‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 228 sur 323 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De quelques autres points de discipline sur la pénitence observés par les Orientaux.

Outre ce qui a été rapporté touchant la doctrine et la piaiique des Grecs et des Orientaux touchant la nécessité indispensable de la confession pour les péchés griefs, il y a déjà plusieurs siècles que les uns et les autres en ordonnent la pratique, même à ceux qui vivent innocemment, et qui n'ont point commis de péchés soumis aux canons pénilenliaux. Les Grecs ont cet usage, et les Eucologes prescrivent que le prêtre, a\anl que de célébrer la Liturgie, se confessera. H n'est pas difficile de comprendre que celte confession ne regarde que les fautes vénielles ; car un prêtre, qui en aurait commis d'autres, serait obligé de se séparer du ministère des autels. Les laïques sont obligés de même à se confesser au moins à Pâ jues et à Nuël de leurs péchés véniels, et l'absolution est aussitôt accordée.

Nous trouvons cette discipline établie dans les canons que nous croyons plus anciens que n'est la collection de Barsalibi. Dans le quarante-troisième on trouve ces paroles : Tout chrétien qui est en péril de mort doit confesser ses péchés, et ensuite recevoir la communion. Au cinquantième: Ihiest permis à personne de recevoir lecorps de Jésus-Christ le jeudi-saint , à la Penlecôtt'. ou à la fêle de la Nativité, sans avoir confessé ses péchés , ce qui est répété dans les canons quatre-vingt-septième etqtiatre-vingt-dix-huilième. Cette règle est étendue même aux ecclésiastiques par le premier canon. Dans le quinzième il est ordonné que tous se confesseront deux fois l'an. Barsalibi, dans le soixante-huitième de sa collection, dit que celui qui manquera à ce devoir sera exclu de la participation des sacrements, à moins qu'il ne se trouve en voyage, ou qu'il n'en ail clé empêché par quelque cause légitime, auquel cas il suffira qu'il se soit confessé une fois. On voit donc que cette discipline était établie il y a plus de sept cents ans, et elle s'est conservée jusqu'à ces temps-ci, comme parmi nous, quoique ces deux sortes de confessions aient loujo;irs été regardées comme différentes ; la première étant de nécessité et l'autre de commandement ecclésiastique.

La manière dont les Grecs se confessent a été décrite par Léon AUatius dans une lettre qu'il écrivit sur ce sujet au P. Morin en 1643. Celui qui veut se confesser va trouver le prêtre, ou dans l'église ou à la maison. Le prêtre, orné de l'élole, s'assied sur un banc, et le pénitent auprès de lui, tête nue et avec respect; le prêtre récite quelques prières, et ce sont celles qu'on trouve dans les Péniientiaux anciens et modernes; après quoi il l'exhorte à confesser sincèrement tous ses péchés. La confession étant l'aile, le

prêtre interroge le pénitent pour le faire souvenir des péchés qu'il pourrait avoir oubliés, et récite sur lut les oraisons propres après la confession ; il lui imposa la pénitence, lui donne sa bénédiction et le congédie. Si la pénitence est légère, et que le pénitent puisse l'avoir accomplie le même jour, il communie aussitôt; si elle ne peut être accomplie qu'après quelques jours, il communie cependant, et il l'achève ensuite, à moins que le confesseur ne l'eût exclu do la participation des sacrements pour un certain temps, ou même pour un temps considérable, si les péchés que le pénitent a confessés méritent ce cliâtiment. Ainsi communément les Grecs donnent l'absolution incontinent après la confession, mais sans permettre la communion, sinon à ceux qui sont exempts des péchés pour lesquels il faut une plus longue pénitence- La discipline pratiquée parmi lesmaronites, et presque tous les autres Orientaux est assez semblable, selon ce qu'en écrivit Abraham Échellensis au même P. Morin. Quoliues-uns, dit-il, se confessent assis, les autres debout, les autres à genoux ; on impose une pénitence secrète aux pécliés secrets, et elle consiste ordinairement en génuflexions, pèlerinages, prières, aumônes, etc. : pour les péchés publics, on impose .une pénitence publique. Il cite sur ce sujet des constitutions des maronites, qui sont plutôt celles des jacobiles, dans lesquelles il est dit que les anciens Pères avaient toujours reçu les pécheurs à la pénitence ; que dans cette vue ils avaient établi des canons, dont les uns étaient plus doux, les autres plus sévères, dont ils s'étaient servis avec prudence suivant la force et les dispositions du pénitent. Ensuite il est parlé du péché de la chair, et il est dit qu'un prêtre qui en sera coupable fera pénitence un un, pendant lequel il jeûnera et n'exercera pas les fondions de son ministère ; que le laïque jeûnera sept semaines ; que celui qui aura commis le péché abominable jeûnera et priera quatre ans ; que si quelqu'un se trouve en péril de mort avant que d'avoir accompli sa pénitence, si elle est longue, on lui donnera la communion. Par ces paroles on reconnaît que ce qui se trouve prescrit par les canons du muyen âge qui ont été rapportés se pratique encore, et que le relâchement n'est pas si grand, que les pénitences ne soient encore fort rudes.

