien dont on puisse tirer la moindre conjecture en faveur de cette pratique. Il ne faudrait pas néanmoins trop insister sur celte preuve, si on n'en avait pas d'aulres; car cet auteur a ignoré une infinité de choses qui étaient absolmnent nécessaires à son dessein, particulièrement tout ce qui concernait la foi et la discipline de l'église jacobile d'Alexandrie, de laquelle celle d'Ethiopie dépendait absolument. Il en a dissimulé plusieurs autres, qui ne convenaient pas au système qu'il s'él;iit formé, pour trouver les Éthiopiens exempts de toute hérésie, de superstition et d'abus, et les donner comme un modèle parfait des chrétiens de la primitive Église; en un mot, pour les faire de parfaits luthériens. Mais de la manière dont il a traité d'aulres points de religion ou de discipline, sur lesquels on ne peut justifier les Éthiopiens, on peut juger sans témérité, que s'il avait trouvé quc^iue part qu'ils eussent aboli la confession, cela lui aurait paru si beau, qu'il aurait fail une ample digression sur cette matière.

On ne voit donc rien dans les livres éthiopiens qui donne la moindre lumière louchant la pénitence ; la collection que fit le roi Zara-Jacob vers le temps du concile de Florence, dont Wanslcbe fit imprimer la taljle en latin, ne contenant aucune constitution patriarcale sur cet article ; et il ne faut pas s'en étonner, puisqu'il ne s'en trouve pas même de ces deux malheureux patriarches Jean el Marc qui abolirent la pénitence, dans les collections arabes des Cophtes. 11 y a de plus une autre raison de croire que l'usage de l'eiicensoir avait cédé à une nouveauté encore plus criminelle, supposant qu'il eût été pratiqué en Ethiopie. C'est que pour les grands péchés, principalement pour l'apostasie par la profession du mahométisnie, les Éthiopiens ont institué un nouveau baptême le iour de l'Epiphanie, par lequel ils croient que les plus grands ci imes sont rerais sans pénitence ; et Alvarez, témoin oculaire qui le décrit exactement, ajoute que le métropolitain lui avait dit que cette coutume avait été introduite par le roi aïeul de celui qui régnait ^lors. On sait bien que M. Ludolf a employé beaucoup de mauvaises raisons pour justifier ce sacrilège, et on les a réfutées ailleurs. Celte fausse persuasion pouvait donc avoir fait oublier la ridicule pénitence de l'encensoir, qui avait été pratiquée du temps d'Abusélah ; car on ne peut pas témérairement rejeter son témoignage.

A l'égard des uestoriens de Malabar, tout ce que

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nous en pouvons dire est que s'ils pratiquaient celte superstition, elle ne leur était pas venue de leur église, où elle n'a jamais été connue ; puisqu'il ne s'en trouve aucune trace dans les livres des nestoriens, mais des formules d'absolution pour les pénitents.

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