11 est vrai que les patriarches, les évêques et les conlèsseurs ont fait un grand abus du pouvoir que l'Église, même dans la plus grande vigueur de la discipline, leur a donné, pour diminuer la longueur et la sévérité des peines canoniques, et qui est conlirmé par tous les canons péniientiaux. Car sous prétexte de racheter les jeûnes par des aumônes, nous apprenons de plusieurs témoins dignes de foi que souvent toute la pénitence se réduit à ce qui passe pour aumône, et qui est cependant une taxe et une exaction simoniaque que les confesseurs s'approprient. Ceux qui abusent ainsi de leur ministère sont condamnés parles docteurs de leurs propres églises.

Vabso'ution, continue Échellensis, se donne en cette manière : Si les péchés sotit d'une qualité à requérir une longue pénitence, et que var celte raison on interdit au

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pénitent ia parlkipaticn des sacrements, on ne lui donne ^absolution qu'après qu'il a accompli la pénitence. Si les péchés sont légers, elle lui est donnée aussilôi. Ce témoignage nous apprend que l'usage présent est assez conforme à celui que prescrivent Miciiel d'Anlioclie , Barsalibi et les autres qui ont été cités, et qu'ainsi les cliréliens orientaux ont encore des restes vénérables le la discipline ancienne touchant la pénitence. Ce «u'ordonnen':, Icrs canons n'a rien qui ne soit dans l'ordre de TEgitsc, c« ce ne sont pas là des abus sur ■'isqne's i! faille les inquiète/^ mais plutôt Ls exhorter h meure en pra'aqi.^ C3 qui se trouve dans leurs livres. Plusieurs missionnaii-es les onl scandalisés, lorsqu ils 'eur ont proposé comme un avantage que leur procurerait la réunion avec l'Église catholique, l'exemption entière de toutes les pénitences. Si par ce moyen, qui n'est pas selon son esprit, ils en ont attiré quelquesans, entre autres des prêtres qui auraient dû être séparés pour longtemps de leur ministère, et qui recevaient l'absolution dans le moment, cette indulgence a aliéné ceux qui, ayant de la crainte de Dieu et des mœurs plus réglées, la regardaient cotnme un renversement entier de la jpénitence. Un jubilé envoyé en Ethiopie fut suivi de la ruine entière des travaux de plusieurs années pour la réunion de cette nation , le métropolitain ayant publié un boplcme général, comme devant avoir un plus grand effet pour la rémission des péchés. Quoiqu'il y ait peu de pays chrétiens où la discipline soit plus renversée qu'en Ethiopie, que les ecclésiastiques qui s'opposèrent le plus à la réunion fussent très ignorants, que le désordre fût général dans la nation, et que par conséquent elle dût être fort éloignée des sentiments que produit un zèle éclairé pour la discipline, le reproche que firent les ecclésiastiques élliiopiens aux missionnaires portugais touchant l'aîjolition de la pénitence, porta les peuples à de si grandes exrémités, que le mal a jusqu'à présent été sans remède.

On est assez peu instruit des changements qui peuvent être arrivés depuis quatre ou cinq cents ans dans la discipline qui a été expliquée, parce qu'on n'a pas d'autres livres que ceux dont nous l'avons tirée, que même elle se trouve dans plusieurs manuscrits assez récents, ce qui fait juger qu'elle n'a pas changé, c'està-dire qu'il ne s'est fait aucunes lois ecclésiasiiques contraires. Mais on a sujet de croire que ces anciennes lois ne sont pas trop bien observées, ce qui est \m désordre presque général par tout l'Orient. Il est lependant fort dilïicile de former un jugement certain sur ce qui est rapporté par les missionnaires et j)ar les voyageurs : car plusieurs disent que la plupart des Orientaux ne se confessent point, quoiqu'on ne puisse c dire des Grecs, ni des Arméniens, ni de la plupart des Syriens, qui, comme on le sait certainement, ont l'usage de la confession, mais avec plusieurs abus.

Le piincipal est que les prêtres et les évêques ne donnent l'absolution qu'en exigeant des taxes de leurs pénitents, ce que les missionnaires leur reprochent davantage, et ce n'est pas sans fondement. On a ci-

SUR LES SACREMENTS. 8-.(î

devant expliqué la discipline qui a donné origine à cet abus. Une des principales pénitences était, selon les canons du moyen et du dernier âge, de faire des aumônes, et le confesseur les réglait. On a aussi marqué un autre usage, qui était de faire célébrer des liturgies pour le léiiitent, et on trouve qu'elles sont évaluées à une aumône d'un dinar ou sequin d'or pour chacune. Ce qui n'clait donc dans la première institution qu'une aumône, est devenu une taxe par l'avarice des prêtres ; mais les malédictions contre ceux qui abusent ainsi du pouvoir sacerdotal subsistent toujours, et nous n'avons pas trouvé dans les livres les plus récents le moindre vestige d'aucune loi ecclésiastique qui réduisît la pénitence canonique à payer tant au père spirituel, à l'évèque ou au patriarche. Aussi, selon ce que nous avons entendu dire à des personnes dignes de foi qui avaient demeuré longtemps dans le Levant, les prêtres ne s'y prennent pas d'une manière si grossière. Ils sont en droit de refuser l'absolution, parce qu'ils sont juges des dispositions du pénitent; ils la refusent donc s'ils ne reçoivent pas la somme à laquelle ils les taxent, et en cela ils pèchent autant contre leurs propres lois que contre celles de toute rÉglise. Cet abus énorme ne les change pas, puisqu'elles subsistent encore dans leurs livres; et c'est suivant ces mêmes lois ecclésiastiques qu'on doit juger de la forme et de la constitution de leurs églises, non pas par les mœurs des particuliers.

Les missionnaires mêmes et les voyageurs conviea. nent cependant qu'en pareilles occasions les prêtres imposent de rudes pénitences, surtout des jeûnes, des prosternemenis et de longues prières à leurs pénitents, qu'ils ne peuvent ordinairement racheter. Ainsi, au moins sur celarlicle, les Orientaux conservent un reste de l'ancienne discipline ; car ils ne connaissent point d'indulgences. C'est pourquoi divers schismaliques ou hérétiques ont souvent pris pour prétexte de leurs emportements contre les catholiques, la trop grande facilité de quelques missionnaires à absoudre des pécheurs chargés de crimes énormes, en leur donnant de très-légères pénitences, et en les admettant aussitôt à la communion. Nectarius, en plusieurs endroits de son traité contre la primauté du pape, prend de là occasion de la rendre odieuse aux Grecs, comme si leurs patriarches, et même de simples évêques, n'avaient pas souvent donné des dispenses pareilles, quoiqu'ils n'eussent pas la même autorité.

Il n'est pas moins remarquable que ceux mêmes qui ont prétendu abolir la confession, comme les deux patriarches Jean et Marc, et ceux qui ont entrepris de prouver qu'elle n'était pas nécessaire, n'ont pas laissé d'ordonner aux pécheurs d'expier leurs fautes par des jeûnes, des aumônes, des prières redoublées et d'autres œuvres de pénitence. \

Ce qiu reste donc encore est que les Cophtes et les autres Orientaux confessent leurs péchés, et Vanslébe témoigne qu'il les a vus faire cet acte de religion , que les pénitences s'unposent encore selon l'ancien usage, qui a été ci-devant expliqué ; et il marque comme

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une des causes de ce qu'ils se confessent rarement, ia sévérité trop grande de ces pénitences. Or il s'ensuit que ce sont celles dont il a été parlé ci-dessus, parce qu'il n'arrive guère que la sévérité augmente ; au contraire le relâchement fait toujours de plus grands progrès.

Il est rare que les prêtres et les évéques soient déposés , conformément aux anciens canons ; mais comme il paraît que dès le douzième siècle celte dis-

cipline n'avait plus de lieu, il est fort vraisemLlaljîc que celle qui se trouve prescrite par Barsalibi a été universellement reçue : ainsi les ecclésiasliques ont une plus rude pénitence ; mais elle ne paraît pas, et ils conservent toujours leur dignité. Si les choses sont entièrement cliangées, c'est depuis fort peu de temps; et cela ne nous regarde pas, puisque le dessein de cet ouvrage est d'expliquer les règles de ces églises sépalées, et non pas les abus.

LIVEE QUATRIEME,

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